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Le Mouvement Social 2001- 1 (no194)| ISSN 0027-2671 | ISSN numérique : en cours | ISBN : | page 7 à 24 Distribution électronique Cairn pour les éditions Les Éditions de l’Atelier. © Les Éditions de l’Atelier. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
L’infrabureaucratie vietnamienne au Bac Ky (Tonkin) de l’indépendance au protectorat
(fin du XIXe siècle-début du XXe siècle)
Emmanuel Poisson [*]
RESUME — Les employés des bureaux mandarinaux dans le Nord du Viêtnam constituent le « parent
pauvre » d’historiographies fascinées par la figure majestueuse du mandarin. Cet article se
propose donc de rendre compte de l’importance de cette infrabureaucratie placée entre les
mandarins et les pouvoirs villageois. Toutefois l’étude du rôle de cette dernière conduit à
s’interroger sur ses dysfonctionnements, fruits de l’ambivalence de la position des employés :
indispensables relais du pouvoir mandarinal, ils étaient sociologiquement très proches de la
notabilité villageoise.
Les employés des bureaux mandarinaux dans le Nord du Viêtnam constituent le « parent
pauvre » d’historiographies fascinées par la figure majestueuse du mandarin. Cet article se
propose donc de rendre compte de l’importance de cette infrabureaucratie placée entre les
mandarins et les pouvoirs villageois. Toutefois l’étude du rôle de cette dernière conduit à
s’interroger sur ses dysfonctionnements, fruits de l’ambivalence de la position des employés :
indispensables relais du pouvoir mandarinal, ils étaient sociologiquement très proches de la
notabilité villageoise.
ABSTRACT —
The employees in the mandarin offices in the north of Vietnam have been relegated
to the status of « poor relation » in historiographies fascinated by the majestic figure of
the mandarin. The present article aims to assess the importance of this infrabureaucracy
situated between the mandarin and the village notables. Nevertheless, a study of the role
of this infrabureaucracy leads to a consideration of its dysfunctioning, the latter being
the consequence of the ambivalent position of the employees : at one and the same time
indispensable relays of the power of the mandarinate, and sociologically very close to the
village notables.
The employees in the mandarin offices in the north of Vietnam have been relegated
to the status of « poor relation » in historiographies fascinated by the majestic figure of
the mandarin. The present article aims to assess the importance of this infrabureaucracy
situated between the mandarin and the village notables. Nevertheless, a study of the role
of this infrabureaucracy leads to a consideration of its dysfunctioning, the latter being
the consequence of the ambivalent position of the employees : at one and the same time
indispensable relays of the power of the mandarinate, and sociologically very close to the
village notables.
1L’un des défis majeurs qu’a dû assumer l’État confucéen au Viêt Nam comme en Chine a toujours été la fragilité de son articulation aux systèmes de pouvoir locaux. Les structures tendaient en effet à se dissoudre au-dessous de la sous- préfecture (huyên), en deçà de laquelle il y avait toujours un risque de « vide administratif ». La distance séparant, dans le monde rural, un mandarinat surimposé par le pouvoir central des autorités villageoises largement autonomes était singulièrement forte. On comprend mieux dès lors le rôle stratégique des secrétaires des bureaux mandarinaux (nha môn) situés en position charnière entre le sous-préfet et les pouvoirs villageois. Le Nord du Viêt Nam (Bac Ky) offre un terrain d’observation privilégié : la précision et la richesse de ses sources d’archives de l’époque du protectorat français permettent de dépasser les stéréotypes véhiculés par les historiographies et d’analyser les ressorts du pouvoir des employés. Ceux-ci étaient l’indispensable relais du pouvoir mandarinal dans les huyên, mais, issus eux-mêmes de la notabilité villageoise, ils étaient sociologiquement très proches des autorités communales et cantonales. Il est donc clair que leur position était ambivalente : cette proximité socio-logique qui était un facteur indéniable d’efficacité administrative pouvait être également une source de dysfonctionnements. L’étude de cette strate de l’administration ne peut être effectuée qu’à la lumière d’un double comparatisme, avec le Viêt Nam précolonial de la première moitié du XIXe siècle d’une part et avec la Chine d’autre part. La prépondérance des employés mais aussi les dysfonctionnements des bureaux s’inscrivent au Viêt Nam comme en Chine dans la longue durée. Le développement d’une véritable infrabureaucratie parallèle formée d’employés recrutés localement et non rémunérés par l’administration semble néanmoins plus spécifique de la période coloniale. Après avoir analysé les ressorts du pouvoir des employés, nous étudierons la question du personnel irrégulier, pour réfléchir sur les blocages et réformes des bureaux des huyên.
2Quelle était la place des employés subalternes dans le dispositif administratif du Bac Ky (Tonkin) en 1896 ? L’ensemble des circonscriptions du Bac Ky était alors administré par 1 272 fonctionnaires civils vietnamiens : 418 mandarins (quan) et 854 employés mandarinaux (lai). Si l’on étudie la répartition des fonctionnaires selon leur cadre d’exercice, on obtient les chiffres suivants : les phu et huyên étaient administrés par 747 fonctionnaires, soit 275 mandarins et 472 employés; les provinces par 525 fonctionnaires, soit 143 mandarins et 382 employés [1]. Quelle était la répartition interne (mandarins/employés) de ces 1 272 fonctionnaires réguliers ? Les mandarins formaient le tiers et les employés les deux tiers de l’effectif administratif du Bac Ky. Parmi ces derniers, les employés des huyên constituaient 37 % de l’effectif et les employés provinciaux 30 %. Les employés étaient donc structurellement et numériquement majoritaires.
3Quelle était l’origine géographique de ces 854 employés ? Ils étaient majoritairement originaires du Nord : 95 % contre 5 % pour le Centre. Une analyse à différentes échelles – province, huyên, village – montre que le recrutement des employés était très concentré. Les provinces du delta du Fleuve Rouge étaient largement prépondérantes. Elles rassemblaient, en 1896,79 % de l’effectif total contre 9 % pour la Haute Région et 5 % pour la Moyenne Région. Au sein de cet ensemble géographique, la province de Hà Nôi représentait à elle seule 33 % de l’effectif total, soit pratiquement la somme de l’effectif des quatre provinces suivantes : Bac Ninh (13 %), Hung Yen (13 %), Nam Dinh (7 %) et Hà Nam (4 %). Toutes les provinces, à l’exception de Hai Duong, recrutaient de façon préférentielle leurs employés dans la province de Hà Nôi. Si l’on précise par un mouvement de focale l’origine par huyên, alors apparaissent deux foyers : les cinq huyên périphériques de Hà Nôi – Thanh Tri (16,6 %), Gia Lâm (8,1 %), Vinh Thuân (5,5 %), Thanh Oai (4,4 %) et Tu Liêm (3,2 %) – concentrent 37,8 % du recrutement d’une part; le huyên de My Hào (province de Hung Yen) fournit 8,3 % des effectifs d’autre part. Mais il convient de se placer au niveau inférieur, le village, pour mesurer pleinement la concentration du recrutement. Cinq « viviers » (Di Su, Ta Thanh Oai, Nhân Muc, Thô Khôi) forment ensemble 21 % de l’effectif total des employés mandarinaux en poste au Bac Ky en 1896. La place qu’ils occupent dans les effectifs fournis par leurs huyên respectifs est également très significative comme le montre le tableau suivant :
La tradition lettrée dont témoignent les résultats aux concours triennaux et de la capitale dans les villages de Ta Thanh Oai et Nhân Muc explique leur place exceptionnelle dans le recrutement. Ainsi, Ta Thanh Oai, entre 1453 et 1841, compte treize docteurs (tien si) [2] et 9 licenciés (cu nhân) de son huyên entre 1807 et 1884. Dix lettrés de Nhân Muc furent docteurs avant 1884, et vingt-deux furent licenciés (cu nhân) entre 1807 et 1884. Mais les relations clientélaires ne doivent pas pour autant être négligées, sachant que Lê Hoan, l’un des grands mandarins « pacificateurs », était originaire de Nhân Muc [3].
4La formule lapidaire de Gu Yanwu (1613-1682) [4] citée en titre de cette partie reste pleinement valable pour le Viêt Nam. Quatre facteurs, rappelons-le, conféraient aux employés des huyên un pouvoir considérable : l’expérience administrative des subalternes, un maillage administratif lâche, l’incapacité gestionnaire de certains sous-préfets ainsi que les effets des réformes administratives et judiciaires. Si les deux premiers facteurs rappellent le cas chinois, les deux derniers, conjoncturels, sont spécifiques du Viêt Nam.
5L’expérience des subalternes liée à leur âge et leur forte stabilité en poste constituait un premier facteur. A la différence de leur supérieur hiérarchique, le sous-préfet, qui restait peu de temps en poste dans les mêmes lieux, les employés de bureau, souvent plus âgés que le mandarin chef de circonscription, constituaient les éléments stables des fonctions administratives, connaissaient les us et coutumes de la population, les problèmes de la circonscription et maîtrisaient les dossiers. Comme le notait Dang Huy Tru en 1868, un mandarin, si intelligent soit-il, ne pouvait faire fi de l’expérience de ses secrétaires [5]. Ainsi en 1896 dans 46,6 % (56/120) des huyên, le secrétaire principal (lai muc) était plus âgé que le mandarin dont il dépendait, le tri huyên [6]. Or cette différence d’âge est supérieure ou égale à dix années dans dix-neuf de ces cinquante-six cas. Si les secrétaires auxiliaires (thông lai) étaient rarement plus âgés que les mandarins, les chiffres ne sont point négligeables : dans 30,8 % des cas (37/120), le mandarin était plus jeune que les thông lai de sa circonscription. La stabilité des subalternes leur donnait donc un réel ascendant sur le sous-préfet. Il faut à cet égard souligner une différence majeure entre l’employé et le mandarin. La « carrière » du premier, aux perspectives très limitées, se déroulait sur une, voire deux circonscriptions. En revanche, la mobilité géographique du second était bien plus importante car la rapidité de son avancement en dépendait.
6Le réseau formé par l’administration sous-préfectorale était très distendu, quoiqu’à un degré moindre qu’en Chine [7]. Si l’on rapporte le nombre de sous-préfets à celui des habitants, la responsabilité de ces mandarins apparaissait démesurée. Ceci était particulièrement vrai des provinces du delta du Fleuve Rouge en 1921 : le ratio oscille entre un sous-préfet pour 99 000 habitants pour la province de Nam Dinh et un sous-préfet pour 36 000 habitants pour la province de Bac Ninh [8].
7La position des subalternes a aussi été confortée par la médiocrité et la faiblesse du grade de leur supérieur hiérarchique. La première décennie du protectorat français a vu en effet de fréquentes nominations dans le mandarinat, et plus particulièrement comme préfet ou sous-préfet, d’hommes dépourvus de diplôme et dont la nomination récompensait la loyauté à l’égard des autorités françaises et vietnamiennes. Ainsi Hoàng Duc Phu, ancien catéchiste, dépourvu de diplôme, fut sévèrement noté par le résident de Thai Binh qui estimait son instruction absolument insuffisante, ce qui mettait Phu « à la merci de ses lettrés qu’il ne (pouvait) ni diriger ni contrôler » [9], lorsqu’il fut nommé tri huyên par intérim de Thân Khê (juillet 1890-mai 1891) puis de Thuy Anh (août 1891-juin 1893). Ce mandarin avait d’ailleurs entièrement construit sa carrière sur les recommandations du kinh luoc Hoàng Cao Khai [10], du vicaire apostolique du Tonkin central, Monseigneur On˜at [11], et d’un ancien fonctionnaire du Protectorat, Piglowski [12]. Autre cas significatif que celui de Nguyên Van Thiêm, tri huyên de Yên Dung (octobre 1889-mars 1890). En effet, Auvergne, résident de Bac Ninh, demanda en mars 1890 à ce qu’il soit remis à la disposition du résident supérieur, dans les termes suivants :
8Il était autrefois chef de coolies (quan phu) et a suivi en cette qualité plusieurs colonnes; il a pu rendre des services, les certificats qui lui ont été délivrés l’attestent, mais il ne connaît rien à l’administration (...). Il ne peut même pas signer et est obligé d’avoir constamment un lettré avec lui pour lire ses lettres [13].
9Le nombre de ces mandarins s’accrut en effet par suite du retrait de mandarins diplômés des concours de l’administration et du refus de jeunes lauréats des concours littéraires d’embrasser la carrière mandarinale. Nous ne sommes pas en mesure de donner d’indications statistiques sur ces préfets transfuges des colonnes pacificatrices. Cependant les rapports des résidents et des mandarins provinciaux dans les années 1890-1900 font souvent allusion à la « pénurie » des bons administrateurs [14]. Or, si le nombre de ces sous-préfets piètres gestionnaires diminua par la suite, il était difficile pour les autorités françaises de se séparer brutalement de ces anciens auxiliaires de la conquête.
10La prépondérance des employés s’affirmait également dans les districts de la Haute Région dont les mandarins (tri châu) étaient originaires d’une province du delta du Fleuve Rouge. La majorité d’entre eux ne parvenaient pas à s’acclimater. Sous la période coloniale comme avant la conquête française, les subalternes tiraient parti de la passivité voire de l’absentéisme de leur supérieur hiérarchique pour régler eux-mêmes les affaires. Ainsi comme le constatait Nguyên Dang Giai, gouverneur des provinces de Son Tây, Hung Hoa et Tuyên Quang en 1844, il était fréquent que certains tri châu et tri phu délaissent leurs circonscriptions pour séjourner pendant près de dix mois au chef-lieu des provinces, et l’administration entière était laissée aux mains des employés subalternes [15]. De même Dang Xuân Bang, alors tri phu de Yên Binh (province de Tuyên Quang), écrivait en 1861 :
11Parmi les mandarins des phu et des huyên, seuls ceux de Hàm Yên et de Yên Binh occupent leurs sièges. Le surplus des administrateurs [c’est-à-dire le tri phu de Tuong Yên, le tri châu de Chiêm Hoa, les tri huyên de Vinh Diên, Dê Dinh, Vinh Tuy et Vi Xuyên] réside dans la citadelle de la province, la garde des yamen est laissée aux secrétaires et aux satellites [16].
12Les mandarins provinciaux de Hoà Binh affirmaient en 1908 à leur résident qu’à la fin du règne de Tu Duc (1848-1883) l’administration du châu de Mai Da était confiée à des mandarins vietnamiens, qui habitaient au chef-lieu de la province [Hung Hoa], et ne visitaient leurs administrés qu’une ou deux fois par an [17]. Enfin, un dernier exemple plus récent confirme le poids des subalternes : Nông Huu An, Tày, lai muc du châu de Binh Gia (Lang Son) de 1908 à 1914, était considéré par le résident comme le « véritable tri châu » [18].
13Les réformes administratives et judiciaires ont également affermi la position des secrétaires. Si les bureaux vietnamiens furent peu à peu dessaisis de la majeure partie de leurs attributions au niveau provincial au profit des fonctionnaires français, le personnel vietnamien des sous-préfectures – le sous-préfet et surtout ses employés – continua très tardivement à accomplir l’essentiel des tâches administratives comme en témoigne cette remarque d’un administrateur français en 1921 :
14Tout aboutit à la sous-préfecture [19]. C’est toujours au préfet ou au sous-préfet que ces services (généraux) finissent par s’adresser par l’intermédiaire du résident pour tout ce qui a trait à leurs relations avec la population [20].
15Avant la période coloniale, ce mandarin provoquait ou transmettait les nominations et mutations du personnel et surveillait sa conduite, pressait la rentrée de l’impôt, assurait sa répartition et vérifiait les dégrèvements, accomplissait les cérémonies rituelles, encourageait l’instruction publique, veillait au recrutement des soldats, entretenait les voies de communication et rendait la justice. Quel rôle jouaient les secrétaires dans ce dispositif ? Le travail de bureau constituait la base de leur activité. Aux employés incombait la tenue des registres comptables et des affaires judiciaires dans les bureaux provinciaux ou locaux. Cette tâche était jugée suffisamment importante pour qu’elle soit l’objet d’une réglementation minutieuse. Le retard dans la rédaction ou la transmission de registres était donc sévèrement sanctionné. Ainsi Lê Cân, scribe (thu lai) au bureau du bô chinh de la province de Ninh Binh, avait été condamné en décembre 1882 à cinquante coups de rotin pour avoir transmis avec retard le registre des recettes et des dépenses [21]. Toutefois le travail de bureau ne se limitait pas à la rédaction de registres : les scribes et secrétaires étaient également chargés de la vérification des informations communiquées par les villages, tâche dont on peut mesurer l’importance à travers le cas de Lê Quang Oanh, thu lai au bureau du bô chinh de la province de Hung Yên, qui en 1897, au cours de l’examen des rôles fonciers, avait découvert 30 000 mâu (10 800 hectares) de rizières dissimulées [22]. Si le travail de bureau mobilisait l’essentiel de leur temps, les missions sur le terrain n’étaient pas pour autant négligeables. Le mandarin assignait ainsi à ses employés la surveillance des travaux de digues [23] et de routes, la conduite d’une enquête préliminaire en cas de meurtre dans un village et la confection des rôles d’impôt.
16A partir du début du XXe siècle, en raison des réformes, le domaine d’intervention des sous-préfets s’élargit : mise en place de budgets communaux, recherche de candidats aux licences de débitant d’alcool et d’opium; propagande à faire lors des modifications du régime monétaire, cours forcé, émission de sapèques; organisation et surveillance de la poste rurale; lutte contre les épidémies de choléra, la variole, recherche des lépreux, mesures contre les épizooties. Parallèlement, les tâches traditionnelles – judiciaires, policières, militaires et fiscales – se diversifièrent et se déve-loppèrent [24]. Les mandarins, présents sur le terrain, durent néanmoins confier une partie de ces nouvelles missions à leurs employés. En outre, la place de l’écrit s’accrut, en particulier dans le domaine judiciaire. Ainsi, depuis la mise en application des réformes de 1917, les déclarations de chaque personne lors d’instructions ou d’enquêtes devaient être consignées sur un papier particulier, « ce qui produit un grand nombre de paperasses », selon les termes du gouverneur de la province de Nam Dinh, Pham Van Thu [25]. Les réformes confortèrent par conséquent le rôle des employés.
17La croissance des tâches administratives renforça corrélativement le déséquilibre interne à la sous-préfecture et à la préfecture. A la faveur des réformes, la proportion des subalternes au détriment des mandarins s’accentua fortement dans les phu et huyên des grandes provinces du delta du Fleuve Rouge comme en témoigne l’évolution du ratio subalternes/mandarins dans les provinces de Hà Nôi, Bac Ninh et Son Tây : dans chacune de ces trois provinces, on compte soixante-seize subalternes pour vingt-quatre tri phu et tri huyên en 1921 contre soixante-deux subalternes pour trente-huit mandarins en 1896 [26].
Graphique 1

Évolution des effectifs des secrétaires des préfets et sous-préfets au Nord du Viêt Nam (1896-1921)
18Après avoir connu une diminution de 10 % entre 1896 et 1905, les effectifs ont crû de 17 % entre 1905 et 1912 pour retrouver en 1921 leur niveau de 1896. Cette stabilité remarquable traduit la résistance de l’administration locale aux tentatives de réduction des effectifs [27]. Néanmoins une approche purement quantitative est réductrice. Les chiffres, en réalité, masquent la présence de deux catégories de personnel qui, absentes des statistiques établies par les autorités françaises, figurent dans les documents d’archives : surnumérariat et « personnel occulte » [28]. Le travail sur archives est d’autant plus fructueux que les textes réglementaires font fi de cette diversité. En effet, dans la pratique, les autorités du Protectorat amalgamaient ces deux catégories, qualifiées de personnel irrégulier.
19Un important surnumérariat apparaît dans les documents d’archives. Nombre de futurs employés des préfectures ont ainsi débuté leurs carrières comme phu biên thông lai [29] (secrétaire-adjoint surnuméraire), ngoai ngach thông lai (secrétaireadjoint stagiaire). Quelles sont les raisons du développement de cette catégorie d’employés ? Les conditions d’entrée dans l’administration étaient relativement faciles : les mandarins provinciaux et locaux engageaient, sur simple demande des intéressés, des étudiants qu’ils employaient comme agents stagiaires. En outre, ils n’exigeaient pas systématiquement que le candidat ait réussi les première et deuxième épreuves des concours triennaux [30]. Au terme d’une période probatoire, ils soumettaient aux autorités provinciales la titularisation de la personne. Le cas de Nguyên Huu Lung est très représentatif à cet égard :
20J’ai été employé en qualité de secrétaire-adjoint surnuméraire dans la préfecture de Tiên Hung, province de Thai Binh. Nommé en la douzième année de Thanh Thai (1900), je maîtrise la comptabilité (thu toan) et la rédaction des actes judiciaires (an tu) puisque j’ai servi pendant deux ans dans cette préfecture [31].
21Le concours de recrutement des employés de bureau des mandarins ne fut rétabli qu’en 1907 [32]. Les conditions politiques ont également facilité l’entrée dans l’administration d’hommes qui avaient été les auxiliaires militaires des Français. L’analyse croisée des registres de 1896 et des propositions de nomination dans l’administration [33] formulées par les grands mandarins « pacificateurs » comme Hoàng Cao Khai ou Lê Hoan le démontre. Il est certain que ceux-ci ont cherché à placer leurs créatures à des postes de secrétaires.
22Une deuxième catégorie de personnel, distincte des employés surnuméraires, qui ne figure également pas dans les statistiques publiées par le Protectorat, connaît un développement considérable au début des années 1915-1920. Les documents d’archives la désignent sous des appellations très diverses : nho (lettrés), hoc tro (étudiants), copistes, scribes, lettrés faméliques, lettrés auxiliaires non payés, lettrés sans solde, agents temporaires, personnel occulte. L’exemple de la province de Hà Dong illustre son importance. Les préfets et sous-préfets reconnurent le 1er décembre 1921 lors de la conférence mensuelle des mandarins que leur personnel actuel était insuffisant et qu’ils employaient tous des secrétaires supplémentaires non rétribués. On peut parler de véritable infrabureaucratie parallèle, les mandarins ayant admis « que l’importance des écritures obligeait à entretenir constamment dans chacun de leur poste, en plus de leurs quatre secrétaires réguliers, quatre autres secrétaires non rétribués » [34]. Près de vingt ans plus tard, l’ampleur de ce personnel irrégulier restait une question très sensible si l’on en croit un reportage de Vu Trong Phung [35].
23Dans la majorité des cas, lorsque les enquêtes sur ce personnel occulte aboutissaient, il s’avère que ces copistes étaient des parents ou amis des secrétaires réguliers ou des préfets [36]. L’analogie avec la Chine [37] et la continuité avec le Viêt Nam impérial doivent ici être soulignées. L’empereur Minh Mang (1820-1840) en 1829 avait ainsi très clairement articulé l’origine géographique des employés et les dysfonctionnements de l’administration. Il expliqua ainsi son refus d’augmenter les effectifs des employés de deux ministères :
24A l’origine, les critères de recrutement étaient en effet l’apparence, la communauté d’origine géographique et les rapports personnels. C’est pourquoi on a nommé des agents indignes de leur fonction [38].
25Comment expliquer le développement de cette infrabureaucratie parallèle ? Les tentatives de réduction d’effectifs les plus drastiques [39] furent paradoxalement concomitantes des réformes administratives et judiciaires que nous avons évoquées, c’est pourquoi le cumul des fonctions par les secrétaires réguliers se révéla une parade insuffisante. Prisonniers des impératifs budgétaires, les résidents chefs de province, dans l’impossibilité de demander l’accroissement des effectifs des subalternes, fer-mèrent alors les yeux sur le recrutement par les préfets et sous-préfets d’agents supplémentaires non rétribués.
26L’interdiction répétée de 1882 à 1921 d’un tel type de recrutement exprime la difficulté des autorités françaises et vietnamiennes à la faire respecter. Quatre textes prohibèrent le recrutement par les mandarins d’employés irréguliers, non rémunérés : une ordonnance de la 35e année de Tu Duc (1882) [40], une ordonnance de la 1re année de Thanh Thai (1889), une décision de l’inspecteur impérial (1897), et une circulaire de 1904 du résident supérieur au Tonkin. La citation suivante de 1922 traduit clairement les difficultés d’application :
27Je [résident supérieur] vous prie de rappeler aux autorités indigènes de votre province que l’ordonnance royale de la 1re année du règne de Thanh Thai (1889) qui interdit l’utilisation d’agents non rétribués (nho) est toujours en vigueur [...]. Veuillez donner toutes les instructions nécessaires pour que les phu et huyên ne tolèrent plus dans leurs bureaux la présence de ces employés irréguliers non reconnus par l’administration [41].
28La presse dénonçait également à la fin des années 1930 la corruption et les désordres dans les villages liés à ces lettrés comme en témoignent deux articles de Vu Trong Phung et Ngô Tât Tô (1894-1954). Ceux-ci admettaient qu’il était impossible, faute de création de postes, d’enrayer le phénomène [42]. Mais là n’était pas pour eux la raison essentielle : seule une prise de conscience de leurs droits par de véritables citoyens pouvait faire obstacle à ce personnel irrégulier. Ainsi s’éclaire le combat de ces écrivains réformateurs pour le développement de l’enseignement dans les campagnes.
29L’impossibilité de supprimer ce « recrutement à la base » [43] selon un administrateur français en 1921 fait écho aux analyses de Pierre-Étienne Will pour la Chine et marque une même impossibilité pour l’administration centrale de contrôler cette infrabureaucratie [44]. Cette tentative de contrôle obéissait à deux impératifs que nous nous proposons d’analyser : amélioration de la compétence, lutte contre la corruption.
30Le développement d’une infrabureaucratie parallèle résulte de la conjonction de deux facteurs : le caractère très sélectif du concours de recrutement des employés des mandarins institué en 1907 et l’inadaptation de secrétaires trop âgés. Ces derniers, formés dans les écoles de caractères, ne connaissaient pas le quôc ngu [45] ou n’étaient pas suffisamment familiarisés avec cette écriture pour l’employer avec une rapidité suffisante et ne pouvaient s’adapter aux nouvelles méthodes administratives [46]. Cette frange du personnel régulier n’était pas négligeable. Elle représentait pour chacune des provinces de Hà Dông, Bac Ninh et Phu Tho, 10 % de l’effectif des employés des préfectures [47]. C’est pourquoi ces secrétaires avaient recours à de jeunes étudiants ayant échoué aux concours. La mutation des bureaux des préfectures qui passait par un rajeunissement de ses cadres était difficile pour des raisons politiques. La substitution d’un recrutement qui aurait privilégié la compétence administrative à un recrutement fondé sur la loyauté à l’égard des Français supposait la stabilité politique. Or celle-ci ne fut jamais définitivement acquise, comme en témoignent l’agitation antifiscale en 1908, le complot de Trân Cao Van et de l’empereur Duy Tân en 1916 et le soulèvement en 1917 de la garnison de Yên Bay [48]. Ainsi s’expliquent les réticences affichées en 1921 par les administrateurs français à se séparer brutalement de leurs auxiliaires les plus anciens, dont la carrière avait débuté au moment de la conquête. Mais la nécessité de préserver un noyau de subalternes d’une loyauté absolue n’était pas seule en cause. Il convenait de ménager un groupe qui, par la nature de ses fonctions, était le mieux placé pour percevoir les effets de la politique économique des autorités coloniales comme le remarquait crûment un résident français :
31[les subalternes] sont à même de constater quotidiennement que les efforts du Protectorat aboutissaient à des réalisations de revenus toujours croissants [49].
32Or ces derniers ne restaient pas inertes devant les projets de suppression d’emplois comme le montre l’exemple de Bac Ninh en 1899 : la réduction brutale de 80 % de l’effectif des secrétaires principaux amena ces employés à adresser une longue lettre de protestation au chef de province [50]. Cette crainte de l’agitation des fonctionnaires vietnamiens et des employés en particulier conduisit les administrateurs français à entourer de précautions le départ de l’administration des subalternes : les suppressions de postes et mises à la retraite devaient être espacées; le recours au licenciement pur et simple était très rare car il revêtait un caractère infamant. Il était susceptible en effet de leur créer des difficultés dans leur village d’origine du point de vue de la place de préséance [51]. La brutalité en la matière était très souvent qualifiée d’« impolitique » par les fonctionnaires français [52].
33Au-delà de l’expression proverbiale au Viêt Nam comme en Chine de la concussion des subalternes, il convient d’en décomposer les mécanismes puis d’en analyser les causes : stabilité excessive en poste des secrétaires réguliers, enracinement des agents non officiels et modicité de la rémunération.
34L’enracinement des secrétaires réguliers dans les préfectures était très faible. En d’autres termes, une infime minorité d’employés officiels exerçaient dans leur préfecture d’origine : dix cas sur 718 en 1896, soit neuf thông lai et un lai muc. Cela démontre que les interdictions impériales (hôi ty) de 1834 et 1836 inspirées de la Chine étaient encore respectées à la fin du XIXe siècle [53]. De telles dispositions visaient à prévenir les liens particuliers de l’employé avec les villageois, sources de nombreuses injustices. Mais l’on ne peut se contenter d’une telle analyse et ceci pour deux raisons. Le respect des règlements précités ne signifiait pas que la mobilité géographique des secrétaires réguliers était importante [54]. L’excessive stabilité des secrétaires, pourtant souvent dénoncée par les mandarins provinciaux et les administrateurs français, était fréquente. Par ailleurs, le personnel irrégulier, vu la nature de son recrutement, échappait aux règlements précités : dans la majorité des cas, il exerçait dans sa circonscription d’origine.
35Le travail administratif était l’occasion, au début du XXe siècle comme au milieu du XIXe siècle, de multiples ponctions illicites pour le personnel des préfectures, malgré la sévérité de la réglementation [55]. L’exemple de la sous-préfecture de Phu Luong dans la province de Thai Nguyên en 1912 permet de saisir les mécanismes de la corruption. Certes, il s’agit d’un cas limite dans la mesure où quatorze villages sur un total de vingt ont porté plainte auprès des autorités provinciales et où l’ensemble du personnel d’exécution a été muté vers une autre province, à l’issue de l’enquête menée par le vice-gouverneur [56]. Elle rend néanmoins compte de la diversité des pratiques concussionnaires. Quatre situations ont été particulièrement favorables : construction de routes, établissement du rôle de l’impôt, élection des maires (ly truong), recrutement des miliciens. La procédure occasionne une multiplicité de dépenses illicites : « frais de papiers et de pinceaux » (tiên giây but), « frais de timbre » (tiên tem), « frais de présentation [d’une requête] » (tiên trinh). Un siècle auparavant, sous le règne de Minh Mang, les malversations des subalternes étaient dénoncées en des termes analogues et dans les mêmes circonstances [57]. Ce détour par le Viêt Nam impérial achevé, revenons au cas de la sous-préfecture de Phu Luong. Le tableau ci-dessous, dressé par le vice-gouverneur de Thai Nguyên, est un indicateur de l’importance de la corruption : pour le seul établissement du rôle des impôts, les ponctions opérées représentent l’équivalent de près de cinq mois de salaire pour le premier secrétaire-adjoint et plus de trois mois de salaire pour le second. Cela nous amène à considérer le ressort essentiel de la corruption, à savoir la modicité de la rémunération des employés irréguliers.
36La nécessité de mieux rémunérer les fonctionnaires pour enrayer la corruption avait été envisagée bien avant la période coloniale par les empereurs comme Minh Mang, Tu Duc [58] et des lettrés comme Nguyên Truong Tô [59]. Ainsi Minh Mang préconisa-t-il en 1839 l’augmentation des traitements des fonctionnaires de la frange inférieure du mandarinat du 4e degré et au-dessous. Les mandarins de la Cour proposèrent alors de diminuer les plus hauts salaires pour augmenter les plus faibles [60], proposition que le souverain approuva. Après la conquête française, le haut mandarinat réclama aussi une meilleure rémunération des fonctionnaires comme en témoigne une lettre que Nguyên Huu Dô, kinh luoc, adressa en 1887 au résident général [61]. Néanmoins l’examen des échelles de soldes entre 1899 et 1928 montre que seuls les mandarins chefs de circonscription ont bénéficié d’une revalorisation de leurs salaires. L’écart entre le salaire nominal d’un sous-préfet et celui d’un secrétaire régulier de préfecture en début de carrière, qui était de un à dix entre 1899 et 1919, ne se resserra que tardivement : il était de un à huit en 1923, puis de un à cinq en 1928 [62]. Les employés ressentaient d’autant plus durement cette indifférence des autorités que la condition de leurs homologues des administrations françaises s’améliorait alors comme en témoignait Jean Tardieu en 1928 [63]. L’analyse comparée des soldes traduit, comme le montre le graphique ci-dessous, l’inégalité entre les deux cadres, soit une différence de près de quatre piastres en moyenne. Si leurs salaires étaient identiques en début de carrière, la progression d’un secrétaire de mandarin était bien plus lente que celle d’un planton [64].
Graphique 2

Progression comparée des salaires d’un secrétaire et d’un planton
37Cependant la connaissance des salaires nominaux n’est pas suffisante. Essayons alors d’évaluer la rémunération réelle, bien qu’elle soit plus difficile à établir. Un document d’archives de 1920 nous fournit une première indication. Nguyên Huu Ich, vice-gouverneur de la province de Son Tây, évalue ainsi les dépenses mensuelles d’un secrétaire régulier et de sa famille à trente et une piastres. Sachant qu’en 1920 la solde mensuelle d’un secrétaire était de douze piastres en début de carrière et de trente piastres en fin de carrière, on mesure la précarité de sa situation [65]. Il convient d’ajouter que la faiblesse des salaires des secrétaires réguliers stimulait la corruption des employés irréguliers. En effet, les premiers contraignaient fréquemment les seconds à leur reverser une partie de leurs perceptions illicites. L’accroissement des tâches liées aux réformes administratives et judiciaires n’est donc pas le seul facteur du développement de la bureaucratie parallèle. La faiblesse des salaires a été également un puissant stimulant. Leur situation était d’autant plus critique que les perspectives de carrière étaient très limitées, une fois passée la période de la conquête française. Un secrétaire-adjoint (thông lai) accédait en fin de carrière aux fonctions de secrétaire responsable des bureaux (lai muc) d’une préfecture, ou de chef (thông phan) ou sous-chef (kinh lich) de bureau au niveau provincial. Plus généralement, la concussion apparaît sous un angle structurel, comme la compensation aussi nécessaire qu’inéluctable d’un État impérial puis colonial fonctionnant par trop à l’économie [66]. Autrement dit, il convient de l’envisager comme compensation des insuffisances d’une structure, et non comme le pur produit d’une conjoncture, les troubles de la conquête.
38Ainsi l’infrabureaucratie, échelon intermédiaire entre le village et l’État central, assuma-t-elle un rôle d’autant plus important que les réformes administratives et judiciaires, engagées au début du XXe siècle, ont conduit à une transformation du mode d’administration dans les phu et huyên. Sans que disparût la conciliation, l’administration préfectorale fut de plus en plus interventionniste. Le mandarin ne pouvant assurer seul la totalité du travail administratif, les employés, parallèlement à leur travail de bureau, virent leurs missions sur le terrain se multiplier. En outre, si les faiblesses de l’infrabureaucratie dans les années 1910-1930 existaient déjà au début du XIXe siècle – recrutement fondé avant tout sur les relations interpersonnelles, corruption, manque de formation –, les autorités du Protectorat n’ont pas su y apporter de réponse et sont finalement restées prisonnières des modèles traditionnels sur ces questions. Les efforts en vue d’améliorer le statut des employés étaient en réalité trop timides sur la rémunération [67] ou peu novateurs pour la formation. Il est enfin légitime de s’interroger sur l’actualité de la question. La rénovation des pouvoirs locaux et, au-delà, la réflexion sur une meilleure articulation entre le pouvoir central et ses appareils périphériques constituent aujourd’hui au Viêt Nam l’enjeu essentiel de la réforme administrative.
[*]
Membre de l’École Française d’Extrême-Orient.
[(1)]
Notre analyse de la répartition interne, de l’âge des fonctionnaires et de l’origine géographique des employés, s’appuie sur les ly lich (curriculum vitae) du fonds du kinh luoc : Archives Nationales du Viêt Nam (A.N.V.), Fonds du kinh luoc (K.L.), registres nos 2514-2524.
[(2)]
Deux sous la dynastie des Lê (1428-1527), 10 sous la dynastie des Lê restaurés (1533-1788), 1 sous la dynastie des Nguyên.
[(3)]
Voir infra, p. 9-10.
[(4)]
Sur Gu Yanwu, voir J.-F. VERGNAUD, La pensée de Gu Yanwu (1613-1682). Essai de synthèse, Paris, E.F.E.O., 1990.
[(5)]
Dang Huy Tru, Tu thu yêu quy [Exposé des règles de ce qu’on doit refuser et de ce que l’on peut recevoir], traduction vietnamienne par Nguyên Van Huyên et Pham Thuân Khanh, présentation de Duong Trung Quôc, Hà Nôi, Nhà xuât ban Phap ly-Hôi khoa hoc lich su Viêt Nam, 1992, p. 151. Le lecteur qui souhaite mieux connaître l’œuvre polymorphe de ce mandarin peut se reporter à l’ouvrage suivant : Dang Huy Tru (1825-1874). Con nguoi và tac phâm [Dang Huy Tru, l’homme et son œuvre], groupe de Trà Linh, Hô Chi Minh-ville, Nhà xuât ban thành phô Hô Chi Minh, 1990.
[(6)]
Nous n’avons pas inclu dans cette analyse le personnel en poste dans la Haute Région (Cao Bang, Lang Son, Tuyên Quang).
[(7)]
A titre de comparaison, un sous-préfet gérait couramment en Chine au XVIIIe siècle une population supérieure à cent mille habitants. D’après P.-E. WILL, Bureaucratie et famine en Chine au XVIIIe siècle, Paris, Éditions de l’E.H.E.S.S., 1980, p. 84.
[(8)]
Calculs effectués à partir des sources suivantes : Annuaire général de l’Indochine française, partie administrative, 1921, p. 188-243; A.N.V-Résidence supérieure au Tonkin (R.S.T.), dossier no 57386 : Réduction du personnel de l’administration indigène. Réponses des chefs de province (1921). Il n’a pas été possible de calculer un ratio plus ancien. Le premier recensement date en effet de 1921. De 1893 à 1920, nous ne disposons que du nombre des inscrits par sous-préfecture et par préfecture.
[(9)]
Appréciation (1890) du résident de France de Thai Binh, A.N.V.-R.S.T. 15570 : dossier de carrière de Hoàng Duc Phu, tri huyên (1890).
[(10)]
Hoàng Cao Khai, kinh luoc du Tonkin (1890-1897), lui conféra en avril 1891 un brevet provisoire de nomination au grade du 8e degré, 1re classe pour avoir participé à sa colonne de police. A.N.V.-R.S.T. 15570.
[(11)]
Appréciation (6/1891) du résident de France de Thai Binh, A.N.V.-R.S.T. 15570.
[(12)]
Lettre (30/12/1895) de Piglowski au chancelier Lévy de la résidence supérieure au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 15570.
[(13)]
Lettre 184 (8/3/1890) d’Auvergne, résident de Bac Ninh au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 34838 : dossier de carrière de Nguyên Van Thiêm, tri huyên (1889-1892).
[(14)]
Voir en particulier les rapports du résident de France à Cao Bang en 1891, du chef du service des affaires indigènes et de Brière, résident supérieur, en 1892. Les analyses de Luro, Lanessan et Pasquier débouchent d’ailleurs sur le même constat que Brière : recrutement fondé avant tout sur la fidélité, manque d’instruction et d’autorité des mandarins pendant cette période. Sources : note de service (22/04/1892) du chef du service des affaires indigènes au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 18370 : dossier de carrière de Nguyên Thê Dông, tri huyên, 1886-1895; lettre (12/03/1891) du résident de France à Cao Bang au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 31444 : dossier de carrière de Pham Van Tiêm, tri huyên, 1893-1912; E. LURO, Cours d’administration annamite, s.l.n.d., p. 80; J.-L. DE LANESSAN, La colonisation française en Indochine, Paris, Félix Alcan, 1895, p. 11-12; P. PASQUIER, L’Annam d’autrefois. Essai sur la constitution de l’Annam avant l’intervention française, Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1929, p. 110.
[(15)]
Dai Nam thuc luc chinh biên [Relation véritable du Dai Nam, partie principale], 38 t., Hà Nôi, Nhà xuât ban khoa hoc xa hôi, 1963-1977, t. 24, p. 126-127.
[(16)]
Dang Xuân Bang, Tuyên Quang tinh phu (1861). Traduction française par BONIFACY, « La province de Tuyên Quang », Revue Indochinoise, XXV, 1922, p. 173.
[(17)]
Témoignage des mandarins provinciaux de Hung Hoa rapporté par le résident de Hoà Binh, in Lettre 192 (8/10/1908) du résident de Hoa Binh au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 14487 : dossier de carrière de Phung Nhu Ky, lai muc (1870-1909).
[(18)]
Appréciation (15/11/1912) du résident de France de Lang Son, A.N.V.-R.S.T. 54280 : dossier de carrière de Nông Huu Ân, tri châu (1893-1927).
[(19)]
C’est nous qui soulignons.
[(20)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France, à Hà Dông au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(21)]
A.N.V.-K.L. 2516, p. 27.
[(22)]
Rapport 785 (12/8/1907) du tông dôc au résident de Hà Dông, A.N.V.-R.S.T. 55110 : dossier de carrière de Lê Quang Oanh, tri huyên (1907-1914).
[(23)]
Ainsi Dang Duy Tân, thông lai du grade de 9a au 5e mois de la 4e année de Thành Thai (juin 1892), promu au 8a et nommé lai muc du huyên de Thuy Anh pour avoir supervisé avec efficacité les travaux de la digue de Hoàng Xa (A.N.V.-K.L. 2520, p. 16).
[(24)]
Transmission de pièces militaires; allocations aux familles des militaires; convocations à faire pour le compte des diverses administrations; citations à remettre pour le service judiciaire; recherches des Vietnamiens condamnés pour recouvrement des frais de justice et des amendes; enquêtes survenues à propos de difficultés soulevées dans l’enregistrement des actes « indigènes »; enquêtes pour frais de déguerpissement pour travaux de routes et de digues; répression de la contrebande d’alcool et d’opium; incidents provoqués par les perquisitions; exécution des jugements. Les subalternes étaient d’ailleurs souvent sollicités pour ces interventions comme en témoigne l’exemple de Trân Công Bach, thông lai du phu de Hoai Duc, qui lors de perquisitions au village de Liên Mac (octobre 1910) et de Duong Thông (avril 1911), saisit l’alcool et les ustensiles de deux distilleries clandestines. A.N.V.-R.S.T. 14491 : dossier de carrière de Trân Công Bach.
[(25)]
Lettre (7/12/1921) de Pham Van Thu, gouverneur, au résident de France à Nam Dinh, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(26)]
Sources : A.N.V.-K.L. 2514,2518,2521.
[(27)]
Le graphique a été établi à partir des dossiers et registres suivants : – A.N.V.-K.L. 2514-2524. – A.N.V.-R.S.T. 74877 : états numériques du personnel européen, indigène et des mandarins en service au Tonkin le 31 mars 1905. – Tableau annexé à l’arrêté du 18 avril 1912 pris par le résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 85382 : note au sujet de l’effectif du personnel de l’administration indigène fixé par arrêté du 18/4/1912. – « Tableau des effectifs du personnel de l’administration indigène en 1921 », A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(28)]
Pierre Rosanvallon a également montré les limites d’une telle approche pour l’étude de l’administration française. Voir P. ROSANVALLON, L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, 1990, p. 284-291.
[(29)]
Demande (en chinois) formulée par Vu Ly Tinh, ancien phu biên thông lai (secrétaire-adjoint surnuméraire) de la préfecture de Xuân Truong, tendant à obtenir une place de secrétaire-adjoint ou de secrétaire principal (24e jour, 10e mois de la 15e année de Thanh Thai (1903)). A.N.V.-R.S.T. 14561 : dossier de Vu Ly Tinh, lai muc (1919).
[(30)]
Avant 1884, la réussite à la première et à la deuxième épreuves des concours régionaux était exigée des candidats aux fonctions de secrétaire-adjoint des préfectures et sous-préfectures.
[(31)]
Lettre (29/07/1904) de Nguyên Huu Lung au résident supérieur au Tonkin. A.N.V.-R.S.T. 14625 : dossier de carrière de Nguyên Huu Lung, thông lai (1920).
[(32)]
Les annales mentionnent l’institution d’un concours de recrutement des subalternes dès 1077. Il comportait des épreuves de calcul, d’écriture et de droit pénal. Dai Viêt Su Ky Toan Thu [Annales complètes du Dai Viêt], 1697, texte original et traduction vietnamienne, sous la direction de Phan Huy Lê, Hanoi, Nha xuât ban khoa hoc xa hôi, 1993,4 vol., vol. 1, p. 280. L’organisation d’un tel concours est attestée au moins jusqu’en 1762. Viêt su thông giam cuong muc [Textes et commentaires formant le miroir complet de l’Histoire Viêt], vol. 17, Hà Nôi, Nhà xuât ban van su dia, 1960, p. 86. Sur le concours de 1907, voir : Dai Nam diên lê toat yêu [Abrégé de la réglementation du Dai Nam], 1909, texte original et traduction vietnamienne par Nguyên Si Giac, réédition à Hô Chi Minh-ville, Nhà xuât ban thành phô Hô Chin Minh, p. 121.
[(33)]
Il s’agit plus précisément de proposition de grades de mandarinat, grades dont l’obtention donnait accès à une fonction.
[(34)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(35)]
Vu Trong Phung (1911-1939), romancier et journaliste, écrit même : « de huit à dix lettrés irréguliers par yamen ». Il a sans doute forcé le trait – ce qui ne doit pas étonner. Un tel procédé était somme toute classique pour sensibiliser le lecteur à la gravité d’un problème de société. VU TRONG PHUNG, « Môt huyên an Têt » [Le nouvel an dans une sous-préfecture], (p. 611-631) reportage paru dans Tiêu thuyêt thu bây, no 246 (18/2/1939) et 247 (25/2/1939) et réédité in Tuyên tâp Trong Phung, t. 1, Hà Nôi, Nhà xuât ban van hoc, 1998, p. 621.
[(36)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(37)]
« Tout ce monde (i.e. le personnel d’exécution), théoriquement nommé ou confirmé par le magistrat, émanait en fait de la société locale par “élection”, cooptation, trafic d’influence et une infinité de pratiques coutumières ». P.-E. WILL, Bureaucratie et famine..., op. cit., p. 86.
[(38)]
Dai Nam Thuc Luc chinh biên, t. 9, p. 175-176.
[(39)]
Ainsi les prévisions du résident supérieur en octobre 1921 auraient dû conduire à une réduction de 34 % des effectifs des secrétaires de la province de Hà Dông. Arrêté 2682 (24/10/1921) du résident supérieur au Tonkin; lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông, au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(40)]
Elle visait plus particulièrement les scribes surnuméraires des bureaux de la capitale et des mandarins provinciaux : « Nghiêm câm cac bô nha trong kinh và tinh ngoài không duoc mô vi nhâp luu thu lai ngoài ngach ». Dai Nam Thuc Luc chinh biên, op. cit., t. 35, p. 147.
[(41)]
Note postale (3/02/1922) du résident supérieur au résident de France à Hà Dông, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(42)]
« Le gouvernement a conscience du problème mais ferme les yeux car il estime que le travail du yamen ne peut être effectué par le personnel existant et il ne dispose pas de crédits suffisants pour créer des postes de subalternes ». VU TRONG PHUNG, « Môt huyên an Têt », art. cit., p. 622. « Conscientes de ces problèmes, les autorités supérieures ont interdit la présence des nho dans les yamen et obligent les secrétaires réguliers à prendre leurs responsabilités. La loi fut d’abord appliquée à Hà Dông avec succès à la grande satisfaction du peuple. [...] Mais le contrôle s’est relâché en raison des économies budgétaires et de la baisse des effectifs. Les mandarins continuent donc à faire appel aux nho ». DAM HIEN (pseudonyme de Ngô Tât Tô), « Chung tôi rât kho chiu voi “bon nho” o cac phu huyên » [Nous sommes excédés par les « lettrés » des préfectures et sous-préfectures], Thoi Vu, no 75, 28/10/1938, réédition, in Ngô Tât Tô toàn tâp, t. 1, Hà Nôi, Nhà xuât ban van hoc, 1996, p. 307-311.
[(43)]
Expression utilisée par le résident de France à Tuyên Quang. Lettre (16/6/1921) au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(44)]
P.-E. WILL, Bureaucratie et famine..., op. cit., p. 85.
[(45)]
Transcription en alphabet latin de la langue vietnamienne, le quôc ngu fut créé par des missionnaires italiens, portugais et systématisé par le jésuite Alexandre de Rhodes dont le Dictionarium annamiticum, lusitanium et latinum fut publié en 1651.
[(46)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông, au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386. L’assertion de Delamarre est confirmée par l’examen des dossiers personnels comme celui de Lê Dinh Quan (A.N.V.-R.S.T. 14479).
[(47)]
Il s’agit des employés dont les administrateurs français et mandarins provinciaux demandent le départ de l’administration en 1921. Leur âge oscille entre 55 et 60 ans et la durée de leur carrière est de 21 à 30 années (A.N.V.-R.S.T. 57386).
[(48)]
Sur l’agitation politique et sociale, voir Lich su Viêt Nam [Histoire du Viêt Nam], vol. 6-8 : Lich su cân dai Viet Nam [Histoire moderne du Viêt Nam], Hà Noi, 1961-1963; NGUYEN THE ANH, Monarchie et fait colonial au Viêt Nam (1875-1925), Paris, L’Harmattan, 1992, p. 215-220,227-230, 259-269; P. BROCHEUX, D. HÉMERY, Indochine, la colonisation ambiguë 1858-1954, Paris, Éditions La Découverte, 1994, p. 275-324.
[(49)]
Lettre (25/4/1899) de Groleau, résident de France à Hai Duong au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57379 : suppressions d’emplois dans le personnel de l’administration indigène (1895-1900).
[(50)]
Lettre (10/5/1899) au résident de France à Bac Ninh, A.N.V.-R.S.T. 57379.
[(51)]
Note Postale (14/10/1921) du résident supérieur au résident de France à Hà Dông, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(52)]
Lettre (18/7/1899) du résident de France à Son Tây au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57379.
[(53)]
Nous n’avons pris en compte que les employés en poste en 1896 dans les huyên du delta du Fleuve Rouge et de la Moyenne Région. En effet, le personnel en poste dans les circonscriptions de Tuyên Quang, Cao Bang et Lang Son n’était pas soumis à une telle règle. Les règlements de 1834 et 1836 figurent dans le Khâm dinh Dai Nam hôi diên su lê [Répertoire des institutions et règlements du Dai Nam établi par ordre impérial] (1843-1851), 262 livres, traduction vietnamienne publiée sous la direction de Nguyên Hông Phong, Huê, Nhà xuât ban Thuân Hoa, 15 vol., 1993, vol. 2, livre XII, vol. 3, livre XXXIV, p. 391; Dai Nam diên lê toat yêu, op. cit., p. 123. Sur cette règle de l’abstention, voir PHAN DAI DOAN et alii, Môt sô vân dê vê quan chê triêu Nguyên [Quelques aspects du mandarinat sous la dynastie des Nguyên], Huê, Nhà xuât ban Thuân Hoa, 1998, p. 153-156.
[(54)]
Un règlement de 1834, pour lutter contre la stabilité excessive des secrétaires phu et huyên, prescrivait leur mutation au bout de trois ans. Dai Nam diên lê toat yêu, op. cit., p. 123.
[(55)]
La réglementation non seulement pénalisait les employés concussionnaires mais engageait aussi la responsabilité de leur supérieur hiérarchique. Ainsi un employé de Cao Xuân Duc, chanh su, avait extorqué dans un village 60 ligatures. Ce mandarin fut alors en juillet 1888 rétrogradé de deux classes et muté car il avait négligé (thât sat) d’éprouver la moralité de son subalterne. Extrait du ly lich de Cao Xuân Duc, gouverneur de Nam Dinh, A.N.V.-K.L. 2514, p. 39. Voir aussi sur cet épisode : Ch. PATRIS, « Notice nécrologique de S.E. Cao Xuân Duc », Bulletin des Amis du Vieux Huê, octobre-décembre 1923, p. 455. De même, un employé du huyên de Tu Ky (province de Hai Duong) avait en octobre 1892 été chargé par le tri huyên, Dang Huy Hô, de saisir un buffle dans un village qui n’avait pas réglé ses arriérés d’impôt. Sans en informer le mandarin, l’employé vendit ce buffle et en acheta un plus petit qu’il amena au huyên. Le sous-préfet fut alors rétrogradé d’une classe avec maintien en poste car il avait négligé d’examiner et de sanctionner la faute de son employé. Extrait du curriculum vitae de Dang Huy Hô, A.N.V.-K.L. 2518, p. 23.
[(56)]
Rapport (6/9/1912) du vice-gouverneur de Thai Nguyên au résident de France, A.N.V.-R.S.T. 31163, dossier de carrière de Doan Thê Tang, tri huyên, 1902-1917.
[(57)]
Comme le note un rapport de 1827 des « frais de papier » sont ainsi exigés par les subalternes à l’occasion du recrutement de soldats. Minh Mênh Chinh Yêu [L’essentiel du gouvernement de Minh Mênh], 25 livres (1837-1897), Sài Gon, Phu Quôc Vu Khanh Dac Trach Van Hoa, 6 vol., vol. 5, livre 18, p. 24. Voir également vol. 5, p. 40; vol. 2, p. 38,37,69,110,119,131,137.
[(58)]
Tu Duc déclarait ainsi en 1868 : « Les anciens affirmaient avec justesse : si l’on veut que les fonctionnaires soient intègres, rien n’est plus favorable que d’en réduire le nombre et d’en augmenter le traitement ». Dai Nam Thuc Luc chinh biên, op. cit., t. 30, p. 29.
[(59)]
TRUONG BA CAN, Nguyên Truong Tô – con nguoi và di thao, Hô Chi Minh-ville, Nhà xuât ban Hô Chi Minh, 1988, p. 240. DO BANG et alii, Tu tuong canh tân dât nuoc duoi triêu Nguyên [Le réformisme sous la dynastie des Nguyên], Huê, Nhà xuât ban Thuân Hoa, 1999, p. 68.
[(60)]
Dai Nam Thuc Luc chinh biên, t. 21, p. 264-265. Pour une comparaison avec le barème des salaires de 1818, voir Dai Nam Thuc Luc chinh biên, t. 4, p. 341-342.
[(61)]
Lettre du 28e jour, 8e mois, 2e année de Dông Khanh (13/10/1887), A.N.V.-R.S.T. 57395 : augmentation de la solde du personnel de l’administration indigène (1887-1931).
[(62)]
A.N.V.-R.S.T. 57395.
[(63)]
« Un Annamite, petit employé dans une administration française, est certes plus riche, plus libre, plus heureux que s’il était scribe au service d’un mandarin ». J. TARDIEU, Lettre de Hanoi, réédition Paris, Gallimard, 1997, p. 22.
[(64)]
Nous avons réalisé ce graphique à partir des chiffres du dossier A.N.V. 57396 : requêtes tendant à obtenir le relèvement de soldes en faveur des thua phai (1920).
[(65)]
Ce mandarin précise que la famille comprend en moyenne 5 personnes : le secrétaire, sa femme, deux enfants et un serviteur. Source : lettre (5/3/1920) de Nguyên Huu Ich, vice-gouverneur de Son Tây, au résident de France, A.N.V.-R.S.T. 57396.
[(66)]
Comme le souligne Daniel Hémery, « la colonisation en Indochine ne doit pas créer de remous politique en métropole, donc ne rien lui coûter, ce qui implique un large recours à une domination “à bon marché”, le protectorat ». D. HÉMERY, « Structures d’une domination », in P. BROCHEUX et D. HÉMERY, Indochine, la colonisation ambiguë..., op. cit., p. 73.
[(67)]
Une indemnité de cherté de vie pour les subalternes fut instituée en 1921.