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Enfances & PSY 2006- 3 (no 32)| ISSN 1286-5559 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7492-0598-0 | page 173 à 173 Distribution électronique Cairn pour les éditions érès. © érès. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Les marques du corps vues par le xixe siècle [*]
1« [...] Si absurde, si illogique et si surprenant qu’il puisse paraître, le fait est pourtant celui-ci : depuis qu’il y a une humanité, elle s’ingénie de mille manières à entraver, à fausser et à faire dévier le développement physique de l’enfant.
2Peut-être en effet pensez-vous que, dans les civilisations naissantes et voisines de la nature, on laisse l’enfant grandir et se développer librement comme une plante ? C’est le contraire qui est vrai. Une espèce d’instinct pousse les peuplades barbares à contrarier l’œuvre de la nature. Elles transforment, en le pétrissant, le crâne des jeunes enfants et réalisent ainsi la singulière conception qu’elles se font de la beauté. Pour certains Indiens de l’Amérique du Sud, rien n’est plus admirable qu’une tête en pain de sucre ; d’autres tribus ont une prédilection pour le front extrêmement fuyant, ou au contraire pour un front projeté en avant et surplombant le reste du visage. Les Kirghiz de Sibérie, par une pression de la main, aplatissent la face de leurs enfants ; le nez devient camus, les orbites s’écartent et s’élargissent, les pommettes deviennent saillantes.
3Voilà, diriez-vous, des coutumes barbares et qu’on ne doit pouvoir rencontrer que chez les peuplades primitives en plein pays sauvage. Eh bien ! il n’y a pas longtemps encore, on en trouvait d’analogues en Europe et dans nos provinces françaises. Par exemple, en Auvergne, il était d’usage de fixer solidement la tête du bébé sur un oreiller très dur ou sur une planchette, afin que la partie postérieure de la tête vînt à s’aplatir. En Allemagne, même aplatissement, mais cette fois sur le sommet de la tête et pratiqué à l’aide d’une forte compresse maintenue par des bandages qui s’attachaient sous le menton. Dans les Flandres, des bandelettes serraient fortement la tête des nourrissons, afin de rétrécir les tempes. La région de Toulouse avait la spécialité des crânes en forme de boudin : on obtenait par le moyen d’une coiffure appropriée cet allongement souvent extraordinaire de la tête. Dans les Deux-Sèvres, les enfants, surtout les petites filles, portaient une toque en carton dur qui, appuyant sur les os encore mous, déterminait au-dessus du front un profond sillon, allant d’une oreille à l’autre. Le serre-tête des bébés normands était aussi malfaisant, d’autant plus que les paysannes avaient la déplorable habitude de l’attacher étroitement. On devine à quel point toutes ces pratiques devaient être funestes pour le cerveau. Comprimer, altérer, fausser l’organe même de la pensée, c’était par avance en compromettre le bon fonctionnement et condamner l’enfant à la faiblesse d’esprit, à l’idiotie, peut-être à la folie. Et de fait, dans les asiles d’aliénés, on trouvait à cette époque un grand nombre d’individus dont la tête avait été ainsi manipulée.
4Comme le serre-tête comprimait le crâne, le maillot ligotait les membres. La principale pièce en était une longue bande de toile dans laquelle on roulait le bébé qui dès lors ne pouvait faire un seul mouvement. On ménageait dans ce maillot une anse par laquelle on suspendait l’enfant à un clou, quand les parents allaient aux champs ou au cabaret.
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Dans cette nouvelle rubrique, nous nous proposons de publier des extraits de textes anciens relatant de quelle manière on prodiguait quelques conseils aux jeunes mères autrefois.
(Trouvé par Christiane de Loustal dans Lectures pour tous, 1902.)