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Enfance 2002- 1 (Volume 54)| ISSN 0013-7345 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2130526756 | page 5 à 7 Distribution électronique Cairn pour les éditions Presses Universitaires de France . © Presses Universitaires de France . Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Introduction : L’enfant autiste est aussi un enfant
Jacqueline Nadel
René Pry
RESUME —
L’autisme est estimé comme le plus sévère des troubles psychopathologiques du développement de l’enfant. L’ensemble du développement est affecté dès la petite enfance, et la construction de repères en fonction de l’expérience en est profondément troublée. Il ne s’ensuit pas pour autant que son étude soit toujours menée dans une perspective développementale. Constat bien banal, mais encore trop peu nourri de données de recherche. Pour preuve, les fréquentes déclarations comme “ l’enfant autiste a un déficit en ceci ” ou “ ne peut pas faire cela ”, sans plus d’information sur l’âge chronologique, l’âge de développement, le sexe, l’environnement familial, etc., comme si l’autisme était une entité fixée. Plus qu’une position, c’est un état d’esprit, d’autant plus contestable que l’hétérogénéité du syndrome est avérée, et que beaucoup préfèrent désormais parler d’autismes au pluriel, ou de sous-groupes d’autisme, ou de spectre autistique ( “ autistic spectrum ” ), reconnaissant ainsi que des développements différents peuvent être attendus à partir de troubles de niveaux et d’étendue différents.
En organisant un numéro thématique ciblé sur le développement dans les cas d’autisme, Enfance a l’ambition de mettre l’accent sur la nécessité – dans la recherche et les pratiques –, de voir l’enfant au diagnostic d’autisme avant tout comme un enfant en développement.
L’autisme est estimé comme le plus sévère des troubles psychopathologiques du développement de l’enfant. L’ensemble du développement est affecté dès la petite enfance, et la construction de repères en fonction de l’expérience en est profondément troublée. Il ne s’ensuit pas pour autant que son étude soit toujours menée dans une perspective développementale. Constat bien banal, mais encore trop peu nourri de données de recherche. Pour preuve, les fréquentes déclarations comme “ l’enfant autiste a un déficit en ceci ” ou “ ne peut pas faire cela ”, sans plus d’information sur l’âge chronologique, l’âge de développement, le sexe, l’environnement familial, etc., comme si l’autisme était une entité fixée. Plus qu’une position, c’est un état d’esprit, d’autant plus contestable que l’hétérogénéité du syndrome est avérée, et que beaucoup préfèrent désormais parler d’autismes au pluriel, ou de sous-groupes d’autisme, ou de spectre autistique ( “ autistic spectrum ” ), reconnaissant ainsi que des développements différents peuvent être attendus à partir de troubles de niveaux et d’étendue différents.
En organisant un numéro thématique ciblé sur le développement dans les cas d’autisme, Enfance a l’ambition de mettre l’accent sur la nécessité – dans la recherche et les pratiques –, de voir l’enfant au diagnostic d’autisme avant tout comme un enfant en développement.
Mots-clés : Autisme, Développement.
ABSTRACT —
A child with autism is also a child
Autism is defined as the most severe of all developmental disorders. This means that the whole of development is affected from infancy onwards, and that the building of experience will be impaired. But it remains that autistic children grow, develop, acquire some knowledge and skills, more or less compensate their early handicaps and face new ones, in short live a child’s life, even if an especially difficult one. Although this statement is a very common one, the developmental changes of children with autism are not yet fully documented and it is frequent to read that “ children with autism are unable to X, or impaired in Y ” without further information concerning their chronological age, their mental age, their family environment, and other variables, as if “ autism ” was a fixed entity.
As editors of a thematic issue of the French Journal Enfance, which will be devoted to Autism, our aim is to adopt a developmental perspective, and stress an evidence which is sometimes forgotten : a child with autism is also a child, and a developing child.
A child with autism is also a child
Autism is defined as the most severe of all developmental disorders. This means that the whole of development is affected from infancy onwards, and that the building of experience will be impaired. But it remains that autistic children grow, develop, acquire some knowledge and skills, more or less compensate their early handicaps and face new ones, in short live a child’s life, even if an especially difficult one. Although this statement is a very common one, the developmental changes of children with autism are not yet fully documented and it is frequent to read that “ children with autism are unable to X, or impaired in Y ” without further information concerning their chronological age, their mental age, their family environment, and other variables, as if “ autism ” was a fixed entity.
As editors of a thematic issue of the French Journal Enfance, which will be devoted to Autism, our aim is to adopt a developmental perspective, and stress an evidence which is sometimes forgotten : a child with autism is also a child, and a developing child.
Keywords : Autism, Development..
1L’autisme infantile est un trouble envahissant du développement du système nerveux central à causes multiples. Il se définit par un certain nombre de perturbations qui apparaissent avant l’âge de 36 mois et affectent notamment la communication non verbale et langagière, les capacités d’interaction sociale, et le champ des intérêts qui apparaît restreint. Les critères diagnostiques et la description des symptômes convergent dans les deux classifications internationales qui prévalent actuellement : la classification internationale des maladies (CIM10) et l’échelle de diagnostic mental de l’Association psychologique américaine (DSMIV). L’ensemble du développement est affecté dès la petite enfance, et la construction de repères en fonction de l’expérience en est profondément troublée.
2Il ne s’ensuit pas pour autant que son étude soit toujours menée dans une perspective développementale. Constat bien banal, mais encore trop peu nourri de données de recherche. Pour preuve les fréquentes descriptions de l’enfant autiste comme ayant tel ou tel déficit, sans plus d’information sur l’âge chronologique, l’âge de développement, le sexe, l’environnement familial, etc., comme si l’autisme était une entité fixée. Plus qu’une position, c’est un état d’esprit, d’autant plus contestable que l’hétérogénéité du syndrome est avérée, et que beaucoup préfèrent désormais parler d’autismes au pluriel, ou de sous-groupes d’autisme, ou de spectre autistique (« autistic spectrum »), reconnaissant ainsi la possibilité de trajectoires développementales variées.
3Ce numéro n’a pas d’ambition exhaustive, mais il cherche, en deux parties, à cerner en quoi le développement d’enfants à diagnostic d’autisme est différent du développement d’enfants porteurs d’autres troubles ou sans troubles du développement, et en quoi il est orientable positivement, comme tout développement.
4Dans la première partie, des chercheurs, des cliniciens et des éducateurs analysent en quoi le développement est différent dans l’autisme : ils examinent le fonctionnement cérébral (N. Boddaert et M. Zilbovicius), décrivent les premiers signes d’anomalies (B. Rogé), passent en revue les méthodes d’intervention précoce (G. Magerotte), scrutent l’évolution des caractéristiques individuelles (A. Baghdadli et C. Aussilloux), comparent les différences de développement selon les niveaux de fonctionnement (Pry et Guillain), analysent le rôle de la motricité dans le développement global (S. Rogers et L. Benetto).
5Dans la deuxième partie, il s’agit d’explorer en quoi le changement est orienté et tend vers un développement positif, malgré tout, en exploitant le rôle développemental de l’imitation (J. Nadel et C. Potier), en analysant le rôle de la synchronie des rythmes et des motifs (C. Trevarthen), enfin, en mettant l’accent sur l’importance de la diversité (A. Bullinger) dans cette population aussi variée qu’elle est décrite uniforme.