Études sur la mort | 137-143

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Interview de Martine Ayme responsable du crématorium du Val de Bièvre, Arcueil

Claude Bersay

Secrétaire général de la Société de Thanatologie
Cardiologue


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Le crématorium du Val de Bièvre, à Arcueil, est un bel établissement situé un peu en hauteur, aux lignes épurées, où Martine Ayme nous attend.

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Claude Bersay: Merci de vous présenter à nos lecteurs et de nous dire quelques mots sur le crématorium.

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Martine Ayme: Je suis la responsable du crématorium depuis 2 ans et je travaille dans le métier du funéraire depuis 12 ans. Auparavant, j’accueillais les familles afin d’organiser les funérailles; puis j’ai travaillé pendant 2 ans comme assistante de crématorium. Ce crématorium est géré par le Groupement Funéraire Francilien-G2F par délégation du SIFUREP (Syndicat Intercommunal Funéraire de la Région Parisienne).

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Un crématorium est implanté dans une commune à la demande de celle-ci ou bien à la demande d’un groupement de municipalités. Puis un appel d’offres est lancé et les entreprises compétentes déposent un dossier. À l’issue de la délibération municipale, une entreprise est choisie pour réaliser le Crématorium et on lui concède sa gestion pour une période donnée. À Arcueil, le contrat de concession est de 18 ans. À son terme, un nouvel appel d’offre sera proposé. Le concessionnaire peut-être reconduit dans sa mission s’il est candidat et s’il a bien fait son travail.

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Globalement, c’est ainsi que cela se passe la plupart du temps, avec quelques nuances selon la durée des contrats, l’acquisition du terrain et la construction du bâtiment.

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En 2003, première année complète, nous avons eu 1291 crémations. Les prévisions, basées sur les premiers chiffres 2004 et sur les contrats Prévoyance Obsèques indiquent une augmentation rapide dans les années qui viennent.

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C. B.: Quelles sont les motivations de ceux qui choisissent la crémation?

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M. A.: Celles-ci sont multiples, et peuvent relever d’un souci écologique, philosophique ou géographique.

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L’aspect économique est présent, mais n’est pas le plus important.

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C. B.: Pourtant la pierre tombale, tout ce qui va avec, cela fait cher…

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M. A.: C’est vrai que quand les cendres sont dispersées, le coût est moindre, mais, dans le suivi de l’évolution de la crémation, on constate qu’il y a souvent le souci de laisser une trace. On sait, aujourd’hui, que les familles sont parfois désemparées, avec le temps qui passe, lorsque les cendres ont été dispersées un peu rapidement; il n’y a plus de repère et de marque. Ça, c’est tout de même une constante psychologique qui fait que les gens tiennent, en général, à garder un lieu de mémoire.

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C. B.: Il y a donc une certaine tendance à tenir à un lieu où l’on peut venir se recueillir. Est-ce qu’il y a des motivations religieuses?

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M. A.: Pas vraiment, il ne s’agit pas d’une démarche religieuse mais de pouvoir identifier l’endroit où repose le défunt. Ici, à Arcueil, nous avons, en quelque sorte, une première dans l’aménagement du jardin funéraire réservé à la dispersion. Nous avons 4 espaces de dispersion avec des supports différents qui permettent de laisser une trace. Les noms et prénoms du défunt peuvent être gravés sur une arche symbole qui relie la vie à l’Au-delà, ou sur 12 pierres levées, une par mois, en forme d’étoile, ou sur le mur des Noms, ou sur le livre de la Mémoire.

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C. B.: Comment est-ce réparti? Espace religieux, espace païen?

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M. A.: Nous devons observer une neutralité totale à tous points de vue, aussi bien au point de vue religieux que commercial aussi bien sûr.

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C. B.: Et ceux qui veulent un élément religieux?

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M. A.: Ils entrent en relation avec des personnes de leur paroisse ou de celle du défunt, qui les accompagnent quelquefois au crématorium.

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C. B.: Et pour laisser la trace, il y a un signe religieux?

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M. A.: Non, c’est très neutre, juste le nom, le prénom, année de naissance, année de décès; à la rigueur, ces personnes peuvent graver une petite phrase, un signe religieux. Ce n’est pas interdit, mais jusqu’à présent cela ne s’est pas présenté. Ce qui est important, c’est de savoir que la personne repose là et qu’il y a un moyen de reconnaissance, donc un lieu de mémoire…

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C. B.: Pour venir se recueillir éventuellement.

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M. A.: Oui, et dans l’imaginaire aussi. On peut prendre une photo et l’amener avec soi. Les spécialistes du deuil constatent que s’il n’y a pas de support physique c’est moins bien.

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La crémation permet beaucoup d’alternatives, parfois un peu trop, notamment quand on ramène l’urne chez soi; en effet, il est, parfois, difficile de vivre au quotidien avec cette présence au domicile.

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C. B.: Comment se passe le cheminement des funérailles?

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M. A.: Le crématorium n’organise pas les funérailles. Nos clients, ce sont les entreprises de pompes funèbres. Une famille en deuil se présente dans une entreprise de pompes funèbres et évoque le souhait d’organiser les funérailles avec une crémation. Il peut y avoir, bien sûr, passage sur un lieu de culte. L’église catholique, dominante en France, a donné l’autorisation de la crémation. Pour les protestants, également, cela ne pose pas de souci. Dans les communautés juive et musulmane, la pratique de la crémation pose problème.

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L’entreprise de pompes funèbres nous appelle et nous convenons d’un jour et d’un horaire selon les souhaits de la famille et des disponibilités des uns et des autres. C’est l’entreprise de pompes funèbres qui va fournir le cercueil, le corbillard, les porteurs.

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Au jour dit, nous accueillons la famille. Le crématorium est disposé sur deux niveaux. La famille laisse sa voiture au parking au premier niveau et entre au crématorium. Pendant ce temps, le défunt est accueilli au second niveau par le personnel technique, à l’abri des regards du public.

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Nous revoyons, à ce moment-là, avec la famille, les proches, les amis la façon dont va se dérouler ce temps de recueillement. Nous devons savoir si le cercueil sera présenté dans la salle de cérémonie, la présence éventuelle des fleurs et leur présentation; s’il y a une urne nous la présentons, ce qui permet, psychologiquement, de faire un peu le chemin de ce qui va se passer entre le cercueil et cette urne. Ce moment de recueillement peut être soutenu par de la musique, des prises de paroles, des lectures. Nous essayons d’aller de plus en plus vers une personnalisation et une ritualisation. On peut être passé, d’abord, par un lieu de culte pour prier, et, ensuite, ici, il est possible d’accentuer ce temps de recueillement, d’accompagnement sur le souvenir, sur les moments partagés, sur l’histoire du défunt. Les mentalités et les habitudes changent lentement.

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C. B.: Il y a donc un temps de recueillement qui dure combien de temps?

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M. A.: Le temps de recueillement dure, à peu près, une vingtaine de minutes, temps moyen; cela peut aller au-delà bien sûr. La séparation avec le cercueil dans la salle de cérémonie se fait avec un rideau qui va glisser tout doucement. À ce moment-là, on invite l’assistance à ressortir de la salle; on leur a dit au moment où on les a accueillis qu’il y a possibilité, comme dans tous les crématoriums d’accompagner leur parent, de visualiser, dans une autre petite salle, sur un écran vidéo, l’entrée du cercueil dans l’appareil de crémation. Ce peut être un besoin et une attente réelle, ce n’est pas une obligation, on explique tout cela. Il est vrai qu’en matière de crémation beaucoup de personnes se posent des questions. Il y a encore beaucoup d’interrogations pour les familles. Tout n’est pas forcément évoqué lors de l’entretien avec l’entreprise de pompes funèbres.

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C. B.: Question un peu sordide: Pourquoi payer un cercueil qu’il faudra brûler peu après?

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M. A.: C’est une obligation légale, pour transporter le corps. Et la législation exige que, lorsqu’il y a crémation, il faut un contrôle de police sur l’identité du défunt. On pose des scellés aux extrémités du cercueil.

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C. B.: Le cercueil est scellé par la police pour être sûr que c’est bien la personne attendue que l’on va soumettre à la crémation?

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M. A.: En effet, après la crémation, il n’y a plus d’ADN, il n’y a plus rien et plus de possibilité d’enquête.

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Les scellés sont posés par la police sur le lieu de mise en bière et de fermeture du cercueil, comme c’est le cas quand on change de commune. Cependant, pour l’inhumation, il est toujours possible de retrouver le défunt quel que soit l’endroit où il est enterré, tandis que, dans la crémation, il n’y a plus de trace.

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C. B.: Cela dure combien de temps?

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M. A.: Une heure et demie, à peu près.

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C. B.: Les gens attendent?

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M. A.: Pas toujours. Les proches sont venus accompagner; se sont recueillis, ont assisté ou non au départ du cercueil et s’en vont. C’est l’entreprise de pompes funèbres qui va revenir chercher l’urne au plus tôt au bout de 2 heures, ou bien la famille.

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C. B.: La famille ne reste pas?

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M. A.: Non ou très rarement, nous le déconseillons parce que le parcours des funérailles est long depuis le moment où la personne est décédée, il s’est passé plusieurs jours. Les personnes peuvent rester si elles le souhaitent, éventuellement prendre une collation.

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C. B.: Le repas des funérailles ce n’est plus dans les mœurs?

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M. A.: Cela revient, cela revient, mais relève encore de l’exception. Certaines familles continuent la tradition. Nous avons un restaurant proche d’où on voit revenir les gens; ils ont parlé du défunt, ri quelquefois. Le défunt est toujours présent, mais la vie reprend.

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C. B.: Donc la famille s’en va; vous recueillez les cendres et vous les donnez à l’entreprise de pompes funèbres.

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M. A.: On peut aussi les garder. Tous les crématoriums se doivent de proposer la conservation des cendres, à titre gracieux, pendant un certain délai qui est pour nous de 3 mois, pour d’autres un ou 2 mois, pour laisser le temps à la réflexion quant à la destination finale ou au devenir des cendres. Même dans le cas d’une dispersion, je conseille toujours de prendre un petit temps de réflexion; on a le temps.

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C. B.: On a l’éternité.

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M. A.: Bien sûr.

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C. B.: Est-ce qu’il y a des gens qui ne viennent pas les chercher?

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M. A.: Cela peut arriver, mais les cendres ne sont pas abandonnées. Il y a une procédure, un protocole: Nous faisons remplir un document indiquant l’identité de la ou des personnes qui ont prévu de venir reprendre les cendres. Le délai passé, on envoie un premier courrier en recommandé, puis un deuxième où il est dit que les cendres peuvent être dispersées si nous n’avons pas de réponse. Ici, depuis 2 ans, nous n’avons pas eu d’abandon, mais cela viendra. Ce n’est pas forcément une négligence. Il ne faut pas juger. Cela peut être un déni, une peur…

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C. B.: Et vous savez ce qu’ils en font; ils vous en parlent, demandent conseil?

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M. A.: Quelquefois bien sûr. Ces cendres sont déposées soit dans un columbarium puisque les cimetières maintenant s’équipent de columbarium soit dans une sépulture de famille, soit dans un cavurne (petit caveau) pouvant être orné d’un monument cinéraire.

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C. B.: On peut mettre l’urne dans la tombe d’un parent?

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M. A.: Bien sûr, mais il faut que la personne ait droit à sépulture. Le choix du crématorium est libre. En revanche le dépôt au cimetière retourne dans le cadre de la législation. Les cendres peuvent, aussi, être dispersées dans la nature. Les gens nous disent: On va aller en Bretagne ou à la montagne, quelquefois aux Seychelles ou aux Indes ou ailleurs, selon leurs souvenirs. On ne pose pas de question. Les familles nous demandent quelquefois ce qu’on peut faire des cendres. C’est plus souvent de la famille éloignée qui pose ce type de question.

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C. B.: Et l’entreprise de pompes funèbres ne garde pas les cendres?

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M. A.: Elle peut les récupérer et rendre les services que nous proposons, mais ils n’y sont pas tenus alors qu’au crématorium c’est une obligation inscrite dans le cahier des charges.

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C. B.: Dans une inhumation, il y a presque toujours une cérémonie religieuse.

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M. A.: Dans les crématoriums, il y a maintenant un espace destiné au recueillement; les crématorium sont tous équipés d’une salle de cérémonie. Un convoi civil va partir d’une chambre funéraire ou d’un hôpital; s’il n’y a pas de passage à l’église et qu’il va directement au cimetière, le temps de recueillement ou de prières va se dérouler dans des conditions pas toujours faciles (dans une allée, sous la pluie…). Pour les gens qui ont des exigences religieuses fortes, ils choisiront de se rendre dans un lieu de culte.

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Pour les autres, la salle de cérémonie est une solution simple à la disposition de tous les convois funéraires, même s’il n’y a pas crémation. Cela peut rendre service.

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C. B.: Vous voyez donc moins de cérémonies religieuses qu’au cimetière?

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M. A.: Bien sûr. Notre rôle n’est pas de prier avec les gens. Nous ne lirons pas l’Évangile ou des psaumes. Ce n’est pas à nous de le faire. On accompagne ceux qui veulent lire des poèmes mais, en revanche, dans l’aspect religieux, nous devons rester neutre. Nous pouvons, à la demande de la famille, mettre à disposition un espace pour prier. On n’intervient pas.

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C. B.: Vous laissez toute liberté à vos visiteurs et vous n’imposez rien?

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M. A.: Ce serait déplacé, cela n’aurait pas de sens.

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C. B.: Voyons les locaux, là, la salle de cérémonie?

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M. A.: C’est une grande pièce qui peut contenir une centaine de places assises. Elle a le gros avantage d’être modulable en deux parties, l’une, la petite pouvant être mise à la disposition de personnes désirant s’isoler afin d’être dans l’intimité, un moment. Il y a un pupitre pour celui qui veut prendre la parole, réciter un poème ou dire une prière; il y a un catafalque où l’on dépose le cercueil; sur la colonne en bois, on dépose l’urne. L’architecture est dépouillée, les tons sont de couleur pastel, l’éclairage essentiellement naturel, il y a partout des plantes vertes, et, aux murs, des tableaux représentant des scènes champêtres. Le tout donnant une impression de douceur et de paix dans un silence parfait.

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C. B.: Il n’y a pas les fioritures et les décorations parfois recherchées d’un temple. C’est très simple.

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M. A.: Tout en étant tout de même chaleureux.

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C. B.: Et la salle de convivialité?

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M. A.: On y vient une fois que la crémation a commencé pour un moment de repos, d’apaisement, de réunion; on peut y partager une collation. Les enfants ont la possibilité de dessiner, les dessins sont souvent très intéressants; ils ont aussi quelques jeux. On y passe, en général, 20 à 30 minutes avant de repartir.

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Chaque année, nous organisons un temps de mémoire pendant le mois de novembre qui est celui du souvenir. Les familles, les proches, qui ont accompagné un parent au crématorium du Val de Bièvre sont invités à venir, à se retrouver dans la salle de cérémonie où il va y avoir un programme musical, des interventions de psychologues spécialistes du deuil, des bénévoles qui accompagnent des personnes en fin de vie, des représentants des paroisses qui organisent eux aussi les funérailles. Il y a des supports pour la mémoire, des patchworks de noms, des expositions de photos. Par exemple, l’année passée, c’était le thème des Anges; cette année, ce sera, peut être, des dessins d’enfant. On partage le petit verre de l’amitié. On parlera encore du défunt puisque chacun de nous sait bien que ceux que nous aimons ne nous quittent jamais.

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C. B.: Quelles ont été vos motivations personnelles dans le choix de cette activité?

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M. A.: Cela m’a apporté beaucoup; c’est une leçon de vie utile pour mon équilibre personnel; cela aide à définir ce qui est important et ce qui ne l’est pas dans ce monde matérialiste dans lequel nous vivons, leçon dont bénéficient mes enfants. On en tire une certaine sérénité. Le cadre et l’ambiance sont propices à la réflexion. La mort paraît moins effrayante.

Claude Bersay

Secrétaire général de la Société de Thanatologie
Cardiologue

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