Mouvements 2005- 1 (no 37)| ISSN 1291-6412 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7071-4517-3 | page 54 à 55

Distribution électronique Cairn pour les éditions La Découverte. © La Découverte. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

BlonBa, une initiative africaine pour l’autonomie de création et de production


1

BlonBa, structure malienne de création artistique et d’action culturelle, est créée à Bamako en 1999. Il s’agit, conjoncturellement, de capitaliser le succès recueilli par l’Antigone du Mandéka Théâtre [1] et de lui donner un ancrage malien durable. Mais l’objectif est surtout de s’affronter à une lourde question : l’Afrique est-elle en mesure de relever par elle-même le défi de la diversité culturelle ?

2

Dirigée par Alioune Ifra Ndiaye, réalisateur de télévision alors âgé de 27 ans, BlonBa se donne pour visée l’autonomie de création et de production. Ses protagonistes veulent ouvrir une issue à une vie artistique malienne partagée entre un secteur classique toujours vivant, mais sclérosé par sa coupure d’avec le reste du monde, un secteur « international » profondément excentré dans ses financements comme dans ses critères artistiques, l’emprise de plus en plus forte des standards marchands dans l’unique secteur guigné par les industries culturelles : la musique. Le projet doit, en outre, encaisser les effets culturels du découragement et de la dépression éthique qui accompagnent le sentiment que toute perspective collective est bouchée. Cette maladie planétaire est particulièrement aiguë en Afrique, où la question proprement artistique du travail sur l’image de soi prend une urgence absolue, en même temps que semblent s’affaisser les énergies nécessaires.

3

Trois principes guident les premiers pas de BlonBa. D’abord, la recherche d’une autonomie de production. La structure choisit de se financer en priorité sur le « marché » du théâtre, plutôt qu’auprès des intervenants politiques du Nord : billetterie au Mali, réseau des salles et institutions en Europe. Son premier spectacle, « Le retour de Bougouniéré » (cent trente représentations, dont une quarantaine au Mali), ne bénéficie, pour financer sa création, que d’un pré-achat du Forum culturel du Blanc-Mesnil et de billets d’avion pour les comédiens (Agence de la francophonie), à quoi s’ajoute l’engagement bénévole d’Alioune Ifra Ndiaye (production), de Jean-Louis Sagot-Duvauroux, co-fondateur de BlonBa (écriture), et du comédien metteur-en-scène Georges Bigot qui se joint à l’aventure. On y va quand même. Deuxième priorité, s’inscrire vraiment dans la vie artistique du Mali. « Le retour de Bougouniéré » reprend les personnages d’une pièce qui a marqué le renouveau du kotèba dans les années 1980 et réunit des comédiens très populaires de la scène bamakoise. Le spectacle inaugure un travail de jonction entre les formes classiques maliennes de représentation et le théâtre « international », travail qui va se poursuivre avec la création de « Ségou fassa », inspiré du maana, la grande récitation publique des griots ou des chasseurs-donsow. Enfin, BlonBa se construit comme une entreprise culturelle solide et durable : élargissement des activités, donc des revenus et des compétences, sur d’autres secteurs comme l’audiovisuel, l’action culturelle et même la communication ; prestations de service pour des opérateurs culturels européens désirant travailler au Mali ; accueil de jeunes sensibles aux questions artistiques… Aujourd’hui, BlonBa aménage une salle de théâtre à Bamako et termine la construction d’une résidence de dix chambres avec salle de répétition et studio. Un nouveau spectacle est en création, un long-métrage de fiction en projet.

4

Raconter l’océan des difficultés prendrait plusieurs volumes. Mais le plus important est qu’une aventure de ce type persiste et se développe. Donc que c’est possible. Les subventions publiques du Nord ont commencé à venir, mais dans une configuration relativement saine, où toutes les parties ont du grain à moudre. Dans les rapports avec les structures artistiques du Nord, l’expérience d’un échange vraiment débarrassé de tout esprit d’aide au tiers-monde est acté. Le pas suivant sera franchi quand ces partenariats dépasseront le coup par coup et prendront le risque de s’inscrire dans la durée. •

Notes

[1]

Antigone, adaptation de Jean-Louis Sagot-Duvauroux avec Habib Dembélé, mise en scène de Sotigui Kouyaté.