Horizons stratégiques 2007- 1 (n° 3)| ISSN 1253-1545 | ISSN numérique : en cours | ISBN : sans | page 98 à 119

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Retour sur les violences urbaines de l’automne 2005
Émeutes et émeutiers à Aulnay-sous-Bois

Vincenzo Cicchelli
Sociologue, maître de conférences (CERLIS, Paris-V/CNRS). Il travaille sur les jeunes et les liens qui les unissent aux adultes, sur leur mobilité géographique dans une perspective comparative et interculturelle. Il a notamment publié La construction de l’autonomie (Paris, PUF, 2001) et dirigé l’ouvrage Ce que nous savons des jeunes (avec C. Pugeault-Cicchelli et T. Ragi, Paris, PUF, 2004).
Olivier Galland
Sociologue, directeur de recherche au CNRS (GEMAS Paris-IV). Il travaille sur les jeunes, leurs façons d’entrer dans la vie adulte et leurs valeurs. Il a notamment publié Sociologie de la jeunesse, Armand Colin (nouvelle édition entièrement revue sous presses), et Les jeunes Européens et leurs valeurs (sous sa direction et celle de B. Roudet), Paris, La Découverte, 2005.
Jacques de Maillard
Professeur de sciences politiques à l’université de Rouen et chercheur à PACTE-IEP de Grenoble. Il travaille notamment sur la gouvernance locale en matière de sécurité publique et les politiques de développement social urbain. Il a publié Réformer l’action publique. La politique de la ville et les banlieues (LGDJ, 2004).
Séverine Misset
Doctorante au CERLIS (université Paris-V René Descartes). Elle étudie dans sa thèse le rapport au travail des ouvriers qualifiés.


RESUME — À partir d’une enquête de terrain réalisée à Aulnay-sous-Bois entre avril et juillet 2006 auprès d’un double public de jeunes et d’acteurs institutionnels et associatifs, cet article tente d’explorer les dynamiques qui ont été à l’origine des émeutes qui ont embrasé le pays en novembre 2005. Nous montrons, en étudiant leur temporalité, comment la police et la prévention des émeutes ont éprouvé les mêmes difficultés de gestion. Nous montrons également la multiplicité des formes d’implication des jeunes, tant au niveau des degrés que des motifs évoqués. Les données recueillies nous amènent à souligner la forte demande de reconnaissance des jeunes des cités, demande qui ne se fonde pas sur un particularisme ethnique ou religieux, mais sur un sentiment d’abandon associé à une identité territoriale.

À partir d’une enquête de terrain réalisée à Aulnay-sous-Bois entre avril et juillet 2006 auprès d’un double public de jeunes et d’acteurs institutionnels et associatifs, cet article tente d’explorer les dynamiques qui ont été à l’origine des émeutes qui ont embrasé le pays en novembre 2005. Nous montrons, en étudiant leur temporalité, comment la police et la prévention des émeutes ont éprouvé les mêmes difficultés de gestion. Nous montrons également la multiplicité des formes d’implication des jeunes, tant au niveau des degrés que des motifs évoqués. Les données recueillies nous amènent à souligner la forte demande de reconnaissance des jeunes des cités, demande qui ne se fonde pas sur un particularisme ethnique ou religieux, mais sur un sentiment d’abandon associé à une identité territoriale.
Mots-clés : émeutes, police, jeunes des cités, banlieues.

ABSTRACT —




Keywords : .

ZUSAMMENFASSUNG —




Schlagwörter : .

RESUMEN —




Palabras claves : .


1

Les émeutes d’octobre-novembre 2005 ont été, on le sait, abondamment commentées. Politiques, journalistes, intellectuels ont tenté de donner du sens à cette soudaine poussée de violences, dont l’intensité et la durée étaient jusque-là inconnues en France et, d’ailleurs, en Europe. Devant cette pléthore d’interprétations, l’exercice monographique présente quelques vertus, dans la mesure où il oblige à ancrer l’interprétation empiriquement. L’objectif de cette contribution est donc de restituer la conduite d’un travail de recherche sur un terrain spécifique (Aulnay-sous-Bois, au nord de Paris).

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Dans cette ville, les émeutes ont été précoces, violentes et se sont éteintes rapidement. Elles ont commencé relativement tôt, puisque dès le week-end qui suit le déclenchement des violences à Clichy, une effervescence apparaît dans certains quartiers d’Aulnay. Surtout, les jours qui suivent ont été marqués par une croissance rapide des actes de dégradation et d’affrontements avec la police. C’est entre le 1er et le 4 novembre qu’ont eu lieu les principales violences à Aulnay. Les émeutes y ont été brutales, dans la mesure où des dégradations importantes seront commises. La flambée du concessionnaire Renault dans la nuit du 2 au 3 novembre a attiré les médias internationaux sur Aulnay, la destruction complète d’un magasin de moquette ou d’un foyer de personnes âgées ont été des actes très largement répercutés par la presse. Les émeutes à Aulnay ont été également caractérisées pendant deux nuits par des affrontements directs et violents entre les jeunes et la police. Enfin, dernière caractéristique, ces émeutes se sont éteintes rapidement. Elles commencent à décliner le 4 novembre et se termineront quelques jours après. Quand les émeutes se propageront en province, Aulnay sera redevenue une ville calme (cf., à la fin de cette introduction, les déroulement et bilan des émeutes à Aulnay-sous-Bois).

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Nous avons essayé de comprendre ces différentes dynamiques, en partant de questions simples : Pourquoi les émeutes ont-elles émergé ? Comment se sont-elles développées ? Comment et pourquoi se sont-elles arrêtées ? Y répondre demande d’interroger les différents acteurs jeunes, adultes, professionnels, politiques sur leurs perceptions des émeutes et sur la façon dont ils y ont été impliqués, à des titres divers. Cela suppose à la fois de comprendre les processus de mobilisation des émeutiers (les motifs d’implication, les dynamiques d’interaction) mais également les logiques de gestion professionnelle et institutionnelle des émeutes (les modes d’action des différents acteurs impliqués) et les modes de mobilisation sociales (dynamiques associatives, rôle des familles). Entre le mois d’avril et la fin juillet 2006, une enquête a été menée auprès d’un double public : d’une part, des interlocuteurs institutionnels et des responsables associatifs, représentatifs des figures de médiation censés connaître le public des jeunes et pouvoir gérer des cas de crises, de conflictualités entre ceux-ci et les institutions ; d’autre part, des jeunes vivant dans des cités à Aulnay ou fréquentant le lycée d’un des quartiers de cette ville. Une vingtaine d’interviewés âgés de 14 à 25 ans, ayant des profils diversifiés, ont été rencontrés : des jeunes en difficulté scolaire et des jeunes ayant une bonne scolarité, des garçons (en grande majorité) et quelques filles, des majeurs et des mineurs, des jeunes d’origines ethniques différentes et des jeunes habitants dans différents quartiers d’Aulnay. Ces entretiens ont été complétés par quelques observations et discussions informelles auprès de jeunes fréquentant les centres sociaux de la ville (cf. annexe n˚ 1). Insistons sur le fait qu’en raison de la nature monographique de notre enquête, les résultats ne sauraient être généralisés à l’ensemble des autres municipalités touchées par les émeutes (ce qui n’empêche pas évidemment d’opérer des comparaisons avec d’autres travaux).

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Cet article s’organise en trois parties. D’abord, nous resituons le contexte dans lequel se sont déroulées les émeutes. Aulnay est une ville clivée entre plusieurs territoires, et la géographie des actes de violences s’inscrit tout à fait dans ce clivage : calme dans ses quartiers pavillonnaires, la ville a été principalement le théâtre de violence dans les quartiers appartenant à la géographie prioritaire de la politique de la ville. Au sein de ces quartiers, les tensions avec la police, les rapports difficiles avec l’école, la pression des groupes de pairs, le vécu des discriminations constituent l’arrière-plan des émeutes. Dans un deuxième temps, nous envisageons comment ont été gérées ces émeutes par les acteurs professionnels, associatifs et politico-institutionnels. La surprise, la difficulté à réagir dans une phase de crise, les difficultés d’une action coordonnée apparaissent comme des caractéristiques majeures de cette situation de crise. Avec le temps, les effectifs s’ajustent, les stratégies d’action se redéfinissent, ce qui permet aux acteurs institutionnels de contrôler, voire de faire diminuer les émeutes de différentes manières (par ce que nous appellerons la police et la prévention des émeutes). Enfin, en interrogeant jeunes et adultes, nous faisons apparaître que les violences à Aulnay s’inscrivent dans une pluralité de facteurs qui vont du sentiment d’injustice en passant par la dimension ludique ou la fierté.

Déroulement et bilan des émeutes à Aulnay-sous-Bois

  • 1 : Incertitudes et montée en puissance (du samedi 29 au mercredi 2 novembre journée)
  • C’est une phase caractérisée par deux dimensions conjointes : (i) une progression des actes de violence : des actes de violence sont commis, dans la nuit du 31 au 1er novembre et, surtout, dans la nuit du 1er au 2 novembre (nuit marquée par des affrontements jeunes-police, par des voitures brûlées et les premiers caillassages de voitures de pompiers) ; (ii) une incertitude de la part des différents acteurs : ils essaient d’anticiper, mais ils ne disposent pas d’instruments de mesure et se retrouvent devant un phénomène dont ils ont du mal à jauger l’importance. La succession d’un week-end puis d’un jour férié (le mardi 1er novembre) occasionne la fermeture de services publics, à un moment où ils auraient pu servir, au pire, de capteur de cette pression montante et, au mieux, de catalyseur.
  • 2 : Explosion et réactions (du soir de mercredi 2 au jeudi 3 novembre)
  • Le mercredi 2 au soir, pour reprendre l’expression d’un de nos interviewés, « c’est la nuit d’Aulnay » (entretien, mai 2006). Au cours de cette nuit, on dénombrera notamment le saccage de l’antenne de police du quartier Galion, la flambée du concessionnaire Renault, une voiture de journalistes de France 2 attaquée, etc. Selon les chiffres des services d’incendie et de secours, 103 interventions auront lieu pour la nuit de 2 au 3 novembre.
  • Le jeudi 3 novembre est une journée pivot, qui marque la reprise de l’initiative par les institutions. Au sein de la mairie, notamment, la riposte s’organise sur plusieurs fronts différents (organisation d’une conférence de presse, rencontre avec le Premier ministre, organisation d’une réunion avec les acteurs opérationnels).
  • 3 : Renforcement des effectifs et confrontation (du jeudi 3 au vendredi 4 novembre)
  • Le jeudi 3 novembre au soir, les effectifs de police ont considérablement augmenté, ils passent d’un peu plus d’une centaine à environ 300. La nuit du jeudi au vendredi est encore le théâtre de sérieux affrontements et dégradations ; elle est notamment marquée par l’attaque de la galerie marchande du Galion et l’incendie d’un entrepôt de moquette. Selon les chiffres du service d’incendie et de secours, 75 interventions ont eu lieu pour la nuit du 3 au 4.
  • 4 : Du déclin à l’arrêt des émeutes (du vendredi 4 au soir au jeudi 10 novembre)
  • À partir du vendredi 4, le volume de violences sur la ville décroît régulièrement, pour s’arrêter autour du 10. Selon les données disponibles, le nombre de voitures brûlées décline progressivement. Dès le vendredi 4, le nombre d’interventions des services d’incendie et de secours tombe autour de vingt, pour retrouver une moyenne autour de 4-5 (c’est-à-dire la norme habituelle) le mardi 8 novembre.
  • Quel est le bilan des émeutes ? Plusieurs aspects sont particulièrement marquants : des cibles économiques et institutionnelles ayant eu des effets symboliques forts (incendie du Garage Renault et saccage du poste de police du Galion notamment) ; nombre important d’interventions des services de secours et d’incendie : entre le 28 octobre et le 17 novembre 2005, on compte 257 interventions (55 pour des feux de poubelle, 172 sur des feux de véhicules et 9 pour des incendies de bâtiments publics). Globalement, les actes commis correspondent à la géographie des quartiers prioritaires de la politique de la ville, ce qui confirme les résultats de recherches nationales (Lagrange, 2006). On notera, cependant, l’existence de violences commises dans deux quartiers à proximité des quartiers nord mais qui ne sont pas des quartiers prioritaires de la politique de la ville : les Mille-Mille (appelé également Ambourget) et le Gros Saule (cf. carte en annexe n˚ 2).

L’arrière-plan social des émeutes

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Au-delà du déclenchement même des émeutes et des motifs exprimés par les jeunes qui ont pu les conduire à y participer, des éléments généraux du contexte social de la cité et des rapports sociaux qui s’y nouent constituent l’arrière-plan des conduites et des représentations. Il faut d’abord avoir bien à l’esprit la diversité sociale et géographique de la commune d’Aulnay-Sous-Bois. Toutes les difficultés se concentrent dans les quartiers nord (cf. carte en annexe n˚ 2). Ces difficultés, qui touchent à la question des discriminations mais qui s’expriment d’abord chez les jeunes à travers un sentiment d’abandon, sont médiatisées par des institutions dont le rôle est plus ou moins contesté : les parents, l’école, la police. Le groupe des pairs joue également un grand rôle dans l’organisation de la vie de la cité. La religion semble, en revanche, tenir une place marginale dans la vie collective.

Les parents : de la démobilisation à l’impuissance

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Le tableau des attitudes parentales est composite. Certains jeunes font état du fait que les parents essaient d’exercer une autorité à la maison. Mais d’autres interlocuteurs adultes (le proviseur du lycée, la directrice de l’association des femmes-relais, par exemple) parlent de parents démobilisés, fatigués ou ayant renoncé à exercer leur autorité. Certains jeunes disent même que « les parents ont peur des jeunes » (Maria, 22 ans). De toutes façons, lorsque cette autorité s’exerce à la maison, elle semble peu efficace (« ma mère elle dit ‘reste à la maison’ mais je l’écoute pas, elle parle pour rien, elle invente des choses », entretien collectif n˚ 11). Elle repose, comme dit un jeune, sur « la confiance » : les parents prescrivent, « fais tes devoirs » par exemple, mais, pour plusieurs raisons (les difficultés d’intégration des parents eux-mêmes, la force d’attraction du groupe des pairs), ces prescriptions ont peu d’efficacité. Certains interlocuteurs décrivent ainsi des jeunes à double face, « anges à la maison, démons dans la rue ». Dans le contrôle des plus jeunes, le rôle des « grands frères » semblerait plus important que celui des parents.

L’école : l’échec de l’orientation et le manque de moyens

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La question de l’orientation scolaire paraît centrale à travers les témoignages de quelques jeunes que nous avons rencontrés. Ces jeunes décrivent un système où, à la fin de la 3e, l’orientation se fait, selon eux, de manière extrêmement arbitraire. On leur demande, à 14 ou 15 ans, ce qu’ils veulent faire comme métier et nous disent-ils, ils n’en ont aucune idée. Leurs parents sont incapables, le plus souvent, de les aider et ces jeunes dénoncent le fait qu’on ne leur donne aucune information sérieuse et documentée, tout au long de leur scolarité, sur les métiers et les différentes filières de formation qui y conduisent. Ces jeunes se sentent donc complètement sous-informés et incapables de faire eux-mêmes les choix qu’on leur demande de faire. Alors, naturellement, les choix sont faits à leur place, ce qui, le plus souvent, ne débouche pas sur de bons résultats, engendre une profonde insatisfaction qui conduit au découragement, à la démotivation et souvent à l’abandon ou à l’échec.

« On m’a dit, tu vas être boulanger. Je voulais faire général. On m’a dit fait ISI (Initiation sciences de l’ingénieur). Il n’y a que la moitié qui m’intéressait. J’ai été démotivé. J’ai plus été qu’à la moitié des cours. On choisit à notre place. »

(Mohamed, 19 ans)

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La critique de l’école se fonde aussi sur le sentiment que, dans ces quartiers et dans les lycées les moins favorisés (le lycée Voillaume dans notre cas), on manque de tout. Ces jeunes contestent l’idée que ces lycées, situés en ZEP, soient mieux dotés :

« Y’avait pas d’encadrement, il manquait des surveillants, il manquait des... tables, il manquait des profs, y’avait beaucoup d’profs qui étaient absents y’avait personne pour les remplacer il manquait des sièges, il manquait tout, à partir de ce moment-là les profs ils ont fait des grèves, ils ont organisé des... et ça a duré trois mois, et pendant ces trois mois-là nous on faisait quoi ? On regardait, on allait à 8 h du matin au collège, au lycée, on voyait “ah, ce prof-là, il est pas là, ce prof-là, il est pas là, ce prof-là il est pas là...”, donc, euh... bon forcément, sur le coup, on est content, on va dormir, on s’dit demain, on va dormir. »

(Mohamed, 19 ans)

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Plus généralement, s’exprime le sentiment d’une relégation scolaire, le fait d’être cantonné dans des « lycées pourris », qui résulte de la compétition scolaire et de la volonté des établissements de sélectionner les meilleurs. 

La police : un contentieux lourd

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Il y a une profonde crise de légitimité de la police à Aulnay : la plupart des jeunes qui ont un fort sentiment d’appartenance à la cité expriment un rejet à son égard. Ce rejet semble plus se fonder sur une impression de harcèlement, notamment à travers les contrôles, qu’être le résultat de brutalités policières dont les jeunes que nous avons rencontrés auraient été directement victimes. Certains font néanmoins état de cette violence policière mais, le plus souvent, ils rapportent à ce sujet des témoignages indirects dont il est difficile d’apprécier la portée. L’éventuel aspect raciste de la question ne semble pas non plus apparaître de manière massive et spontanée, à part quelques cas.

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Il faut remarquer aussi que les filles semblent rester à l’écart du conflit avec la police. Les jeunes filles interrogées à ce sujet sont très claires : lorsqu’on leur demande si les policiers les « embêtent », elles répondent par la négative, « ils savent que les filles, ça n’a rien à voir, c’est avec les garçons. C’est avec eux, pas avec nous  » (entretien collectif n˚ 12).

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En fait, deux dimensions principales semblent caractériser le conflit entre les jeunes et la police.

Le groupe des pairs : une forte pression conformiste

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Pour comprendre les attitudes des jeunes, il est fondamental de prendre en compte l’effet de groupe : la vie dans la cité est régie par une culture, une solidarité, des codes partagés, une pression conformiste et il est frappant de voir que les jeunes qui s’en sont sortis sont ceux qui, de manière plus ou moins radicale, ont coupé les ponts avec cette culture de la cité et se sont projetés dans une démarche individuelle. Cette pression du groupe s’exerce dans l’action évidemment, et cela a été le cas pendant les émeutes, mais aussi pendant d’autres « événements », maintenant ritualisés à chaque fête nationale, par exemple « on en profite, on suit les autres », dit un jeune.

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Mais elle s’exerce aussi dans les rapports quotidiens entre les jeunes. Certains entretiens montrent la force, encore plus marquée que dans les classes moyennes, de la culture de l’apparence et de la pression conformiste du groupe des pairs à laquelle elle est associée. Un jeune nous explique qu’il faut avoir les air-max et le polo Lacoste, sinon tu te « fais vanner par tes potes ». Le mélange de la culture de l’honneur, du défi, de la fierté et de la pression consumériste exerce une forte contrainte sur ces jeunes et exacerbe la compétition de l’apparence. Comme le dit l’un des jeunes, « on a besoin d’être mis en valeur, d’être mieux que l’autre » (Mohamed, 19 ans) et cette comparaison se fait notamment sur l’apparence vestimentaire. Ceux qui n’arrivent pas à relever le défi, faute d’argent, peuvent être amenés à renoncer à sortir et à voir leurs amis. D’autres choisissent des moyens illégaux de résoudre cette tension.

Le racisme et la discrimination : un sentiment d’abandon

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Le racisme ne semble pas apparaître comme un élément déterminant du vécu des jeunes à l’intérieur de la cité où la concentration de personnes d’origine étrangère est très importante. Or, la plupart de ces jeunes restent confinés à l’intérieur de la cité ; ils en sortent peu, ont peu de contacts, tant qu’ils ne cherchent pas de travail, avec l’univers extérieur. Si la plupart d’entre eux ne ressentent donc pas le racisme au quotidien, ils envisagent néanmoins la discrimination comme une perspective à peu près inéluctable.

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Le sentiment qu’exprime la plupart des jeunes est un sentiment d’abandon et d’incompréhension : ils veulent « s’en sortir » mais on ne les aide pas assez pour y parvenir : « On n’a pas résolu le problème de ces jeunes. Eux, ils se sentent délaissés et incompris. […] Donc, les jeunes du quartier, ils se recroquevillent sur ce qu’ils ont autour d’eux, c’est-à-dire d’autres copains » (Antoine, 22 ans).

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L’identité collective de ces jeunes repose d’abord sur une forte identité territoriale (le quartier, la cité) et sur l’impression que ces zones et tous leurs habitants sont délaissés par l’État.

La religion : peu présente

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Au cours des entretiens avec les jeunes, les questions religieuses, une éventuelle revendication ou affirmation d’une identité religieuse, le rôle des responsables religieux, aucun des ces éléments n’est apparu spontanément. Les quelques références à l’Islam et à ses prescriptions (Ramadan, prière, etc.) renvoient à un cadre strictement personnel et privé.

La gestion des émeutes : difficultés d’anticipation et réponses multiples

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Un ensemble d’acteurs aux identités, fonctions, rôles, rattachements professionnels extrêmement différents intervient pour gérer les émeutes : police nationale (avec, en son sein, différentes spécialités : polices urbaines, compagnies républicaine de sécurité), gendarmerie nationale, services du préfet de département, maire et adjoints, direction prévention-sécurité de la Ville d’Aulnay-sous-Bois (avec, en son sein, différents services : police municipale, médiateurs sociaux), différents autres services municipaux (services techniques, jeunesse, sport, politique de la ville), associations de professionnels (éducation spécialisée, centres sociaux), associations de quartier et cultuelles (Femmes relais, Espérance française de la jeunesse musulmane, etc.), associations généralistes (Confédération syndicale des familles, Restaurants du cœur, etc.), gardiens privés utilisés par divers établissements aulnaysiens (et embauchés à l’occasion des émeutes). Il faut ajouter à ces acteurs les habitants non organisés mais intervenant à des titres divers dans l’espace public (notamment pour inciter les jeunes à ne pas sortir). C’est cette dynamique de traitement des émeutes que nous voulons restituer ici, en distinguant analytiquement entre deux aspects principaux de cette gestion des émeutes : la police des émeutes (c'est-à-dire les activités visant le maintien de l’ordre et la protection et sécurisation des biens et des personnes par l’usage potentiel de la force) et la prévention des émeutes (c'est-à-dire les activités physiques et symboliques visant à essayer de diminuer le niveau des tensions par l’usage de techniques non coercitives).

La police des émeutes : les difficultés de l’anticipation

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Sur cet aspect, c’est essentiellement la police nationale qui joue le rôle principal, sans qu’elle soit pour autant en position de monopole. La dimension temporelle est ici essentielle : d’abord dépassée et réactive, la police a été ensuite plus nombreuse et proactive.

La prévention des émeutes : l’impact limité des stratégies de médiation

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Aulnay-sous-Bois est dotée de services sociaux non négligeables implantés dans ces quartiers (services jeunesse, centres sociaux, éducateurs spécialisés), de lieux culturels et d’espaces d’insertion (maison de l’entreprise et de l’emploi). La ville d’Aulnay dispose également d’un tissu associatif, alimenté d’ailleurs par les financements de la mairie. Ce qui apparaît ici, ce sont également les difficultés d’anticipation et de coordination.

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Malgré le contexte (la succession d’un week-end et d’un jour férié – cf. supra), on doit noter une certaine réactivité des services publics d’Aulnay-sous-Bois devant la crise. Les services publics (gymnases, centres sociaux) ne ferment pas. Gardiens, éducateurs spécialisés, médiateurs sociaux de la Ville adaptent leurs horaires de travail pour réaliser un travail de dialogue avec les jeunes afin d’apaiser les tensions. Toutes ces interventions traduisent à la fois la capacité de mobilisation de la ville d’Aulnay et la force relative des services publics. Malgré cette réactivité, on perçoit une difficulté d’anticipation devant la crise qui résulte à la fois du niveau habituellement élevé de violences en Seine-Saint-Denis (à partir de quand y a-t-il crise ?) et l’absence, à cette époque, de procédures de crise établies ou d’indicateurs indiscutables pour évaluer l’ampleur de la crise.

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La volonté de la mairie, et notamment de l’adjoint au maire en charge des questions de sécurité, est d’utiliser les acteurs opérationnels (associatifs et professionnels du social) afin de faire prendre conscience des risques individuels associés à l’engagement dans les émeutes mais aussi défaire le « noyau dur » émeutier de sa base, en convainquant une partie des jeunes jugés moins durs par les réseaux sociaux et par le discours des professionnels. C’est dans cette perspective que la mairie fera organiser indirectement des réunions de concertation à l’échelle des quartiers, dont la principale sera celle du jeudi 3 novembre après-midi sur le quartier de l’Albatros. Cette action a eu des effets contrastés, dépendant de trois facteurs.

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(i) Le tissu associatif, d’abord, s’est mobilisé de façon inégale dans la ville d’Aulnay. Sur la Rose des vents par exemple, le tissu associatif n’est pas très dense : ce sont principalement des associations caritatives traditionnelles ou militantes généralistes dont la plupart des responsables sont extérieurs au quartier. Dans d’autres quartiers où le tissu associatif est plus fort et où les professionnels sont installés, des contre-feux ont pu être allumés. Mais, même à la Rose des vents, la responsable de l’association des Femmes relais a multiplié les appels téléphoniques auprès des parents, est allée auprès des collégiens pour comprendre la situation et tenter de les dissuader. Dans le quartier des Étangs, de jeunes responsables associatifs ont pu également contenir les violences.

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(ii) Les difficultés de coordination, ensuite, n’épargnent pas les acteurs opérationnels. La nécessité d’agir en un temps réduit, les oppositions professionnelles et, parfois, les clivages politiques vont peser sur la construction d’une réponse collective. Pour ce qui est du monde associatif, les réponses sont très fortement isolées. Une même segmentation se lit dans les pratiques des professionnels du social. En conséquence, la coordination entre ces différents professionnels pour gérer les émeutes, c’est-à-dire pour entreprendre des actions collectives auprès des jeunes, paraît tout simplement impossible.

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(iii) On doit, enfin, demeurer prudent dans l’interprétation des effets de ces actions sur le déroulement des émeutes. Ce qui ressort des entretiens, c’est que les effets de ces actions visant à faire baisser le niveau de tensions varient en fonction des moments. Il semble qu’il y ait un moment où la vague de l’émeute emporte tout sur son passage, les « digues cassent ». Les jeunes sont déterminés, imperméables à la parole des adultes. Il semble, cependant, que les logiques d’action changent dans la durée. Si, initialement, ce sont des personnes isolées qui se mobilisent, avec le temps, l’action s’organise et, alors que la mobilisation des émeutiers se réduit, celle des adultes gagne en intensité. Selon plusieurs personnes interviewées, les jeunes sont moins nombreux à sortir le soir à partir du vendredi 4 novembre, alors que les adultes sont, eux, plus présents. L’émeute s’inscrit dans une temporalité spécifique, le temps court de la crise, durant laquelle la force des liens verticaux (avec les parents, les professionnels ou les militants associatifs) semble s’être défaite. Une fois le pic passé, ces liens se reconstruisent au moins partiellement, les adultes recommencent à occuper l’espace public, l’action des associatifs et professionnels s’organise, ce qui contribue à contenir les tensions.

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Ces premiers résultats concernant ce que l’on a appelé la prévention des émeutes peuvent être mis en perspective à l’aide de la schématisation d’H. Lagrange qui distingue entre plusieurs configurations : « des situations d’embrayage des institutions sur la société civile et les jeunes ; des situations de coupure entre les jeunes et les institutions ; et enfin des situations intermédiaires » (2006, p. 126 et suiv.). Dans le cas d’Aulnay, on est typiquement dans le troisième registre. La Ville tente de mobiliser des leviers d’action associatifs en relation avec la population aulnaysienne (et notamment la population jeune), elle organise une marche silencieuse, des professionnels du social s’impliquent pour contenir les actes de violences. Mais ces appels au calme semblent difficilement entendus par une population pour partie en rupture par rapport à ces univers (et y compris avec l’univers du travail social) et les relais associatifs sont loin de couvrir l’ensemble du territoire aulnaysien.

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Que pouvons-nous conclure de cette analyse des représentations, pratiques et discours des acteurs professionnels, politiques, associatifs en charge de la gestion des émeutes ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les deux dimensions de police et de prévention des émeutes se ressemblent de trois points de vue : une même difficulté à anticiper le cours des événements ; des obstacles identiques à une action coordonnée en raison de l’effet de surprise mais aussi d’habitudes professionnelles et d’inscriptions organisationnelles différentes, voire contradictoires ; une même temporalité de l’action, marquée par un desserrement de l’emprise pendant quelques jours, période où, d’une certaine façon, pour reprendre l’expression de l’un de nos interviewé, « tout est possible  »), suivie d’une phase où les choses rentrent dans l’ordre habituel.

Les dynamiques d’implication des jeunes

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Pour comprendre la dynamique des émeutes, il est maintenant nécessaire de se pencher sur la situation des jeunes. Afin de cerner les formes d’implication dans les émeutes à partir des propos rapportés par les jeunes rencontrés, nous nous pencherons successivement sur deux aspects : les degrés d’implication et les motifs d’implication dans les émeutes.

Que veut dire avoir participé ?

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L’une des questions récurrentes dans le débat public suite à ces émeutes sans précédent concerne le profil des émeutiers. Au niveau national, deux thèses se sont opposées, celle du « noyau dur de délinquants » et celle d’une révolte populaire plus généralisée. Localement, nous faisons face à une multiplicité de discours contradictoires sur le profil des émeutiers, leur nombre, leurs motivations, etc. S’il est possible d’établir une certaine logique dans les discours tenus par les interviewés, leur variété complexifie notablement les tentatives de réponse à la question « qui sont les émeutiers ? ». Alors que certains vont dans le sens d’une participation généralisée (« Même ceux que je pensais pas qu’ils le feraient, ils y ont été donc !  », s’étonne Stefan, 17 ans), d’autres affirment la spécificité du profil des émeutiers : ce sont les « têtes brûlées », des « leaders », qui sont « plus bandits que d’autres  », sans pour autant être de véritables « caïds ».

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Surtout, on constate une véritable difficulté pour donner une définition solide et unanime à la notion de « participation » et établir ainsi une distinction nette entre les émeutiers et les autres. Des débats apparaissent entre nos interlocuteurs : faut-il nécessairement avoir un rôle actif dans la prise de décision et dans la réalisation de l’action pour être considéré comme participant ou un soutien passif envers ceux qui commettent l’acte est-il suffisant ? Comme nos interlocuteurs le disent eux-mêmes, en fonction de leur point de vue, et de l’emplacement de leur poste d’observation au sein du quartier, ils n’ont pas vécu et vu les « mêmes » émeutes.

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On ne doit cependant pas abandonner l’idée d’une catégorisation des jeunes en fonction de leur degré de participation aux émeutes. Mais la distinction dichotomique émeutiers/non-émeutiers se révèle trop simpliste et ambiguëpour être conservée telle quelle. Nous préférons retenir au moins quatre degrés d’implication :

Les motifs d’implication

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Tout comme il n’y a pas d’unités dans les degrés d’implication des jeunes dans les émeutes, il n’y a pas non plus d’unités des mobiles potentiels d’implication. Evidemment, il serait simpliste de croire qu’il existe une « raison » qui, presque miraculeusement, permettrait de comprendre les événements. Les interviewés évoquent plutôt de multiples motifs, souvent combinés entre eux, qui s’agencent autour de trois thèmes principaux : le sentiment d’abandon et de relégation, la confrontation avec la police et la dimension ludique et compétitive des émeutes. Précisons d’emblée que les jeunes tiennent compte d’une certaine temporalité des émeutes, certains motifs étant à leurs yeux plutôt des facteurs déclencheurs, tandis que d’autres sont présentés comme des éléments qui entretiennent la dynamique émeutière une fois que celle-ci est enclenchée.

Un sentiment d’abandon et de relégation

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Pour la plupart des interlocuteurs rencontrés, les émeutes étaient l’occasion de se montrer enfin dans l’espace public, de « s’exprimer » et plus encore de « se faire entendre ». Ces jeunes de quartiers défavorisés estiment en effet que leur parole n’est pas prise en compte dans l’espace public ; plus encore, certains témoignent même, on l’a vu, d’un fort sentiment d’abandon. Dans ce contexte, la violence est présentée à la fois comme la seule forme d’expression disponible pour ces jeunes, mais aussi le seul moyen efficace de se faire comprendre. Par conséquent, il s’agit plus ici d’un « méta-motif », les émeutes devenant le moyen de faire passer un message de colère face à la situation que leur réserve la société.

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En effet, Aulnay ne se distingue pas de bien d’autres quartiers sensibles : un nombre considérable des jeunes habitants des cités d’Aulnay connaît la relégation scolaire (orientation dans des filières dévalorisées, absentéisme voire dans certains cas décrochage scolaire) et les plus âgés rencontrent des difficultés d’insertion massives. Il s’agit donc sans surprise d’un élément très présent dans les entretiens. Kamel, âgé de 25 ans, a arrêté l’école à 18 ans en BEP, et connaît personnellement de nombreux problèmes d’insertion, naviguant depuis plusieurs années entre formation BAFA, travail intérimaire en manutention, CDD, ou formation de cariste…

« C’est normal que les jeunes, ils s’expriment. Comme on n’a pas de boulot, on n’a rien, tu vois. Faut que les jeunes, ils s’expriment : ils cassent des voitures, ils brûlent des voitures, ils s’embrouillent avec les flics. Voilà. C’est leur façon de s’exprimer. Ils s’expriment avec la violence pour dire qu’ils n’ont pas de boulot, il y a des discriminations raciales dans les boulots. »

(Kamel, 25 ans)

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Pour ces personnes, la clé de compréhension des émeutes résulte de la situation particulièrement défavorable que connaissent les jeunes de ces quartiers dans les domaines scolaire et professionnel. Cependant, cette thématique de la relégation scolaire et professionnelle, éventuellement formulée sous l’angle de la discrimination, disparaît des entretiens avec les plus jeunes, tandis qu’elle est mise au premier plan par les interviewés les plus âgés. Ce qui fait dire à certains que cette référence aux difficultés d’insertion rencontrées par ces jeunes relève d’un opportunisme de bon aloi :

« Quand on les entend dire, “oui, c’est parce qu’on n’a pas d’emploi”, c’est parce qu’ils l’ont entendu à un moment. Ils reprennent ce qu’on leur dit à la télé, ce qu’on leur demande. Ils savent ce qu’on veut d’eux. »

(Antoine, 22 ans)

Des rapports dégradés avec les policiers

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Bien entendu, la référence à la cause initiale de la révolte de jeunes de Clichy-sous-Bois – la mort le 27 octobre 2005 de deux jeunes dans un transformateur EDF – est également fortement présente dans les propos tenus pour expliquer la colère des jeunes Aulnaysiens. Pourtant, nombre d’entre eux affirment en même temps que les émeutes de novembre se seraient rapidement autonomisées de cette cause initiale. Ainsi, Kamel (25 ans) peine même à se souvenir du point de départ des émeutes :

« Je me souviens plus exactement c’était à cause de quoi […] Il y a bien une raison pour qu’ils foutent la merde mais je sais plus… Franchement, je me rappelle plus du tout. Ça fait longtemps quand même. Ça fait quelques mois. Je sais plus pourquoi en novembre, à cause de quoi… ».

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Dès lors, l’extension des émeutes dans le temps et l’espace relèverait d’un autre mécanisme. Si les événements de Clichy fournissent l’occasion des émeutes, « l’élément moteur », la « goutte d’eau qui fait déborder le vase » et qui explique la contamination des villes proches de Clichy-sous-Bois, puis d’autres communes plus lointaines, ce point de départ est ensuite relayé par d’autres sources de la colère et passe au second plan. Ainsi, Omar, qui se déclare participant aux émeutes, relie son engagement à cette cause initiale, et plus précisément aux réactions du ministre de l’Intérieur quelques jours plus tard. Pourtant, selon Omar, rapidement les motivations des émeutiers – et les siennes – basculent vers d’autres éléments : il évoque la confrontation avec la police et l’aspect ludique des émeutes (cf. infra). Et d’ailleurs, pour lui, les « appels de la ville de Clichy » ont été décisifs dans sa décision de se calmer :

« Dès qu’il y a eu les appels au calme, moi aussi ça m’a… j’ai vu que ça avait plus trop de signification… Je la cherchais la signification quand on faisait les choses. Ne serait-ce que le dialogue… Ils disaient “c’est pas possible”. On a tué deux jeunes et personne s’en occupait. Tout le monde parlait que de “on a parlé de nous à la télé, on a parlé de ma cité à la télé”, personne ne disait “peut-être que la police ils vont changer, ils vont plus faire ça” “peut-être qu’ils vont reconnaître leurs torts”… Personne ne parlait de ça après. C’est ça qui a lancé le feu mais c’est pas ça après… Ça n’avait plus rien à voir. Moi aussi j’ai trouvé ça pas normal, pas bien. Moi personnellement, ça m’a incité à me calmer. »

(Omar, 18 ans)

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En fait, comme tous les événements déclencheurs d’émeutes, ceux de Clichy-sous-Bois ne font que traduire le fait que les rapports entre la police et les jeunes « des cités » sont fortement dégradés et empreints d’une tension exacerbée. Dès lors, il n’est pas étonnant que le conflit avec les policiers revienne de manière récurrente dans les propos des jeunes comme l’une des sources de leur colère. Les jeunes critiquent leurs méthodes, décrivent les formes d’humiliation subies (devoir baisser son pantalon devant sa mère, se retrouver tout nu au poste…) et l’affrontement symbolique, presque viril, avec les forces de l’ordre. C’est dans ce cadre que prennent place les émeutes. Mais plus précisément les jeunes vivent la présence de la police comme une provocation, qui alimente au quotidien les émeutes. La cité apparaît comme un territoire – parfois qualifié de « forteresse  » – qui appartiendrait en propre aux jeunes et qu’il s’agirait de défendre contre les intrusions policières. Pendant les émeutes, ce jeune décrit d’ailleurs un affrontement entre les jeunes et les policiers pour savoir qui sera « le plus fort », affrontement qui s’appuie précisément sur cette notion de territoire :

« On voulait pas qu’ils rentrent dans la cité. […] Parce qu’ils arrêtaient tout le monde. Ils ont arrêté des amis et tout ça. Il y en a qui ont fait de la prison à cause des émeutes. On leur en voulait ». L’enquêteur relance alors : « Mais en même temps brûler des poubelles, des voitures, c’est un peu pour les faire venir ? ». Et Omar rétorque : « Non, c’est pour installer un chaos. Ensuite on sait qu’ils vont venir. Mais… nous on veut leur dire qu’on est plus fort donc, on veut leur dire “la prochaine fois, c’est vous qui y passez”. C’est pour ça on veut leur faire peur. […] Le but c’était qu’ils restent à l’écart, qu’ils nous surveillent mais pas qu’ils viennent et qu’ils nous arrêtent tous ceux qui font le bordel. Parce que le bordel on va le faire. Mais maintenant s’ils veulent nous arrêter, c’est contre eux qu’on va se tourner et c’est un cercle vicieux. »

(Omar, 18 ans)

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Dans ce registre, la figure du ministre de l’Intérieur est interpellée de trois manières différentes : soit comme responsable des actes quotidiens de policiers en tant que ministre de l’Intérieur, soit comme un provocateur aux propos injurieux (« Kärcher, ça reste dans la mémoire de tout le monde. Comme si on était des saletés  », nous rappelle François, 25 ans), soit comme enfin celui qui a tenté de camoufler la responsabilité policière dans le décès des deux jeunes de Clichy-sous-Bois et qui a sali leur mémoire. C’est donc sur ce contentieux les opposant au ministre que se greffe l’accusation de responsabilité de Nicolas Sarkozy face à l’extension, plus qu’au déclenchement, des émeutes, perçues alors comme une occasion pour prendre sa revanche.

« Les émeutes, elles ont commencé deux jours après Clichy, enfin vers chez nous. Et je tiens à dire que… les jeunes de Clichy comment dire… ça c’est un fait qui aurait pu rester banal, le fait qu’il y ait des morts, des jeunes de leur quartier, ça c’est habituel. Il y a des morts, le quartier a fait une manifestation pacifique, mais le fait que le ministre il ait protégé des gens, c’est ça qui a fait que dans toutes les autres villes, ça s’est embrasé. Sinon ça serait resté dans la ville même. Ça se propage pas. »

(Omar, 18 ans)

Une dimension ludique et compétitive au sein du groupe de pairs

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Une autre thématique, peu présente dans les discours sociologiques tenus sur les émeutes, revient pourtant de manière récurrente dans les propos des interviewés : il semble que les émeutes aient aussi constitué un grand défouloir, notamment pour les plus jeunes. Dans les propos recueillis, les termes employés qui relèvent de ce registre sont nombreux (« spectacle », « parc d’attraction », « délire », « jeu »…).

« En plus, c’était un jeu pour eux. Il faut le dire, pour eux, c’était un jeu, ils s’amusaient. Dès 18 heures, on va courir, on va foutre le feu, on va jouer avec la police. Et franchement, le plus important pour eux, c’était le duel avec la police. Ils jouaient aux gendarmes et aux voleurs. Enfin là, aux gendarmes et aux émeutiers. Ce qui est drôle, ça, mon frère [âgé de 15 ans] me l’a dit, pour eux, c’était vraiment un jeu nature quoi. Comment dire ? C’était la réalité mais ils trouvaient ça drôle. C’étaient pas les copains qui couraient après, c’étaient vraiment les flics mais c’était drôle. »

(François, 25 ans)

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Cet aspect peut se lire en filigrane dans les mots employés par les jeunes pour désigner le « émeutes » (notons qu’ils emploient très rarement les expressions « événements » ou « violences urbaines », qui relèvent plutôt du vocabulaire institutionnel). Il est frappant que les véritables termes indigènes relèvent d’un registre lexical plus ambigu qui est également porteur d’une forme de banalisation des actes commis lors des émeutes : « souk », « bordel », « chaos », « faire n’importe quoi », « foutre le dawa », « foutre la merde »… Ces formules émaillent leurs discours. Ainsi, Omar nous parle des émeutes comme d’un « chaos », qui précède le retour au « chaos habituel » de la cité.

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Pour comprendre comment cette dimension ludique peut prendre de l’importance, il faut se rappeler la force d’attraction et d’influence que peut exercer le groupe de pairs auprès des jeunes de la cité, qui possèdent d’ailleurs un vocable spécifique pour désigner ce phénomène (se faire « engrainer »). Kamel raconte :

« Quand t’es dans une ambiance, des trucs comme ça, tu fais pas attention, tu penses à rien, tu rentres dans le tas, tu agis comme les autres, tu penses pareil. Tu penses à rien, tu rentres dans le feu de l’action et c’est parti. »

(Kamel, 25 ans).

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Les jeunes rencontrés expliquent bien comment l’implication d’un ou plusieurs membres du groupe peut entraîner d’autres jeunes dans le mouvement :

« On venait en cours et tout ça, ils nous racontaient ce qu’il se passait, il y avait beaucoup de vidéos qui tournaient. […] Ça engendrait aussi des motivations, des personnes qui l’auraient pas fait forcément, mais après ils voyaient les vidéos, ils se motivaient à… engendrer le mouvement de chaos. »

(Omar, 18 ans).

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C’est en effet au sein du groupe de pairs que les jeunes peuvent étaler leurs « exploits » sans trop de craintes. En effet, les événements du mois de novembre peuvent faire l’objet d’une véritable fierté, qui provient à la fois de la transgression et de la prise de risque, en vertu desquelles chacun peut se faire une place de choix dans le groupe de pairs. Les interlocuteurs n’excluent alors pas que cela ait pu pousser certains à commettre des actes de plus en plus importants, voire à se vanter de gestes qu’ils n’ont pas commis.

« Il y a beaucoup de ragots et tout ça, ouais. Ça nous faisait discuter encore plus, il fallait vérifier et tout ça. Et… c’est vrai ça que des gens ils parlaient pour rien. Ils racontaient des choses qu’en fait ils avaient pas vues mais entendu parler. […] Sur les vidéos, il y avait les personnages « ouais j’étais là, j’étais là ». Tant qu’on les reconnaissait pas, on les croyait pas. Il y avait des trucs de fous… »

(Omar, 18 ans)

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Alors que les interviewés présentent parfois les émeutes comme une manifestation de solidarité avec les habitants de Clichy, et plus largement avec les autres cités en difficulté, le thème de la concurrence entre les jeunes et entre les cités apparaît comme un motif d’extension et de prolongation dans le temps des émeutes.

« Le fait qu’au départ, ils aient compté le nombre de voitures brûlées, le nombre de villes, voire de quartiers concernés, c’est sûr que ça n’aide pas. Ça fait une sorte de Top Ten de la ville la plus chaude et comme eux, ils sont un peu stimulés par le fait qu’ils soient en concurrence avec les jeunes de la ville à côté, ils veulent faire encore pire pour qu’on les voie eux. »

(Antoine, 22 ans)

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Sur ce thème, l’impact de la médiatisation est souligné par les jeunes et a également été largement souligné par les commentateurs. Bachmann et Le Guennec (1997) expliquait déjà qu’ils étaient mis de manière récurrente sur la sellette lors des émeutes. Au-delà de l’idée que les émeutes auraient été alimentées par les médias, il faut pourtant insister sur le rapport particulièrement ambivalent que les jeunes entretiennent avec ces derniers.

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Ils sont en effet une chambre de résonance, instrumentalisée et même manipulée par les jeunes. Leur présence est ainsi recherchée, parce qu’elle symbolise l’efficacité de la prise de parole des jeunes. Dans ce registre, est parfois exprimée une forme de déception envers les journalistes, accusés de ne pas avoir su se faire les porte-parole honnêtes et fidèles des jeunes. Les interviewés dénoncent le fait que les journalistes se soient présentés comme des interlocuteurs susceptibles de comprendre et de répercuter leur parole, pour finir par transformer et manipuler les propos qu’ils leur tenaient (« S’ils avaient vraiment dit la vérité, on aurait été contents », nous disent deux jeunes rencontrés dans un centre d’animation).

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En même temps les jeunes expriment une animosité envers les médias, accusés de ne venir que dans ces moments-là, de ne présenter la cité que sous un jour négatif, et d’en rajouter dans le sensationnalisme. Pour eux, les médias diffusaient des images trompeuses, exagérées, qui donnaient l’impression d’être dans le « Bronx », à « Bagdad  » ou à « Sarajevo ». Sophie s’insurge :

« Je voyais les journalistes américains qui traînaient à côté de chez moi, et dire “War, this is war”. Derrière le Carrefour, ils ont interrogé des jeunes devant les débris de camions calcinés. On était le centre de l’attention, genre “on a trouvé Ben Laden à Sevran”. Et moi, je regardais les infos, et c’était un peu comme un feuilleton, une série, tellement l’histoire était déformée. Nous on vivait le truc dans la journée, et le lendemain, on voyait ça à la télé et c’était pas la même chose. Je me suis demandée si les journalistes faisaient pas leur travail avec un sac poubelle sur la tête. Ils ont traité ça n’importe comment. »

(Sophie, 22 ans)

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Nos données d’enquête à Aulnay-sous-Bois suggèrent donc que les dynamiques d’implication dans les émeutes des jeunes sont nettement multiformes, hétérogènes, beaucoup moins unifiées que ce que donneraient à penser l’ampleur et la diffusion des événements.

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Lorsqu’on relit les nombreux travaux sociologiques consacrés aux émeutes qui ont eu lieu en Grande-Bretagne ou aux États-Unis [1], on ne peut manquer d’être frappé par la différence d’analyse avec les résultats des travaux français. Bien sûr des points communs existent sur le diagnostic des causes sociologiques générales. Le plus souvent le chômage, les inégalités socio-économiques, la ségrégation urbaine sont mis en avant. Mais, dans la littérature anglo-saxonne, l’aspect « racial » des émeutes est également fortement présent à un double titre : d’abord parce que ce sont des minorités ethniques qui se révoltent et que pour certains chercheurs, le chômage et la pauvreté ne sont que l’expression d’une subordination plus large de ces minorités, discriminées à cause de leur origine ethnique. En second lieu, et c’est sur ce point que la différence avec les travaux français est la plus nette, ces émeutes sont analysées par les chercheurs anglo-saxons comme des émeutes inter-ethniques, c’est-à-dire la manifestation d’une lutte entre groupes qui se définissent et sont définis sur la base de la « race », ou de « la religion » : black versus white, Muslims against Christians, etc.).

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Cette dimension n’apparaît pas, jusqu’à présent, dans les travaux français, et notre enquête a confirmé ce point. Les jeunes que nous avons rencontrés ne se sont jamais définis sur la base d’une identité ethnique ou religieuse. Pourtant, il s’agit bien d’une révolte dont l’une des dimensions essentielles est une forte demande de reconnaissance. Mais celle-ci ne se fait pas sur la base de particularismes qu’il faudrait protéger ou faire prospérer ; au contraire c’est une demande de reconnaissance pour être « comme tout le monde », une demande de reconnaissance qui se fonde sur un sentiment d’abandon par la République et une identité territoriale et de classe d’âge. S’ils sont amenés à se définir, les jeunes que nous avons rencontrés se présentent comme les « jeunes des cités », ou plus précisément les jeunes de la cité X. Cette composante territoriale est importante, car malgré tous les handicaps, toutes les stigmatisations dont souffrent ces enclaves urbaines, les jeunes qui y résident expriment à leur égard un très fort sentiment d’appartenance. C’est donc bien sur la base de cette identité territoriale locale qu’ils se définissent et non pas sur la base d’une identité fantasmée venue d’ailleurs. Mais ces jeunes sont aussi souvent gagnés par la déception et la frustration : les rapports qu’ils entretiennent avec les deux institutions républicaines qu’ils côtoient le plus fréquemment – l’école et la police - sont fondés sur la méfiance, la désillusion et parfois un rejet radical. L’école les déçoit parce que ces jeunes sentent confusément que ses moyens sont insuffisants pour renverser la spirale de l’échec et qu’ils ressentent l’orientation comme une sorte d’élimination en douceur. Quant à la police, elle condense toutes les frustrations car elle est perçue fondamentalement comme une institution qui viserait principalement à saper, à nier et finalement à détruire l’identité collective « des jeunes des cités ». Les jeunes vivent donc la présence policière comme un affrontement permanent entre « eux » et « nous », les jeunes. Les émeutes ont été un moment paroxystique de cet affrontement et il nous semble que le conflit latent avec police en a constitué une dimension essentielle.

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Au terme de cette enquête, notre sentiment est que nous sommes à un point de bascule. Nous avons senti chez une grande partie des jeunes que nous avons rencontrés un grand appétit de réussite et un fort désir d’intégration. Vues sous cet angle, les émeutes de novembre 2005 sont plus un appel au secours que l’expression d’un rejet de la société française. Mais, une autre partie des jeunes, souvent les plus jeunes, ne croit plus aux promesses et est gagnée par une radicalité inquiétante. Les prochaines années seront décisives et pour que le scénario de l’intégration l’emporte, il faut que les institutions républicaines – l’école et la police – retrouvent aux yeux des jeunes des cités une légitimité qu’elles ont en grande partie perdue.

Annexes

Annexe n˚ 1

L'enquête réalisée à Aulnay-sous-Bois


Annexe n˚ 2

Les quartiers d'Aulnay-sous-Bois


Bibliographie

• Bachmann C. et Le Guennec N. (1997), Autopsie d’une émeute. Histoire exemplaire du soulèvement d’un quartier, Paris, Albin Michel, 238 p.

• Bergesen A. et Herman M. (1998), « Immigration, Race, and Riot : the 1992 Los Angeles Uprising », American Sociological Review, Vol. 63, p. 39-54.

• Hussain Y. et Bagguley P. (2005), « Citizenship, Ethnicity and Identity : British Pakistanis after the 2001 'Riots' », Sociology, Vol. 39 (3), p. 407-425.

• Lagrange H. (2006), « La structure et l’accident », in H. Lagrange et M. Oberti (dir.), Émeutes urbaines et protestations. Une singularité française, Paris, Presses de Sciences Po, p. 105-130.

• Olzak S., Shanahan S. et McEneaney E. H. (1996), « Poverty, Segregation, and Race Riots : 1960 to 1993 », American Sociological Review, Vol. 61, p. 590-613. 

• Roché S. (2006), Le frisson de l’émeute. Violence urbaines et banlieues, Paris, Seuil, 221 p.

Notes

[(1)]

On peut citer au moins Olzak, Shanahan et McEneaney (1996) ; Bergesen et Herman (1998) ; Hussain et Bagguley (2005) pour les émeutes à la fois les plus récentes et les plus commentées.