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Revue de la Société Française de Gestalt | 75-76 Distribution électronique Cairn pour les éditions la Société Française de Gestalt. © la Société Française de Gestalt. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
À la recherche de la bonne place
Manon Sarda Van Woensel
1Comment et pourquoi suis-je devenue psychothérapeute ?
2Dans une vie antérieure à celle de psychothérapeute, j’étais mère de famille et alternativement assistante de direction tri-lingue et interprète. Je ne me suis jamais vraiment sentie à l’aise dans ces métiers (sauf celui de mère), je m’intéressais davantage à l’être des personnes (y compris mes supérieurs hiérarchiques) qu’à la tâche àaccomplir.
3Un premier enfant atteint de Syndrome d’Asperger (apparenté à l’autisme) m’a obligée à me poser beaucoup de questions. Pour y répondre et y voir clair dans l’énorme culpabilité que je ressentais (pour faire court), je suis entrée en analyse (brève) d’abord, puis en thérapie.
4C’est ainsi que j’ai rencontré la Gestalt, en tant que cliente. Intéressée depuis le lycée par la psychologie, j’ai commencé à me sentir attirée par le métier de psychothérapeute et la formation à l’École Parisienne de Gestalt. Le passage de cliente à étudiante a pris plusieurs années. Il m’a fallu le soutien et les encouragements de mes formateurs pour que j’aille au bout de ce chemin.
5Comment ont évolué mes motivations ?
6En début d’exercice, le doute m’a accompagnée au quotidien. Est-ce que j’étais vraiment faite pour ça ?Allais-je être une bonne thérapeute ?
7Plusieurs étapes ont contribué à entretenir mes motivations : d’abord, ce sont mes clients et clientes qui au fur et à mesure du temps et de leur mieux-être m’ont convaincue que je pouvais continuer.
8J’ai beaucoup appris en supervision : regarder mes failles, mes difficultés, être obligée d’y faire face m’a permis de grandir, de mûrir, m’a « tirée vers le haut »; impossible de « rouiller », de stagner ! La titularisation par des pairs (Société Française de Gestalt) a été un autre encouragement sur mon chemin, une grande valorisation. Ayant parcouru des chemins de traverse, il m’a longtemps été difficile de me sentir légitimée comme psychothérapeute ! Petit à petit, le doute est devenu questionnement, ma curiosité naturelle de la nature humaine me poussant toujours en avant... Au bout de cinq années de pratique environ, je me suis vraiment sentie psychothérapeute et à l’aise.
9Qu’est-ce qui fait que je suis encore gestaltiste ?
10J’aime la Gestalt dans sa vision de l’homme et je trouve que notre regard sur la relation organisme/environnement est unique et précieux. J’aime également le lien qu’elle me permet de créer avec mes client(e)s : chaleur, affection, toucher si besoin et surtout présence et implication !
11Toutes mes connaissances et chaque expérience de vie me servent dans ce travail. Même mes expériences de chemins de traverse se mettent au service de l’autre... Je ne m’ennuie jamais, et si quelquefois je m’assoupis en séance de travail, nous pouvons tout de suite chercher quel service je lui rends en m’endormant, quel bénéfice – non conscient de lui – je l’aiderais à sauvegarder !
12Un geste, un regard, une attitude, un changement de ton, un silence, une apnée, un petit « pas grand chose » observé et nommé permet la découverte de l’autre, et lui permet de se découvrir. L’attention au processus et l’encouragement à l’awareness ouvre l’univers du moi, souvent ignoré, caché sous la ligne de flottaison, derrière l’apparence, au-delà de la frontière...
13Il y a autant d’univers que de personnes au monde à découvrir !
14Je pense aussi que nous avons une vraie responsabilité dans notre société en tant que thérapeutes : la Gestalt véhicule des idées précieuses de respect (de soi, de l’autre), et de liberté d’être. Elle encourage la diversité, l’unicité de l’être, la tolérance à la différence. Notre monde a besoin de cela, peut-être plus que jamais !
Manon Sarda Van Woensel