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Le combat pour la New Europe
Elizabeth Fordham
1Les idées de moralité internationale et de droit, en particulier à l’émancipation nationale, ont dominé le discours public tout au long de la Première Guerre mondiale. L’entrée en guerre britannique est justifiée au nom du droit des petites nations à l’indépendance et du devoir des Grandes Puissances de les soutenir. En 1917, lorsque les buts de guerre des Alliés doivent être redéfinis, le Premier ministre Lloyd George réaffirme l’engagement de son pays en faveur de la restauration des libertés bafouées et du couronnement du droit comme principe de gouvernement en Europe. Lors de l’Armistice, une fois encore, Lloyd George promet de bâtir la paix sur le fondement des principes de droit. La Grande-Bretagne, affirme-t-il, veut le triomphe de la justice, et non la vengeance. L’objet de cet article est d’exposer ces idées et de comprendre leur impact grâce à l’étude d’une revue radicale, the New Europe. Cette revue est fondée en octobre 1916 par un historien et spécialiste de l’Europe de l’Est, Robert William Seton-Watson. Elle s’inspire d’une conception gladstonienne de la moralité publique et son but initial est la libération des peuples opprimés d’Europe centrale et orientale. Au cours des cinq années de sa parution, la New Europe ouvre ses pages à un brillant collège d’universitaires, de journalistes, de membres éminents du gouvernement parmi lesquels Lewis Namier, Arnold Toynbee, Alfred Zimmern, Ernest Barker, Henry Wickham Steed et Lord Eustace Percy. Sous leur plume, on peut lire l’éloquente justification morale de la guerre qui a cours alors en Grande-Bretagne, alors même qu’il nous est possible de mettre en question deux des principales hypothèses historiographiques à son sujet.
2La première conteste la sincérité de ces idéaux de moralité internationale, invoqués pour entrer dans la guerre par le gouvernement libéral britannique et l’intelligentsia : alors que la nation n’avait aucune obligation légale de s’engager dans le conflit, on aurait avancé ce prétexte pour masquer certains intérêts politiques attendus d’une victoire sur le continent
3La seconde hypothèse historiographique que nous voudrions mettre à l’épreuve consiste à assimiler l’invocation de principes moraux à une indifférence totale pour la réalité. En effet, lorsque les historiens se sont penchés de près sur la morale dans les relations internationales, ils ont généralement considéré qu’elle était à l’origine d’une approche désespérément idéaliste et qu’elle ne pouvait aboutir qu’à entraver la construction d’une politique étrangère sensée
4Les fondateurs de la New Europe appartiennent à la majorité qui, en 1914, soutient l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. Bien peu nombreux sont pourtant ceux qui, comme eux, justifient l’intervention non pas au nom de l’invasion allemande de la Belgique, mais bien plutôt en réaction à l’intransigeance de Vienne vis-à-vis des Serbes après l’assassinat de François Ferdinand
5Le soutien des intellectuels à la Serbie est récent et un regard rapide sur l’évolution du point de vue de Seton-Watson sur l’Europe centrale permet de mieux comprendre son émergence
6L’intérêt croissant de Seton-Watson pour l’Europe de l’Est est directement lié à l’évolution de sa perception de l’Allemagne. Comme nombre de ses contemporains formés dans les dernières années du xixe siècle, il fut d’abord un germanophile, admiratif de la méthode historique allemande, d’une nation puissante mère de tant de génie
7Après 1914, le renforcement de la dépendance austro-hongroise envers son alliée, le durcissement de l’oppression des nationalités de l’Empire et les atrocités autrichiennes en Serbie, la rapide inflation enfin des buts de guerre allemands conduisent le combat de Seton-Watson au-delà de la défense de l’intégrité nationale serbe. En août déjà, il estime avec Zimmern que la reconstruction de l’Empire des Habsbourg est nécessaire pour assurer une paix durable en Europe
8Ces thèses sont sévèrement critiquées et parmi les conservateurs et parmi les libéraux. À droite, la volonté de démembrer l’Autriche-Hongrie se heurte à ceux qui préconisent d’inciter les Hongrois à la rébellion contre l’alliance austro-allemande. À gauche, certains intellectuels proches de l’Union of Democratic Control (UDC) ne voient dans la destruction de l’Empire qu’un prétexte pour prolonger la guerre et favoriser les intérêts britanniques
9La différence entre les deux groupes est en partie ancrée dans leurs appréciations opposées des origines du conflit. Pour Seton-Watson et la New Europe, il est clair que le Reich (à travers l’Autriche-Hongrie) est le principal agresseur. Dans les rangs de l’UDC, on pense au contraire que l’Allemagne a été poussée à la guerre par les manœuvres et les provocations de l’Entente. La Russie est le vrai antagoniste, encouragée par une France revancharde et laissée libre par une Grande-Bretagne vacillante
10La divergence entre l’UDC et la New Europe a par ailleurs une origine plus profonde, philosophique. L’UDC s’inscrit dans un courant du libéralisme qui, depuis la fin du xixe siècle, tend à placer à la source de la civilisation la liberté économique et non politique
11La New Europe est une « revue hebdomadaire de politique étrangère » (sous-titre)
12Seton-Watson est l’âme de la revue, son esprit directeur. Dès l’avant-guerre il avait envisagé de fonder une revue européenne de politique, mais le début du conflit le conduit à différer son projet. L’évolution de la guerre le convainc pourtant de la nécessité plus grande que jamais de rompre l’habituelle insularité des Britanniques, et de stimuler le débat sur la politique étrangère. Une série de crises en 1915-1916 – la trahison des Serbes par les Alliés, les pourparlers de paix séparée avec la Bulgarie et surtout le fiasco du Traité de Londres qui pour Seton-Watson « dépouille la Grande-Bretagne de son droit moral à dénoncer la conquête allemande de la Belgique
13La New Europe qui voit alors le jour est révolutionnaire à plus d’un titre, ne serait-ce que par son approche subtile de l’Europe de l’Est. Elle est la première revue qui tente d’éclairer cette région désespérément confuse aux yeux du public britannique et de montrer son importance cruciale dans le cours de la guerre et l’établissement d’une paix future. S’opposant à certains milieux magyarophiles de la bonne société, la revue affirme que la guerre a été déclenchée par la rébellion de nations opprimées par les Hongrois. Elle démontre non seulement leur droit à l’indépendance, mais aussi la viabilité politique et économique de leur autodétermination. La New Europe s’attache en particulier à faire évoluer l’image des peuples slaves, communément considérés comme des demi-sauvages vivant il y a peu dans des cavernes. La revue fait connaître leurs œuvres culturelles, insiste sur les siècles de résistance qui ont fait d’eux le premier rempart de l’Europe contre l’Empire ottoman
14Pour convaincre de l’urgente nécessité de l’autodétermination à l’Est, la New Europe dévoile les plans de l’ennemi pour l’établissement d’une Mitteleuropa sous la domination culturelle de la nation allemande
15Les ambitions orientales de la Russie reçoivent à la New Europe un accueil plus chaleureux. Russophile dès son origine, la revue tente de faire reculer le mépris libéral pour la tyrannie tsariste et de dépeindre les Russes en libérateurs, des serfs d’abord, des Slaves ensuite. La Révolution de février aboutit d’abord aux promesses du Gouvernement Provisoire de redistribuer les terres, de réviser la constitution et de respecter localement le droit à l’autodétermination. La Russie semble alors être en voie de combler les attentes formulées dans la revue
16Bien que la majorité des collaborateurs de la New Europe ait des sympathies radicales, la revue défend farouchement son indépendance politique. Le seul homme d’État à bénéficier de son soutien continu est Gladstone ; à l’égard de ses contemporains, la revue est au mieux ambivalente. Au moment de la fondation de la New Europe, le gouvernement de Grey et Asquith ne peut plus espérer aucun respect. Vers la fin de 1916, Woodrow Wilson attire peu à peu l’attention : voilà enfin un dirigeant qui semble comprendre la nécessité de fonder une nouvelle Europe. Seton-Watson le juge tout de même trop timoré : « Nous combattons pour ce que le Président Wilson ne fait que désirer
17La revue agit comme une sorte de groupe de pression, radical et indépendant. Elle s’efforce de stimuler le débat public sur les enjeux de la guerre, mais s’appuie aussi sur sa périodicité hebdomadaire pour peser sur la décision politique liée à l’Europe de l’Est, considérant avec raison la très large ignorance de la région qui caractérise les décideurs de la politique étrangère britannique. La revue peut parfois être virulente et polémique, mais conserve toujours à ses arguments un ton de sérieux et une rigueur universitaire. Ses campagnes s’appuient sur des exemples historiques ou des cartes soigneusement détaillées, s’accompagnent de la publication de données démographiques ou économiques originales sur les zones en question. Seule une remarquable équipe de direction a pu assurer à la New Europe la très grande qualité intellectuelle, l’acuité politique et la rigueur scientifique qui l’ont distinguée de toutes les autres publications existant alors dans le domaine des affaires étrangères.
18Quatre hommes constituent le comité éditorial central qui assure la direction la revue : Ronald Burrows, qui est directeur du King’s College de Londres et helléniste, défenseur ardent du nationalisme grec, Frederick Whyte, qui représente Perth au Parlement, Steed, qui est alors directeur du service étranger au Times, enfin Seton-Watson qui est le vrai orchestrateur du groupe. Il se trouve à l’origine de la plupart des textes publiés dans la revue, qu’il signe de son nom, de son pseudonyme « Rubicon » ou qu’il y renonce.
19Autour de ce groupe éditorial, la revue s’honore de la collaboration d’environ une douzaine de noms prestigieux parmi lesquels figurent les frères Leeper, Allen (« Bélisaire ») qui couvre l’Europe du Sud-Est, et Rex, alias « Riourik », qui traite surtout de la Russie
20Tous ces hommes sont réunis par des idéaux communs. Quelles que soient leurs différences d’approche ou leur spécialité, ils partagent la conviction d’une nécessaire ouverture à un large public des débats sur les affaires étrangères, et croient à la création d’un nouvel ordre européen fondé sur le droit et le respect des nationalités. Leur union se réalise également autour de la personnalité de Seton-Watson, dont l’engagement absolu, le flair de journaliste, les qualités d’organisateur donnent un horizon à la vie d’individus écartés pour la plupart du front pour des raisons d’âge ou de santé. L’accomplissement de Seton-Watson justifie alors le choix de ceux qui, comme lui, ont pu choisir de ne pas se battre au front mais à l’arrière, là où leurs qualités intellectuelles pourraient être les plus utiles à leur pays.
21La naissance de la New Europe est grandement facilitée par le contexte social dans lequel évoluent Seton-Watson et ses collègues : celui de « l’aristocratie intellectuelle »
22Elle bénéficie ainsi de soutiens dans le monde politique, l’administration ou le gouvernement, et nombre de ses membres sont eux-mêmes mobilisés au cours de la guerre. Grâce à son amitié avec Steed et George Trevelyan, Seton-Watson est en 1914 conseiller informel du Foreign Office sur la Double Monarchie, cela jusqu’à sa violente condamnation du Traité de Londres
23Celle-ci touche un large public grâce à l’introduction de ses collaborateurs dans les grands quotidiens, qui relaient largement la croisade de l’équipe de Seton-Watson. Associée au Times, la revue s’ouvre aussi les pages du Manchester Guardian grâce à Evans, de la Pall Mall Gazette par Whyte et s’offre encore, grâce à l’amitié qui lie Seton-Watson et J.L. Garvin, un accès régulier aux colonnes de l’Observer. La revue entretient par ailleurs des échanges étroits et réguliers avec de nombreux titres parmi les grandes publications libérales généralistes. Dès avant la guerre, Seton-Watson avait travaillé avec St Loe Strachey au Spectator ; le directeur de la Quarterly Review, n’est autre que Prothero tandis que Zimmern fait le lien avec the Round Table. On peut encore citer la Edinburg Review, la Contemporary Review ou la Fortnightly Review comme autant de relais des thèses de la revue. Sans même évoquer les monographies, produites en grand nombre par des auteurs prolifiques tels Toynbee ou Muir, il est évident que la portée de la New Europe s’étend bien au-delà de ses quelque 5 000 lecteurs.
24Son association avec les plus grandes universités du pays accroît encore sa large audience et son influence. L’écrasante majorité des collaborateurs de la revue sortent d’Oxbridge, et par la suite leur intégration dans les nouvelles facultés londoniennes ne fait que renforcer leur influence politique en leur donnant les moyens de bâtir les programmes à leurs yeux nécessaires pour que la Grande-Bretagne prenne la tête de la Nouvelle Europe
25L’expertise de ses collaborateurs repose sur leur formation, leur accès à des sources gouvernementales ainsi que sur leur connaissance intime de la politique est-européenne. Nombre d’entre eux ont voyagé dans les territoires Habsbourg avant 1914 et noué des liens avec les principaux leaders des groupes nationalistes. Ceux-ci sont pour la plupart contraints à l’exil par l’ouverture des hostilités, Seton-Watson et Steed s’efforcent dès lors de leur apporter tout le soutien possible pour développer à Londres leur propre outil de propagande. Seton-Watson est particulièrement proche de Masaryk et des exilés croates Franco Supilo et Ante Trumbi, qu’il met en relation avec les autorités britanniques
26Les membres de la New Europe ne se posent pas en romantiques défenseurs d’une cause lointaine : ils forment un groupe de spécialistes engagés politiquement, luttant au cœur de la vie publique britannique. Quelques sceptiques ont pu assimiler leurs thèses à un délire visionnaire, dénonçant l’œuvre d’esprits excentriques ou fanatiques
27Au tout premier rang du programme de la New Europe figurent la destruction de l’Empire austro-hongrois et la libération des nations soumise à son autorité. Sans suggérer que l’État-nation est l’aboutissement absolu de l’Ordre européen (et nombre des collaborateurs aspirent d’ailleurs à une forme plus aboutie de société internationale), l’établissement des droits nationaux fondamentaux apparaît aux yeux de tous comme le préalable à tout nouvel ordre pacifique et durable. À la revue, on est convaincu que le mépris de ces droits constitue la première source de turbulence en Europe et se trouve à l’origine de la plupart des guerres. Ainsi l’affirme un éditorial du début de l’année 1917 :
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29Certes, les points de vue peuvent varier chez les contributeurs de la New Europe sur le sujet du nationalisme. Mais tous se rejoignent sur quelques conceptions fondamentales : le nationalisme est identifié par tous au libéralisme, et tous considèrent avec J.S. Mill que l’autodétermination est un droit inaliénable de l’homme et une liberté politique essentielle. La nationalité est aussi pour eux le plus sûr garant de la démocratie, un pilier de l’État bien plus juste et rationnel que les privilèges dynastiques ou militaires
30La New Europe conçoit les dangers qui accompagnent le nationalisme. La propension au chauvinisme dans les États nouvellement libérés d’Europe de l’Est était apparue avec netteté déjà lors des guerres balkaniques. La conduite même de l’Allemagne en guerre est une leçon édifiante sur la piètre préparation à la liberté que représente la négation durable d’une unité nationale
31Cette approche du nationalisme révèle sans aucun doute un grand idéalisme de la part des membres de la New Europe. Mais ceux-ci sont également sensibles aux difficultés pratiques liées à l’application de leurs nobles principes. Si les nationalités doivent prévaloir sur les facteurs politiques ou économiques dans la constitution d’un État, la revue se garde de négliger ces facteurs ou de nier les difficultés insurmontables opposées aux découpages territoriaux par le chevauchement des races
32Ces droits ne sont nullement contestés aux nations ennemies. La New Europe défend avec résolution les minorités allemandes en pays étranger et s’oppose avec la même force à l’inutile annexion de populations allemandes. Si on s’accorde sur le retour à la France de l’Alsace-Lorraine et sur celui de certaines zones anciennement prussiennes à la Pologne, la revue affirme que contrairement au cas des Empires Habsbourg et ottoman, jugés « a-nationaux », elle n’a « nul dessein contre la liberté de la nation allemande »
33La revue ne se montre pourtant pas toujours pertinente dans l’application même du principe national. Divers exemples traduisent la persistance de certains travers ou de préjugés. Alors qu’elle approuve les mesures de décentralisation proposées après 1917 par le Gouvernement Provisoire russe, la New Europe s’est faiblement intéressée à l’oppression antérieure des peuples de la Baltique ou des Finnois. Les Bulgares, bien que petite nation eux aussi, n’ont guère plus d’attrait aux yeux de la revue. Par ailleurs, l’idéalisation du nationalisme britannique est particulièrement problématique. Même si on admet le principe que les droits nationaux des « peuples arriérés » doivent être placés entre de bonnes mains, la question irlandaise demeure et n’est que rarement évoquée dans les pages de la New Europe
34La défense par la New Europe de l’autodétermination nationale est étayée par la certitude que les nations sont tenues au même code moral que les individus, et que leur libre interaction aboutit spontanément à leur coopération, au respect de leurs intérêts réciproques et au partage d’un devoir commun
35L’idée de Ligue des Nations emporte une large adhésion en Grande-Bretagne, et il en découle une toute aussi large variation d’interprétations et de définitions de ce qu’elle désigne réellement, depuis une nouvelle Alliance Sacrée jusqu’à un système de gouvernement international dans lequel la souveraineté nationale n’aurait plus sa place. La New Europe se positionne de manière intermédiaire entre ces deux extrêmes. Pour elle, la guerre a changé les relations internationales, et il ne fait pas de doute que l’âge d’une souveraineté nationale absolue est révolu
36Elle insiste d’abord sur le fait que la fondation de la Ligue n’est possible qu’après la défaite totale des Puissances centrales et la libération des nations sous leur domination
37Après la victoire, la New Europe envisage sa fondation selon une méthode qu’on appellerait aujourd’hui « fonctionnaliste ». C’est en améliorant les moyens de communication entre les États que, selon la revue, un sens de l’intérêt et des devoirs communs pourrait s’imposer. En accord avec l’UDC, on croit que l’intensification des échanges économiques peut permettre de faire converger les différents intérêts nationaux, comme tend à le montrer d’ailleurs l’expérience de guerre des Alliés. De nombreux commentateurs préconisent à ce titre l’abolition des barrières économiques, et la marche vers une future union douanière
38La revue est inflexible sur la nécessité de créer « un sentiment commun et une volonté commune entre les peuples » avant d’instituer entre les nations d’irrévocables obligations légales, d’imposer l’engagement du désarmement ou des arbitrages impératifs
39Sans perdre de vue la perspective d’un intérêt commun en Europe, la revue n’a jamais cru qu’il puisse remplacer la volonté individuelle des nations. Comme les hommes, les nations sont égales entre elles, mais non identiques. Tant qu’il y aura de la liberté, existera des ambitions nationales concurrentes et des intérêts contradictoires, qui doivent être pris en compte dans tout projet international
40La New Europe est dirigé par des nouveaux libéraux qui reconnaissent la valeur d’un gouvernement pour restaurer un contexte libéral et admettent le besoin, quelle que soit sa forme, d’une « super-autorité » au niveau international. Mais la revue est très claire sur la nécessité de soigneusement circonscrire son pouvoir. Pour certains, un gouvernement international ne peut être doté que d’un pouvoir de légitimation. L’approche étatiste de l’intégration d’un Charles Seignobos est très mal accueillie en vertu d’une conception du droit comme intrinsèque à l’homme et en aucun cas comme une émanation de l’État
41C’est là un point essentiel pour les contributeurs de la New Europe. L’autorité de la Ligue repose sur l’existence d’un demos européen. Son succès dépend moins des structures dont elle sera dotée que de l’esprit dans lequel elle aura été conçue
42La demande d’un contrôle populaire sur la politique étrangère par la New Europe repose sur plusieurs arguments. Tout d’abord, comme l’écrit Whyte, « c’est le droit le plus fondamental du citoyen que de savoir dans quels cas il lui sera demandé d’offrir sa vie sur le champ de bataille
43L’idée que le « peuple » est moralement supérieur aux classes dirigeantes et que la paix serait assurée s’il était seulement laissé libre de déterminer la politique étrangère constitue l’un des piliers de la tradition radicale britannique. Cet idéal se renforce après 1914, et les groupes reprochant alors au gouvernement l’entrée dans le conflit placent le contrôle démocratique au cœur de leur combat – comme en témoigne la formation de l’UDC. Ce qui distingue la New Europe au sein de ce débat général est le soin accordé aux réformes gouvernementales, ainsi que l’importance attribuée à l’éducation comme facteur essentiel de tout changement.
44Il faut reconnaître dès l’abord que ce que la revue entend par contrôle démocratique est l’augmentation du rôle dévolu aux classes moyennes éduquées, et non celui des « masses » ou même des structures ouvrières. Bien que la démocratie sans restriction représente un idéal, on considère à la New Europe que l’heure n’a pas sonné pour son instauration. Les esprits doivent être « instruits » avant qu’on puisse leur accorder une opinion
45Les suggestions de la revue pour une réforme démocratique reflètent ce conservatisme social. Elles visent dans un premier temps le recrutement des diplomates et des autres fonctionnaires du Foreign Office – les décisions doivent êtres confiées aux plus qualifiés et non à une caste héréditaire – et secondairement traitent des voies possibles pour renforcer le contrôle parlementaire. Enfin, on débat des moyens de faire de la Chambre des Communes le seul corps valide pour la ratification des traités
46Pour la New Europe néanmoins, toutes ces réformes structurelles ne peuvent avoir de sens que si elles s’appuient sur une entrée massive du public dans la compréhension des enjeux de politique étrangère. Un réel effort d’éducation destiné au plus grand nombre est nécessaire dans ce but, et c’est la tâche des milieux académiques que de donner des conférences publiques, la vocation de revues comme la New Europe, la Round Table ou d’organisations comme la Société Serbe, le mouvement Combat pour le Droit ou le Conseil pour l’étude des relations internationales (Council for the Study of International Relations). De même, la formation d’équipe de spécialistes des affaires étrangères concourt à ce projet. S’inspirant du débat d’avant-guerre sur la réforme de l’enseignement londonien, Whyte lance à l’été 1917 une proposition visant à fonder l’École des Affaires étrangères de Londres (London School for Foreign Affairs)
47L’impact concret de la New Europe est assez inégal, voire négligeable si on envisage son influence sur la politique étrangère du gouvernement pendant la guerre. Globalement, celui-ci place la victoire au-dessus du principe des nationalités. Vis-à-vis de l’Autriche-Hongrie, le pouvoir flatte les sentiments nationaux dans l’Empire ou soutient l’option d’une paix séparée, selon les intérêts matériels attendus. Lloyd George ne se rallie à la cause de l’éclatement de l’Empire qu’à l’été 1918, alors qu’il est déjà engagé. De plus, malgré ce que prétend Steed, cette désintégration a peu à voir avec la New Europe ou même avec la propagande gouvernementale
48C’est après la victoire que l’influence de la revue sur la politique britannique est la plus grande, que ce soit par rapport à la convention de la Ligue des Nations ou lors de l’établissement des frontières en Europe orientale. À partir de 1917, le gouvernement britannique commence réellement à concevoir une politique propre à la Ligue, et les collaborateurs de la New Europe sont présents à tous les stades importants de son élaboration. J.H. Rose est membre du Comité Phillimore, Zimmern et Percy sont impliqués sous l’égide du PID après juillet 1918 dans la conception d’un projet de Traité fondateur pour la Ligue
49L’influence de la New Europe est plus grande encore sur l’établissement des limites territoriales en Europe de l’Est. Bien que Seton-Watson et Steed n’occupent au sein de la délégation de paix britannique qu’une position informelle, de nombreux contributeurs de la revue jouent pour leur part un rôle moteur dans les négociations. C’est le cas de Headlam-Morley, Allen Leeper, Toynbee et Temperley qui s’entretiennent régulièrement avec Seton-Watson, ou encore de Harold Nicolson, du Foreign Office, qui « ne s’est jamais prononcé, même sur un yard, sans avoir consulté au préalable les spécialistes du Dr Seton-Watson
50Il a été affirmé récemment que grâce à la New Europe la Grande-Bretagne a bénéficié de « la conception stratégique la plus claire du nouvel ordre d’après-guerre
51L’impact le plus durable de la New Europe reste le développement de l’offre institutionnelle d’enseignement en histoire étrangère. Même s’il ne faut pas exagérer les succès remportés dans ce domaine – ils s’inscrivent dans un après-guerre qui voit décliner l’intérêt du public pour les questions européennes et marque le retour à des préoccupations étroitement nationales
Elizabeth Fordham
[ 1] Voir par exemple T. Wilson, « Britain’s “Moral Commitment” to France in July 1914 », History, 64, 1979, p. 380-390. Voir aussi N. Ferguson, The Pity of War, Londres, Allen Lane, 1998. Le conservatisme antifondationaliste de Ferguson lui interdit de reconnaître toute autre motivation que l’avantage personnel.
[ 2] Pour une introduction aux attitudes de la profession historique de cette époque, voir J.-D. Fair, Harold Temperley : A Scholar and Romantic in the Public Realm, Newark, Delaware University Press, 1992. Sur la conscience morale des intellectuels britanniques, voir plus généralement S. Collini, Public Moralists : Political Thought and Intellectual Life in Britain, 1850-1930, Oxford, Oxford University Press, 1991 ; S. Pedersen, P. Mandler (eds.), After the Victorians : Private Conscience and Public Duty in Modern Britain, Londres, Routledge, 1994, p. 1-28 ; R. Shannon, Gladstone and the Bulgarian Agitation, Sussex, Harvester Press, 1975.
[ 3] Pour certain d’entre eux, elle est en partie responsable de l’effondrement de la puissance britannique au xxe siècle. Voir C. Barnett, The Collapse of British Power, Gloucester, Alan Sutton, 1972, ainsi que la critique classique de l’idéalisme due à E.H. Carr, The Twenty Years’Crisis, 1919-1939 (1939), Londres, Macmillan, 1966.
[ 4] Voir R.W. Seton-Watson, « Franz Ferdinand », Contemporary Review, août 1914. Voir H.W. Steed, Through Thirty Years, Londres, W. Heinemann, 1924, II, p. 3.
[ 5] Voir H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary During the First World War : A Study in the Formation of Public Opinion, Londres, Oxford University Press, 1962 ; H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe : R.W. Seton-Watson and the Last Years of Austria-Hungary, Londres, Methuen, 1981 ; L. Péter, « R.W. Seton-Watson’s Changing Views on the National Question of the Habsburg Monarchy and the European Balance of Power », Slavonic and East European Review, 82, juillet 2004, p. 655-679.
[ 6] De droite comme de gauche, la presse est massivement hostile à la Serbie à l’été 1914. Voir A. Gregory, « British “War Enthusiasm” in 1914 : A Reassessment », in G. Braybon, Evidence, History and the Great War : Historians and the Impact of 1914-18, Oxford, Berghahn, 2003.
[ 7] Sur la germanophilie de la communauté académique libérale en Grande-Bretagne, voir S. Wallace, War and the Image of Germany : British Academics 1914-1918, Édimbourg, John Donald, 1988, p. 1-28.
[ 8] Voir Corruption and Reform in Hungary, Londres, Constable, 1911, et The South Slav Question Londres, Constable, 1911. Seton-Watson continue à espérer que la monarchie peut se sauver en accordant plus d’autonomie régionale. Il est moins pessimiste sur ce point que Steed, correspondant du Times à Vienne entre 1902 et 1913 et autorité intellectuelle majeure sur les Habsbourg avec Seton-Watson lui-même. Dans son influent The Habsburg Monarchy (1913), Steed dépeint une monarchie proche de devenir obsolète.
[ 9] Voir R.W. Seton-Watson, « “Obligations of Honour” », the New Europe (désormais NE), 13 novembre 1919 ; Id., Sarajevo : A Study of the Origins of the Great War, Londres, Hutchinson, 1925.
[ 10] Au cours de sa conférence pour l’Université d’été de la Workers Educational Association (WEA) à Oxford en 1914. Le cycle de conférence est publié : W. Seton-Watson et al., The War and Democracy, Londres, Macmillan, 1914. Seton-Watson reprend les mêmes idées dans What is at Stake in the War ?, Oxford, Oxford University Press, 1915.
[ 11] R. Muir, The National Principle and the War, Oxford, Oxford University Press, 1914 ; A. Toynbee, The New Europe : Some Essays in Reconstruction, Londres, J.M. Dent & Sons, 1915 ; J.H. Rose, Nationality as a Factor in Modern History, Londres, Rivingtons, 1916.
[ 12] A. Toynbee, op. cit., p. 61-62.
[ 13] Sur l’UDC, mouvement fondé en septembre 1915 pour imposer un plus grand contrôle démocratique sur la politique étrangère et hâter la fin de la guerre, voir M. Swartz, The Union of Democratic Control in British Politics during the First World War, Oxford, Clarendon Press, 1971, et, beaucoup plus critique, H. Hanak, « The Union of Democratic Control during the First World War », Bulletin of the Institute of Historical Research, 36, 1963, p. 168-180. H.N. Brailsford et les frères Buxton sont particulièrement opposés au démembrement de l’Empire. Sur cette opposition et d’autres, voir H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary, op. cit., p. 135-173.
[ 14] The New Europe s’oppose à toute acquisition impériale britannique, en particulier au Moyen-Orient. Voir, par exemple, R. Burrows, « The Need for Self-Renunciation », NE, 7 février 1918.
[ 15] Notamment par A.J.P. Taylor, The Trouble Makers : Dissent Over Foreign Policy 1792-1939, Londres, Pimlico, 1993 [1957].
[ 16] Voir A.J.A. Morris, Radicalism Against War 1906-1914, Londres, Longman, 1972 ; H.S. Weinroth, « The British Radicals and the Balance of Power, 1902-1914 », Historical Journal, XIII, 4, 1970, p. 653-682.
[ 17] Article dans Nation du 11 août 1917, cité par H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary, op. cit., p. 232. Après les avoir adoptés comme objet de leur philanthropie libérale, les radicaux britanniques ont commencé à se détourner des Balkans pendant la guerre de 1913, épouvantés par la « convoitise et la brutalité » apparues chez les anciens alliés. Voir A.J.A. Morris, op. cit., p. 348-361.
[ 18] Sur la manière dont le libéralisme britannique « s’est laissé hypnotiser par l’économie », voir A. Toynbee, op. cit., p. 35.
[ 19] Sur la revue, voir H. Hanak, « The New Europe, 1916-1920 », Slavonic and East European Review, 29, 1961, p. 369-399 ; E. Goldstein, « The Round Table and The new Europe », the Round Table, CCCILVI, 1998, p. 177-190.
[ 20] Hommage apparaissant sur la couverture de NE, vol. II.
[ 21] Cité par H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 376.
[ 22] Hommage apparaissant sur la couverture de NE, vol. X. Sensible aux arguments de l’UDC, la radicale Nation reste fermement opposée au démembrement de l’Autriche-Hongrie.
[ 23] R.W. Seton-Watson, « The Failure of Sir Edward Grey », English Review, février 1916, p. 148. Sur le sujet plus généralement, voir A.J. May, « Seton-Watson and the Treaty of London », Journal of Modern History, XXIX, 1, 1957, p. 42-47.
[ 24] Voir les lettres de Masaryk à Seton-Watson entre avril 1915 et mai 1916, rééditées dans R.W. Seton-Watson, Masaryk in England, Cambridge, Cambridge University Press, 1943, p. 76-84.
[ 25] Ceci est discuté en détail dans H. Hanak, Great Britain and Austria-Hungary, op. cit., p. 62-134.
[ 26] T. Masaryk, « The Pan-German Plan », NE, 19 octobre-16 novembre 1916.
[ 27] « Nous qui parmi les premiers avions défendu l’alliance avec la Russie, nous sentons aujourd’hui qu’elle a véritablement pris sa place dans les rangs de l’Entente » (Rurik [Rex Leeper], « The Cross-roads Passed : What Lies Ahead ? », NE, 22 mars 1917). Voir aussi l’éditorial, « No Annexation », NE, 24 mai 1917.
[ 28] Voir l’éditorial « Lenin and Kerenski », NE, 15 novembre 1917 ; R.W. Seton-Watson, « The Musings of a Slavophile », NE, 7 mars 1918.
[ 29] Bonar Law cité par R.W. Seton-Watson, « President Wilson and Europe », NE, 1er février 1917. Voir aussi l’éditorial, « The Two Voices – Britain and America », NE, 28 décembre 1916.
[ 30] Éditorial, « The Allies’ Programme », NE, 18 janvier 1917.
[ 31] Éditorial, « Allied War Aims », NE, 13 décembre 1917.
[ 32] L’étroite amitié de Allen Leeper et Seton-Watson est discutée dans E. Goldstein, « New Diplomacy and the New Europe at the Paris Peace Conference of 1919 », East European Quarterly, XXI, 4, 1988, p. 393-400.
[ 33] Voir E. Fordham, « The Great War and Modern Scholarship », in P. Purseigle (ed.), Warfare and Belligerence, Boston, Brill Academic Publishers, 2005 (à paraître).
[ 34] N. Annan, « The Intellectual Aristocracy », in J.H. Plumb (ed.), Studies in Social History : A Tribute to G.M. Trevelyan, Londres, Longman, 1955. Voir aussi S. Collini, op. cit., p. 13-60.
[ 35] Seton-Watson est introduit dans les cercles gouvernementaux par Steed et George Trevelyan. En 1915, son influence et son autorité paraissent si grandes sur les affaires est-européennes que Grey craint que son opposition au Traité de Londres ne compromette l’alliance avec l’Italie. Voir K.J. Calder, Britain and the Origins of the New Europe : 1914-1918, Cambridge, Cambridge University Press, 1976, p. 20.
[ 36] Sir C. Campbell, Secrets of Crewe House : The Story of a Famous Campaign, Londres, Hodder & Stoughton, 1920.
[ 37] Il s’agit de Namier, Toynbee, les frères Leeper, Headlam, George Saunders, Edwyn Bevan et John Bailey. Ils sont rejoints plus tard par Zimmern et Lord Percy. Voir E. Goldstein, « The Foreign Office and Political Intelligence, 1918-1920 », Review of International Studies, 4, 1988, p. 275-288 ; A. Sharp, « Some Relevant Historians : The Political Intelligence Department of the Foreign Office, 1918-1920 », Australian Journal of Politics and History, 4, 1988, p. 359-368.
[ 38] Voir E. Goldstein, « Historians Outside the Academy : The Experience of the Foreign Office Historical Section. 1917-1920 », Historical Research, juin 1990, p. 195-211 ; K.A. Hamilton, « The Pursuit of “Enlightened Patriotism” : The British Foreign Office during the Great War and its Aftermath », Historical Research, 61, 1988, p. 316-344.
[ 39] Voir E. Fordham (avec N. Beaupré et E. Demm), « Universities », in J. Winter, J.-L. Robert (eds.), Capital Cities at War : London, Paris, Berlin 1914-1919, Cambridge, Cambridge University Press, II, à paraître.
[ 40] Seton-Watson et Burrows sont derrière cette fondation. Voir R.W. Seton-Watson, « The Origins of the School of Slavonic Studies », Slavonic and East European Review, janvier 1939, p. 360-371.
[ 41] Trumbi est président du Comité yougoslave de Londres et futur premier ministre des Affaires étrangères yougoslave. Les relations de Seton-Watson avec ces hommes sont bien documentées dans H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit.
[ 42] Il s’agit d’une remarque de J.-D. Gregory, du Foreign Office, citée in E. Goldstein, « The Foreign Office… », art. cit., p. 279.
[ 43] « Un musée ethnologique », c’est ainsi que le conservateur Morning Post décrit la revue dans un grand article du 23 avril 1918. Sur ce thème et d’autres critiques, voir H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 282-284.
[ 44] Éditorial, « The Allies’ Programme », art. cit.
[ 45] A.E. Zimmern, Nationality and Government, Londres, Chatto & Windus, 1918.
[ 46] A. Toynbee, op. cit., p. 67. Voir aussi J.H. Rose, « The National Idea », Contemporary Review, mars 1916, p. 333.
[ 47] J.H. Rose citant Mazzini, ibidem.
[ 48] A. Toynbee, op. cit., p. 14-17.
[ 49] R.W. Seton-Watson, « Nationalism and Internationalism », NE, 21 décembre 1916.
[ 50] La revue s’inspire ici de la pensée libérale nationaliste du xixe siècle britannique. Voir P. Mandler, « “Race” and “Nation” in Mid-Victorian Thought », in S. Collini, B. Young, S. Whatmore (eds.), British Intellectual History, 1750-1950 : History, Religion and Culture, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.
[ 51] Éditorial, « The Allies’ Programme », art. cit.
[ 52] Éditorial, « The True Lines of an Adriatic Settlement », NE, 2 janvier 1919.
[ 53] Voir le mémorandum « The Future Frontiers of Hungary » composé par Seton-Watson en novembre 1918, à la demande de Headlam-Morley. Il sera par la suite attaché aux documents officiels de la délégation britannique à la Conférence de Paix. A. Toynbee, op. cit. ; H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 324.
[ 54] R.W. Seton-Watson, « The Treaty with Austria », NE, 18 septembre 1919.
[ 55] Éditorial, « On the Brink of Failure », NE, 27 mars 1919.
[ 56] Éditorial, « The Mountains in Travail », NE, 17 avril 1919. Voir aussi les éditoriaux, « Our Duty to France », NE, 15 avril 1920, et « Our Answer to M. Pinon », NE, 19 février 1920.
[ 57] R.W. Seton-Watson, « The Treaty with Austria », art. cit.
[ 58] Voir par exemple R. Muir, « Europe and the Non-European World », NE, 28 juin-12 juillet 1917.
[ 59] Comme le suggère László Péter, « The Political Conflict between R.W. Seton-Watson and C.A. Macartney over Hungary », in « British-Hungarian Relations since 1848 », conférence tenue à la School of Slavonic and European Studies, Londres, 16 au 17 avril 2004, http://www.ssees.ac.uk/confhung.htm.
[ 60] Mark Cornwall avance que la croyance en une conscience yougoslave, propagée par Trumbi, était bien peu perceptible parmi les combattants dans les tranchées. M. Cornwall, The Undermining of Austria-Hungary, Basingstoke, Macmillan, 2000, p. 322.
[ 61] Pour une critique de l’impérialisme libéral, aussi oppresseur à sa manière que le déterminisme racial « allemand », voir G. Sluga, « Narrating Difference and Defining the Nation in Late Nineteenth and Early Twentieth Century “Western Europe” », European Review of History, IX, 2, 2002, p. 183-197.
[ 62] Un bon exemple de cette approche fortement anthropomorphique de la nation comme un agent moral est donné dans W.A. Phillips, « The Balance of Power », NE, 1er novembre 1917.
[ 63] Sur les racines religieuses, en particulier non conformistes du radicalisme britannique, voir R. Shannon, Gladstone and the Bulgarian Agitation, op. cit. Sur l’influence de l’idéalisme allemand, notamment T.H. Green, voir S. Collini, Liberalism and Sociology. L.T. Hobhouse and Political Argument in England, 1880-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1979.
[ 64] A.F. Whyte, « The Versailles Mustard Seed », NE, 28 février 1918.
[ 65] Sur les conceptions rivales de la Ligue des Nations, voir H. Winkler, The League of Nations Movement in Great Britain, 1914-1919, New Brunswick, Rutgers University Press, 1952.
[ 66] Éditorial, « The Mountains in Travail », art. cit.
[ 67] R. Muir, « The Difficulties of a League of Peace », NE, 1er février 1917. Voir aussi F. Pollock, « The Difficulties of a League of Peace », NE, 8 février 1917, et éditorial, « Our Peace Terms », NE, 17 octobre 1918.
[ 68] L’UDC embrasse la cause de la Ligue en tentant de masquer le fait qu’elle n’a pas mis au clair une politique étrangère. Voir A.J.P. Taylor, op. cit., p. 141-150.
[ 69] G. Young, « The League of Nations as a Practical Procedure », NE, 27 décembre 1917. W.A. Phillips, « The Price of the “Society of Nations” », NE, 5 décembre 1918.
[ 70] E. Barker, A Confederation of Nations : Its Powers and Constitution, Londres, Clarendon Press, 1918, p. 34. Des extraits de ce travail sont publiés dans the New Europe, 6-20 mars 1919. Voir aussi J. Stapleton, Englishness and the Study of Politics : The Social and Political Thought of Ernest Barker, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, p. 108-109.
[ 71] W.A. Phillips, « The Price of the “Society of Nations” », art. cit.
[ 72] Atticus [Zimmern], « The League in Being », NE, 8 mai 1919.
[ 73] W.A. Phillips, « The Balance of Power », NE, 1er novembre 1917.
[ 74] G. Young, « The League of Nations as a Progressive Principle », NE, 20 décembre 1917.
[ 75] Zimmern est particulièrement consterné par ce point. Voir les mémorandums qu’il a composés pour le PID et les articles publiés dans the Round Table dénonçant des tentatives de lier les nations dans des « constitutions écrites ». Voir E. Goldstein, Winning the Peace : British Diplomatic Strategy, Peace Planning, and the Paris Peace Conference, 1916-1920, Oxford, Clarendon Press, 1991, p. 213-219.
[ 76] Voir C. Seignobos, « The “Society of Nations” and its Price », NE, 14 novembre 1918, et la critique de Phillips, « The Price of the ‘Society of Nations’ », art. cit.
[ 77] Sur la manière absolue dont tout gouvernement international doit répondre devant la nation, voir A.H.E. Taylor, « League of Nations or Holy Alliance ? », NE, 24 juillet 1919. Voir aussi les arguments de Sir F. Pollock in The League of Nations and the Coming Rule of Law, Oxford, Oxford University Press, 1918.
[ 78] A.H.E. Taylor, « League of Nations or Holy Alliance ? », art. cit.
[ 79] Zimmern, « The League in being », art. cit. Voir aussi A. Zimmern, The League of Nations and the Rule of Law, Londres, Macmillan, 1936. Sur cet aspect de la pensée de Zimmern, voir D.J. Markwell, « Sir Alfred Zimmern revisited : fifty years on », Review of Internationals Studies, 12, 1986, p. 279-292 ; J. Stapleton, Political Intellectuals and Public Identities in Britain since 1850, Manchester, Manchester University Press, 2001, p. 91-111.
[ 80] A.F. Whyte, « A School of Foreign Affairs », NE, 21 juin 1917.
[ 81] ***, « La Victoire Intégrale in 1919 », NE, 2 janvier 1919.
[ 82] C’est la logique qui sous-tend l’action du Worker’s Education Movement auquel appartiennent de nombreux membres. Voir L. Goldman, Dons and Workers : Oxford and Adult Education since 1850, Oxford, Oxford University Press, 1995.
[ 83] F.J.C. Hearnshaw, « Democracy and Discipline », NE, 20 décembre 1917.
[ 84] A.F. Whyte, « Stockholm and La Victoire Intégrale », NE, 30 août 1917.
[ 85] W. Seton-Watson, What is at Stake in the War ?, op. cit., p. 5. Il prétend que le principal obstacle au contrôle démocratique sur la politique étrangère n’est pas tant l’hostilité des classes dirigeantes que « l’indifférence désespérante et sans borne des masses » à l’égard des problèmes de politique étrangère, p. 4-5.
[ 86] Voir « Diplomaticus », « The Reform of Diplomacy », NE, 6 septembre 1917 ; E. Percy, « Foreign Office Reform », NE, 17 avril-12 mai 1919 ; G. Young, « Foreign Office Reform », NE, 8 avril 1920.
[ 87] H.M. Hyndman, « British Policy and the Rights of the People », NE, 28 décembre 1916.
[ 88] Éditorial, « Allied War Aims », art. cit, p. 259.
[ 89] A.F. Whyte, « A School of Foreign Affairs », art. cit. ; O. Browning, « A School of Foreign Affairs », NE, 19 juillet 1917 ; E. Jeffries Davis, « A School of Foreign Affairs », NE, 3 février 1920.
[ 90] B. Williams, « Aids to the Study of Foreign Policy », NE, 15 juillet 1920.
[ 91] A.P. Newton, « A School of Foreign Affairs », NE, 30 août 1917.
[ 92] Messinger exagère l’impact de the New Europe et de l’EPD sur l’effondrement de l’Empire. Voir G.S. Messinger, British Propaganda and the State in the First World War, Manchester, Manchester University Press, 1992, p. 6.
[ 93] Manifeste Hindenburg cité in H. et C. Seton-Watson, The Making of a New Europe, op. cit., p. 309.
[ 94] Le groupe a de nombreuses bonnes relations au Foreign Office, dont Sir Arthur Nicolson, son fils Harold, Sir William Tyrrel et Sir Eyre Crowe. Le groupe trouve aussi des sympathies chez Balfour, dont Lord Percy est le secrétaire particulier pendant la conférence. Voir K.J. Calder, Britain and the Origins of the New Europe, 1914-1918, op. cit.
[ 95] G.W. Egerton, Great Britain and the Creation of the League of Nations : Strategy, Politics and International Organization, 1914-1919, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1978.
[ 96] Lord Robert Cecil est, à partir de 1918, secrétaire d’État assistant aux Affaires étrangères. Selon Seton-Watson, il a été convaincu du besoin d’un nouvel ordre dans le système international lorsqu’il présida, en tant que sous-secrétaire aux Affaires étrangères, la conférence inaugurale de Masaryk à la School of Slavonic Studies en octobre 1915. R.W. Seton-Watson, Masaryk in England, op. cit., p. 72.
[ 97] H. Nicolson, Peacemaking 1919 (1933), Londres, Meuthen, 1964, p. 126. Voir aussi J. Headlam-Morley, A Memoir of the Paris Peace Conference, 1919, Londres, Methuen, 1972.
[ 98] E. Goldstein, Winning the Peace, op. cit., p. 117.
[ 99] R.W. Seton-Watson, « Can Germany Pay ? », NE, 1er janvier 1920.
[ 100] Ibidem.
[ 101] R.W. Seton-Watson, « Review : Europe and the League of Nations », NE, 5 février 1920.
[ 102] R.W. Seton-Watson, « Can Germany Pay ? », art. cit.
[ 103] De nombreux historiens l’ont affirmé. Le plus récemment, J. Stapleton, « Political thought and national identity, 1850-1950 », in S. Collini, B. Young, S. Whatmore (eds.), British Intellectual History, op. cit., p. 245-269.
[ 104] M.L. Dockrill, « The Foreign Office and Chatham House, 1919 », International Affairs, LVI, 1980, p. 665-672.
[ 105] D. Goldstein, « The Organization Development of the British Historical Profession, 1884-1921 », Bulletin of the Institute of Historical Research, 55, 1982, p. 180-192.
[ 106] Parmi d’autres historiens, voir H. Weinroth, « Radicalism and Nationalism : An Increasingly Unstable Equation », in A.J.A. Morris (ed.), Edwardian Radicalism, 1900-1914, Londres, Routledge, 1974, p. 231-232.