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Le combat pour la New Europe

Les radicaux britanniques et la Première Guerre mondiale

Elizabeth Fordham


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Les idées de moralité internationale et de droit, en particulier à l’émancipation nationale, ont dominé le discours public tout au long de la Première Guerre mondiale. L’entrée en guerre britannique est justifiée au nom du droit des petites nations à l’indépendance et du devoir des Grandes Puissances de les soutenir. En 1917, lorsque les buts de guerre des Alliés doivent être redéfinis, le Premier ministre Lloyd George réaffirme l’engagement de son pays en faveur de la restauration des libertés bafouées et du couronnement du droit comme principe de gouvernement en Europe. Lors de l’Armistice, une fois encore, Lloyd George promet de bâtir la paix sur le fondement des principes de droit. La Grande-Bretagne, affirme-t-il, veut le triomphe de la justice, et non la vengeance. L’objet de cet article est d’exposer ces idées et de comprendre leur impact grâce à l’étude d’une revue radicale, the New Europe. Cette revue est fondée en octobre 1916 par un historien et spécialiste de l’Europe de l’Est, Robert William Seton-Watson. Elle s’inspire d’une conception gladstonienne de la moralité publique et son but initial est la libération des peuples opprimés d’Europe centrale et orientale. Au cours des cinq années de sa parution, la New Europe ouvre ses pages à un brillant collège d’universitaires, de journalistes, de membres éminents du gouvernement parmi lesquels Lewis Namier, Arnold Toynbee, Alfred Zimmern, Ernest Barker, Henry Wickham Steed et Lord Eustace Percy. Sous leur plume, on peut lire l’éloquente justification morale de la guerre qui a cours alors en Grande-Bretagne, alors même qu’il nous est possible de mettre en question deux des principales hypothèses historiographiques à son sujet.

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La première conteste la sincérité de ces idéaux de moralité internationale, invoqués pour entrer dans la guerre par le gouvernement libéral britannique et l’intelligentsia : alors que la nation n’avait aucune obligation légale de s’engager dans le conflit, on aurait avancé ce prétexte pour masquer certains intérêts politiques attendus d’une victoire sur le continent1. Certes, ces invocations d’un devoir moral doivent être traitées avec prudence mais il faut également prendre en compte la persistance de codes victoriens, de responsabilité sociale et éthique, dans la vie publique britannique du début du xxe siècle. Ces codes sont particulièrement prégnants parmi les universitaires et surtout les historiens, qui associent leur profession à un devoir de direction morale et partagent la conviction que la Grande-Bretagne est investie de la mission de défendre la liberté autour du globe. Par ailleurs, depuis 1876, lorsque les atrocités subies par les Bulgares avaient suscité une intervention, une tradition de prise de parole et de dénonciation s’est développée contre les agressions et atteintes flagrantes portée au droit2. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’affirmer que les universitaires n’agissent que de manière désintéressée. Au côté de l’intérêt politique – dont ils contribuent souvent à forger la perception – il faut pourtant considérer le rôle bien réel joué par les idéaux ou les principes généraux dans la détermination des engagements intellectuels. Ainsi, lorsque la New Europe avance que le démantèlement de l’Empire austro-hongrois est la clé de la victoire alliée, il faut moins y voir le résultat d’une analyse de la situation militaire que l’expression de la croyance que la volonté d’indépendance nationale est le levier le plus puissant de l’histoire, et qu’il sera donc déterminant dans le cours de la guerre. La foi dans les nationalités va bien au-delà d’une perception opportuniste.

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La seconde hypothèse historiographique que nous voudrions mettre à l’épreuve consiste à assimiler l’invocation de principes moraux à une indifférence totale pour la réalité. En effet, lorsque les historiens se sont penchés de près sur la morale dans les relations internationales, ils ont généralement considéré qu’elle était à l’origine d’une approche désespérément idéaliste et qu’elle ne pouvait aboutir qu’à entraver la construction d’une politique étrangère sensée3. Cet argument ne tient pas face aux collaborateurs de la New Europe qui possèdent tous une grande connaissance de l’histoire, de la politique et des langues européennes. Leur fureur face à l’oppression de petites nations, pour être morale, n’est est pas pour autant sentimentale ; elle a au contraire de solides fondements scientifiques. Seton-Watson, par exemple, est un chrétien et un libéral, grand admirateur de Mazzini et Gladstone. Romantique de tempérament, il ressent en tant qu’il est Écossais une empathie particulière pour les minorités intégrées à de grands ensembles étatiques. Pourtant, dans l’Angleterre de 1914, nul ne connaît mieux que lui les problèmes liés à la question nationale au sein de l’Empire austro-hongrois. Comme on va le voir, en prenant la tête de la New Europe il ne formule pas seulement une profonde réflexion sur le droit. Son analyse stratégique de l’équilibre européen et des exigences de la reconstruction à venir apparaît également comme l’une des plus claires de la pensée politique britannique du temps de guerre.

Les Radicaux au début de la Guerre

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Les fondateurs de la New Europe appartiennent à la majorité qui, en 1914, soutient l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. Bien peu nombreux sont pourtant ceux qui, comme eux, justifient l’intervention non pas au nom de l’invasion allemande de la Belgique, mais bien plutôt en réaction à l’intransigeance de Vienne vis-à-vis des Serbes après l’assassinat de François Ferdinand4. À leurs yeux, l’attentat de Sarajevo est utilisé par l’Autriche comme un prétexte pour réaliser son ambition à long terme, l’annexion de la Serbie. Selon leur analyse, au-delà de la violation moralement répréhensible d’une intégrité nationale, c’est l’équilibre des Puissances et la présence même des Britanniques en Inde qui sont directement menacés. En effet, c’est l’ambition de remplacer l’Empire ottoman comme puissance majeure au Proche-Orient qui explique l’appui de l’Allemagne à son alliée. Dans ces conditions, la Serbie vaut bien qu’on meure pour elle.

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Le soutien des intellectuels à la Serbie est récent et un regard rapide sur l’évolution du point de vue de Seton-Watson sur l’Europe centrale permet de mieux comprendre son émergence5. Seton-Watson est déjà bien connu en 1914, et ses écrits sur les questions de l’Autriche-Hongrie et du nationalisme des Slaves du Sud ont influencé d’autres jeunes universitaires comme Harold Temperley, George Trevelyan, Zimmern et Toynbee. À l’été et au début de l’automne 1914 il multiplie les attaques contre la politique autrichienne, et lance de nombreux appels au soutien de la Serbie dans des conférences publiques et dans le Times. Il contribue ainsi à rallier l’opinion radicale à la cause d’un pays qu’on considère volontiers comme barbare et sans intérêt commun avec la Grande-Bretagne6.

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L’intérêt croissant de Seton-Watson pour l’Europe de l’Est est directement lié à l’évolution de sa perception de l’Allemagne. Comme nombre de ses contemporains formés dans les dernières années du xixe siècle, il fut d’abord un germanophile, admiratif de la méthode historique allemande, d’une nation puissante mère de tant de génie7. Cette admiration fut une première fois ébranlée autour de 1905, alors que s’accentuait l’antagonisme anglo-allemand et que lui étaient apparus l’influence et l’extrémisme du mouvement pangermaniste. Mais comme la plupart des libéraux, il était resté confiant. Après tout, l’Allemagne avait elle aussi droit à une place au soleil et, tant que l’Autriche-Hongrie resterait forte et indépendante, l’équilibre des Puissances n’en serait pas affecté. C’est le contact avec l’Empire des Habsbourg qui ruina cette espérance. Il découvrit en effet la corruption de l’Empire, l’échec du système de la Double Monarchie et la politique de magyarisation forcée qui, à l’Est, opprimait les minorités nationales. Celles-ci, loin de l’image de sauvagerie que leur prêtait volontiers la presse britannique, constituaient des nations conscientes et pouvant prétendre, par conséquent, à l’indépendance8. Seton-Watson prit alors la mesure de la dépendance austro-hongroise à l’égard de l’Allemagne, qui se servait de l’Empire pour son extension orientale. Dans ce contexte, la Serbie de 1914 apparaît non seulement comme le seul havre de liberté nationale dans la région, mais aussi comme la « Sentinelle à l’Est », aussi importante stratégiquement que la Belgique9. Quand l’Autriche lance son ultimatum à la Serbie en juillet 1914, la Grande-Bretagne n’a d’autre choix que l’intervention.

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Après 1914, le renforcement de la dépendance austro-hongroise envers son alliée, le durcissement de l’oppression des nationalités de l’Empire et les atrocités autrichiennes en Serbie, la rapide inflation enfin des buts de guerre allemands conduisent le combat de Seton-Watson au-delà de la défense de l’intégrité nationale serbe. En août déjà, il estime avec Zimmern que la reconstruction de l’Empire des Habsbourg est nécessaire pour assurer une paix durable en Europe10. Il en vient rapidement à demander son démembrement complet. Au cours des deux années suivantes, un nombre croissant d’historiens libéraux – Ramsay Muir, Toynbee, J. Holland Rose – développent ce thème11. Leurs travaux conçoivent la guerre comme une croisade pour la liberté nationale menée contre le despotisme allemand et magyar. Ils expriment leur aspiration à un nouvel ordre mondial, dans lequel « un pluralisme de nations souveraines (self governing nations) » seraient « capables de vivre côte à côte en harmonie »12. Cette approche se trouve à l’origine de la New Europe.

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Ces thèses sont sévèrement critiquées et parmi les conservateurs et parmi les libéraux. À droite, la volonté de démembrer l’Autriche-Hongrie se heurte à ceux qui préconisent d’inciter les Hongrois à la rébellion contre l’alliance austro-allemande. À gauche, certains intellectuels proches de l’Union of Democratic Control (UDC) ne voient dans la destruction de l’Empire qu’un prétexte pour prolonger la guerre et favoriser les intérêts britanniques13. Ce dernier argument, une fois encore, est bien mal venu contre des hommes comme Seton-Watson, Zimmern ou Toynbee qui portent un regard aussi critique que l’UDC sur cette forme simpliste de nationalisme14. Ils partagent avec elle la conviction que les ambitions égoïstes des hommes politiques se trouvent largement à l’origine de la guerre et que seule la démocratisation de la politique étrangère pourrait la mettre à l’abri d’une telle corruption. Dans les deux groupes, on porte très haut la croyance radicale que le droit, et non la force, doive guider les affaires étrangères. Leur divergence apparaît sur les moyens d’imposer ce triomphe du droit. Une comparaison de leurs vues sur le sujet est éclairante, en particulier si l’on pense que l’UDC se présente alors – relayée depuis par les historiens15 – comme l’unique héritière du radicalisme britannique après 1914.

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La différence entre les deux groupes est en partie ancrée dans leurs appréciations opposées des origines du conflit. Pour Seton-Watson et la New Europe, il est clair que le Reich (à travers l’Autriche-Hongrie) est le principal agresseur. Dans les rangs de l’UDC, on pense au contraire que l’Allemagne a été poussée à la guerre par les manœuvres et les provocations de l’Entente. La Russie est le vrai antagoniste, encouragée par une France revancharde et laissée libre par une Grande-Bretagne vacillante16. Pour l’UDC encore, la Serbie n’est pas qu’une victime de la rivalité des Grands. Depuis son indépendance, elle s’est montrée cupide et sanglante, cherchant continuellement à provoquer une conflagration générale dans l’espoir d’obtenir plus de terres. La paix ne s’obtiendra pas en ménageant la « “soif de terre” de petits peuples » libérés trop tôt d’une tutelle civilisatrice que seule l’occupation autrichienne, appuyée par l’Allemagne, peut leur apporter17.

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La divergence entre l’UDC et la New Europe a par ailleurs une origine plus profonde, philosophique. L’UDC s’inscrit dans un courant du libéralisme qui, depuis la fin du xixe siècle, tend à placer à la source de la civilisation la liberté économique et non politique18. L’homme n’est pas guidé par son aspiration à l’épanouissement spirituel, comme l’affirmait Gladstone, mais bien par le désir de la richesse, du confort matériel et enfin – réquisit d’une croissance économique – de la sûreté. Le sentiment national ne témoigne pas chez l’individu de la conscience d’une humanité en partage, mais représente une passion irrationnelle, une « Grande Illusion » qui n’a pas sa place dans un monde d’échanges économiques. Dans cette perspective, un peuple rural et arriéré ne possède aucunement le droit de bouleverser la paix du monde ; car une petite injustice politique est préférable au chaos économique provoqué par la guerre. Les compagnons de Seton-Watson ont d’autres priorités. Ils fondent la New Europe pour faire revivre un libéralisme britannique profondément moral, gladstonien, qui prétend que la justice prévaut contre la richesse et qui rappelle les Britanniques à leur devoir, découlant du droit lui-même, de défendre la liberté où qu’elle se trouve menacée.

The New Europe

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La New Europe est une « revue hebdomadaire de politique étrangère » (sous-titre)19. Ses livraisons d’environ trente pages recèlent des discussions théoriques générales, des suggestions pratiques de politique étrangère, des études historiques ou encore, à partir de la fin de 1917, de très nombreux comptes rendus d’ouvrages britanniques ou étrangers. Paraissant chez Constable, un grand éditeur londonien, la revue est vendue au prix très raisonnable de six pence grâce au travail bénévole de ses éditeurs et contributeurs, et à la couverture par Seton-Watson lui-même des pertes et des coûts initiaux. Le tirage à 5 000 exemplaires est plus que respectable pour une publication hebdomadaire spécialisée, mais il ne reflète pas la portée de la New Europe et son véritable succès. Car la « Bible Orange » – de la couleur de sa couverture – est très largement reconnue par les élites comme le premier organe d’opinion sur les questions de politique étrangère en Grande-Bretagne. La revue connaît un large succès. The Observer témoigne de « l’autorité » et du « niveau général d’excellence » de cette « brillante revue », le Manchester Guardian juge cette « honorable revue » extraordinaire par « sa sincérité et son érudition »20. Pour le journaliste politique américain Walter Lippmann, la New Europe est « la revue la plus incontournable du monde anglophone21 » alors que même Nation concède qu’elle représente « un brillant petit groupe d’extrémistes »22.

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Seton-Watson est l’âme de la revue, son esprit directeur. Dès l’avant-guerre il avait envisagé de fonder une revue européenne de politique, mais le début du conflit le conduit à différer son projet. L’évolution de la guerre le convainc pourtant de la nécessité plus grande que jamais de rompre l’habituelle insularité des Britanniques, et de stimuler le débat sur la politique étrangère. Une série de crises en 1915-1916 – la trahison des Serbes par les Alliés, les pourparlers de paix séparée avec la Bulgarie et surtout le fiasco du Traité de Londres qui pour Seton-Watson « dépouille la Grande-Bretagne de son droit moral à dénoncer la conquête allemande de la Belgique23 » – lui fait réaliser qu’il n’a pas une minute à perdre. Thomà Masaryk, le nationaliste tchèque et futur Premier ministre tchécoslovaque, est alors en exil à Londres. Il encourage l’universitaire à s’atteler à la tâche : à moins d’une « révolution » dans l’attitude du public vis-à-vis de l’Europe, prédit-il, la Grande-Bretagne va perdre la guerre24.

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La New Europe qui voit alors le jour est révolutionnaire à plus d’un titre, ne serait-ce que par son approche subtile de l’Europe de l’Est. Elle est la première revue qui tente d’éclairer cette région désespérément confuse aux yeux du public britannique et de montrer son importance cruciale dans le cours de la guerre et l’établissement d’une paix future. S’opposant à certains milieux magyarophiles de la bonne société, la revue affirme que la guerre a été déclenchée par la rébellion de nations opprimées par les Hongrois. Elle démontre non seulement leur droit à l’indépendance, mais aussi la viabilité politique et économique de leur autodétermination. La New Europe s’attache en particulier à faire évoluer l’image des peuples slaves, communément considérés comme des demi-sauvages vivant il y a peu dans des cavernes. La revue fait connaître leurs œuvres culturelles, insiste sur les siècles de résistance qui ont fait d’eux le premier rempart de l’Europe contre l’Empire ottoman25. Il faut également lutter contre l’argument de l’UDC selon lequel les campagnes pour l’indépendance allongent inutilement la guerre, et affirmer qu’au contraire le soutien britannique aux aspirations nationales des peuples de l’Empire ne peut que précipiter son effondrement, et hâter la défaite des Puissances centrales.

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Pour convaincre de l’urgente nécessité de l’autodétermination à l’Est, la New Europe dévoile les plans de l’ennemi pour l’établissement d’une Mitteleuropa sous la domination culturelle de la nation allemande26. Ce plan qui s’étend sur l’ensemble de l’Europe centrale et orientale (y compris les Balkans et les régions de la Baltique) prévoit par ailleurs l’élimination de toutes menaces de la part de minorités non germaniques. Il s’oppose directement à tous les principes défendus par la revue. L’aboutissement d’un tel projet détruirait sur le continent la notion d’équilibre des Puissances, et la volonté d’étendre encore plus à l’est la domination allemande, symbolisée par le slogan « Berlin-Bagdad », ne tarderait pas à poser de sérieuses difficultés à l’Empire britannique. Sans se laisser séduire par un anti-germanisme simpliste qui a cours dans certains milieux de droite, la revue affirme que l’avènement de la paix et de la liberté en Europe exige l’éviction de la classe dirigeante allemande qui a fait la preuve manifeste de sa volonté d’étendre son pouvoir sur le monde.

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Les ambitions orientales de la Russie reçoivent à la New Europe un accueil plus chaleureux. Russophile dès son origine, la revue tente de faire reculer le mépris libéral pour la tyrannie tsariste et de dépeindre les Russes en libérateurs, des serfs d’abord, des Slaves ensuite. La Révolution de février aboutit d’abord aux promesses du Gouvernement Provisoire de redistribuer les terres, de réviser la constitution et de respecter localement le droit à l’autodétermination. La Russie semble alors être en voie de combler les attentes formulées dans la revue27 qui est presque la seule publication à accueillir favorablement la Révolution. Non sans critiquer certaines mesures adoptées par le nouveau pouvoir, elle adopte une position confiante dans l’attente de véritables avancées. La prise de pouvoir par les bolcheviques rompt soudainement cette confiance. La revue ne se fait aucune illusion sur la nature de Lénine et de son entourage – des « desperados politiques », « au jugement malade et aux idéaux impossibles » –, plus tyranniques à n’en pas douter que le tsar lui-même28. De fait, la revue sous-estime gravement la solidité du gouvernement bolchevique et croit jusqu’à la toute fin au triomphe de forces modérées appuyées par les Alliés en Russie.

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Bien que la majorité des collaborateurs de la New Europe ait des sympathies radicales, la revue défend farouchement son indépendance politique. Le seul homme d’État à bénéficier de son soutien continu est Gladstone ; à l’égard de ses contemporains, la revue est au mieux ambivalente. Au moment de la fondation de la New Europe, le gouvernement de Grey et Asquith ne peut plus espérer aucun respect. Vers la fin de 1916, Woodrow Wilson attire peu à peu l’attention : voilà enfin un dirigeant qui semble comprendre la nécessité de fonder une nouvelle Europe. Seton-Watson le juge tout de même trop timoré : « Nous combattons pour ce que le Président Wilson ne fait que désirer29 ». Le personnage déconcerte, il semble étonnamment détaché de la réalité, bien peu intéressé par l’élaboration concrète de sa politique. Comparé à lui, Llyod George apparaît comme un réaliste et un homme d’action. À la revue, sa « Note Alliée » du 10 janvier 1917 sur les buts de guerre britanniques est (mal) interprétée comme énonçant sans équivoque son soutien à une Tchécoslovaquie et à une Yougoslavie indépendantes, ainsi qu’à une Pologne unifiée. L’approbation est générale30. Pourtant, par ses ambiguïtés ultérieures au sujet de l’Autriche-Hongrie, le Premier Ministre révèle ses grandes qualités d’opportuniste bien plus que son attachement aux principes, ce qui lui vaut d’être placé au rang de ces hommes d’État corrompus que la revue a fait profession de mépriser31. La faillite de ces leaders politiques conduit la New Europe à plaider pour un plus grand contrôle démocratique sur les affaires étrangères, sans toutefois qu’à la revue on ne renonce vraiment à l’espoir que se révèle un leader charismatique à l’image de Gladstone, incarnant à la tête du pays la volonté générale.

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La revue agit comme une sorte de groupe de pression, radical et indépendant. Elle s’efforce de stimuler le débat public sur les enjeux de la guerre, mais s’appuie aussi sur sa périodicité hebdomadaire pour peser sur la décision politique liée à l’Europe de l’Est, considérant avec raison la très large ignorance de la région qui caractérise les décideurs de la politique étrangère britannique. La revue peut parfois être virulente et polémique, mais conserve toujours à ses arguments un ton de sérieux et une rigueur universitaire. Ses campagnes s’appuient sur des exemples historiques ou des cartes soigneusement détaillées, s’accompagnent de la publication de données démographiques ou économiques originales sur les zones en question. Seule une remarquable équipe de direction a pu assurer à la New Europe la très grande qualité intellectuelle, l’acuité politique et la rigueur scientifique qui l’ont distinguée de toutes les autres publications existant alors dans le domaine des affaires étrangères.

Les acteurs

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Quatre hommes constituent le comité éditorial central qui assure la direction la revue : Ronald Burrows, qui est directeur du King’s College de Londres et helléniste, défenseur ardent du nationalisme grec, Frederick Whyte, qui représente Perth au Parlement, Steed, qui est alors directeur du service étranger au Times, enfin Seton-Watson qui est le vrai orchestrateur du groupe. Il se trouve à l’origine de la plupart des textes publiés dans la revue, qu’il signe de son nom, de son pseudonyme « Rubicon » ou qu’il y renonce.

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Autour de ce groupe éditorial, la revue s’honore de la collaboration d’environ une douzaine de noms prestigieux parmi lesquels figurent les frères Leeper, Allen (« Bélisaire ») qui couvre l’Europe du Sud-Est, et Rex, alias « Riourik », qui traite surtout de la Russie32. Toynbee se concentre sur la Turquie, Namier sur la Pologne, Headlam (plus tard Headlam-Morley) sur l’Allemagne, Bernard Pares et l’ancien professeur d’Oxford Sir Paul Vinogradov sur la Russie. Salvador de Madariaga informe quant à lui régulièrement les lecteurs sur l’histoire et la politique espagnoles. Les historiens Alfred Zimmern (« Attique »), J.H. Rose, Ramsay Muir et Sir Frederick Pollock introduisent les débats enflammés qui sont alors en cours sur le nationalisme et la Ligue des Nations. George Young et Eustace Percy, membre du corps diplomatique, discutent pour leur part la réforme du Foreign Office. La plupart des impressionnantes cartes de la revue sont l’œuvre d’un archéologue et journaliste, Sir Arthur Evans, devenu passionnément pro-slave après avoir été témoin de la sanglante répression turque des soulèvements de 1877 en Bosnie-Herzégovine. Une longue liste de collaborateurs occasionnels assez divers se greffe sur ce noyau. Y figurent notamment Lord Bryce, George Trevelyan, Henry Hyndman et Leonard Woolf. Le manifeste de la revue avait proclamé la volonté des fondateurs de « créer une entente cordiale des écrivains alliés », et c’est ainsi que de nombreuses contributions étrangères parviennent à la rédaction. Les Français en particulier se trouvent en bonne place, Seton-Watson et Steed ayant gardé de séjours passés outre-Manche de bonnes relations avec certains universitaires de premier plan. Les historiens de la Sorbonne Charles Seignobos, Henri Hauser, Louis Eisenmann, Ernest Denis – qui depuis 1914 mène à Paris sa propre campagne pour l’indépendance tchèque33 – fournissent à la revue un intéressant point de vue français sur les affaires étrangères.

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Tous ces hommes sont réunis par des idéaux communs. Quelles que soient leurs différences d’approche ou leur spécialité, ils partagent la conviction d’une nécessaire ouverture à un large public des débats sur les affaires étrangères, et croient à la création d’un nouvel ordre européen fondé sur le droit et le respect des nationalités. Leur union se réalise également autour de la personnalité de Seton-Watson, dont l’engagement absolu, le flair de journaliste, les qualités d’organisateur donnent un horizon à la vie d’individus écartés pour la plupart du front pour des raisons d’âge ou de santé. L’accomplissement de Seton-Watson justifie alors le choix de ceux qui, comme lui, ont pu choisir de ne pas se battre au front mais à l’arrière, là où leurs qualités intellectuelles pourraient être les plus utiles à leur pays.

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La naissance de la New Europe est grandement facilitée par le contexte social dans lequel évoluent Seton-Watson et ses collègues : celui de « l’aristocratie intellectuelle »34. Nombre des collaborateurs de la revue se sont rencontrés au lycée ou à Oxbridge. Grâce à divers clubs, salons, associations et journaux leur intégration à une communauté d’affinité s’est par la suite accomplie et renforcée. C’est au sein de ces réseaux de sociabilité que la New Europe est fondée, et par la suite la revue sait tirer parti des opportunités offertes par ses divers contacts au gouvernement, dans les milieux politiques ou journalistiques et bien sûr dans l’université.

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Elle bénéficie ainsi de soutiens dans le monde politique, l’administration ou le gouvernement, et nombre de ses membres sont eux-mêmes mobilisés au cours de la guerre. Grâce à son amitié avec Steed et George Trevelyan, Seton-Watson est en 1914 conseiller informel du Foreign Office sur la Double Monarchie, cela jusqu’à sa violente condamnation du Traité de Londres35. En 1917, après l’introduction de la conscription, il est mobilisé auprès du Service de renseignement nouvellement créé et en 1918 il rejoint avec Steed le Enemy Propaganda Department (EPD) de Lord Northcliffe. Les mémorandums et brochures de propagande qu’ils sont chargés de rédiger reflètent largement la ligne de la revue36. Seton-Watson est étroitement associé au Political Intelligence Department (PID) au Foreign Office, dont huit des dix membres initiaux sont des collaborateurs de la New Europe37. À la tête de la Section Historique on trouve également un homme de la revue, Sir George Walter Prothero, qui s’entoure pour réaliser ses manuels d’auteurs eux aussi liés à la New Europe38.

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Celle-ci touche un large public grâce à l’introduction de ses collaborateurs dans les grands quotidiens, qui relaient largement la croisade de l’équipe de Seton-Watson. Associée au Times, la revue s’ouvre aussi les pages du Manchester Guardian grâce à Evans, de la Pall Mall Gazette par Whyte et s’offre encore, grâce à l’amitié qui lie Seton-Watson et J.L. Garvin, un accès régulier aux colonnes de l’Observer. La revue entretient par ailleurs des échanges étroits et réguliers avec de nombreux titres parmi les grandes publications libérales généralistes. Dès avant la guerre, Seton-Watson avait travaillé avec St Loe Strachey au Spectator ; le directeur de la Quarterly Review, n’est autre que Prothero tandis que Zimmern fait le lien avec the Round Table. On peut encore citer la Edinburg Review, la Contemporary Review ou la Fortnightly Review comme autant de relais des thèses de la revue. Sans même évoquer les monographies, produites en grand nombre par des auteurs prolifiques tels Toynbee ou Muir, il est évident que la portée de la New Europe s’étend bien au-delà de ses quelque 5 000 lecteurs.

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Son association avec les plus grandes universités du pays accroît encore sa large audience et son influence. L’écrasante majorité des collaborateurs de la revue sortent d’Oxbridge, et par la suite leur intégration dans les nouvelles facultés londoniennes ne fait que renforcer leur influence politique en leur donnant les moyens de bâtir les programmes à leurs yeux nécessaires pour que la Grande-Bretagne prenne la tête de la Nouvelle Europe39. Avec la fondation en 1915 de l’École d’études slaves (School of Slavonic Studies) au King’s College, inaugurée en grande pompe par une conférence de Masaryk sur « le problème des petites nations dans la crise européenne », la revue acquiert un relais solide et réputé pour diffuser ses thèses au cœur de la capitale40.

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L’expertise de ses collaborateurs repose sur leur formation, leur accès à des sources gouvernementales ainsi que sur leur connaissance intime de la politique est-européenne. Nombre d’entre eux ont voyagé dans les territoires Habsbourg avant 1914 et noué des liens avec les principaux leaders des groupes nationalistes. Ceux-ci sont pour la plupart contraints à l’exil par l’ouverture des hostilités, Seton-Watson et Steed s’efforcent dès lors de leur apporter tout le soutien possible pour développer à Londres leur propre outil de propagande. Seton-Watson est particulièrement proche de Masaryk et des exilés croates Franco Supilo et Ante Trumbi, qu’il met en relation avec les autorités britanniques41. Grâce à Namier, Polonais de naissance qui « en sait plus long sur la Pologne que n’importe qui dans ce pays42 », il entre en contact avec August Zaleski, le représentant du général Pilsudski en Grande-Bretagne. Burrow fait le lien avec Éleuthérios Vénizélos, Rex Lipper avec le représentant bolchevique à Londres tandis que Pares est en rapport avec certains Russes Blancs de la capitale. Au cours de la guerre, les hommes de la New Europe renforcent ces liens, grâce à une myriade de structures militantes et de fonds de soutiens tels que le Fond pour la libération de la Serbie, la Société serbe, la Société Russie, Les Amis britanniques de la Pologne, la Société anglo-roumaine, la Société anglo-hellénique.

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Les membres de la New Europe ne se posent pas en romantiques défenseurs d’une cause lointaine : ils forment un groupe de spécialistes engagés politiquement, luttant au cœur de la vie publique britannique. Quelques sceptiques ont pu assimiler leurs thèses à un délire visionnaire, dénonçant l’œuvre d’esprits excentriques ou fanatiques43. Les hommes qui font vivre la revue n’en ont pas moins toujours gardé le respect de l’opinion, et une influence qui ne s’est pas démentie. Il faut pour le comprendre développer une approche plus fine de leurs thèmes de prédilection.

Le principe de nationalité et le droit à l’autodétermination

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Au tout premier rang du programme de la New Europe figurent la destruction de l’Empire austro-hongrois et la libération des nations soumise à son autorité. Sans suggérer que l’État-nation est l’aboutissement absolu de l’Ordre européen (et nombre des collaborateurs aspirent d’ailleurs à une forme plus aboutie de société internationale), l’établissement des droits nationaux fondamentaux apparaît aux yeux de tous comme le préalable à tout nouvel ordre pacifique et durable. À la revue, on est convaincu que le mépris de ces droits constitue la première source de turbulence en Europe et se trouve à l’origine de la plupart des guerres. Ainsi l’affirme un éditorial du début de l’année 1917 :

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Une Ligue des Nations européennes est sans nul doute le but vers lequel doivent tendre tous les efforts humains : mais il ne peut être atteint qu’entre nations libres, chacune étant maîtresse de son destin et libérée du joug de l’arbitraire, politique ou économique, qui est la marque d’un passé bientôt révolu. Le seul fondement possible de l’internationalisme est un nationalisme libéré, satisfait et sans restriction44.

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Certes, les points de vue peuvent varier chez les contributeurs de la New Europe sur le sujet du nationalisme. Mais tous se rejoignent sur quelques conceptions fondamentales : le nationalisme est identifié par tous au libéralisme, et tous considèrent avec J.S. Mill que l’autodétermination est un droit inaliénable de l’homme et une liberté politique essentielle. La nationalité est aussi pour eux le plus sûr garant de la démocratie, un pilier de l’État bien plus juste et rationnel que les privilèges dynastiques ou militaires45. Mais pour la New Europe, la nation est plus qu’un droit ou un mode de bon gouvernement, c’est un besoin humain fondamental. Le nationalisme représente une phase par laquelle toute société humaine doit passer – « interrompre le développement d’une nation, affirme Toynbee, est un infanticide46 ». Pour une large part, on reconnaît avec l’UDC que le sentiment national est chez l’homme une impulsion irrationnelle, mais contre Bertrand Russell ou G.L. Dickinson, la New Europe lui reconnaît une force créatrice. Le nationalisme n’est pas pour elle étranger à la civilisation, au contraire : laissé libre de se développer, il assure sa fondation. En fait, le nationalisme – « cette volonté de coopérer » comme l’écrit Toynbee, de servir une grande cause et celle de se sacrifier pour un plus grand nombre – représente dans l’esprit de la revue un moyen de préserver la santé spirituelle de la Civilisation de l’action insidieuse du matérialisme. Dans « l’héroïsme inextinguible » de la Belgique, de la Pologne et de la Serbie, écrit Rose, « réside le salut de l’Europe menacée par la torpeur et l’égoïsme »47.

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La New Europe conçoit les dangers qui accompagnent le nationalisme. La propension au chauvinisme dans les États nouvellement libérés d’Europe de l’Est était apparue avec netteté déjà lors des guerres balkaniques. La conduite même de l’Allemagne en guerre est une leçon édifiante sur la piètre préparation à la liberté que représente la négation durable d’une unité nationale48. L’autodétermination, trop longtemps différée, peut en effet dégénérer en une vulgaire passion pour la suprématie nationale. Mais cette forme dévoyée, « allemande » de nationalisme est vilipendée dans la revue et ne peut y être considérée comme la conséquence inévitable de l’indépendance nationale49. On tient la France et surtout la Grande-Bretagne pour des nations qui dans l’accomplissement de leur unité nationale ont su rester tolérantes chez elles et exercer leur pouvoir sur le monde non par la conquête mais par la coopération. L’Empire britannique est à ce titre le plus glorieux exemple de l’esprit libéral du nationalisme50.

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Cette approche du nationalisme révèle sans aucun doute un grand idéalisme de la part des membres de la New Europe. Mais ceux-ci sont également sensibles aux difficultés pratiques liées à l’application de leurs nobles principes. Si les nationalités doivent prévaloir sur les facteurs politiques ou économiques dans la constitution d’un État, la revue se garde de négliger ces facteurs ou de nier les difficultés insurmontables opposées aux découpages territoriaux par le chevauchement des races51. Les États doivent avoir une certaine masse politique et économique pour éviter que leur multiplication ou leur faiblesse n’aboutissent à l’instabilité. Ainsi la New Europe acquiesce à la fédération de certains groupes, comme les Tchèques et les Slovaques ou les Slaves du Sud, au prix de strictes garanties d’autonomie régionale et d’égalité linguistique. Des considérations de viabilité économique conduisent de même la revue à soutenir la volonté polonaise d’obtenir un accès à Dantzig, ou encore à demander l’assurance d’un statut international pour les ports principaux de l’Adriatique52. L’intrication ethnique en Europe de l’Est pose plus d’un problème, et Seton-Watson avance en hésitant l’idée de « zones grises » placées sous contrôle international pour marquer les frontières des États à venir53. Il est déterminé à ce que le dessin de nouvelles limites territoriales minimise le nombre des minorités, dont les droits devront être garantis par une charte spéciale sous l’autorité de la Ligue des Nations54.

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Ces droits ne sont nullement contestés aux nations ennemies. La New Europe défend avec résolution les minorités allemandes en pays étranger et s’oppose avec la même force à l’inutile annexion de populations allemandes. Si on s’accorde sur le retour à la France de l’Alsace-Lorraine et sur celui de certaines zones anciennement prussiennes à la Pologne, la revue affirme que contrairement au cas des Empires Habsbourg et ottoman, jugés « a-nationaux », elle n’a « nul dessein contre la liberté de la nation allemande »55. L’idée de démembrer l’Allemagne est totalement rejetée, non sans juger sévèrement les outrances de certains nationalistes français ou polonais. En l’occurrence, malgré la prise en considération du besoin de sécurité des Français, le projet d’annexion des provinces rhénanes apparaît totalement injuste à la New Europe : la Grande-Bretagne n’a pas fait la plus grande guerre de l’histoire juste pour invertir la politique de Bismarck de 187156. La revue se montre par ailleurs hostile à ceux qui veulent interdire la réunion de l’Autriche et de l’Allemagne, projet qui serait non seulement une « injustice intellectuelle » mais apparaît également d’une « imbécillité crasse » tant il semble évident que rien ne favorisera plus ce mouvement que son interdiction57.

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La revue ne se montre pourtant pas toujours pertinente dans l’application même du principe national. Divers exemples traduisent la persistance de certains travers ou de préjugés. Alors qu’elle approuve les mesures de décentralisation proposées après 1917 par le Gouvernement Provisoire russe, la New Europe s’est faiblement intéressée à l’oppression antérieure des peuples de la Baltique ou des Finnois. Les Bulgares, bien que petite nation eux aussi, n’ont guère plus d’attrait aux yeux de la revue. Par ailleurs, l’idéalisation du nationalisme britannique est particulièrement problématique. Même si on admet le principe que les droits nationaux des « peuples arriérés » doivent être placés entre de bonnes mains, la question irlandaise demeure et n’est que rarement évoquée dans les pages de la New Europe58. Il est bien difficile de trouver un souffle de cet « esprit de liberté » dans la brutale répression du soulèvement de Pâques 1916. Il existe certains préjugés à la revue, et parfois même un refus délibéré de regarder la réalité en face. Ainsi la revue et en particulier Seton-Watson minore à plusieurs reprises les différences entre Serbes et Croates pour ne pas nuire à l’idée de Fédération des Slaves du Sud. Il faut voir là sans doute moins de la realpolitik59 que la foi quasi religieuse qui anime Seton-Watson au sujet d’une conscience commune aux Slaves du Sud. Cette ferveur s’est nourrie au contact d’émigrés nationalistes, mais découle également de son ignorance des sentiments populaires en Europe de l’Est60. En dernière analyse, elle est le fruit de la nature impérialiste du libéralisme britannique, qui impose des idéaux occidentaux de construction nationale dans des régions où la nationalité n’est pas forcément le plus pratique, ou le plus juste, des principes d’organisation61.

Le droit et la Ligue des Nations

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La défense par la New Europe de l’autodétermination nationale est étayée par la certitude que les nations sont tenues au même code moral que les individus, et que leur libre interaction aboutit spontanément à leur coopération, au respect de leurs intérêts réciproques et au partage d’un devoir commun62. Cette croyance en un « droit » international – inspirée par l’éthique chrétienne chez Seton-Watson et Muir ou l’idéalisme allemand pour Zimmern et Barker – est au cœur du radicalisme britannique63. Elle rejoint la conviction que tous les conflits dans le monde, y compris celui en cours, sont le fruit de l’action néfaste de gouvernements écartant les nations du chemin du droit. L’enjeu pour la New Europe est ainsi de retrouver cette voie du droit, et elle s’y emploie en suivant deux directions parallèles. La première, on va y revenir, consiste à promouvoir la démocratie dans les affaires intérieures. La seconde réside dans le soutien à la démocratisation des relations internationales, c’est-à-dire à la Ligue des Nations.

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L’idée de Ligue des Nations emporte une large adhésion en Grande-Bretagne, et il en découle une toute aussi large variation d’interprétations et de définitions de ce qu’elle désigne réellement, depuis une nouvelle Alliance Sacrée jusqu’à un système de gouvernement international dans lequel la souveraineté nationale n’aurait plus sa place. La New Europe se positionne de manière intermédiaire entre ces deux extrêmes. Pour elle, la guerre a changé les relations internationales, et il ne fait pas de doute que l’âge d’une souveraineté nationale absolue est révolu64. Néanmoins, la lutte pour une conception nouvelle de la diplomatie s’accompagne d’une méfiance à l’égard de l’ambitieux programme de gouvernement international avancé par la Société de la Ligue des Nations dans War and Peace et dans Nation65. Certainement inspiré par de nobles aspirations, ce projet idéal nourrit pourtant des espérances irréalistes sur ce qu’une Ligue pourrait effectivement représenter à l’avenir et pourrait en cela nuire à la cause plus que la favoriser66. La revue adopte sur le sujet une approche plus prudente.

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Elle insiste d’abord sur le fait que la fondation de la Ligue n’est possible qu’après la défaite totale des Puissances centrales et la libération des nations sous leur domination67. La New Europe s’oppose en cela à la Société de la Ligue des Nations et à l’UDC, qui conçoivent la Ligue comme une alternative à la victoire68. La revue est également critique avec ceux qui comme J.A. Hobson ou G.L. Dickinson pensent possible l’intégration de l’Allemagne dès le départ. Non, celle-ci doit avant cela abandonner tout espoir de suprématie mondiale et se racheter pour les actes de piraterie commis à l’encontre des nations neutres et alliées. Elle doit surtout se montrer digne de confiance quant à sa volonté réelle de respecter le droit dans les relations internationales. Car la Ligue des Nations ne saurait être autre chose que cela : une Ligue regroupant des États autour du principe des nationalités.

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Après la victoire, la New Europe envisage sa fondation selon une méthode qu’on appellerait aujourd’hui « fonctionnaliste ». C’est en améliorant les moyens de communication entre les États que, selon la revue, un sens de l’intérêt et des devoirs communs pourrait s’imposer. En accord avec l’UDC, on croit que l’intensification des échanges économiques peut permettre de faire converger les différents intérêts nationaux, comme tend à le montrer d’ailleurs l’expérience de guerre des Alliés. De nombreux commentateurs préconisent à ce titre l’abolition des barrières économiques, et la marche vers une future union douanière69. La première préoccupation de la New Europe, cependant, reste l’institution d’un système de conférences international, une forme mieux régulée du Concert Européen. Là encore l’expérience de guerre sert d’exemple, le Conseil suprême interallié et la Conférence de Paix font office de modèle sur lequel pourrait s’établir un tel système. L’espoir de restaurer le droit international est placé dans la réunion de toutes les nations autour d’une table, dans la discussion : « La discussion, l’élixir de la vie intellectuelle et la mère de la compréhension mutuelle, la discussion, elle qui abolit la dispute en abolissant l’esprit étroit et fermé, la suspicion, la froideur qui engendrent toutes les disputes70 ». Dans la Nouvelle Europe, la connaissance sera le siège de la loi morale.

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La revue est inflexible sur la nécessité de créer « un sentiment commun et une volonté commune entre les peuples » avant d’instituer entre les nations d’irrévocables obligations légales, d’imposer l’engagement du désarmement ou des arbitrages impératifs71. L’attribution d’un tel pouvoir à la Ligue, sur laquelle insistent tant Hobson et Dickinson, est certes souhaitable dans le futur. Mais l’imposer dès à présent, alors que les nations restent guidées par leur intérêt particulier et que la méfiance règne entre elles, ne reviendrait qu’à affaiblir les modérés et à augmenter les forces des opposants à la Ligue72.

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Sans perdre de vue la perspective d’un intérêt commun en Europe, la revue n’a jamais cru qu’il puisse remplacer la volonté individuelle des nations. Comme les hommes, les nations sont égales entre elles, mais non identiques. Tant qu’il y aura de la liberté, existera des ambitions nationales concurrentes et des intérêts contradictoires, qui doivent être pris en compte dans tout projet international73. Pour la revue, le droit international ne peut prendre la forme d’une règle commune à tous, il doit assurer l’équilibre entre les droits de chacun. Cette loi ne pourra même jamais être fixée : de manière caractéristique, la revue considère la Ligue comme un processus, et non comme un objet74. La révision régulière de ses chartes fondatrices exige ainsi des mécanismes spécifiques, adaptés au fait que les nations sont des organismes vivants75.

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La New Europe est dirigé par des nouveaux libéraux qui reconnaissent la valeur d’un gouvernement pour restaurer un contexte libéral et admettent le besoin, quelle que soit sa forme, d’une « super-autorité » au niveau international. Mais la revue est très claire sur la nécessité de soigneusement circonscrire son pouvoir. Pour certains, un gouvernement international ne peut être doté que d’un pouvoir de légitimation. L’approche étatiste de l’intégration d’un Charles Seignobos est très mal accueillie en vertu d’une conception du droit comme intrinsèque à l’homme et en aucun cas comme une émanation de l’État76. On ne saurait de même permettre au gouvernement international d’interférer dans le droit interne des nations, car tant que la démocratie n’est pas pleinement établie au niveau international, celles-ci demeurent l’unique source de légitimité politique77.

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C’est là un point essentiel pour les contributeurs de la New Europe. L’autorité de la Ligue repose sur l’existence d’un demos européen. Son succès dépend moins des structures dont elle sera dotée que de l’esprit dans lequel elle aura été conçue78. Pour Zimmern, l’un des collaborateurs les plus idéalistes de la revue, les véritables fondations du nouveau monde sont ancrées au sein même de l’âme humaine79. Et c’est parmi ceux qui s’intéressent au bien-être spirituel de l’individu, parmi des instituteurs ou des universitaires, que la bataille pour la nouvelle Europe sera gagnée.

Démocratie et éducation

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La demande d’un contrôle populaire sur la politique étrangère par la New Europe repose sur plusieurs arguments. Tout d’abord, comme l’écrit Whyte, « c’est le droit le plus fondamental du citoyen que de savoir dans quels cas il lui sera demandé d’offrir sa vie sur le champ de bataille80. » Le droit intérieur s’applique aux affaires étrangères, et disposer des peuples sans leur consentement est immoral. Ceux-ci ne sauraient être tenus au respect de traités qu’ils n’ont pas signés et qui ne représentent pas leurs intérêts mais ceux de leurs élites dirigeantes. Ensuite, les accords internationaux ne peuvent remplir leur rôle durablement que s’ils émanent des peuples auxquels ils s’appliquent. Une paix populaire aura plus de poids qu’une paix faite par des diplomates. Enfin, plus que leurs gouvernements, les peuples sont susceptibles de signer des accords conformes au droit international. C’est cette croyance dans la supériorité morale du peuple, cette conviction que « nul instrument, aussi excellent soit-il, ne peut se substituer à un esprit public instruit et emprunt de bonne volonté81 » qui sous-tend et oriente la lutte de la New Europe pour imposer un contrôle populaire.

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L’idée que le « peuple » est moralement supérieur aux classes dirigeantes et que la paix serait assurée s’il était seulement laissé libre de déterminer la politique étrangère constitue l’un des piliers de la tradition radicale britannique. Cet idéal se renforce après 1914, et les groupes reprochant alors au gouvernement l’entrée dans le conflit placent le contrôle démocratique au cœur de leur combat – comme en témoigne la formation de l’UDC. Ce qui distingue la New Europe au sein de ce débat général est le soin accordé aux réformes gouvernementales, ainsi que l’importance attribuée à l’éducation comme facteur essentiel de tout changement.

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Il faut reconnaître dès l’abord que ce que la revue entend par contrôle démocratique est l’augmentation du rôle dévolu aux classes moyennes éduquées, et non celui des « masses » ou même des structures ouvrières. Bien que la démocratie sans restriction représente un idéal, on considère à la New Europe que l’heure n’a pas sonné pour son instauration. Les esprits doivent être « instruits » avant qu’on puisse leur accorder une opinion82. Le contributeur le plus conservateur de la revue, l’historien du King’s College F.J.C. Hearnshaw, met en garde contre un élargissement trop précoce de la démocratie qui dégénérerait en démagogie83. Même les commentateurs les plus libéraux sont réservés sur le sujet. Dans sa « Lettre ouverte aux travailleurs britanniques », Toynbee affirme aux ouvriers que l’avènement d’une paix permanente repose sur leurs épaules, en voulant leur signifier qu’ils ne pourraient supporter ce fardeau qu’en s’en remettant aux spécialistes dont il fait partie. En août 1917, Whyte reconnaît avec le gouvernement britannique qui refuse d’envoyer une délégation du Labour à Stockholm que le parti n’a pas encore une maîtrise suffisante de la complexité de la situation internationale84. Seton-Watson résume précisément la ligne de la revue : « Aucun changement révolutionnaire n’est à attendre tant que les Peuples n’auront pas plus appris85. »

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Les suggestions de la revue pour une réforme démocratique reflètent ce conservatisme social. Elles visent dans un premier temps le recrutement des diplomates et des autres fonctionnaires du Foreign Office – les décisions doivent êtres confiées aux plus qualifiés et non à une caste héréditaire – et secondairement traitent des voies possibles pour renforcer le contrôle parlementaire. Enfin, on débat des moyens de faire de la Chambre des Communes le seul corps valide pour la ratification des traités86. L’idée de faire élire publiquement un Comité parlementaire indépendant des Affaires étrangères87 (Independent Parliamentary Committee on Foreign Affairs) remporte ainsi un grand succès, on insiste sur l’importance de l’élargissement du débat public et sur la transparence dans la conduite des affaires étrangères. Sans demander son abolition complète, la revue conçoit le secret diplomatique comme l’exception et non la règle. Ainsi la publication par Trotski des accords secrets des Alliés est accueillie comme un avertissement aux hommes d’État qui pensent échapper au jugement de l’opinion publique88.

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Pour la New Europe néanmoins, toutes ces réformes structurelles ne peuvent avoir de sens que si elles s’appuient sur une entrée massive du public dans la compréhension des enjeux de politique étrangère. Un réel effort d’éducation destiné au plus grand nombre est nécessaire dans ce but, et c’est la tâche des milieux académiques que de donner des conférences publiques, la vocation de revues comme la New Europe, la Round Table ou d’organisations comme la Société Serbe, le mouvement Combat pour le Droit ou le Conseil pour l’étude des relations internationales (Council for the Study of International Relations). De même, la formation d’équipe de spécialistes des affaires étrangères concourt à ce projet. S’inspirant du débat d’avant-guerre sur la réforme de l’enseignement londonien, Whyte lance à l’été 1917 une proposition visant à fonder l’École des Affaires étrangères de Londres (London School for Foreign Affairs)89. Cette institution aurait trois fonctions : former les fonctionnaires et mener des recherches indépendantes tournées vers l’aide à la décision, présenter pour une large publication d’importants documents originaux de politique étrangère90, enfin fédérer l’ensemble de l’enseignement de ce domaine dans la Capitale91. Sans répondre exactement à ces exigences, le projet aboutit à la fondation d’une nouvelle structure académique tournée vers l’étude du vaste monde.

Influence

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L’impact concret de la New Europe est assez inégal, voire négligeable si on envisage son influence sur la politique étrangère du gouvernement pendant la guerre. Globalement, celui-ci place la victoire au-dessus du principe des nationalités. Vis-à-vis de l’Autriche-Hongrie, le pouvoir flatte les sentiments nationaux dans l’Empire ou soutient l’option d’une paix séparée, selon les intérêts matériels attendus. Lloyd George ne se rallie à la cause de l’éclatement de l’Empire qu’à l’été 1918, alors qu’il est déjà engagé. De plus, malgré ce que prétend Steed, cette désintégration a peu à voir avec la New Europe ou même avec la propagande gouvernementale92. On peut toutefois penser que lorsque l’Empire des Habsbourg s’effondre finalement, en grande partie à cause de la grave pénurie créée par la guerre, les brochures EPD de Steed et Seton-Watson – les « flèches empoisonnées93 », évoquées par Hindenburg – contribuent à hâter sa chute. C’est alors que l’influence de la revue est plus significative, dans l’élaboration politique de ce qui devra lui succéder. Grâce à l’action de la New Europe, nombre de personnalités politiques de premier plan sont convaincues en 1918 que l’autodétermination nationale est pensable en Europe de l’Est, et que les peuples qu’ils considéraient quatre ans plus tôt comme à moitié sauvages sont capables de prendre en main leur destinée94.

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C’est après la victoire que l’influence de la revue sur la politique britannique est la plus grande, que ce soit par rapport à la convention de la Ligue des Nations ou lors de l’établissement des frontières en Europe orientale. À partir de 1917, le gouvernement britannique commence réellement à concevoir une politique propre à la Ligue, et les collaborateurs de la New Europe sont présents à tous les stades importants de son élaboration. J.H. Rose est membre du Comité Phillimore, Zimmern et Percy sont impliqués sous l’égide du PID après juillet 1918 dans la conception d’un projet de Traité fondateur pour la Ligue95. Leurs mémorandums sont ainsi pris en considération par Lord Robert Cecil, le représentant britannique chargé des négociations sur la Ligue des Nations à Versailles96.

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L’influence de la New Europe est plus grande encore sur l’établissement des limites territoriales en Europe de l’Est. Bien que Seton-Watson et Steed n’occupent au sein de la délégation de paix britannique qu’une position informelle, de nombreux contributeurs de la revue jouent pour leur part un rôle moteur dans les négociations. C’est le cas de Headlam-Morley, Allen Leeper, Toynbee et Temperley qui s’entretiennent régulièrement avec Seton-Watson, ou encore de Harold Nicolson, du Foreign Office, qui « ne s’est jamais prononcé, même sur un yard, sans avoir consulté au préalable les spécialistes du Dr Seton-Watson97 ». Steed jouit de bonnes relations avec Balfour et House, et grâce à ce dernier il peut contribuer à ce que le Président Wilson valide le projet de la revue sur le sort de la Dalmatie. La New Europe traverse la Manche dans les malles du Cabinet à la Guerre et, par ses éditoriaux écrits en concordance avec ceux du Times et du Daily Mail de Paris, Seton-Watson et les siens offrent leurs lumières sur l’intrication de la politique est-européenne.

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Il a été affirmé récemment que grâce à la New Europe la Grande-Bretagne a bénéficié de « la conception stratégique la plus claire du nouvel ordre d’après-guerre98 » parmi toutes les Puissances alliées, et qu’elle a ainsi pu imposer sa volonté à Paris. Si le Traité établit une paix britannique, celle-ci est loin pourtant de représenter celle souhaitée par la New Europe. Le Traité n’est nullement l’aboutissement d’un débat ouvert entre spécialistes, mais bien celui de tractations secrètes entre un nombre réduit d’hommes d’États, souvent assez mal renseignés99. Les clauses sur l’Allemagne se révèlent comme l’a vu Maynard Keynes aussi immorales qu’irréalistes100. Seton-Watson craint que la Ligue des Nations, qui représente l’aspect le plus dynamique du Traité, n’en sorte fragilisée et impopulaire101. Les accords de paix sur l’Europe de l’Est, qui portent le plus fortement l’empreinte de la revue, sont loin également d’être parfaits. Les Alliés ne résistent pas aux prétentions impérialistes des nouveaux États, en particulier la Pologne, si bien que de trop nombreuses minorités se trouvent loin de leurs frontières, isolées en territoire ennemi. Les Italiens sont somme toute parvenus à saboter l’accord sur la Dalmatie, alors que l’Entente, trahissant déjà et à nouveau les Slaves du Sud, laisse l’Italie envahir Fiume. Après l’Armistice, les Alliés tardent à réapprovisionner l’Europe de l’Est, et le manque de vivres se traduit politiquement par la radicalisation des opinions dans cette zone, en particulier en Hongrie. Pourtant, toutes ces réserves faites, Seton-Watson affirme que les nouvelles limites territoriales marquent « une véritable avancée par rapport à celles qu’elles remplacent102 ».

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L’impact le plus durable de la New Europe reste le développement de l’offre institutionnelle d’enseignement en histoire étrangère. Même s’il ne faut pas exagérer les succès remportés dans ce domaine – ils s’inscrivent dans un après-guerre qui voit décliner l’intérêt du public pour les questions européennes et marque le retour à des préoccupations étroitement nationales103 –, il faut reconnaître de véritables avancées en terme d’offre de formation. La simple énumération des nouvelles fondations illustre de manière frappante l’ampleur de ce succès. La New Europe soutient activement la création de la première chaire de relations internationales de Grande-Bretagne, à l’université de Aberystwyth, ainsi que l’ouverture du département d’histoire coloniale et impériale à l’université de Londres. De nombreuses autres chaires d’histoire européenne voient le jour, dont quatre sous l’autorité de Burrows au King’s College ; la revue contribue également à la fondation de l’Institut de recherche historique de Londres. Parmi les fondateurs du (par la suite Royal) Institut of International Affairs à Chatham House, on compte Toynbee, Zimmern, Headlam-Morley, Seton-Watson, Whyte et les frères Leeper104. Ces derniers sont d’ailleurs à l’origine de la publication de documents britanniques sur la guerre et obtiennent par la suite l’accès d’un public élargi aux archives officielles et gouvernementales105. Ces exemples témoignent du développement d’une conscience internationale au sein d’une partie de la communauté universitaire. Ils montrent aussi comment la période de guerre, conçue généralement comme celle d’une vaste abdication des exigences universitaires, a en fait accéléré la modernisation et la professionnalisation de l’histoire en Grande-Bretagne. Les succès remportés par les collaborateurs de la New Europe dans ce champ, mais aussi ceux qui couronnent leurs efforts concrets pour réviser la carte de l’Europe, révèlent que des individus guidés par de grands idéaux peuvent se révéler des hommes d’action. On perçoit également à travers eux que loin d’un effondrement après 1914 et d’une prétendue incapacité à faire face aux réalités politiques du xxe siècle106, les radicaux britanniques se trouvent alors à la tête du combat pour un nouvel ordre européen.

Elizabeth Fordham

Notes

[ 1] Voir par exemple T. Wilson, « Britain’s “Moral Commitment” to France in July 1914 », History, 64, 1979, p. 380-390. Voir aussi N. Ferguson, The Pity of War, Londres, Allen Lane, 1998. Le conservatisme antifondationaliste de Ferguson lui interdit de reconnaître toute autre motivation que l’avantage personnel.

[ 2] Pour une introduction aux attitudes de la profession historique de cette époque, voir J.-D. Fair, Harold Temperley : A Scholar and Romantic in the Public Realm, Newark, Delaware University Press, 1992. Sur la conscience morale des intellectuels britanniques, voir plus généralement S. Collini, Public Moralists : Political Thought and Intellectual Life in Britain, 1850-1930, Oxford, Oxford University Press, 1991 ; S. Pedersen, P. Mandler (eds.), After the Victorians : Private Conscience and Public Duty in Modern Britain, Londres, Routledge, 1994, p. 1-28 ; R. Shannon, Gladstone and the Bulgarian Agitation, Sussex, Harvester Press, 1975.

[ 3] Pour certain d’entre eux, elle est en partie responsable de l’effondrement de la puissance britannique au xxe siècle. Voir C. Barnett, The Collapse of British Power, Gloucester, Alan Sutton, 1972, ainsi que la critique classique de l’idéalisme due à E.H. Carr, The Twenty Years’Crisis, 1919-1939 (1939), Londres, Macmillan, 1966.

[ 4] Voir R.W. Seton-Watson, « Franz Ferdinand », Contemporary Review, août 1914. Voir H.W. Steed, Through Thirty Years, Londres, W. Heinemann, 1924, II, p. 3.

[ 5] Voir H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary During the First World War : A Study in the Formation of Public Opinion, Londres, Oxford University Press, 1962 ; H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe : R.W. Seton-Watson and the Last Years of Austria-Hungary, Londres, Methuen, 1981 ; L. Péter, « R.W. Seton-Watson’s Changing Views on the National Question of the Habsburg Monarchy and the European Balance of Power », Slavonic and East European Review, 82, juillet 2004, p. 655-679.

[ 6] De droite comme de gauche, la presse est massivement hostile à la Serbie à l’été 1914. Voir A. Gregory, « British “War Enthusiasm” in 1914 : A Reassessment », in G. Braybon, Evidence, History and the Great War : Historians and the Impact of 1914-18, Oxford, Berghahn, 2003.

[ 7] Sur la germanophilie de la communauté académique libérale en Grande-Bretagne, voir S. Wallace, War and the Image of Germany : British Academics 1914-1918, Édimbourg, John Donald, 1988, p. 1-28.

[ 8] Voir Corruption and Reform in Hungary, Londres, Constable, 1911, et The South Slav Question Londres, Constable, 1911. Seton-Watson continue à espérer que la monarchie peut se sauver en accordant plus d’autonomie régionale. Il est moins pessimiste sur ce point que Steed, correspondant du Times à Vienne entre 1902 et 1913 et autorité intellectuelle majeure sur les Habsbourg avec Seton-Watson lui-même. Dans son influent The Habsburg Monarchy (1913), Steed dépeint une monarchie proche de devenir obsolète.

[ 9] Voir R.W. Seton-Watson, « “Obligations of Honour” », the New Europe (désormais NE), 13 novembre 1919 ; Id., Sarajevo : A Study of the Origins of the Great War, Londres, Hutchinson, 1925.

[ 10] Au cours de sa conférence pour l’Université d’été de la Workers Educational Association (WEA) à Oxford en 1914. Le cycle de conférence est publié : W. Seton-Watson et al., The War and Democracy, Londres, Macmillan, 1914. Seton-Watson reprend les mêmes idées dans What is at Stake in the War ?, Oxford, Oxford University Press, 1915.

[ 11] R. Muir, The National Principle and the War, Oxford, Oxford University Press, 1914 ; A. Toynbee, The New Europe : Some Essays in Reconstruction, Londres, J.M. Dent & Sons, 1915 ; J.H. Rose, Nationality as a Factor in Modern History, Londres, Rivingtons, 1916.

[ 12] A. Toynbee, op. cit., p. 61-62.

[ 13] Sur l’UDC, mouvement fondé en septembre 1915 pour imposer un plus grand contrôle démocratique sur la politique étrangère et hâter la fin de la guerre, voir M. Swartz, The Union of Democratic Control in British Politics during the First World War, Oxford, Clarendon Press, 1971, et, beaucoup plus critique, H. Hanak, « The Union of Democratic Control during the First World War », Bulletin of the Institute of Historical Research, 36, 1963, p. 168-180. H.N. Brailsford et les frères Buxton sont particulièrement opposés au démembrement de l’Empire. Sur cette opposition et d’autres, voir H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary, op. cit., p. 135-173.

[ 14] The New Europe s’oppose à toute acquisition impériale britannique, en particulier au Moyen-Orient. Voir, par exemple, R. Burrows, « The Need for Self-Renunciation », NE, 7 février 1918.

[ 15] Notamment par A.J.P. Taylor, The Trouble Makers : Dissent Over Foreign Policy 1792-1939, Londres, Pimlico, 1993 [1957].

[ 16] Voir A.J.A. Morris, Radicalism Against War 1906-1914, Londres, Longman, 1972 ; H.S. Weinroth, « The British Radicals and the Balance of Power, 1902-1914 », Historical Journal, XIII, 4, 1970, p. 653-682.

[ 17] Article dans Nation du 11 août 1917, cité par H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary, op. cit., p. 232. Après les avoir adoptés comme objet de leur philanthropie libérale, les radicaux britanniques ont commencé à se détourner des Balkans pendant la guerre de 1913, épouvantés par la « convoitise et la brutalité » apparues chez les anciens alliés. Voir A.J.A. Morris, op. cit., p. 348-361.

[ 18] Sur la manière dont le libéralisme britannique « s’est laissé hypnotiser par l’économie », voir A. Toynbee, op. cit., p. 35.

[ 19] Sur la revue, voir H. Hanak, « The New Europe, 1916-1920 », Slavonic and East European Review, 29, 1961, p. 369-399 ; E. Goldstein, « The Round Table and The new Europe », the Round Table, CCCILVI, 1998, p. 177-190.

[ 20] Hommage apparaissant sur la couverture de NE, vol. II.

[ 21] Cité par H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 376.

[ 22] Hommage apparaissant sur la couverture de NE, vol. X. Sensible aux arguments de l’UDC, la radicale Nation reste fermement opposée au démembrement de l’Autriche-Hongrie.

[ 23] R.W. Seton-Watson, « The Failure of Sir Edward Grey », English Review, février 1916, p. 148. Sur le sujet plus généralement, voir A.J. May, « Seton-Watson and the Treaty of London », Journal of Modern History, XXIX, 1, 1957, p. 42-47.

[ 24] Voir les lettres de Masaryk à Seton-Watson entre avril 1915 et mai 1916, rééditées dans R.W. Seton-Watson, Masaryk in England, Cambridge, Cambridge University Press, 1943, p. 76-84.

[ 25] Ceci est discuté en détail dans H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary, op. cit., p. 62-134.

[ 26] T. Masaryk, « The Pan-German Plan », NE, 19 octobre-16 novembre 1916.

[ 27] « Nous qui parmi les premiers avions défendu l’alliance avec la Russie, nous sentons aujourd’hui qu’elle a véritablement pris sa place dans les rangs de l’Entente » (Rurik [Rex Leeper], « The Cross-roads Passed : What Lies Ahead ? », NE, 22 mars 1917). Voir aussi l’éditorial, « No Annexation », NE, 24 mai 1917.

[ 28] Voir l’éditorial « Lenin and Kerenski », NE, 15 novembre 1917 ; R.W. Seton-Watson, « The Musings of a Slavophile », NE, 7 mars 1918.

[ 29] Bonar Law cité par R.W. Seton-Watson, « President Wilson and Europe », NE, 1er février 1917. Voir aussi l’éditorial, « The Two Voices – Britain and America », NE, 28 décembre 1916.

[ 30] Éditorial, « The Allies’ Programme », NE, 18 janvier 1917.

[ 31] Éditorial, « Allied War Aims », NE, 13 décembre 1917.

[ 32] L’étroite amitié de Allen Leeper et Seton-Watson est discutée dans E. Goldstein, « New Diplomacy and the New Europe at the Paris Peace Conference of 1919 », East European Quarterly, XXI, 4, 1988, p. 393-400.

[ 33] Voir E. Fordham, « The Great War and Modern Scholarship », in P. Purseigle (ed.), Warfare and Belligerence, Boston, Brill Academic Publishers, 2005 (à paraître).

[ 34] N. Annan, « The Intellectual Aristocracy », in J.H. Plumb (ed.), Studies in Social History : A Tribute to G.M. Trevelyan, Londres, Longman, 1955. Voir aussi S. Collini, op. cit., p. 13-60.

[ 35] Seton-Watson est introduit dans les cercles gouvernementaux par Steed et George Trevelyan. En 1915, son influence et son autorité paraissent si grandes sur les affaires est-européennes que Grey craint que son opposition au Traité de Londres ne compromette l’alliance avec l’Italie. Voir K.J. Calder, Britain and the Origins of the New Europe : 1914-1918, Cambridge, Cambridge University Press, 1976, p. 20.

[ 36] Sir C. Campbell, Secrets of Crewe House : The Story of a Famous Campaign, Londres, Hodder & Stoughton, 1920.

[ 37] Il s’agit de Namier, Toynbee, les frères Leeper, Headlam, George Saunders, Edwyn Bevan et John Bailey. Ils sont rejoints plus tard par Zimmern et Lord Percy. Voir E. Goldstein, « The Foreign Office and Political Intelligence, 1918-1920 », Review of International Studies, 4, 1988, p. 275-288 ; A. Sharp, « Some Relevant Historians : The Political Intelligence Department of the Foreign Office, 1918-1920 », Australian Journal of Politics and History, 4, 1988, p. 359-368.

[ 38] Voir E. Goldstein, « Historians Outside the Academy : The Experience of the Foreign Office Historical Section. 1917-1920 », Historical Research, juin 1990, p. 195-211 ; K.A. Hamilton, « The Pursuit of “Enlightened Patriotism” : The British Foreign Office during the Great War and its Aftermath », Historical Research, 61, 1988, p. 316-344.

[ 39] Voir E. Fordham (avec N. Beaupré et E. Demm), « Universities », in J. Winter, J.-L. Robert (eds.), Capital Cities at War : London, Paris, Berlin 1914-1919, Cambridge, Cambridge University Press, II, à paraître.

[ 40] Seton-Watson et Burrows sont derrière cette fondation. Voir R.W. Seton-Watson, « The Origins of the School of Slavonic Studies », Slavonic and East European Review, janvier 1939, p. 360-371.

[ 41] Trumbi est président du Comité yougoslave de Londres et futur premier ministre des Affaires étrangères yougoslave. Les relations de Seton-Watson avec ces hommes sont bien documentées dans H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit.

[ 42] Il s’agit d’une remarque de J.-D. Gregory, du Foreign Office, citée in E. Goldstein, « The Foreign Office… », art. cit., p. 279.

[ 43] « Un musée ethnologique », c’est ainsi que le conservateur Morning Post décrit la revue dans un grand article du 23 avril 1918. Sur ce thème et d’autres critiques, voir H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 282-284.

[ 44] Éditorial, « The Allies’ Programme », art. cit.

[ 45] A.E. Zimmern, Nationality and Government, Londres, Chatto & Windus, 1918.

[ 46] A. Toynbee, op. cit., p. 67. Voir aussi J.H. Rose, « The National Idea », Contemporary Review, mars 1916, p. 333.

[ 47] J.H. Rose citant Mazzini, ibidem.

[ 48] A. Toynbee, op. cit., p. 14-17.

[ 49] R.W. Seton-Watson, « Nationalism and Internationalism », NE, 21 décembre 1916.

[ 50] La revue s’inspire ici de la pensée libérale nationaliste du xixe siècle britannique. Voir P. Mandler, « “Race” and “Nation” in Mid-Victorian Thought », in S. Collini, B. Young, S. Whatmore (eds.), British Intellectual History, 1750-1950 : History, Religion and Culture, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.

[ 51] Éditorial, « The Allies’ Programme », art. cit.

[ 52] Éditorial, « The True Lines of an Adriatic Settlement », NE, 2 janvier 1919.

[ 53] Voir le mémorandum « The Future Frontiers of Hungary » composé par Seton-Watson en novembre 1918, à la demande de Headlam-Morley. Il sera par la suite attaché aux documents officiels de la délégation britannique à la Conférence de Paix. A. Toynbee, op. cit. ; H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 324.

[ 54] R.W. Seton-Watson, « The Treaty with Austria », NE, 18 septembre 1919.

[ 55] Éditorial, « On the Brink of Failure », NE, 27 mars 1919.

[ 56] Éditorial, « The Mountains in Travail », NE, 17 avril 1919. Voir aussi les éditoriaux, « Our Duty to France », NE, 15 avril 1920, et « Our Answer to M. Pinon », NE, 19 février 1920.

[ 57] R.W. Seton-Watson, « The Treaty with Austria », art. cit.

[ 58] Voir par exemple R. Muir, « Europe and the Non-European World », NE, 28 juin-12 juillet 1917.

[ 59] Comme le suggère László Péter, « The Political Conflict between R.W. Seton-Watson and C.A. Macartney over Hungary », in « British-Hungarian Relations since 1848 », conférence tenue à la School of Slavonic and European Studies, Londres, 16 au 17 avril 2004, http://www.ssees.ac.uk/confhung.htm.

[ 60] Mark Cornwall avance que la croyance en une conscience yougoslave, propagée par Trumbi, était bien peu perceptible parmi les combattants dans les tranchées. M. Cornwall, The Undermining of Austria-Hungary, Basingstoke, Macmillan, 2000, p. 322.

[ 61] Pour une critique de l’impérialisme libéral, aussi oppresseur à sa manière que le déterminisme racial « allemand », voir G. Sluga, « Narrating Difference and Defining the Nation in Late Nineteenth and Early Twentieth Century “Western Europe” », European Review of History, IX, 2, 2002, p. 183-197.

[ 62] Un bon exemple de cette approche fortement anthropomorphique de la nation comme un agent moral est donné dans W.A. Phillips, « The Balance of Power », NE, 1er novembre 1917.

[ 63] Sur les racines religieuses, en particulier non conformistes du radicalisme britannique, voir R. Shannon, Gladstone and the Bulgarian Agitation, op. cit. Sur l’influence de l’idéalisme allemand, notamment T.H. Green, voir S. Collini, Liberalism and Sociology. L.T. Hobhouse and Political Argument in England, 1880-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1979.

[ 64] A.F. Whyte, « The Versailles Mustard Seed », NE, 28 février 1918.

[ 65] Sur les conceptions rivales de la Ligue des Nations, voir H. Winkler, The League of Nations Movement in Great Britain, 1914-1919, New Brunswick, Rutgers University Press, 1952.

[ 66] Éditorial, « The Mountains in Travail », art. cit.

[ 67] R. Muir, « The Difficulties of a League of Peace », NE, 1er février 1917. Voir aussi F. Pollock, « The Difficulties of a League of Peace », NE, 8 février 1917, et éditorial, « Our Peace Terms », NE, 17 octobre 1918.

[ 68] L’UDC embrasse la cause de la Ligue en tentant de masquer le fait qu’elle n’a pas mis au clair une politique étrangère. Voir A.J.P. Taylor, op. cit., p. 141-150.

[ 69] G. Young, « The League of Nations as a Practical Procedure », NE, 27 décembre 1917. W.A. Phillips, « The Price of the “Society of Nations” », NE, 5 décembre 1918.

[ 70] E. Barker, A Confederation of Nations : Its Powers and Constitution, Londres, Clarendon Press, 1918, p. 34. Des extraits de ce travail sont publiés dans the New Europe, 6-20 mars 1919. Voir aussi J. Stapleton, Englishness and the Study of Politics : The Social and Political Thought of Ernest Barker, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, p. 108-109.

[ 71] W.A. Phillips, « The Price of the “Society of Nations” », art. cit.

[ 72] Atticus [Zimmern], « The League in Being », NE, 8 mai 1919.

[ 73] W.A. Phillips, « The Balance of Power », NE, 1er novembre 1917.

[ 74] G. Young, « The League of Nations as a Progressive Principle », NE, 20 décembre 1917.

[ 75] Zimmern est particulièrement consterné par ce point. Voir les mémorandums qu’il a composés pour le PID et les articles publiés dans the Round Table dénonçant des tentatives de lier les nations dans des « constitutions écrites ». Voir E. Goldstein, Winning the Peace : British Diplomatic Strategy, Peace Planning, and the Paris Peace Conference, 1916-1920, Oxford, Clarendon Press, 1991, p. 213-219.

[ 76] Voir C. Seignobos, « The “Society of Nations” and its Price », NE, 14 novembre 1918, et la critique de Phillips, « The Price of the ‘Society of Nations’ », art. cit.

[ 77] Sur la manière absolue dont tout gouvernement international doit répondre devant la nation, voir A.H.E. Taylor, « League of Nations or Holy Alliance ? », NE, 24 juillet 1919. Voir aussi les arguments de Sir F. Pollock in The League of Nations and the Coming Rule of Law, Oxford, Oxford University Press, 1918.

[ 78] A.H.E. Taylor, « League of Nations or Holy Alliance ? », art. cit.

[ 79] Zimmern, « The League in being », art. cit. Voir aussi A. Zimmern, The League of Nations and the Rule of Law, Londres, Macmillan, 1936. Sur cet aspect de la pensée de Zimmern, voir D.J. Markwell, « Sir Alfred Zimmern revisited : fifty years on », Review of Internationals Studies, 12, 1986, p. 279-292 ; J. Stapleton, Political Intellectuals and Public Identities in Britain since 1850, Manchester, Manchester University Press, 2001, p. 91-111.

[ 80] A.F. Whyte, « A School of Foreign Affairs », NE, 21 juin 1917.

[ 81] ***, « La Victoire Intégrale in 1919 », NE, 2 janvier 1919.

[ 82] C’est la logique qui sous-tend l’action du Worker’s Education Movement auquel appartiennent de nombreux membres. Voir L. Goldman, Dons and Workers : Oxford and Adult Education since 1850, Oxford, Oxford University Press, 1995.

[ 83] F.J.C. Hearnshaw, « Democracy and Discipline », NE, 20 décembre 1917.

[ 84] A.F. Whyte, « Stockholm and La Victoire Intégrale », NE, 30 août 1917.

[ 85] W. Seton-Watson, What is at Stake in the War ?, op. cit., p. 5. Il prétend que le principal obstacle au contrôle démocratique sur la politique étrangère n’est pas tant l’hostilité des classes dirigeantes que « l’indifférence désespérante et sans borne des masses » à l’égard des problèmes de politique étrangère, p. 4-5.

[ 86] Voir « Diplomaticus », « The Reform of Diplomacy », NE, 6 septembre 1917 ; E. Percy, « Foreign Office Reform », NE, 17 avril-12 mai 1919 ; G. Young, « Foreign Office Reform », NE, 8 avril 1920.

[ 87] H.M. Hyndman, « British Policy and the Rights of the People », NE, 28 décembre 1916.

[ 88] Éditorial, « Allied War Aims », art. cit, p. 259.

[ 89] A.F. Whyte, « A School of Foreign Affairs », art. cit. ; O. Browning, « A School of Foreign Affairs », NE, 19 juillet 1917 ; E. Jeffries Davis, « A School of Foreign Affairs », NE, 3 février 1920.

[ 90] B. Williams, « Aids to the Study of Foreign Policy », NE, 15 juillet 1920.

[ 91] A.P. Newton, « A School of Foreign Affairs », NE, 30 août 1917.

[ 92] Messinger exagère l’impact de the New Europe et de l’EPD sur l’effondrement de l’Empire. Voir G.S. Messinger, British Propaganda and the State in the First World War, Manchester, Manchester University Press, 1992, p. 6.

[ 93] Manifeste Hindenburg cité in H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 309.

[ 94] Le groupe a de nombreuses bonnes relations au Foreign Office, dont Sir Arthur Nicolson, son fils Harold, Sir William Tyrrel et Sir Eyre Crowe. Le groupe trouve aussi des sympathies chez Balfour, dont Lord Percy est le secrétaire particulier pendant la conférence. Voir K.J. Calder, Britain and the Origins of the New Europe, 1914-1918, op. cit.

[ 95] G.W. Egerton, Great Britain and the Creation of the League of Nations : Strategy, Politics and International Organization, 1914-1919, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1978.

[ 96] Lord Robert Cecil est, à partir de 1918, secrétaire d’État assistant aux Affaires étrangères. Selon Seton-Watson, il a été convaincu du besoin d’un nouvel ordre dans le système international lorsqu’il présida, en tant que sous-secrétaire aux Affaires étrangères, la conférence inaugurale de Masaryk à la School of Slavonic Studies en octobre 1915. R.W. Seton-Watson, Masaryk in England, op. cit., p. 72.

[ 97] H. Nicolson, Peacemaking 1919 (1933), Londres, Meuthen, 1964, p. 126. Voir aussi J. Headlam-Morley, A Memoir of the Paris Peace Conference, 1919, Londres, Methuen, 1972.

[ 98] E. Goldstein, Winning the Peace, op. cit., p. 117.

[ 99] R.W. Seton-Watson, « Can Germany Pay ? », NE, 1er janvier 1920.

[ 100] Ibidem.

[ 101] R.W. Seton-Watson, « Review : Europe and the League of Nations », NE, 5 février 1920.

[ 102] R.W. Seton-Watson, « Can Germany Pay ? », art. cit.

[ 103] De nombreux historiens l’ont affirmé. Le plus récemment, J. Stapleton, « Political thought and national identity, 1850-1950 », in S. Collini, B. Young, S. Whatmore (eds.), British Intellectual History, op. cit., p. 245-269.

[ 104] M.L. Dockrill, « The Foreign Office and Chatham House, 1919 », International Affairs, LVI, 1980, p. 665-672.

[ 105] D. Goldstein, « The Organization Development of the British Historical Profession, 1884-1921 », Bulletin of the Institute of Historical Research, 55, 1982, p. 180-192.

[ 106] Parmi d’autres historiens, voir H. Weinroth, « Radicalism and Nationalism : An Increasingly Unstable Equation », in A.J.A. Morris (ed.), Edwardian Radicalism, 1900-1914, Londres, Routledge, 1974, p. 231-232.

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