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L’altermondialisme au prisme marocain
Éric Cheynis
doctorant à l’Université Paris I et associé au laboratoire Cultures et sociétés urbaines (CSU-IRESCO). Il est ATER à l’Institut d’études politiques de Toulouse/ Laboratoire des sciences sociales du politique (LaSSP). Ses recherches portent sur la constitution de la « société civile » comme catégorie à partir d’un cas d’étude au Maroc. eric.cheynis@wanadoo.fr
1La plupart des travaux publiés sur les mobilisations altermondialistes traitent de l’histoire du mouvement en Europe ou en Amérique du Nord, parfois en Amérique du Sud. Si le cas du Maroc a été jusqu’ici peu abordé, c’est que l’altermondialisme est sans doute, dans ce pays plus qu’ailleurs, une réalité en construction. Cela même en fait pourtant un cas particulièrement intéressant pour comprendre les conditions d’émergence d’un « cadre d’action collective »
2En outre, non seulement l’étude de la configuration marocaine permet d’éclairer une des faces de l’objet « altermondialisme », mais elle reflète également l’évolution d’un régime autoritaire qui n’est aujourd’hui « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre »
3La genèse de « l’espace de l’altermondialisme »
4Le premier Forum social Maroc s’est tenu à Bouzniqa du 20 au 22 décembre 2002 et a regroupé environ 400 participants en provenance de la quasi-tota-lité des régions du pays. La composition du Comité préparatoire de cette manifestation, du moins pour ce qui est de ses membres les plus assidus, reflète la diversité des institutions et des acteurs engagés et permet de cartographier l’espace des positions qu’ils occupent.
5On trouve tout d’abord l’AMSED (Association marocaine de solidarité et de développement), créée en 1993 par d’anciens employés marocains du Catholic Relief Service (CRS). Cette ONG de développement, la plus importante de celles basées au Maroc pour ce qui est du budget engagé, intervient surtout dans le monde rural, développe des projets en partenariat avec des institutions internationales telles que la Banque mondiale, l’USAID, le PNUD, la CODESPA, la Fondation de France, etc., mais aussi de plus en plus avec les pouvoirs publics marocains. Son origine et sa composition lui offrent un accès privilégié aux mouvements chrétiens de solidarité internationale. À l’image de sa présidente, Fatima Chahid, qui a fait toute sa carrière dans la fonction publique, principalement comme chargée d’étude dans des cabinets ministériels, le Conseil d’administration de l’AMSED est composé pour une grande part de hauts fonctionnaires et d’universitaires. C’est en janvier 2002, à l’occasion de son invitation au deuxième Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), que F. Chahid découvre le « cadre d’action collective » de l’altermondialisme avec lequel l’AMSED va progressivement se familiariser.
6L’association Attac Maroc, section de Rabat, créée en 2000, est également représentée dans le Comité préparatoire du Forum social Maroc. Bien qu’elle ait été confrontée à de nombreuses difficultés d’ordre financier mais aussi administratif, du fait de la quasi-impossibilité de ses membres à obtenir des visas pour l’Europe, l’association a pu participer à certains Forums sociaux et ainsi nouer des contacts qui lui ont permis de trouver sa place dans « l’espace de l’altermondialisme ». En janvier 2002, deux de ses militants font le voyage à Porto Alegre – grâce à un soutien financier de la Fondation allemande Friedrich Ebert – et, en novembre de la même année, deux autres participent au Forum social européen de Florence. Par ailleurs, au sein du Comité préparatoire, ce sont surtout Mohamed El Azizi et Lucile Daumas qui représentent l’association. Employé des postes, M. El Azizi a une longue expérience du militantisme à la fois politique et syndical au sein de la gauche radicale marocaine. L. Daumas, elle, est installée au Maroc depuis plus de trente ans. Après avoir été militante trotskyste à l’université de Toulouse, elle a suivi son compagnon marocain lorsqu’il est retourné dans son pays en 1973. L’arrestation de ce dernier trois ans plus tard et sa condamnation à vingt ans de prison pour délit d’opinion ont fait d’elle une militante de la cause des prisonniers politiques marocains.
7Le Centre d’études et de recherches Aziz Bellal (CERAB) est également présent au sein du Comité préparatoire. Très proche du Parti du progrès et du socialisme (PPS), héritier direct du Parti communiste marocain, le CERAB est représenté par Mohamed Saïd Saadi, parlementaire et membre des instances dirigeantes du PPS. Professeur d’économie à la faculté de droit de Casablanca, M. S. Saadi a été secrétaire d’État chargé de la Protection sociale, de la Famille et de l’Enfance en 1998, dans le premier cabinet du socialiste Abderrahmane Youssoufi. Outre des ressources universitaires internationales – il est docteur d’État en gestion des entreprises de l’Université Paris-Dauphine et a été, entre autres, visiting fellow à l’Université de Princeton aux États-Unis en 1997 et 1998 –, M. S. Saadi a participé aux deux premières éditions du FSM de Porto Alegre, ainsi qu’à celles du Forum social Afrique à Bamako en 2001 et à Addis-Abeba en 2002. Très impliqué dans la dynamique continentale africaine dont il est membre du Comité de suivi, il milite pour que la troisième édition du Forum social Afrique se tienne au Maroc.
8Outre les représentants des organisations déjà mentionnées, trois autres personnes font partie du Comité préparatoire. Bien qu’étant engagés à titre personnel, Leïla Rhiwi, Lahbib Kamal et Hamid El Kam ont en commun d’avoir été des membres actifs d’une quatrième structure majeure parmi les associations marocaines : l’Espace associatif. Fondée en 1996, cette organisation – parfois perçue comme initialement proche de la gauche radicale marocaine – s’est progressivement imposée comme « un lieu neutre de coopération offrant des “services” à des organisations très diverses »
9Les représentants de l’Espace associatif et de l’AMSED présents à Porto Alegre en 2002, soucieux de donner suite à cette expérience initiale, obtiennent alors un soutien oral et informel des représentants du CCFD présents sur place. Le projet, au départ assez flou, se précise au moment où M. S. Saadi lance une initiative similaire conjointement avec Attac Rabat. Ce qui n’était, de part et d’autre, que le désir de restituer publiquement l’expérience vécue au Brésil se transforme dès lors en l’organisation d’un véritable Forum social. Mais ces deux projets, tout en fusionnant, n’en représentent pas moins deux tendances différentes. D’un côté, les associations d’aide au développement comme l’AMSED se distinguent par leurs partenariats établis tant avec des ONG internationales qu’avec les pouvoirs publics marocains, qui leur permettent de s’insérer dans des programmes de coopération et de mettre en place des fragments de politiques publiques. De l’autre, Attac défend des positions critiques plus radicales à l’égard du libéralisme économique et des privatisations en cours et tente de se constituer une base militante, sans y parvenir tout à fait. Entre ces deux pôles, les anciens membres de l’Espace associatif, caractérisés par leurs engagements politiques initiaux et ayant reconverti, en partie, leurs ressources dans le champ de la coopération internationale, semblent être en tension. Selon toute probabilité, aucune de ces deux tendances n’était capable d’organiser seule un événement comme le Forum social Maroc. Si les uns et les autres acceptent d’en passer par un processus préparatoire particulièrement long et contraignant et de faire des concessions politiques et idéologiques parfois mal vécues, c’est précisément afin de conserver un minimum de contrôle sur le Forum et d’empêcher qu’une tendance puisse y acquérir une position de monopole. Dans cette perspective, fortes de leur expérience de terrain, les associations spécialisées dans l’aide au développement engagent alors des actions à travers le pays tout entier, offrant ainsi au Forum un carnet d’adresses et un réseau de partenaires associatifs – non pas des militants politiques mais des bénévoles d’ONG d’aide au développement alors invités au Forum social – provenant de la plupart des régions marocaines. Moins connue et moins bien implantée, Attac, elle, n’est pas en mesure de mobiliser de tels relais. En revanche, elle est beaucoup mieux insérée dans les Forums sociaux, et les contacts qu’elle a eu l’occasion de nouer à Florence ou par l’intermédiaire d’Attac France lui permettent d’inviter des représentants étrangers de la cause altermondialiste. Elle affiche par ailleurs une orientation plus critique à l’égard des réalisations du gouvernement dit d’alternance.
10S’il doit beaucoup aux différents entrepreneurs évoqués plus haut, ce premier Forum social n’aurait sans doute jamais vu le jour sans l’investissement financier d’organisations internationales non gouvernementales et sans le soutien des autorités marocaines. Le repérage des articulations entre le mouvement altermondialiste marocain et le champ de la coopération internationale d’une part, celui du pouvoir politique d’autre part, éclaire notamment certaines transformations du régime marocain et sa sensibilité accrue aux dynamiques externes et aux profits qu’il serait en mesure d’en retirer.
11Le Maroc étant peu habitué à recevoir ce genre de manifestations, des problèmes d’autorisation mais aussi, plus concrètement, de lieu d’accueil et d’hébergement se sont immédiatement posés aux organisateurs. Plus généralement, pour ces derniers, la prise en charge financière des participants était la condition sine qua non d’une représentativité optimale, à la fois politique, sectorielle et géographique. La recherche de fonds a donc été un élément décisif dans l’organisation du Forum. Par ailleurs, compte tenu de la législation marocaine en matière de libertés et de rassemblements publics et surtout des pratiques parfois discrétionnaires et arbitraires du ministère de l’Intérieur dans ce domaine, un tel événement ne pouvait avoir lieu sans l’accord et le soutien – au moins implicite – des autorités. À cet égard, les associations d’aide au développement, parce qu’elles sont connues et reconnues, ont probablement joué un rôle déterminant. Non seulement elles ont constitué pour les pouvoirs publics marocains une sorte de garantie du « bon » déroulement du Forum, mais elles ont aussi bénéficié d’un soutien décisif de la part de leurs bailleurs habituels (Oxfam Québec, Intermon, le CCFD ou l’association québécoise Droit et Démocratie, par exemple), qui ont ainsi témoigné de leur volonté de s’investir dans le domaine de la coopération et de l’aide au développement, et tout spécialement au Maroc. La libéralisation à la fois économique et politique engagée par ce pays ne faisant à leurs yeux aucun doute, elles entendaient y contribuer à leur échelle.
12L’aide apportée par l’Agence de développement social (ADS), quant à elle, est le produit immédiat d’une évolution perceptible du système politique marocain
13Avec le recul, certains participants du Forum social Maroc ont regretté que les rencontres de Bouzniqa aient offert une image bien différente de ce qu’ils ont pu observer quelques semaines plus tard, en janvier 2003, à Porto Alegre III. L’événement marocain, résultat d’une alliance de compétences, de capitaux sociaux et d’intérêts sensiblement divergents, illustre en effet l’hétérogénéité des manifestations rassemblées sous le label « Forum social ». Conçu à l’origine pour préparer la participation d’une délégation marocaine à la troisième édition du FSM, il s’est finalement révélé être un lieu de débats sur des enjeux avant tout nationaux. Il participe en premier lieu d’un processus de construction d’un « champ associatif » qui, dans le cadre d’une réforme des politiques de développement marquée par l’émergence de nouvelles catégories d’action publique importées par les bailleurs internationaux et sous l’impulsion de quelques entrepreneurs de causes, prend aujourd’hui une ampleur croissante. Dominé par la présence d’ONG d’aide au développement qui inscrivent leurs actions dans le champ de la coopération internationale, ce premier Forum social marocain a néanmoins regroupé d’autres types d’organisations dont la vocation, à l’instar d’Attac, est davantage tournée vers le champ politique.
14Si elle est liée aux investissements d’ONG internationales et nationales qui relèvent du champ de la coopération, la constitution d’un espace altermondialiste marocain s’articule également autour du champ politique et partisan. Ainsi la création de l’association Attac Maroc témoigne-t-elle d’une tentative de restructuration au sein de l’extrême gauche après l’adoption de la Constitution de 1996 et l’entrée au gouvernement de l’USFP. Elle est aussi révélatrice de l’apparition de stratégies d’internationalisation qui ont pour but de renforcer des positions occupées sur la scène nationale. Les polarisations idéologiques mais aussi l’inégalité des dispositions à l’international expliquent les investissements différenciés dans l’altermondialisme. L’association Attac Maroc, en particulier, ne peut être saisie que dans l’enchevêtrement de différents espaces : celui du pouvoir marocain dans ses aspects policiers parfois les plus répressifs et celui de l’association Attac France avec laquelle elle est inévitablement en interaction.
15Au début de l’année 2003, Attac Maroc, dont l’Assemblée constitutive s’est tenue le 15 juillet 2000, revendique environ 400 membres
16Les différentiels observés dans la distribution de ces ressources et l’évolution des carrières militantes qui en découle pour partie contribuent néanmoins à la formation de clivages internes au mouvement. En particulier, tous les militants n’ont pas le même rapport à l’association. Pour certains, l’engagement dans Attac n’est que secondaire. Étroitement insérés dans une ou plusieurs autres organisations partisanes ou syndicales, ils peuvent être considérés, à ce titre, comme des « établis » en termes de carrière militante. Pour d’autres, au contraire, Attac représente leur unique engagement. Très critiques à l’égard des organisations traditionnelles, ce sont en quelque sorte des « précaires » du militantisme qui investissent Attac comme un lieu de renouvellement des discours et des pratiques politiques. Jeunes, ils sont à l’orée de leur carrière militante. Plus âgés, ils ont derrière eux un long parcours de militants politiques et/ou syndicaux ; mais passés par de nombreuses organisations de la gauche marocaine, ils n’ont jamais réussi à en trouver une qui leur convienne et les conduise à stabiliser leur engagement. Las des démissions et autres exclusions, ils semblent, eux aussi, trouver dans Attac une organisation « refuge » où le discours altermondialiste leur apparaît comme un moyen de renouveler les pratiques militantes et de bousculer un champ politique dont ils voudraient changer les règles. S’ils dénoncent vivement le fonctionnement d’organisations anciennes dans lesquelles ils n’ont pas réussi à trouver leur place, ils n’en conservent pas moins avec ces dernières des affinités idéologiques. La ressource internationale que constitue le label Attac fournit alors à ces « précaires » la possibilité de proposer une nouvelle offre politique.
17À partir du milieu des années 1990, et dans la mesure où la conjoncture politique le permet, les différents courants issus du marxisme-léninisme, complètement laminés par la répression des années 1970-1980, tentent de se restructurer. En 1995, d’anciens membres de l’extrême gauche marocaine fondent An-Nahj ad Dîmûqrâtî ( La Voie démocratique)
18Si l’on en croit Bernard Cassen
19De l’aveu même de ses promoteurs, la cause « anti-mondialisation » ne mobilise guère au Maroc, ce qui les oblige à faire constamment le grand écart entre leur agenda international et les causes locales qu’ils défendent. Ainsi, la création de l’association marocaine a été quasi concomitante de la tenue de la quatrième Conférence des ministres des Affaires étrangères de suivi du Processus de Barcelone
20L’organisation à Marrakech, à l’automne 2001, d’une conférence sur les changements climatiques
21Mais au-delà de l’agenda international, l’association marocaine s’appuie avant tout sur des réseaux militants plus anciens et mobilisés sur des enjeux nationaux. Dans les premiers temps, alors qu’elle n’est pas encore officiellement reconnue et que des problèmes matériels menacent quotidiennement son existence même, les réunions qu’elle organise ont lieu dans les locaux des syndicats, la Confédération démocratique du travail (CDT) à Casablanca ou l’Union marocaine des travailleurs (UMT) à Rabat. Elle y côtoie d’autres groupes qui, également faute d’être reconnus, sont hébergés par les syndicats. Cette proximité, renforcée par des affinités idéologiques, fait qu’à Rabat de nombreux membres de l’Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc (ANDCM) militent également à Attac. La première publication de la section Attac de Rabat traite d’ailleurs des problèmes spécifiques de cette catégorie de militants qui, après plusieurs années d’existence, ont développé des pratiques et établi des réseaux sur lesquels l’association peut s’appuyer
22Un autre exemple de mobilisation dont l’élément déclencheur est de nature purement locale est le passage, à Rabat, le 1er janvier 1999, d’une régie de distribution de l’eau et de l’électricité, établissement public communal, à une gestion « déléguée » à la REDAL, consortium hispano-portuguais. Certaines familles de milieux populaires se retrouvent subitement dans l’obligation de régler des factures dont le montant est « surréaliste ». À Yacoub El Mansour, quartier populaire de la capitale, on observe alors une mobilisation des usagers qui se relaient pour maintenir un sit-in devant le siège de la REDAL, interpeller la presse et les pouvoirs publics, rédiger un cahier de doléances, etc. Certes, Attac Rabat n’est en aucun cas à l’origine de cette mobilisation quasi « spontanée », mais elle se greffe sur ce « micro-mouvement social » et mobilise toutes ses ressources pour lui venir en aide. À des usagers peu familiers de ce genre de pratiques et jusque-là fort éloignés de toute action militante, elle apporte ses compétences en matière de relations avec la presse, de rédaction des doléances, de négociations avec les pouvoirs publics et la REDAL. Tout en œuvrant à l’interprétation d’événements locaux pour leur conférer un sens plus global, Attac Maroc tente ainsi d’être partie prenante du développement d’un nouveau « cadre d’action collective ».
23L’espace de l’altermondialisme marocain se caractérise par un faible degré d’autonomie par rapport au champ de la coopération internationale. Si le deuxième Forum social qui a eu lieu au cours de l’été 2004 peut être interprété comme le signe de la « normalisation » et de l’enracinement de la mobilisation
Éric Cheynis
doctorant à l’Université Paris I et associé au laboratoire Cultures et sociétés urbaines (CSU-IRESCO). Il est ATER à l’Institut d’études politiques de Toulouse/ Laboratoire des sciences sociales du politique (LaSSP). Ses recherches portent sur la constitution de la « société civile » comme catégorie à partir d’un cas d’étude au Maroc. eric.cheynis@wanadoo.fr
[ 1] Loin de toute fétichisation, le concept de « cadre d’action collective » est utilisé ici comme un simple outil d’analyse. Les mobilisations altermondialistes sont appréhendées comme « productrices de significations » et « les cadres y apparaissent comme des ressources symboliques mises en œuvre par les leaders des mouvements dans une logique d’organisation de moyens pour atteindre des objectifs ». Cf. Daniel Cefaï, Danny Trom (dir.), Les formes de l’action collective : mobilisations dans des arènes publiques, Paris, Éditions de l’EHESS, 2001, p. 12-13.
[ 2] Yves Dezalay, « Les courtiers de l’international. Héritiers cosmopolites, mercenaires de l’impérialisme et missionnaires de l’universel », Actes de la recherche en sciences sociales, « Sociologie de la mondialisation », 151-152, mars 2004, p. 5-35.
[ 3] Myriam Catusse, Frédéric Vairel, « “Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre”. Métamorphoses et continuité du régime marocain », Maghreb-Machrek, 175, printemps 2003, p. 73-91.
[ 4] Ibid., p. 76. M. Catusse et F. Vairel s’interrogent sur « les mises en récits de la démocratisation ». En analysant concrètement les réformes autoritaires que le Maroc a connues ces dernières années, ils démontrent que le « processus de “mise à la norme démocratique” ne préjuge en rien d’une démocratisation du régime » (p. 91).
[ 5] Cf. Nonna Mayer, Johanna Siméant, « L’espace de l’altermondialisme », Revue française de science politique, 54 ( 3), juin 2004, p. 373-378, mais aussi Lilian Mathieu, « Rapport au politique, dimensions cognitives et perspectives pragmatiques dans l’analyse des mouvements sociaux », Revue française de science politique, 52 ( 1), février 2002, p. 75-100. Le concept de champ peut être considéré comme trop exigeant face au faible degré de structuration de l’objet ici abordé. On peut néanmoins se référer à la définition qu’en donne Christian Topalov à propos de la nébuleuse réformatrice de la fin du XIXe siècle en France : « Un système autonome de positions, d’acteurs et d’institutions, organisés par des enjeux et des rapports internes spécifiques ». Voir C. Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880-1914, Paris, Éditions de l’EHESS, 1999, p. 461.
[ 6] Cette étude se fonde sur une dizaine d’entretiens non directifs ainsi que sur l’observation du premier Forum social Maroc et de plusieurs réunions publiques ou internes des diverses organisations ici mentionnées.
[ 7] Éric Agrikoliansky, « Du tiers-mondisme à l’altermondialisme : genèse(s) d’une nouvelle cause », dans Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisme en France. La longue histoire d’une nouvelle cause, Paris, Flammarion, 2005, p. 62.
[ 8] Sa contribution financière s’élève à environ 20 000 euros, soit quasiment la moitié du budget total du premier Forum social Maroc.
[ 9] Ces chiffres donnent une évaluation très optimiste des effectifs. Il est probable qu’ils proviennent d’un fichier dans lequel il n’a pas été précisé pour chaque adhérent s’il avait renouvelé ou non sa cotisation.
[ 10] Toute chose égale par ailleurs, ces dispositions à l’international caractérisent également les militants européens de l’altermondialisme. Voir Boris Gobille, Aysen Uysal, « Cosmopolites et enracinés », dans Éric Agrikoliansky, Isabelle Sommier (dir.), Radiographie du mouvement altermondialiste. Le second Forum social européen, Paris, La Dispute, 2005, p. 105-126.
[ 11] An-Nahj ad Dîmûqrâtî se veut « la continuation politique et idéologique du Mouvement marxiste-léniniste marocain (MMLM) et en particulier de l’organisation Ilâ Al-Amâm ( En avant), qui militait dans la clandestinité » (www. annahjaddimocrati. org). Elle a refusé de cautionner la révision constitutionnelle de 1996 et a appelé au boycott des élections législatives de 1997 et 2002.
[ 12] Cette première réunion publique, qui se tient dans les locaux de la Fédération des œuvres laïques (FOL) à Casablanca, est organisée à l’initiative notamment d’enseignants français du Lycée Lyautey. Le président d’Attac Rhône y est invité à prendre la parole devant plus de 200 personnes.
[ 13] Jusqu’à sa modification en juillet 2002, le dahir n°58-376 du 15 novembre 1958 réglementant le droit d’association soumettait les conditions de déclaration et d’existence d’une association à l’arbitraire de l’autorité administrative. En effet, l’administration n’était pas tenue de délivrer d’office un récépissé provisoire attestant la déclaration légale de l’association. Cette dernière demeurait donc dans l’expectative. Alors qu’elle avait été déclarée auprès des autorités en juillet 2000 à la suite de son Assemblée constitutive, Attac Maroc n’a obtenu le fameux récépissé – et donc une « semi-existence légale » à défaut d’autorisation officielle – que le 30 mars 2002.
[ 14] Bernard Cassen, Tout a commencé à Porto Alegre… Mille forums sociaux !, Paris, Mille-et-une-Nuits, 2003.
[ 15] Coordonnée par Attac Rhône, ce regroupement de comités locaux français s’est étoffé au fil du temps pour finir par réunir une petite dizaine d’entre eux investis à des degrés divers : Attac Rhône, Attac Marseille, Attac Limoges, Attac Bordeaux, Attac Grenoble, etc. Il est chargé des relations avec les pays de la Méditerranée.
[ 16] Nom de l’organisation tunisienne membre de la plate-forme internationale du mouvement Attac.
[ 17] Le 28 novembre 1995, les ministres des Affaires étrangères des quinze pays de l’Union européenne et de douze partenaires méditerranéens (Algérie, Chypre, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Syrie, Tunisie, Turquie, Autorité palestinienne) ont adopté la Déclaration de Barcelone, acte de naissance du Partenariat euroméditerranéen.
[ 18] Attac Maroc, Ensemble, se réapproprier l’avenir de la Méditerranée. Pour des rencontres alternatives, 2000.
[ 19] Il s’agit de la COP 7, ou Septième Conférence des Parties (CdP-7) de la Convention cadre sur les changements climatiques (CCCC) conclue en 1992, qui s’est tenue à Marrakech du 29 octobre au 9 novembre 2001.
[ 20] Sommet européen de Séville, 20-22 juin 2002.
[ 21] Attac Maroc — groupe Rabat, Diplômés chômeurs, Casablanca, Tarik Éditions, 2001 (édition bilingue arabe~français). Créée en octobre 1991, l’ANDCM s’est donné pour objectif de faire valoir le droit au travail des chômeurs diplômés. Dix ans plus tard, elle rassemble, selon ses dirigeants, près de 20 000 adhérents dans plus de 140 sections.
[ 22] Le fait qu’il se soit tenu sur le domaine universitaire de Souissi à Rabat lui a sans doute conféré une plus grande visibilité et a contribué à augmenter le nombre de ses participants ( 1 500 revendiqués).
[ 23] Je tiens à remercier Ivan Bruneau, Cédric Lomba et Hervé Serry et à rendre hommage à Rémy Leveau pour les lectures critiques que chacun d’eux a bien voulu faire des premières versions de ce texte.