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Le prix Vautrin-Lud 2004
Denise Pumain
Marie-Claire Robic
1Penseur et passeur de la géographie, Philippe Pinchemel s’est vu décerner le prix Vautrin-Lud au FIG de Saint-Dié-des-Vosges, le 3 octobre 2004.
2Philippe Pinchemel est l’un des très rares géographes de sa génération qui propose une interprétation d’ensemble de l’organisation de l’espace par les sociétés humaines. Son ouvrage, La Face de la Terre, cosigné avec son épouse Geneviève, construit et illustre ses deux concepts-clés de spatialisation et d’artificialisation. La transformation d’un substrat naturel en milieu géographique passe par l’imposition, dans l’interface terrestre, du système spatial inventé et perfectionné par chaque société. Il a ainsi apporté une contribution essentielle à la théorie de la géographie, en la plaçant délibérément dans l’interaction sociétés-milieux, dans la diversité culturelle et politique, et dans la pratique des aménagements territoriaux.
3Philippe Pinchemel ne souhaite pas être vu comme un chef de file, une « tête d’école », mais il est presque malgré lui pour beaucoup un maître, un passeur d’idées, un « éveilleur ». Nous sommes nombreux à pouvoir témoigner de sa discrète et libérale stimulation intellectuelle. Ce rayonnement, Philippe Pinchemel l’a porté à l’étranger, par ses voyages, ses enseignements, les traductions de ses ouvrages. Président-fondateur de la Commission pour l’Histoire de la pensée géographique (devenue commission permanente) de l’Union géographique internationale, il a su catalyser dès 1968 des recherches émergentes sur l’histoire et l’épistémologie de la géographie. Celle-ci est entendue au sens large, à la fois comme pensée et comme action sur le monde, voire comme une sagesse, une géosophie.
4Promoteur visionnaire du statut que devait acquérir l’image en géographie, comme médium de connaissances et vecteur de communication, Philippe Pinchemel porte un intérêt constant aux représentations sous toutes leurs formes. Attentif à la cartographie, investi dans des réflexions décapantes sur le paysage et l’espace, fasciné par les images satellitaires, il a innové dans le champ de la réalisation cinématographique. Loin de l’ésotérisme de la science, il y manifeste une volonté de diffusion pédagogique et d’échanges culturels, qu’enrichissent par exemple ses complicités avec la Bibliothèque nationale et son Département des cartes et plans, ou des institutions comme le musée Albert Kahn.
5Le petit monde de Philippe Pinchemel est tissé de réseaux multiples tout au long de sa carrière, avec des accointances non seulement dans des disciplines nombreuses (l’histoire, la philosophie, l’urbanisme, la géologie, la statistique, l’économie…) mais encore avec des champs professionnels variés (les géomètres, les aménageurs, les ingénieurs des Ponts, les éditeurs, les cinéastes…) en France comme à l’étranger (oserons-nous rappeler cet Ordre du Soleil Levant, Rayons d’or en sautoir, qu’il a reçu au Japon ?). Philippe Pinchemel est depuis l’origine membre du Comité de rédaction de l’Espace géographique, au nom duquel nous lui adressons nos amicales félicitations.
Denise Pumain
Marie-Claire Robic
[ *] NDLR : Pour en savoir plus, voir le cédérom Philippe Pinchemel en face de la Terre, édité par l’UMR Géographie-cités