L’Indépendance. Une revue traditionaliste des années 1910
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L’Indépendance. Une revue traditionaliste des années 1910

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L’Indépendance est une revue traditionaliste fameuse et méconnue. Souvent citée, elle n’a jamais fait l’objet d’une étude complète [1]  Cet article est tiré d’une recherche universitaire... [1] . Admettons que l’objet en tant que tel ne méritait pas une attention prioritaire : parmi les dizaines de revues de la « Belle Époque » [2]  Cf. Jacqueline Pluet-Despatin, Michel Leymarie, Jean-Yves... [2] , avec quelques abonnés, il n’a pas l’importance de la Revue des deux mondes, ni celle de la NRF ou des Cahiers de la Quinzaine.

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Doit-on pour autant parler d’épiphénomène intellectuel ? Il semble que non si l’on accepte qu’une revue, par-delà sa diffusion et son discours, est aussi un lieu social qui éclaire un monde la dépassant, celui des milieux intellectuel et littéraire parisiens des années 1910. Elle est aussi un angle de vue intéressant pour mettre en relief les parcours des intellectuels participant à sa genèse, à sa vie, à sa mort. Tel est le cas, mais pas le seul, de Georges Sorel pour qui Jean Variot dit fonder la revue au printemps 1911 [3]  Né le 8 avril 1881 à Neuilly-sur-Seine, Jean Variot... [3] .

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Le concept de traditionalisme est sujet à polémique tant il peut susciter des interprétations diverses et parfois divergentes. L’Indépendance apparaît comme une revue traditionaliste si l’on accepte que le terme désigne, dans son sens premier et étymologique, une défense de la tradition sous ses divers aspects sociaux, politiques et culturels. Selon nous, le traditionalisme n’implique pas toujours une pensée contre-révolutionnaire mais n’est pas, non plus, du fait de sa pugnacité, un simple conservatisme. Il peut s’apparenter à une idéologie réactionnaire. Quoi qu’il en soit [4]  Nous renvoyons à une discussion sur le traditionalisme... [4] , c’est plutôt une approche sociale et humaine de la revue que nous voudrions développer ici en suivant les trois moments clés de son histoire.

Naissance de l’Indépendance

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Porter attention à la « pré-histoire » de la revue nous semble un préalable nécessaire. Il s’agit de s’intéresser à la structure fractale de cette genèse, c’est-à-dire aux différentes causalités qui, de la « grande histoire » à celle, plus modeste, des milieux et des hommes, ont conduit à faire éclore l’Indépendance.

Préhistoire : 1908-1911

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« L’air du temps » et le parcours de Sorel sont comme l’abscisse et l’ordonnée définissant cette genèse. L’Indépendance s’inscrit dans une histoire marquée par l’affaire Dreyfus. Sa mise en place répond aussi directement à la situation de Sorel dans le champ intellectuel, au terme d’une évolution entamée en 1908.

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L’Indépendance appartient en effet à la postérité de l’Affaire. Dans l’espace politique et intellectuel bipolarisé qui fait suite à ce séisme, on trouve dans les colonnes de la revue les plumes de nombreux antidreyfusards notoires (Maurice Barrès, Paul Bourget, Émile Baumann ou Vincent d’Indy) et celle d’une population particulière, les « antidreyfusards du lendemain » (Michel Prat). Ces hommes, dreyfusards par attachement au droit, à la justice, par solidarité avec une classe ouvrière dont ils espéraient que la victoire dreyfusarde exaucerait certains espoirs, reviennent rapidement sur leurs engagements, déçus par « la République radicale ». Citons Sorel, Daniel Halévy, Jean Variot [5]  Le directeur de l’Indépendance écrit ainsi dans un... [5] , Édouard Berth, Urbain Gohier, les frères Tharaud ou encore Paul Acker. Tous reconsidèrent, rejettent ou interrogent leur dreyfusisme. Pensons à la chute de la « mystique » dreyfusarde dans la « politique » et ses compromissions, évoquée par Charles Péguy. Ce retour du pendule peut se traduire chez certains par le basculement dans l’antisémitisme voire un antiparlementarisme parfois virulent. Les deux essais contemporains d’Halévy et de Sorel, l’Apologie pour notre passé et La révolution dreyfusienne, sont ici emblématiques. Ainsi, douze articles de l’Indépendance évoquent l’Affaire, présentée comme une crise fondatrice.

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Cette crise plante un décor sur lequel l’Indépendance est mise en scène. Car l’Affaire incarne et amplifie à la fois une modernité que ces hommes entendent combattre. Contre ces « années électriques » (Christophe Prochasson), un mouvement réactionnaire surgit et s’organise autour de trois thèmes : le classicisme, le catholicisme et le nationalisme. L’Indépendance fait sienne cette triple contestation, autour du terme générique de traditionalisme. La montée en puissance de l’Action française (AF) de Charles Maurras illustre ce trait. Le mouvement maurrassien polarise d’ailleurs fortement cette scène intellectuelle, sans la monopoliser cependant. L’Indépendance naît et meurt d’un difficile positionnement par rapport à cette mouvance.

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La naissance de la revue a en effet directement à voir avec l’AF et les tractations difficiles que les maurrassiens conduiront auprès de Sorel. L’Indépendance est avant tout fondée par Variot pour son « maître » qui, en 1911, manque d’une tribune. Cet esseulement intellectuel résulte alors d’une série de ruptures qui, de 1908 à 1911, ont déplacé le philosophe des horizons prolétariens et syndicalistes vers ceux de la réaction sans qu’il ne s’y confonde jamais complètement.

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Homme de revues [6]  Cf. Michel Prat, « Georges Sorel et le monde des revues... [6] , Sorel est aussi un homme de cénacle, qui a besoin d’un lieu où une sociabilité vive s’exerce. Or, en 1911, il se trouve isolé de deux groupes très importants pour lui : le Mouvement socialiste d’Hubert Lagardelle et la boutique des Cahiers de Péguy. La rupture d’avec le Mouvement socialiste survient en 1908. Déjà, des articles de Sorel avaient pu dérouter le lectorat syndicaliste de la revue : des études sur Bergson, un article intitulé « La crise morale et religieuse » développent des thèmes que l’on retrouvera à l’Indépendance. Mais c’est par les événements de Villeneuve-Saint-Georges que la scission intervient. Sorel accuse alors Lagardelle d’être entré dans le jeu politique derrière Jaurès, fût-ce en s’opposant aux équipes en place. Il quitte la revue à l’automne [7]  Cf. Marion Dachary de Flers, Lagardelle et l’équipe... [7] .

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Selon nous, des tensions accrues avec le milieu péguyste ont concouru également à l’apparent isolement de Sorel. Parmi les premiers abonnés des Cahiers de la Quinzaine, il est l’un des grands fidèles des jeudis de la boutique de Péguy, où il occupe une place de maître. Ce milieu intellectuel est important pour comprendre la naissance et le fonctionnement de l’Indépendance, en raison de l’attachement particulier de Sorel pour cet endroit, du nombre remarquable de rédacteurs des Cahiers qui s’associeront à la revue et de la proximité idéologique entre ces deux organes. C’est en effet dans la boutique des Cahiers que Sorel et Variot se rencontrent, le premier jeudi d’octobre 1908 [8]  Cf. Jean Variot, Propos de Georges Sorel, Paris, Gallimard,... [8] .

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Mais Péguy montre des signes d’agacement devant le magistère de son aîné [9]  Cf. Géraldi Leroy (ed.), « Charles Péguy et Georges... [9] qui, de son côté, aurait aimé être publié à nouveau aux Cahiers [10]  Sorel se plaint ainsi auprès de Berth d’être renvoyé... [10] . Il faut dire qu’entre le dreyfusard mystique et le philosophe aux tentations iconoclastes et à l’analyse froide et raisonnée de la religion, un fossé se creuse ; Péguy hésite à publier un auteur qui, depuis La révolution dreyfusienne, peut choquer le lectorat dreyfusard et juif des Cahiers [11]  Cf. Éric Cahm, « Péguy et le nationalisme français... [11] .

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Retenons donc qu’en 1910 Sorel, tout en continuant d’assister aux jeudis des Cahiers, est relativement isolé. L’Indépendance est créée pour pallier ce manque. Avant celle-ci, une autre revue est néanmoins projetée. Déçu par le mouvement ouvrier, Sorel entame un nouveau virage dans son parcours intellectuel, qui le conduit à s’intéresser à l’AF avec laquelle une revue, la Cité française, est lancée.

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Les années 1908-1910 correspondent en effet, dans la vie de Sorel, au passage par paliers de milieux socialistes et dreyfusards vers des milieux conservateurs, voire réactionnaires, et résolument antidreyfusards. Ces accointances s’effectuent de deux manières. Une pièce de théâtre de Bourget, La Barricade, mise en scène en 1910, favorise une lecture conservatrice des Réflexions sur la violence, d’un point de vue résolument bourgeois [12]  Nous ne développons pas ce point que nous avons traité... [12] . La notoriété de Sorel, sortie des milieux syndicalistes pour atteindre des horizons plus conservateurs, intéresse Maurras. Celui-ci, avec l’aide de Georges Valois, autre ancien socialiste dreyfusard devenu monarchiste, également proche de Sorel, a alors lancé une campagne de rapprochement avec le théoricien de la violence, autour d’une commune sensibilité antidémocratique.

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La relation entre Sorel et Maurras est décisive pour comprendre le positionnement idéologique de l’Indépendance. Cette relation débute parallèlement à la rupture de Sorel avec le Mouvement socialiste : le philosophe s’intéresse alors à la pugnacité des jeunes Camelots, s’illustrant dans les fameux mercredis de Thalamas. L’AF vise à cette époque les milieux ouvriers français [13]  Cf. Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire. 1885-1914.... [13] . Si Maurras demeure sceptique vis-à-vis du syndicalisme sorélien, Sorel n’est pas en reste face à la restauration de la monarchie. Malgré ces prudences, les deux hommes s’écrivent et leur dialogue s’exprime au travers d’articles dans les organes de l’AF : le quotidien et la très maurrassienne Revue critique des idées et des livres [14]  Cf. Georges Sorel, « Modernisme dans la religion et... [14] .

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Ce rapprochement trouve son apogée en même temps que sa fin dans le projet d’édition d’une revue réunissant soréliens et maurrassiens : la Cité française. C’est Georges Valois qui, depuis la Revue Critique à laquelle il collabore activement, tente de le réaliser avec l’aide de Berth. Dès le printemps 1910, les premières tractations sont menées. Prudent envers l’AF à laquelle il ne veut pas être amalgamé, Sorel finit par accepter : il pense que cette aventure éditoriale pourra se faire sans récupération. En fait, dès le départ, l’AF entend noyauter l’organe [15]  « Au lieu d’apparaître comme deux groupes bien distincts... [15] . Cette revue antidémocratique doit également être pour Sorel l’occasion d’exposer de nouveaux sujets de réflexions. Il entend diriger une revue essentiellement littéraire et développer des thèmes plus philosophiques que sociaux. Mais la Cité française n’est pas publiée. Des rivalités de personnes, notamment entre Variot et Valois, empêchent toute collaboration durable. En outre, Sorel, réalisant peu à peu la mainmise des maurrassiens sur la revue, regimbe. Le projet avorte finalement en novembre 1910.

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De cet échec vont naître d’un côté l’Indépendance et de l’autre le Cercle Proudhon [16]  Cf. Georges Navet, « Le Cercle Proudhon (1911-1914).... [16] . L’implosion de la Cité française renvoie les intellectuels devant y participer vers des horizons plus conformes à leurs attentes respectives. Valois, avec Pierre Gilbert, figure phare de la Revue critique [17]  Cf. Thomas Roman, La Revue critique des idées et des... [17] , retourne à cette revue d’où naîtra un an plus tard le Cercle Proudhon. Quant à Sorel, à nouveau sans tribune, c’est à Variot qu’il doit d’en trouver une : l’Indépendance est fondée en mars 1911.

Hiver 1911 : naissance d’une revue traditionaliste

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L’identité traditionaliste de l’Indépendance est démontrée par la filiation que la revue, sous la plume de Variot [18]  Cf. Jean Variot, « Sur Minerva », l’Indépendance, 24,... [18] , revendique. Le jeune nationaliste évoque en effet le modèle de Minerva, revue publiée en 1902 et 1903 sous la direction de René-Marc Ferry. Cette revue littéraire bimensuelle accueille alors les plumes de personnalités conservatrices. Citons Henry Bordeaux, Louis Dimier, Maurras qui y publie « L’avenir de l’Intelligence », Jacques Bainville ou encore, parce qu’ils collaboreront à l’Indépendance, Barrès, Bourget et d’Indy. Cette tutelle est manifestée également par la présence du directeur, Ferry, au comité de rédaction de l’Indépendance. Le discours antidreyfusard, résolument traditionaliste et antimoderne, anti-intellectualiste et nationaliste de Minerva préfigure en effet celui de l’Indépendance.

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La revue naît immédiatement après l’échec de la Cité française. Variot, disposant de « quelque argent », propose à Sorel « de fonder une revue qui sera bien à lui » [19]  J. Variot, Propos de Georges Sorel, op. cit., p. 2... [19] . Le projet s’esquisse dès la fin 1910 ou au tout début 1911. Comme pour la Cité française, c’est Marcel Rivière, éditeur de Sorel, qui se charge de l’entreprise. Le titre vient du philosophe et souligne, après les écueils du rapprochement avec les maurrassiens, une volonté ferme de n’être l’instrument d’aucune école. Si Sorel, après hésitations, accepte l’offre de Variot, c’est sans doute tant par besoin d’une tribune que, étant affilié à un éditeur et à une revue, pour bénéficier des nombreux services de presse nécessaires à sa réflexion. Il n’hésite d’ailleurs pas à les démarcher lui-même comme en attestent ses correspondances. Celles-ci peuvent d’ailleurs être le point de départ d’amitiés ou tout du moins de relations intellectuelles suivies. Tel est le cas de Paul Claudel mais aussi d’Albert Houtin, auteur d’une Histoire du modernisme catholique [20]  Cf. Correspondance Sorel-Houtin, BNF, Papiers Houtin,... [20] . Notons en outre que l’offre de Variot n’est pas gratuite et sert aussi très certainement les intérêts du jeune littérateur ayant besoin d’une tribune pouvant lui servir de tremplin.

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Le projet est suffisamment avancé en janvier et février 1911 pour que Variot et Sorel commencent à contacter des collaborateurs pour leur revue. Sorel laisse une porte ouverte à Berth. Halévy est contacté, de même que quelques correspondants italiens du philosophe. Une annonce publicitaire circule apparemment au tout début de l’année 1911 comme en attestent, par exemple, deux demandes de service pour la revue par le Catholique, revue belge mensuelle, et les Feuillets. Revue mensuelle de culture suisse [21]  Les deux lettres de demande de ces services sont contenues... [21] . Enfin, les archives de l’éditeur montrent que des comptes sont tenus pour l’Indépendance dès ces premiers mois, sans doute pour les frais de lancement et de publicité [22]  Cf. Comptes de l’Indépendance, IIHS, carton n° 62,... [22] .

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Le premier numéro de la revue paraît ainsi le 1er mars 1911. Le titre exact en est l’Indépendance. Chronique bimensuelle. Il s’agit d’une revue de format modeste. Avec 34 pages pour ce premier numéro, c’est une revue maigre. Le nombre de pages évoluera d’ailleurs peu. La revue annonce donc une parution bimensuelle, les 1ers et 15 de chaque mois, qui sera en fait souvent perturbée par des retards et l’édition de numéros doubles, voire triples. De format in octavo, chaque numéro coûte 0,60 f, prix moyen d’une revue à l’époque, mais un prix élevé restreignant de facto le public auquel la revue s’adresse. Le financement est assuré à parts égales par Variot, directeur de la revue, et l’éditeur. Les comptes tenus par ce dernier le prouvent [23]  Ibidem. [23] .

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Le manifeste de la revue, placé en tête de ce premier numéro, la positionne idéologiquement tout en définissant le public auquel elle se destine. Il semble que Paul Jamot, conservateur au Louvre, soit l’auteur de ce programme [24]  Cf. lettre de Georges Sorel à Benedetto Croce du 25... [24] . Le ton est moins agressif a priori qu’à la Cité française. L’antidémocratisme n’est pas évoqué comme moteur principal : il s’agit plutôt de prendre au sérieux les écueils de la modernité selon une optique culturelle. S’adressant à « des hommes sages et de bonne culture », l’Indépendance entend défendre les traditions françaises [25]  L’Indépendance, 1, 1er mars 1911, dos de couvertur... [25] . Cette dimension culturelle, Sorel la souligne à ses divers correspondants. La composition du premier comité de rédaction la confirme : on a là un cénacle de personnalités reconnues et consacrées, des écrivains et artistes qui donnent à la revue une garantie de qualité et de respectabilité [26]  Outre Variot et Sorel font partie de ce premier comité... [26] . Cependant, avec Sorel, philosophe et manieur d’idées, pouvant faire preuve de véhémence, et Variot, jeune tête brûlée littéraire maniant le sabre aussi bien que la plume, l’Indépendance ne peut être une simple revue d’art et de culture. Elle est aussi, dès ce premier numéro, un outil de combat.

Existence de l’Indépendance

Les réseaux mobilisés

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Sur deux ans, les collaborateurs à l’Indépendance furent nombreux. Malgré la prépondérance de Sorel et de Variot, on en compte 79. Sorel est en tête avec 132 articles et comptes rendus, soit 37 % du total [27]  Soit 18 articles de fond représentant environ 312 pages,... [27] . Créée pour le philosophe, l’Indépendance est, en valeur relative, majoritairement rédigée par lui. Mais, avec une majorité absolue de 63 % des papiers non écrits de sa main ni influencés par sa pensée, elle ne peut être considérée comme une revue sorélienne. Variot est le second personnage de l’entreprise par son rôle – il est directeur et gérant de la revue, en même temps que son bailleur de fonds – et sa production. Il écrit environ 20 % du total des articles et notes. Aux côtés de ces deux personnalités, assurant donc plus de la moitié de la production, un noyau dur de neuf collaborateurs participe régulièrement à l’aventure. Ils donnent de cinq à dix articles. Citons Charles Demange, neveu de Barrès, dont la revue publie dix écrits à titre posthume, Georges Platon, bibliothécaire de la faculté de droit de Bordeaux et ancienne connaissance de Sorel, ou Émile Baumann. Les autres sont des amis de Variot, jeunes intellectuels liés aux milieux barrésien et/ou maurrassien [28]  Citons André Fergan, Jean Thogorma, Jacques Gouverné,... [28] . À ce noyau dur de collaborateurs doivent être ajoutés les noms de personnalités qui, sans forcément écrire pour la revue, lui prêtent leur nom. Outre les membres du comité déjà cités, s’ajouteront Élémir Bourges, Barrès, Bourget, Maurice Donnay, Francis Jammes ou encore Maurice Denis. Enfin, pour les autres collaborateurs, le nombre des articles varie de un à quatre. Cependant, il s’agit souvent de noms illustres tels Halévy, Claudel, le poète Paul Fort, Gustave Le Bon, Dom Besse ou Vilfredo Pareto. Berth donne un seul article à la revue.

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Sociologiquement, cette équipe rédactionnelle est composée d’hommes de culture, (écrivains, universitaires ou artistes) le plus souvent consacrés, appartenant à la bourgeoisie ou à la haute bourgeoisie française, voire à l’aristocratie. L’Indépendance n’est donc pas une revue de jeunes même si, autour de Variot, une population se réunit, correspondant plus ou moins aux critères d’Agathon. L’âge moyen des collaborateurs est en effet de 42 ans en 1912. La plupart de ces hommes sont proches des milieux conservateurs. Ces « notables culturels » (Christophe Charle) n’appartiennent pas aux avant-gardes mais aux milieux les plus académiques.

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L’évolution des collaborations sert également à cerner l’identité intellectuelle de la revue. Les changements de comités sont symptomatiques de l’évolution de l’Indépendance vers plus de traditionalisme, jusqu’aux confins de la réaction maurrassienne. En septembre 1911, Paul Jamot et Ernest Laurent quittent la revue et sont remplacés par Élémir Bourges et René-Marc Ferry, deux personnalités à la teinte traditionaliste plus marquée. Le numéro triple (36-38) du 10 octobre 1912 marque un tournant en la matière avec l’entrée de trois académiciens dans le comité : Bourget, Barrès et Donnay. Émile Moselly a alors, lui aussi, quitté l’Indépendance, sans doute par fidélité à Péguy. Avec les trois « Immortels », deux autres personnalités font leur entrée au comité : Henri Clouard, jeune critique littéraire au maurrassisme notoire, et Francis Jammes, écrivain catholique proche des milieux réactionnaires. Au numéro suivant, Jacques Gouverné, ami de Variot, prend le poste de secrétaire de rédaction et entrera au comité avec Jean Thogorma, autre connaissance de Variot. Entre temps, en remplacement de Ferry décédé, Maurice Denis, peintre catholique sollicité par Variot, rejoint aussi ce comité. En moins de deux ans, le groupe initial est donc transfiguré et donne à la revue une coloration nettement traditionaliste, qui finira par gêner Sorel.

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Sans atteindre l’importance des réunions de la rue de la Sorbonne où Sorel continue de se rendre, l’Indépendance est aussi un lieu de vie. Au 31 de la rue Jacob, dans le 6e arrondissement parisien, des disciples assidus viennent écouter le maître dans le bureau de l’éditeur. Variot, Baumann ou Clouard évoqueront l’ambiance de ces réunions [29]  Cf. Jean Variot, Propos de Georges Sorel, op. cit.,... [29] . Il ne s’agit cependant que de discussions informelles par lesquelles Sorel évoque des sujets touchant le plus souvent à la religion. Il n’y a pas de concertation pour la préparation des numéros à venir. Comme Sorel et Variot le précisent à divers correspondants, le comité de rédaction de la revue ne fonctionne pas [30]  « Dans le n° qui va venir Variot mettra les noms des... [30] et n’assure qu’un rôle purement décoratif et publicitaire. Les sommaires sont construits par les deux hommes qui mobilisent leurs proches et leurs réseaux personnels.

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Ces réseaux sont nombreux. Le premier, celui des Cahiers de la Quinzaine, est commun à Variot et Sorel. C’est ici, répétons-le, qu’ils se sont rencontrés et que des amitiés se sont nouées pour se prolonger du côté de l’Indépendance. Les frères Tharaud, Moselly, proches amis de Péguy, collaborent à la revue. Halévy, Acker et Berth, collaborateurs aux Cahiers, sont également invités rue Jacob, bien que dans les cas d’Halévy et de Berth ces invitations viennent avant tout de leur amitié avec Sorel. Ce dernier n’hésite pas, comme nous l’avons dit, à provoquer des collaborations. Il sollicite ainsi, parmi ses relations, Gustave Le Bon qui donne deux articles à la revue, ou encore Georges Platon.

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Il met également à contribution un important réseau transalpin. Les relations de Sorel avec des intellectuels italiens sont nombreuses et anciennes. Si ces hommes n’apparaissent généralement pas dans la revue, ils sont démarchés. À travers ces correspondances, une Indépendance virtuelle apparaît, faite de projets avortés et d’articles non publiés. Le grand philosophe et historien Benedetto Croce est sollicité maintes fois. Mario Missiroli, journaliste italien, ne donne à la revue qu’un article, partie émergée de contributions censées être plus nombreuses. Agostino Lanzillo, jeune disciple de Sorel, est également contacté. Enfin, l’économiste et sociologue Vilfredo Pareto, déjà sollicité pour la Cité française, donne deux articles à l’Indépendance. Ces hommes peuvent aussi être sollicités pour trouver à la revue des abonnés ou des échos dans la presse italienne.

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Les autres réseaux appartiennent à Variot. Ce dernier, jeune écrivain et artiste alsacien, est en contact avec d’importants milieux artistiques et nationalistes. C’est lui qui contacte Jamot. Il côtoie les artistes mystiques de la Rose-Croix, qui collaborent à l’Indépendance [31]  Ainsi d’Angel et d’Armand Point qui donnent des illustrations... [31] . Maurice Denis est une amitié intellectuelle qu’il mobilise également. Un autre peintre, sans y apparaître, appartient aussi à l’histoire de l’Indépendance ; Ignacio Zuloaga, ami d’Élémir Bourges qui le présente à Variot puis à Sorel, est contacté pour donner quelques œuvres à la revue. Enfin, proche de Vincent d’Indy, Variot met à contribution de nombreux élèves et professeurs de la Schola Cantorum, école musicale traditionaliste fondée par le compositeur en 1894. Outre d’Indy, Jean de la Laurencie, gendre du maître et administrateur de la Schola, Blanche Selva, pianiste, Félix Raugel, élève à l’école et Jumel, professeur de chant grégorien, collaborent à l’Indépendance. Ces différents milieux, conservateurs, catholiques voire antidreyfusards – la Schola est proche de la Ligue de la Patrie française – renforcent l’identité traditionaliste de la revue.

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Un autre milieu y concourt autant. Variot mobilise en effet des plumes relevant de diverses tendances du nationalisme français alors en plein renouveau : les barrésiens, les militaires et les royalistes. L’Indépendance est une revue barrésienne à plusieurs égards. L’entrée de Barrès au comité et la publication des écrits de Charles Demange concourent à donner cette coloration à la revue. Variot est proche de la famille Barrès et des milieux barrésiens. L’un d’eux est celui des Marches de l’Est, revue de Georges Ducrocq, à laquelle collaborent Léon Bernardin, les frères Tharaud ou Acker, tous associés à l’Indépendance. Les Bauffremont, famille proche des Barrès et des Demange, collaborent aussi à la revue. De même une autre mouvance nationaliste est mise à contribution ; militariste, dirigée par un fils de médecin militaire à l’épée chatouilleuse, l’Indépendance accueille de nombreux militaires parmi lesquels le célèbre amiral de Cuverville. Enfin, les royalistes, maurrassiens ou pas, comptent dans cette équipe. Ici encore, Variot est le recruteur. Bourges, vieux royaliste, membre de l’académie Goncourt et rosicrucien, est une ancienne connaissance. Bourget semble, en revanche, entrer dans le comité suite à l’épisode de La Barricade et après avoir été mis en relation avec Sorel par l’intermédiaire d’Albert-Émile Sorel, fils d’Albert, cousin du philosophe [32]  Cf. Albert-Émile Sorel, « Souvenirs de Georges Sorel... [32] . Clouard est sollicité par Variot. Comme de nombreux jeunes gens de l’époque, ce dernier, barrésien de cœur, devient un maurrassien de raison. Sans être camelot ni participer directement aux organes de l’AF – bien qu’il soit enrôlé dans l’Univers alors récupéré par la Ligue -, il subit peu à peu l’attraction de Maurras dont il deviendra l’éditeur en 1918. Ainsi, c’est lui qui attire à l’Indépendance de jeunes nationalistes agathoniens dont Sorel se plaindra par la suite : Fernet, Thogorma, Gouverné et René Benjamin. Enfin, Dom Besse, enrôleur pour l’AF dans les milieux catholiques, donne un article à l’Indépendance. Ces noms royalistes ne permettent cependant pas de définir la revue comme maurrassienne. Le maurrassisme de Variot est alors en germes et les autres personnalités (Bourget, d’Indy, Cuverville), si elles expriment des sympathies pour la mouvance royaliste, n’en sont pas des figures organiques.

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Un dernier milieu est mis à contribution pour l’Indépendance ; la revue s’inscrit en effet pleinement dans la nébuleuse des revues et cercles catholiques alors en plein essor [33]  Cf. Frédéric Gugelot, La conversion des intellectuels... [33] . Citons, parce que des intellectuels feront la passerelle entre ces groupes et l’Indépendance, les Cahiers de l’Amitié de France de Robert Vallery-Radot, la Coopérative de prières de Claudel et Jammes, deux figures phares de ce renouveau littéraire catholique, ou encore le Bulletin des professeurs catholiques de l’Université de Joseph Lotte. La revue de Variot et Sorel, catholicisante, réunit de nombreux catholiques militants et des convertis. Bourget, Claudel et Jammes ne sont pas des moindres. Sorel lui-même s’intéresse fortement et de longue date aux questions religieuses.

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Cette approche par les réseaux aide à situer idéologiquement l’Indépendance. Cette étude réticulaire montre également qu’aucun groupe ne préexiste à la revue. Fondée pour Sorel, l’Indépendance doit beaucoup aux relations de Variot. Ainsi, c’est lui qui en fait une revue unissant « diverses formes de nationalisme français, de traditionalisme et de catholicisme » [34]  André Gide, Jacques Copeau, « Correspondance. I. Décembre... [34] , selon la définition de Michel Décaudin. Sorel y fait plus figure d’invité de marque que de directeur de conscience ; il doit dès lors compter avec le projet éditorial de Variot. L’Indépendance, s’affirmant comme une revue culturelle et artistique, revue traditionaliste dans les faits, évolue indéniablement vers le nationalisme le plus pugnace.

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L’analyse statistique des thèmes développés par la revue confirme sa coloration traditionaliste. Avec 59 articles et notes, le catholicisme et la religion arrivent en tête. Suivent le traditionalisme (51 articles), l’antidémocratisme (50), l’antimodernisme sous toutes ses formes (45), le classicisme (44) et l’anti-intellectualisme (40). Ces grands thèmes chapeautent des thématiques plus précises. L’Indépendance est une revue qui combat une modernité jugée décadente. Antiféministe et sexiste, elle exalte au contraire les vertus du travail, de la famille, de la terre et du sang. Ce nationalisme, le plus souvent militariste, peut être régionaliste. Catholique, la revue dénonce tant les anticléricaux que les modernistes. Dans le domaine des arts, contre le romantisme, le symbolisme ou le naturalisme, elle développe un discours classique et une conception nationaliste et religieuse de l’art. Son antidémocratisme fait d’elle une revue antiparlementaire et antiradicale, développant une conception élitiste mêlant étrangement un libéralisme conservateur chez des personnalités comme Sorel, Pareto ou Halévy, et des sympathies de plus en plus appuyées pour la monarchie, autour de Variot et de ses amis. Son anti-intellectualisme se traduit par des attaques contre la Sorbonne et les professeurs, un antirationalisme virulent qui exalte en retour des figures tel Pascal ou Bergson. Enfin, son idéologie réactionnaire en fait une revue violemment antisémite, xénophobe, anti-protestante et anti-maçonnique.

Réception de l’Indépendance

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Qu’en est-il de l’impact de la revue ? Trois séries de facteurs permettent de l’appréhender : son enracinement dans le champ intellectuel et littéraire, l’écho qui en est fait dans la presse et sa santé financière.

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L’étude des correspondances et des mémoires, quelques affaires et polémiques permettent d’affirmer que la revue apparaît à sa naissance comme importante et inquiétante. En 1911, Sorel se félicite ainsi du succès de l’entreprise et de la qualité de son public auprès de divers correspondants. Barrès et Bergson s’y intéressent. Péguy est agacé par cette revue qui concurrence la sienne et le prive de quelques aides utiles [35]  Marcel Péguy écrit : « Des Cahiers, si l’on en croit... [35] . Surtout, Gide est affolé par une revue qui, également éditée chez Marcel Rivière, vient directement concurrencer à ses yeux la NRF. Cette rivalité, à partir de l’automne 1911, est l’occasion d’une histoire épique et à répétitions [36]  Cette guerre intellectuelle entre l’Indépendance et... [36] . Ces polémiques dépassent les deux revues concernées pour engager les Décades de Pontigny de Paul Desjardins, le milieu péguyste, l’AF, etc. La proximité et l’interpénétration des milieux intellectuels et littéraires parisiens expliquent la multitude d’effets secondaires liés à cette crise. S’étalant sur une année, elle démontre l’importance d’une revue forte de ses collaborations prestigieuses et d’une idéologie obligeant d’autres groupes à se redéfinir par rapport à elle.

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Cette importance est également mise en relief par les citations de la revue par la presse. En bien ou en mal, l’Indépendance est une revue remarquée et dont on parle. Les revues amies en font la publicité. Ainsi des Marches de l’Est, des Tablettes de la Schola ou du Bulletin des professeurs catholiques de l’Université. L’Univers, l’Amitié de France, les Cahiers de l’Amitié de France, le Bulletin de la semaine, revue catholique, citent également la revue à l’occasion d’un article ou d’une note. L’AF, qu’il s’agisse du quotidien, de la « revue grise » ou de la Revue critique, ne cite en revanche jamais la revue de Sorel et Variot alors que la « Revue de la Presse » de Maurras/Criton est un modèle du genre. Ce silence suspect peut être volontaire. Maurras, après l’échec de la Cité française, ne semble pas vouloir faire de publicité à cette concurrente. Enfin, parmi les grands organes conservateurs et littéraires, le Temps peut évoquer la revue à l’occasion d’un article remarqué. Le Mercure de France cite souvent l’Indépendance, lui assurant un écho remarquable. Si celui-ci ne la situe pas au niveau d’une grande publication, pour une jeune revue, ces références sont tout à fait estimables. L’Indépendance apparaît comme l’une des revues traditionalistes avec lesquelles il faut compter.

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L’étude de la diffusion d’une revue passe enfin par celle de ses chiffres de ventes. Malgré des informations parcellaires, une certitude perce : l’Indépendance n’est pas une revue à grand tirage. Dans ses mémoires sur Sorel, Variot rapporte le chiffre de 500 exemplaires. Il le discrédite cependant en l’attribuant ensuite aux abonnés. Ceux-ci sont en fait beaucoup moins nombreux. Les archives de l’éditeur nous informent en effet qu’en mai 1912, l’Indépendance compte 69 abonnés après avoir démarré en mars 1911 avec 49 [37]  Cf. Comptes de l’Indépendance, IIHS, carton n° 62,... [37] . D’autres bilans révèlent que les ventes de la revue sont mauvaises. Les retours sont nombreux et les comptes, largement déficitaires. Un document intitulé « Compte “Indépendance” au 24 mai 1912 » montre que contre 7678,7 f de dépenses, l’éditeur n’a gagné que 902,50 f provenant pour 857,5 f des abonnements et pour 45 f de la vente au numéro [38]  Ibidem. [38] . L’Indépendance vivote et ne prospère pas. Ces difficultés ne gagent pas d’une vie longue. En juillet 1913, elle n’est plus publiée.

Mort de l’Indépendance

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Après un peu plus de deux ans de publication, l’Indépendance s’éteint à son 48e numéro et rejoint les revues éphémères de la « Belle Époque ». Cette disparition est une mort lente, annoncée dès la fin 1912. Elle se fait en deux temps : après le départ de Sorel au printemps 1913, la revue continue, change de formule et meurt.

Le départ de Sorel : automne 1912-Pâques 1913

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Les raisons de ce départ sont triples. L’écho modéré de la revue et ses difficultés financières en sont une. La dérive nationaliste autour de Variot en est une autre. Enfin, la rupture de Péguy avec Sorel a pu fragiliser ce dernier et hâter son départ.

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Les difficultés financières de l’Indépendance, dès l’automne 1911 [39]  Ainsi, à la veille de la polémique avec la revue de... [39] , hypothèquent tout espoir de longévité. Elles sont également révélées par les problèmes de périodicité de la revue. À partir de 1912, la parution n’est plus bimensuelle mais aléatoire, corrigée par l’édition de numéros doubles ou triples. En 1913, elle devient mensuelle jusqu’en avril-mai où un nouveau numéro double est publié. Sorel a alors quitté définitivement la revue. Ces atermoiements et ces modifications agacent en effet le philosophe. Il s’en plaint auprès de ses correspondants et en tire prétexte pour partir. Cet insuccès de la revue, compte tenu de ses prestigieuses collaborations, peut surprendre. Notre interprétation est que l’Indépendance peine à se positionner dans un champ intellectuel déjà saturé et fortement marqué idéologiquement – peut-on invoquer son indépendance dans le monde intellectuel français post-dreyfusien ? – et subit la concurrence d’autres revues d’idées : la NRF et la Revue critique dans le domaine du classicisme, cette même Revue critique et l’Action française dans celui de l’antidémocratisme et du nationalisme, et le panel des revues catholiques pour la religion.

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Surtout, la dérive nationaliste et traditionaliste de la revue inquiète Sorel. L’agressivité polémique de Variot brouille la lisibilité de l’Indépendance et son intention culturelle originelle. Elle concourt à accroître l’amalgame entre Sorel et les milieux réactionnaires. Des articles paraissent dans la Revue de métaphysique et de morale [40]  Cf. « L’Indépendance », Revue de métaphysique et de... [40] , à laquelle Sorel a activement collaboré, et dans l’Amitié de France, sous la plume de Georges Dumesnil [41]  Cf. Georges Dumesnil, « Les Réflexions sur la violence... [41] , qui positionnent le philosophe dans le camp conservateur. Une thèse consacrée à Sorel, par Frédéric Cheydleur, étudiant de Dumesnil, explique le parcours intellectuel de Sorel par le pivot du conservatisme. Pour lui, les écrits de l’Indépendance renouent avec les premiers essais de Sorel, le Procès de Socrate paru en 1889 notamment [42]  Cf. Frédéric D. Cheydleur, Essai sur l’évolution de... [42] . Ces amalgames, dus tant aux propres écrits de Sorel qu’aux polémiques déclenchées par Variot, gênent le philosophe car ils prêtent le flanc à une confusion avec les milieux d’AF. De la sorte, il invoquera a posteriori les écrits destinés aux « pipelets nationalistes » [43]  Lettre de Georges Sorel à Joseph Lotte du 25 février... [43] comme la raison première de son départ. Ce choix ne se fait pas du jour au lendemain. Si les premières inquiétudes de Sorel apparaissent à l’automne 1912, il quitte complètement la revue six mois plus tard. Après un dernier article de fond en octobre 1912, « Aux temps dreyfusiens », il ne donne plus que des comptes rendus de lecture. Il prétexte alors d’une crise de gravelle pour quitter la revue.

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Enfin, des questions de personnes ont très certainement facilité ce départ. Notons tout d’abord que la relation entre Sorel et Variot n’est pas amicale. Variot est un personnage extravagant. La plupart de ses proches insistent sur l’enthousiasme et l’énergie de l’homme, sympathique autant qu’il peut être féroce, ce dont sa plume, souvent emportée, atteste. Variot est présenté comme un « reître de Wallenstein » à la « beauté énergique », à l’« expression à la fois joviale et sanguinaire » [44]  André Billy, Le Pont des Saints-Pères, Paris, Fayard,... [44] , comme un « sacré bougre » [45]  Ibid., p. 190. [45] , « un personnage hors série » [46]  Michel de Saint-Pierre, « Essais et Notices. Jean Variot... [46] . Paul Claudel parle d’un « tempérament martial, un peu brutal, mais si honnête et vaillant » [47]  Ibid., p. 543. [47] . Émile Baumann se le rappelle « jeune et fringant » [48]  É. Baumann, op. cit., p. 332. [48] . Julien Benda évoque « un jeune pandour » qui s’agite fort [49]  Julien Benda, La jeunesse d’un clerc, Paris, Gallimard,... [49] . Sorel, d’après Valois, le décrit lui aussi sous les traits d’« un reître, un bon reître » [50]  Georges Valois, D’un siècle à l’autre : chronique d’une... [50] , image évoquée de même par Lugné-Poe qui parle en outre d’« un soudard suédois qui en impose » [51]  Paul Claudel, Lugné-Poe, « Correspondance (1910-1928)... [51] . L’exaltation est ainsi « un des traits caractéristiques du tempérament de Variot » [52]  Ibid., p. 205. [52] , commente Jean Farabert. René Benjamin se le rappelle « un ami fou », « l’air à la fois d’un reître et d’un clown », « effronté jusqu’au cynisme », « pétaradant et cruel » [53]  René Benjamin, La galère des Goncourt, Paris, L’Élan,... [53] . Or les excès juvéniles de Variot peuvent agacer le vieux philosophe qui quitte donc l’Indépendance sans état d’âme. Après son départ, les deux hommes ne se fréquentent d’ailleurs plus, alors que Sorel continuera de côtoyer et d’apprécier Valois par exemple, qu’il soutiendra en 1914 pour le Grand Prix de littérature de l’Académie française, contre Variot !

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Enfin, l’entremêlement des histoires de l’Indépendance et des Cahiers de la Quinzaine conduit aussi à ce départ. La rupture entre Péguy et Sorel intervient en décembre 1912 des suites de l’affaire Benda. Rendant Sorel et Variot responsables de l’échec de Julien Benda au prix Goncourt, et accusant le philosophe de menées contre les Cahiers, Péguy lui interdit désormais de venir à la boutique le jeudi. Le traumatisme de cette excommunication a pu suffisamment marquer Sorel pour qu’il quitte la revue de Variot, où il ne trouve d’ailleurs pas une vie sociale analogue à celle de la rue de la Sorbonne.

Printemps 1913 : survivances ? L’Indépendance et ses nouvelles formules

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Après ce départ, Variot tente de continuer l’Indépendance tout en lui donnant une coloration nettement personnelle. Le 47e numéro de la revue correspond en effet à une refonte complète. Sous une présentation et un format différents, l’Indépendance annonce à nouveau une parution bimensuelle, à un prix considérablement réduit (10 centimes) pour une qualité et un volume amoindris. Surtout, renforçant son discours nationaliste, Variot décide d’abandonner complètement les prétentions élitistes et culturelles de la revue pour s’adresser au plus grand nombre de Français. L’éditeur, de même, a changé : c’est Georges Crès qui s’occupe à présent de la publication. On peut postuler que Rivière n’a pas tenu à soutenir une entreprise aussi difficile après le départ de Sorel.

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Les articles des deux derniers numéros attestent de ce virage. Le style se veut moins classique et plus populaire ; il est en fait franchement démagogique. Nul doute que cette métamorphose n’a pas convenu aux anciens abonnés. Leur défection peut expliquer que le numéro suivant soit le dernier. Celui-ci contient un article violent contre les Juifs, d’un certain Isaac Blümchen venu expliquer aux lecteurs le projet de conquête de la France par ses coreligionnaires. Le style et des invraisemblances en font un faux remarquable, dans la lignée des Protocoles des sages de Sion. En réalité, l’auteur en est le très antisémite Urbain Gohier.

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Faute d’un fonctionnement sain et d’un positionnement idéologique clair, abandonnée par Sorel, après 48 numéros l’Indépendance cesse ainsi de paraître à l’été 1913. Variot, jeune écrivain encore peu remarqué, n’a sans doute pas insisté pour sauver une revue qui ne peut plus lui servir. Il change alors son fusil d’épaule et, avec l’aide de Barrès qui lui ouvre les portes de l’Écho de Paris, il abandonne la critique pour la littérature. Une dernière tentative de résurrection de la revue est néanmoins menée en 1914. Fort de sa relation avec Vallery-Radot, Variot tente une association avec les Cahiers de l’Amitié de France. Une fusion des deux revues est ainsi prévue pour le printemps. Mais, comme pour l’Indépendance, Variot donne à la revue de Vallery-Radot et Mauriac une violence polémique qui gêne certains lecteurs et le milieu dominicain. Ici, aussi, il y a donc échec [54]  Cf. H. Serry, art. cit., p. 30. [54] .

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Il est difficile d’arbitrer entre les différentes raisons ayant conduit à l’échec d’une revue pourtant si prometteuse. Lieu de sociabilité, une revue a besoin de l’élan d’un groupe et d’une entente autant humaine qu’idéologique entre ses principaux collaborateurs. Tel n’est pas le cas de l’Indépendance. Si Variot propose à Sorel de fonder la revue, celle-ci ne sera pas sorélienne pour autant. Quatre mains de plus en plus cacophoniques, et marquée par l’attitude tonitruante du jeune nationaliste, elle disparaît après que Sorel a quitté le navire. Ensuite, l’approche en terme de champs peut sembler mécaniste mais elle aide à comprendre le positionnement malaisé d’une revue dans un univers intellectuel polarisé. Ce qui a pu manquer à l’Indépendance, c’est une ligne claire permettant de la singulariser dans un champ magnétisé par l’Action française et dans lequel maintes autres revues classiques, nationalistes et catholiques se concurrencent. D’où, peut-être, les rapides difficultés financières rencontrées par la revue.

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Quoi qu’il en soit, l’étude de l’Indépendance met à jour un lieu de sociabilité particulier et son univers intellectuel. La revue montre l’existence d’une population bourgeoise, catholique, contaminée par les discours réactionnaires d’une frange de la cléricature, et qui, mobilisée par deux hommes se trouvant au carrefour de ces différents réseaux, se réunit le temps d’une aventure éditoriale de deux ans. Elle met à jour, dans la France intellectuelle des années 1910, un fort tropisme conservateur et nationaliste, un « dextrisme » (Albert Thibaudet) qui explique la dérive de Péguy vers le catholicisme et le patriotisme et celle de Sorel jusqu’aux limites de la réaction. Entre l’Affaire et l’imminence d’une guerre, il faut choisir son camp, ce qui n’est pas sans conséquences sur les sociabilités intellectuelles. Cet univers pris entre deux feux montre de même la présence d’une force avec laquelle il faut compter : l’AF de Maurras acquiert alors une aura contagieuse, rendant malaisé tout positionnement analogue mais autonome à son égard. L’Indépendance est porteuse à la fois de cette volonté d’autonomie et de cette contagion.

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Enfin, la revue aide à comprendre que le fond traditionaliste de cette droite intellectuelle n’est aucunement révolutionnaire. C’est par conservatisme, contre la menace allemande et les attaques de la modernité, que de nombreux intellectuels se montrent agressifs. Pas de pré-fascisme dans une revue qui vante les beautés des villages de France, les vertus du travail et de la famille patriarcale. Loin d’annoncer les fascismes de l’entre-deux-guerres, et malgré les références que le fascisme pourra faire au philosophe français, l’Indépendance ne s’inscrit pas dans le courant de la « droite révolutionnaire » (Zeev Sternhell) [55]  Un article d’inspiration sternhélienne, présentant... [55] . C’est une droite conservatrice que la modernité affole, une droite violente mais conservatrice, pas révolutionnaire, qui étale ses conceptions dans les pages d’une revue culturelle. Ni franchement maurrassienne, ni pré-fasciste, ni nationale-syndicaliste – Sorel met alors en sourdine son intérêt pour la classe ouvrière – l’Indépendance apparaît comme symptomatique du discours intellectuel de droite dans la cléricature post-dreyfusienne.

Notes

[1]

Cet article est tiré d’une recherche universitaire répondant au souhait formulé par Marie-Laurence Netter à la fin d’un premier article, radioscopique, consacré à l’Indépendance. Cf. Thomas Roman, L’Indépendance. 1911-1913. Étude d’une revue traditionaliste dans le milieu littéraire parisien de la « Belle Époque », Mémoire de DEA, Paris, IEP, 2001 ; Marie-Laurence Netter, « Georges Sorel et l’Indépendance », Cahiers Georges Sorel, 5, 1987, p. 95-104.

[2]

Cf. Jacqueline Pluet-Despatin, Michel Leymarie, Jean-Yves Mollier (eds.), La Belle Époque des revues, Paris, Éd. de l’IMEC, 2002.

[3]

Né le 8 avril 1881 à Neuilly-sur-Seine, Jean Variot est d’origine alsacienne par sa mère. Son père est médecin militaire. Jean effectue des études littéraires au lycée Louis-le-Grand à Paris. Peintre avant de se lancer dans une carrière journalistique et littéraire, il côtoie dans les années 1900 le milieu des Cahiers de la Quinzaine où il rencontre Sorel. Il débute véritablement sa carrière littéraire avec l’Indépendance, après l’échec de la Cité française. Il avait déjà publié en 1910 son premier roman, la Très véridique histoire de deux gredins, portrait à charge des milieux dreyfusards. Mais ce n’est qu’à partir de 1913 que son nom commence à être connu avec les Hasards de la guerre (Crès). À la même époque, fort de ses talents en peinture, il s’illustre dans le milieu du théâtre : il réalise pour Paul Claudel les décors de l’Annonce faite à Marie, puis ceux de la Brebis égarée de Francis Jammes. Mobilisé le 2 août 1914, il est affecté au Service de la propagande dépendant du Cabinet du Ministre des Affaires étrangères et prend part aux principaux combats, ce qui lui vaut de recevoir la croix de guerre. Éditeur dans les années vingt, il est alors très proche de Maurras. À partir de 1934, il écrit pour Je suis partout. Sous l’Occupation, parallèlement à des activités radiophoniques, il tient une rubrique dans Aujourd’hui, organe collaborationniste. À la Libération, s’affirmant un barrésien indéfectible et impénitent, il est condamné à vingt ans d’indignité nationale. Les années 1950 prolongent son activité littéraire. Il collabore à la Table Ronde et publie de nombreux ouvrages consacrés au théâtre. Il décède le 10 août 1962.

[4]

Nous renvoyons à une discussion sur le traditionalisme contenue dans Thomas Roman, « L’Indépendance (1911-1913) et la crise de la bourgeoisie française », Revue française d’histoire des idées politiques, 17, 1er semestre 2003, à paraître.

[5]

Le directeur de l’Indépendance écrit ainsi dans un article consacré à la revue Minerva : « Nous avions cru servir la Vérité, et n’avions servi que le Mensonge ; nous avions cru servir la Justice, et nous n’avions servi que la Félonie ; quant à la Liberté, dont nous ne faisions que parler, nous avions si bien travaillé pour elle que de vieilles sœurs des pauvres furent empoignées par les gendarmes. » (Jean Variot, « Sur Minerva », l’Indépendance, 24, 15 février 1912, p. 441.)

[6]

Cf. Michel Prat, « Georges Sorel et le monde des revues », Cahiers Georges Sorel, 5, 1987, p. 11-14.

[7]

Cf. Marion Dachary de Flers, Lagardelle et l’équipe du Mouvement socialiste, thèse de doctorat, Paris, IEP, 1982 ; Marie-Christine Bouneau, Hubert Lagardelle. Un bourgeois révolutionnaire et son époque. 1874-1958, Saint-Pierre-du-Mont, Eurédit, 2000.

[8]

Cf. Jean Variot, Propos de Georges Sorel, Paris, Gallimard, 1935, p. 15. Ces souvenirs de Variot, publiés dans les années trente, sont une source importante relative à l’Indépendance. Ils sont cependant d’un usage malaisé car il s’agit d’une relecture forcément subjective des événements.

[9]

Cf. Géraldi Leroy (ed.), « Charles Péguy et Georges Sorel. Correspondance », Bulletin de l’amitié Charles Péguy, 16, octobre-décembre 1981, p. 250-273.

[10]

Sorel se plaint ainsi auprès de Berth d’être renvoyé « aux calendes grecques » pour la publication d’un article sur la « Religion d’aujourd’hui » (lettre du 12 novembre 1909, in Cahiers Georges Sorel, 4, 1986, p. 96).

[11]

Cf. Éric Cahm, « Péguy et le nationalisme français », Cahiers de l’Amitié Charles Péguy, 25, 1972, p. 53 sq.

[12]

Nous ne développons pas ce point que nous avons traité par ailleurs (cf. T. Roman, art. cit.).

[13]

Cf. Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire. 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Paris, Éd. du Seuil, 1978.

[14]

Cf. Georges Sorel, « Modernisme dans la religion et dans le socialisme », Revue critique des idées et des livres, II, 8, 10 août 1908 ; Charles Maurras, « La violence », l’Action française, 13 août 1908 ; Georges Sorel, « Socialistes antiparlementaires. Un article de M. Georges Sorel », ibid., 22 août 1909 ; Id., « Une page de M. Georges Sorel sur un livre de M. Charles Péguy », ibid., 14 avril 1910 ; Id., « Une lettre de M. Georges Sorel », ibid., 6 juin 1910.

[15]

« Au lieu d’apparaître comme deux groupes bien distincts d’origine se rencontrant sur un terrain commun – écrit Valois à Berth –, nous mettrions en avant le groupe Sorel, et nous, groupe d’AF, nous nous présenterions comme vos invités et nous vous remercierions d’avoir bien voulu nous accueillir parmi vous et de nous laisser toute liberté d’expression. Ce serait une bonne façade » (lettre de Georges Valois à Édouard Berth du 3 juin 1910, in Cahiers Georges Sorel, 4, 1986, p. 138).

[16]

Cf. Georges Navet, « Le Cercle Proudhon (1911-1914). Entre le syndicalisme révolutionnaire et l’Action française », Mil neuf cent, 10, 1992, p. 46-63 ; Géraud Poumarède, « Le Cercle Proudhon ou l’impossible synthèse », ibid., 12, 1994, p. 51-86.

[17]

Cf. Thomas Roman, La Revue critique des idées et des livres. 1908-1914. Anatomie d’une revue de la « Belle Époque », Mémoire de diplôme, Paris, IEP, 1999.

[18]

Cf. Jean Variot, « Sur Minerva », l’Indépendance, 24, 15 février 1912.

[19]

J. Variot, Propos de Georges Sorel, op. cit., p. 262.

[20]

Cf. Correspondance Sorel-Houtin, BNF, Papiers Houtin, FR Nouv. Acq. 15734, Correspondance, t. XLVII, f° 139-144.

[21]

Les deux lettres de demande de ces services sont contenues dans les Archives Marcel Rivière, Institut International d’Histoire Sociale (IIHS), Amsterdam, carton n° 1, Correspondances, 1911-1912.

[22]

Cf. Comptes de l’Indépendance, IIHS, carton n° 62, Dossier Maurice Barrès.

[23]

Ibidem.

[24]

Cf. lettre de Georges Sorel à Benedetto Croce du 25 janvier 1911, in la Critica, XXVI, 1928, p. 344.

[25]

L’Indépendance, 1, 1er mars 1911, dos de couverture.

[26]

Outre Variot et Sorel font partie de ce premier comité les écrivains Émile Baumann, Jérôme et Jean Tharaud, Émile Moselly, René Benjamin, le compositeur et chef d’orchestre Vincent d’Indy, Paul Jamot, peintre et historien d’art, et Ernest Laurent, également peintre et proche ami de Jamot.

[27]

Soit 18 articles de fond représentant environ 312 pages, et 111 comptes rendus de lectures dont certains, par leur longueur, s’apparentent à des articles. Le reste correspond à des interventions dans les rubriques « Notes et documents ».

[28]

Citons André Fergan, Jean Thogorma, Jacques Gouverné, René Benjamin et Léon Bernardin.

[29]

Cf. Jean Variot, Propos de Georges Sorel, op. cit., p. 267 ; Id., « Georges Sorel et la Révolution Nationale », la Revue universelle, 16, 25 août 1941, p. 229 ; Émile Baumann, Mémoires, Lyon, La Nouvelle Édition, 1943, p. 333 ; Henri Clouard, Histoire de la littérature française du symbolisme à nos jours, I, 1885-1914, Paris, Albin Michel, 1947, p. 354.

[30]

« Dans le n° qui va venir Variot mettra les noms des principaux collaborateurs, au lieu des noms des membres du comité, qui en fait n’a jamais régulièrement fonctionné », écrit Sorel à Berth le 9 août 1911 (Cahiers Georges Sorel, 5, 1987, p. 159). De son côté, Variot écrit à Denis : « Le comité est chez nous quelque chose de décoratif, un geste élégant. Il n’engage en rien un membre plus loin que ce geste. » (Lettre non datée, fonds Maurice Denis, Musée le Prieuré, Saint-Germain-en-Laye, ms. 11110.)

[31]

Ainsi d’Angel et d’Armand Point qui donnent des illustrations à l’Indépendance.

[32]

Cf. Albert-Émile Sorel, « Souvenirs de Georges Sorel », l’Écho de Paris, 8 septembre 1922.

[33]

Cf. Frédéric Gugelot, La conversion des intellectuels en France. 1885-1935, Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 298 ; Hervé Serry, « Le mouvement de “renaissance littéraire catholique” entre espoirs et désillusions », Bulletin de l’Association Francis Jammes, 28, décembre 1998.

[34]

André Gide, Jacques Copeau, « Correspondance. I. Décembre 1902-mars 1913 », Cahiers André Gide, 12, 1987, p. 528, n. 1.

[35]

Marcel Péguy écrit : « Des Cahiers, si l’on en croit Riby, on avait suivi la naissance de cette revue avec beaucoup d’intérêt » (Marcel Péguy, La rupture de Charles Péguy et Georges Sorel, d’après des documents inédits, Paris, L’Artisan du livre, 1929, p. 17).

[36]

Cette guerre intellectuelle entre l’Indépendance et la NRF a en effet été décrite maintes fois. Nous nous permettons de renvoyer à notre propre travail qui fait la synthèse de ces différents écrits en les enrichissant, du point de vue de l’Indépendance. Cf. T. Roman, L’Indépendance…, op. cit., p. 216-255.

[37]

Cf. Comptes de l’Indépendance, IIHS, carton n° 62, Dossier Maurice Barrès.

[38]

Ibidem.

[39]

Ainsi, à la veille de la polémique avec la revue de Variot, Schlumberger rapporte à Gide que Marcel Rivière est « peu satisfait de l’Indépendance, qui lui coûte, et il ne sait s’il continuera l’an prochain » (lettre du 6 septembre 1911, in André Gide, Jean Schlumberger, Correspondance. 1901-1950, Paris, Gallimard, 1993, p. 423).

[40]

Cf. « L’Indépendance », Revue de métaphysique et de morale, suppl., mai 1912.

[41]

Cf. Georges Dumesnil, « Les Réflexions sur la violence de Georges Sorel », l’Amitié de France. Journal de philosophie, d’art et de politique, VI, 1, février-avril 1912.

[42]

Cf. Frédéric D. Cheydleur, Essai sur l’évolution de M. Georges Sorel, Grenoble, Imprim. Saint-Bruno, 1914.

[43]

Lettre de Georges Sorel à Joseph Lotte du 25 février 1914, in Feuillets de l’Amitié Charles Péguy, 34, juillet 1953, p. 12.

[44]

André Billy, Le Pont des Saints-Pères, Paris, Fayard, 1947, p. 188.

[45]

Ibid., p. 190.

[46]

Michel de Saint-Pierre, « Essais et Notices. Jean Variot humaniste et poète », Revue des deux mondes, 7, 1er avril 1950, p. 537.

[47]

Ibid., p. 543.

[48]

É. Baumann, op. cit., p. 332.

[49]

Julien Benda, La jeunesse d’un clerc, Paris, Gallimard, 1989, p. 209. Benda ne cite pas nommément Variot. Néanmoins, le « bras séculier de Sorel », dont il parle ne semble pouvoir désigner que Variot.

[50]

Georges Valois, D’un siècle à l’autre : chronique d’une génération (1885-1920), Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1921, p. 254.

[51]

Paul Claudel, Lugné-Poe, « Correspondance (1910-1928) », Cahiers Paul Claudel, 5, 1965, p. 39.

[52]

Ibid., p. 205.

[53]

René Benjamin, La galère des Goncourt, Paris, L’Élan, 1948, p. 21.

[54]

Cf. H. Serry, art. cit., p. 30.

[55]

Un article d’inspiration sternhélienne, présentant l’esthétique proposée par l’Indépendance comme gothique, antisémite et proto-fasciste, nous semble discutable. Cf. Mark Antliff, « The Jew as Anti-artist : Georges Sorel, Anti-semitism, and the Aesthetics of Class Consciousness », The Oxford Art Journal, XX, 1, 1997, p. 50-67, et T. Roman, L’Indépendance…, op. cit., p. 330-337.

Plan de l'article

  1. Naissance de l’Indépendance
    1. Préhistoire : 1908-1911
  2. Hiver 1911 : naissance d’une revue traditionaliste
  3. Existence de l’Indépendance
    1. Les réseaux mobilisés
    2. Réception de l’Indépendance
  4. Mort de l’Indépendance
    1. Le départ de Sorel : automne 1912-Pâques 1913
    2. Printemps 1913 : survivances ? L’Indépendance et ses nouvelles formules
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