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Nouvelle Fondation 2006- 3/4 (n° 3-4)| ISSN 1951-9745 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-916374-05-1 | page 142 à 149 Distribution électronique Cairn pour les éditions Fondation Gabriel Péri. © Fondation Gabriel Péri. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
N.I. Boukharine sur les intellectuels et le communisme
Maurice Andreu
Professeur honoraire de sciences économiques et sociales, docteur en sciences économiques de l’université Paris-XIII. Dernier ouvrage : L’Internationale communiste contre le capital 1919-1924, Actuel Marx Confrontation, PUF, 2003.
1Dans cet article, nous étudions la conception èharinienne des relations entre les intellectuels et le communisme, telle qu’elle s’était formée de 1914 à 1923, avant que les problèmes de l’« unité » du Parti ne viennent tout perturber.
2Les intellectuels, dont Boukharine [1] est un membre éminent de la variété russe, l’« intelligentsia », constituent un groupe intermédiaire de techniciens, de gestionnaires, d’enseignants, d’artistes, etc., qui sont subordonnés à la classe dominante mais que le système social place au-dessus des classes laborieuses.
3Le communisme est le mouvement social animé par le parti des bolcheviks russes. Boukharine est le benjamin des dirigeants du Parti dont, selon Lénine lui-même, il est le « favori ». Schématiquement, ce communisme est caractérisé :
Le problème du rôle des intellectuels dans la révolution prolétarienne apparaît à plusieurs reprises chez Boukharine, mais pas aussi tôt qu’on pourrait s’y attendre. Une question comme celle de la « culture prolétarienne » est soulevée dès les premiers mois de la révolution et il est évidemment attiré par un mouvement qui est inspiré par un de ses maîtres à penser, A. Bogdanov. On n’en trouve cependant aucune trace dans les premiers travaux politiques qu’il publie sur le programme des communistes [2]. Il faut attendre, nous semble-t-il, les années 1920 et 1921, lorsqu’il élabore son analyse théorique de la révolution - Économique de la période de transition - et son manuel de sociologie - Théorie du matérialisme historique (TMH) -, pour voir des développements suggérant une spécificité de la culture ouvrière. L’idée générale - on la retrouvera plus loin - est que la classe ouvrière est « du côté de l’organisation », opposée à toutes sortes de relations sociales « anarchiques » qui participent à la concurrence des marchandises et des capitaux.
4Mais en 1920, surtout dans Économique de la période de transition (EPT), la question n’est pas celle de l’autonomie de l’organisation « intellectuelle » (parallèle à l’organisation « politique ») du prolétariat. Le problème est celui de la transition du capitalisme au socialisme, où les intellectuels « techniciens » ont une place particulière.
5La transition du capitalisme au socialisme et les intellectuels. Boukharine,en 1920, comme dans tous ses travaux depuis le début de la guerre, pense que la forme économique qui fait charnière entre le capitalisme et le socialisme est le « capitalisme d’État ». Incarnée dans un ensemble de « trusts capitalistes d’État » (TCE) nationaux en concurrence dans l’économie mondiale, cette forme centralisée et rationalisée du capitalisme est à l’origine de la crise de la guerre mondiale. Le conflit armé accentue encore les tendances à l’organisation et à la centralisation des TCE, mais les destructions de la « consommation improductive » propre à la guerre enclenchent aussi des processus de « reproduction élargie négative » qui finissent par rendre impossible la reproduction de la force de travail.
6Menacée de mort, la classe ouvrière devient révolutionnaire. La révolution a pour objet économique le capitalisme d’État. Une fois la dictature du prolétariat installée, la transition d’un système à l’autre se fait en détruisant les organisations du capitalisme d’État pour les reconstruire et les recombiner sous la direction de l’État socialiste. Le « socialisme d’État [3] » dont EPT esquisse la théorie est d’abord - et en tout point - semblable au capitalisme d’État, même si Boukharine affirme qu’il en est la « négation dialectique ». Le capitalisme d’État est le modèle d’organisation de l’appareil productif qu’il convient de conserver, avec ses procédures monopolistes subordonnant l’agriculture à l’industrie, son centralisme administratif et sa structure hiérarchique. Le contrôle de la production par l’armée et l’utilisation de la contrainte, y compris sur le prolétariat, restent d’actualité, d’autant plus que la survie du pouvoir prolétarien est l’enjeu d’une guerre toujours en cours.
7Dans ce cadre, les intellectuels « techniciens », qui ont été, sous l’ancien régime, les « organisateurs » de la production subordonnés à la bourgeoisie [4], sont appelés à « conserver la même place intermédiaire dans le schéma hiérarchique » (EPT, p. 105). Comme ils sont « le condensé social de l’expérience scientifique, technique et d’organisation » (EPT, p. 103), il est nécessaire de les intégrer au processus de construction du nouveau système économique, mais pour les faire entrer dans la nouvelle combinaison sociale de la production, il faudra « dissoudre » les rapports sociaux « d’ancien type » dans leurs « têtes ». Boukharine s’attend à une résistance générale. « Surmonter cette résistance devient le problème fondamental de la phase de construction révolutionnaire » (EPT, p. 104). L’intelligentsia technique, nécessairement placée « au-dessus de la grande masse de la classe ouvrière », ne jouera son rôle dans la révolution que si « elle est soumise, en dernière instance, à la volonté collective de celle-ci, qui s’exprime dans l’organisation étatico-économique du prolétariat » (EPT, p. 105). Il y a là une contradiction qui doit être surmontée. Boukharine est plutôt optimiste. Il pense que la révolution tend spontanément à abolir les hiérarchies, notamment parce que beaucoup de liens sociaux ont été rompus au moment de l’effondrement de la production. Ce sont les organisations prolétariennes (soviets, syndicats, organisations économiques d’État diverses) qui ont fourni la trame de la reconstruction des liens sociaux. Les « spécialistes » d’ancien régime y ont rencontré et ont pu apprécier les cadres de « l’intelligentsia prolétarienne éduquée au cours de la lutte révolutionnaire ». Volontairement et/ou sous la contrainte, la couche des intellectuels apportera sa contribution à la transition.
8Dans cette approche théorique de la question du rôle des intellectuels dans la révolution, soulignons que Boukharine fait dépendre leur intégration durable au nouveau régime (et une part de son succès…) d’une révolution dans leurs idées. Cette conversion plus ou moins forcée des esprits correspond à sa conception de la transition entre le « capitalisme d’État » et le « socialisme d’État », dont le premier est la matière brute du second. La métamorphose est essentiellement « idéologique », à moins qu’il faille dire « cognitive ».
9Dirigé par un État capitaliste, le capitalisme d’État qui est capable d’organiser consciemment l’ensemble de la production est limité par la rationalité « fétichisée » du capitalisme : son but est la survaleur (Mehrwert) et l’exploitation, ce qui contredit et freine le développement de la production. Le « socialisme d’État », qui dispose des mêmes moyens que le capitalisme d’État, vise la satisfaction des besoins sociaux par la production consciente d’une relation équilibrée, dynamique et croissante entre les hommes et la nature. La rationalité du socialisme d’État est supérieure à celle du capitalisme d’État parce qu’elle s’appuie sur un savoir « défétichisé ».
10Boukharine tente de le prouver en introduisant dans son livre un chapitre rédigé par Piatakov sur le contenu nouveau que prennent les concepts économiques de Marx au cours de la transition (EPT, chap. IX). L’idée qui séduit les deux amis est que tout ce qui dans le monde capitaliste était représenté « à l’envers » est maintenant remis « à l’endroit » : les marchandises deviennent des produits, la valeur disparaît, la monnaie n’est qu’une unité de compte, le salaire est une « grandeur formelle sans contenu », etc. La transition vers le socialisme permet d’envisager un mode de représentation de la société plus transparent, d’utiliser des concepts débarrassés de leurs « masques fétichistes-chosifiés ».
11Boukharine prend donc très au sérieux « l’effet en retour » des superstructures sur les infrastructures lorsque la situation est révolutionnaire. La conduite de la transition dépend des idées des acteurs; il faut donc que les cadres bourgeois employés comme « spécialistes » par les agents du pouvoir ouvrier ne soient plus « habités » par leur « idée fixe » spontanée : revenir à un « capitalisme sain » et à l’ancien type de rapports sociaux. Les mesures de contrainte qui subordonnent l’intelligentsia technique au prolétariat sont le moyen pédagogique de l’accoutumer aux nouveaux rapports sociaux et d’en comprendre la rationalité supérieure.
12La transition fait un détour par le marché. La problématique boukharinienne de la transition, tout juste arrivée à maturité en 1920, s’infléchit dès les premiers mois de 1921. La guerre est mise en suspens depuis décembre 1920 et le pouvoir soviétique entre dans une profonde crise politique dont il sort, dans la douleur, en adoptant la NEP (Nouvelle politique économique). Boukharine formule presque immédiatement le sens de ce tournant. La révolution et sa défense ont entraîné des « faux frais » plus importants que ce qu’il espérait encore au début de 1920. Il croyait qu’il serait possible de conserver sous le contrôle de la machine d’État prolétarienne l’ensemble de l’industrie et ses relations avec l’agriculture. Les forces réellement disponibles permettent de « garder socialisée tout juste la grande industrie, et encore pas toute [5] ».
13Très vite il se fait l’ardent propagandiste de la « nouvelle stratégie [6] ». Il reconnaît que la période du « communisme de guerre » était fondée sur la prédation et non sur la production. Cette consommation pour les besoins de la guerre des ressources accessibles abaissait les forces productives. L’alliance avec les paysans ne reposait plus que sur un « intérêt militaire mutuel » (nourrir l’armée Rouge, partager la propriété des terres). Pour remédier à la quasi-disparition de la production industrielle (donc de la classe ouvrière active elle-même, qui était retournée à la petite production paysanne ou artisanale…) et pour restaurer l’intérêt des paysans à un accroissement de la production, le Parti a dû reconnaître qu’il fallait « produire à tout prix » des marchandises.
14La stratégie est comparable à celle de la paix de Brest-Litovsk [7]. Il fallait protéger le pouvoir ouvrier de la menace allemande, le temps de mettre sur pied une armée Rouge. Il faut maintenant sauver l’édification du communisme qui est menacée par le « délabrement » des forces productives et trouver le temps de rebâtir la grande industrie socialisée. La paix de Brest-Litovsk était très favorable à l’impérialisme allemand. La NEP va « renforcer temporairement les formes économiques propres à la petite et à la grande bourgeoisie » puisque les marchandises viendront non seulement des exploitations paysannes et artisanales individuelles, mais aussi des entreprises industrielles d’État louées ou concédées à des capitalistes nationaux ou étrangers plus ou moins importants. La manœuvre réussira si c’est bien la grande industrie socialisée qui rétablit son approvisionnement et qui se reconstruit [8]. Boukharine ajoute qu’il faudra aussi intéresser les ouvriers de la grande industrie, individuellement et collectivement, à l’accroissement de la production. Selon lui, les limites des concessions qui seront faites à la « petite et à la grande bourgeoisie » ne peuvent pas être fixées à l’avance. Boukharine ne nie pas le « danger » de « dégénérescence » du pouvoir soviétique, mais il l’identifie seulement à un échec de la reconstruction industrielle qui amènerait le renversement du régime.
15Pendant que la NEP se met en place (1922), Boukharine précise surtout son analyse des causes économiques du changement de stratégie. Dans le rapport sur le programme présenté au IVe Congrès de l’Internationale communiste (IC) [9], il dit pourquoi l’État soviétique ne peut pas organiser intégralement l’ensemble de l’économie. « L’appareil administratif colossal » qu’il faudrait entretenir est « plus coûteux que les pertes occasionnées par l’anarchie des petits producteurs ». Si le prolétariat ne se charge pas de détruire ce « monstre », d’autres forces le feront « exploser ». Le problème est de « trouver la proportion » entre ce qui peut être organisé rationnellement par l’État et ce qui le sera par des producteurs indépendants. Une croissance « organique » de la production et des forces productives devient alors possible puisque les ressources nécessaires ne sont plus gaspillées. Boukharine souligne que la NEP n’est pas seulement un « mouvement de retraite » qui a sauvé la révolution russe, c’est aussi la réponse à une question de « rationalité économique » que toutes les révolutions devront résoudre. Observons d’abord que le raisonnement est au fond exactement le même que celui de 1920 (dans EPT). La transition, dit-il en 1922, passe par « diverses formes socialistes qui sont dans un certain sens le prolongement, sous une forme différente, des formes capitalistes qui les ont précédées ». La transition demeure une destruction créatrice des structures capitalistes antérieures. Il avait cru que le SE prolongerait le CE, qui était déjà une organisation largement non marchande du capitalisme. Il reconnaît que le raccourci du CE au SE ne peut pas être pris. Les « sujets économiques indépendants » sont trop nombreux. Il faut partir de formes du capitalisme antérieures au CE, celles du capitalisme de la concurrence monopoliste et de la petite production marchande.
16Essayons maintenant de comprendre pourquoi il ne dit plus un mot sur le rôle de l’intelligentsia technicienne sous le régime de la dictature du prolétariat. Dans Théorie du matérialisme historique (TMH) Boukharine fait des commentaires sur son livre précédent, Économique de la période de transition (EPY), et il prend déjà quelques distances. Il remarque notamment que la période de transition est un moment où « le processus d’influence en retour des superstructures (idéologie politique - conquête du pouvoir - transformation de ce pouvoir pour la refonte des rapports de production) traîne en longueur ». Boukharine ironise donc un peu sur ce moment où ce n’est pas l’infrastructure qui détermine les superstructures, mais le contraire. Les choses « traînent » parce que les forces de la politique, la force des idées qui expriment les intérêts de la classe sociale au pouvoir, demeurent limitées par « l’état préalable des rapports économiques ». Pendant la guerre, Boukharine se rendait déjà compte que « la classe ouvrière ne pouvait pas même songer à centraliser et à socialiser l’économie petite-bourgeoise, en particulier l’économie paysanne [10] ». Il imaginait cependant que l’administration de l’État prolétarien tiendrait en main toute l’industrie, le commerce et la finance. Ainsi, dans la perspective du « communisme de guerre », l’enrôlement des intellectuels civils, exactement comme celui des officiers de métier formés par l’ancienne armée, était un aspect du combat pour la destruction de l’ancienne classe dominante. Le tournant de la NEP signifie que l’achèvement de la destruction de la classe capitaliste serait un suicide de la révolution. La question de la capture et de l’utilisation des « organisateurs » bourgeois de la production passe à l’arrière-plan puisque leurs maîtres, les capitalistes, ressuscitent. C’est directement avec les patrons et les propriétaires de capitaux qu’il faut envisager d’établir des relations mélangeant contraintes et compromis. Enfin, l’énorme masse des petits producteurs devient le vivier d’une nouvelle classe capitaliste qui se développera avec le rétablissement du marché. Les priorités changent en même temps que disparaissent ce que Boukharine appellera « les illusions de l’enfance ».
17Les intellectuels et le pouvoir communiste. Pendant que Boukharine remanie sa problématique de la transition et des tâches constructives du pouvoir révolutionnaire, il pense aux intellectuels, mais dans une autre optique que celle d’une « utilisation » des cadres de l’ancien régime. Il voit plutôt leur capacité à influencer le nouveau pouvoir et le danger qu’ils représentent.
18Dès 1921, dans le dernier chapitre de TMH, p. 337 (c’est la dernière page du livre), il concède que pendant la « transition » (i. e. « la période de la dictature du prolétariat »), la classe ouvrière est menacée d’être évincée par « une couche dirigeante » d’administrateurs, « germe » ou « racine » d’une nouvelle classe exploiteuse. Pour empêcher cette évolution, il compte « d’abord sur la croissance des forces productives ; ensuite sur la suppression du monopole de l’instruction. La reproduction à grande échelle de techniciens et d’organisateurs en général, du sein de la classe ouvrière, coupe à la racine toute nouvelle classe éventuelle ». Cette brève indication est reprise dans un long article, « La révolution bourgeoise et la révolution prolétarienne », qu’il écrit à la fin de 1921 (il est publié l’année suivante), et dans une série d’autres textes, jusqu’au discours qu’il prononce le 5 février 1923, sur « Révolution prolétarienne et culture ».
19La perte des « illusions de l’enfance » que vit Boukharine, depuis qu’il a compris la nécessité de la NEP, est l’occasion d’un retour sur l’analyse des conditions de la révolution. Il découvre que la révolution bourgeoise diffère substantiellement de la révolution prolétarienne [11]. Quand la bourgeoisie a pris le pouvoir politique et aboli le régime féodal, la société capitaliste s’était déjà « entièrement formée au sein de la société féodale ». La société socialiste, elle, ne peut commencer à se construire que lorsque le parti du prolétariat est au pouvoir et « dirige les rapports de production ». Boukharine insiste sur deux différences :
Dans la perspective rationaliste et économiste qui est la sienne, Boukharine ne peut prédire le succès du socialisme que s’il démontre la supériorité de sa base économique. Dans une phase de transition, où tout part de l’idéologie, cette supériorité provient de celle de la culture des révolutionnaires. En considérant le précédent de la révolution bourgeoise, il trouve que la culture « scientifique » et « critique » des bourgeois était supérieure à celle de la féodalité, caractérisée par une « immobilité superstitieuse » et la « soumission aux dogmes ». La culture bourgeoise, en outre, s’était largement diffusée et dominait celle de ses adversaires. La culture des prolétaires a-t-elle un avantage sur la culture bourgeoise? Il le croit. La classe ouvrière veut surmonter l’anarchie de la production capitaliste, elle est donc « prédisposée à dépasser l’anarchie de la production culturelle et intellectuelle ». La classe ouvrière comprend mieux que la bourgeoisie la « valeur pratique » de toute chose et de toute connaissance. C’est ce qui lui permettra de « planifier le domaine culturel et idéologique » comme celui de l’économie.
20L’argument de Boukharine nous semble passablement obscur. Le cliché du « bon sens populaire » n’est pas loin, mais il est adossé à autre chose, qui est peut-être pire. Dans ce discours du 5 février 1923, Boukharine semble avoir en tête la supériorité morale des matérialistes athées qui décident par eux-mêmes de « ce qu’ils doivent faire et pourquoi », sans avoir besoin de se référer « à Dieu… ou à Kant ». « Ce ne sont pas des fétiches qui gouvernent », ce sont « les membres du parti prolétarien » qui réfléchissent sur « l’utilité ou non » de tel ou tel acte « pour la marche de la révolution ». « Nous gouvernons et disposons des valeurs culturelles de telle sorte que ce ne sont pas elles qui nous entraînent mais nous qui les entraînons. C’est dans la conscience d’un très grand accroissement de notre force collective que réside la stimulation de notre culture. C’est là, la supériorité par rapport à tout ce qu’a jamais connu l’humanité. » Il nous semble qu’il y a dans ce fantasme de toute-puissance culturelle [13] une analogie avec la métamorphose des concepts économiques qu’il associe dans EPT à la « transition ». La transparence de la nouvelle représentation de la société induit, croit-il, le développement d’une rationalité supérieure dans le remaniement du capitalisme d’État en socialisme d’État. De même, les tendances culturelles prolétariennes parce qu’elles sont plus autonomes sont, en quelque sorte, plus pensées et plus fortes que celles des anciennes classes dominantes.
21De toute façon, cette rêverie est au mieux une consolation, car Boukharine ajoute aussitôt qu’en « ce qui concerne la diffusion et l’élaboration de ces principes, par rapport à la bourgeoisie, nous sommes de vrais gamins ». Les « principes de la classe ouvrière sont bien supérieurs à ceux de la bourgeoisie, mais la classe ouvrière est incompétente à les diffuser ». Les conséquences sont lourdes. L’inexpérience des prolétaires contribue au « coût énorme » de la révolution socialiste. Le retard culturel de la classe ouvrière met finalement en danger son pouvoir car, pour s’y maintenir, « elle doit inévitablement utiliser d’autres forces qui lui sont socialement hostiles mais qui culturellement lui sont supérieures ».
22Boukharine insiste lourdement sur « l’inévitabilité » du danger. Pour être « capable de diriger la société », la classe ouvrière doit former assez de « machines vivantes » (il veut dire : assez de personnes) qui soient « porteuses de ses principes culturels ». Il faut donc briser le « monopole bourgeois de l’enseignement supérieur », comme ceux des moyens de production et de l’armement, pour commencer la « promotion de la classe ouvrière en une force culturelle ». La dictature du prolétariat est ainsi un préalable à la création du « nouveau capital social, fondamental et nécessaire à l’élaboration de la nouvelle société ». Mais la dictature ne garantit rien car, en attendant, il faut « utiliser » une couche sociale, les intellectuels formés par des « machines vivantes » bourgeoises, qui est « soit hostile, soit neutre ». Ces gens peuvent consciemment accepter la dictature et les principes communistes, mais leur expérience ancienne et leurs habitudes tendent à les écarter insensiblement de la ligne communiste.
23Boukharine pense qu’il « ne s’agit absolument pas d’une trahison consciente ou d’un sabotage ». L’histoire montre de nombreux cas où les « vainqueurs » ont fini par être « vaincus » par la culture de ceux qu’ils avaient conquis. « Si cela arrivait, alors, des membres de l’intelligentsia technique, une partie de la bourgeoisie, disons concrètement, les entrepreneurs, fournisseurs, etc., et, en plus, peut-être même des membres de notre parti ouvrier formeraient une nouvelle classe qui se détacherait petit à petit de manière insaisissable mais complète de la base prolétarienne et qui deviendrait une nouvelle formation sociale. »
24« C’est, je le répète, le danger le plus important pour la révolution prolétarienne. » Boukharine met en garde ses camarades contre « l’orgueil communiste » mal fondé : « si la classe ouvrière n’avoue pas son ignorance face à la bourgeoisie, elle a perdu, et sans effusion de sang », et « être d’origine prolétarienne n’est pas une garantie contre la transformation en une nouvelle classe. S’il se produit une rupture de la masse ouvrière avec une certaine partie de ceux qui en sont issus, nous constaterons que se créera une nouvelle classe constituée d’ex-prolétaires. Ceux-ci, s’étant figés peu à peu dans une position privilégiée, sont devenus une caste particulière ».
25Il affirme que « le danger immédiat » vient plutôt des « couches étrangères à la classe ouvrière ». Pour lutter contre celui-ci, il suffira que la classe ouvrière produise assez de cadres issus de ses rangs pour qu’ils soient plus nombreux que la « vieille intelligentsia ». L’autre danger, au fond « plus grave », est la transformation des cadres ouvriers du Parti en une « caste ». Il entend derrière ce mot la constitution d’un groupe monopolisant pour lui-même et ses enfants les places dans les écoles supérieures. Le remède est, cette fois, d’accélérer la formation des cadres et « d’alimenter » toujours plus les couches de l’intelligentsia avec « des forces nouvelles ». Il suffirait donc de précariser les positions des cadres par une concurrence assez vive pour éviter le plus grave des risques de dégénérescence.
26Ce programme de Boukharine est apparemment dirigé contre la tentation de résoudre les problèmes en « cassant la gueule » aux « Nepmen » et au « matériel humain » (sic) non prolétarien qui participe à la vie économique soviétique. La violence est trop facile et ne résout rien. La vraie solution est de former des cadres réunissant les capacités d’analyse qu’apportent le marxisme et les compétences techniques des Américains. Il faudrait aussi renforcer les spécialisations. En faisant beaucoup d’efforts de formation, le pouvoir ouvrier pourrait « rechercher » et trouver « des gens peut-être pas plus capables mais qui nous paraissent, à certains égards, moins dangereux » (Boukharine est, on le voit, plus pacifiste que la moyenne des bolcheviks). Avant de conclure, Boukharine indique comment il se situe dans la querelle sur la culture prolétarienne. Il approuve pleinement le choix budgétaire en faveur de l’instruction élémentaire, qui n’a rien de spécifiquement prolétarienne. Mais il pense à la formation des cadres, pour laquelle il faudra aussi un budget. Pour lui, « les officiers et les sous-officiers de l’idéologie marxiste et de la pratique communiste » ont besoin d’une culture de classe propre (qui reste à définir) pour maintenir l’emprise du pouvoir (celui des « généraux » du marxisme) sur toutes les couches de la société. La fin du discours est une envolée lyrique opposant l’actuelle « misère, très grande », qui est le premier apport de la révolution, à la perspective de « l’ouverture des portes du savoir » et de la « création d’un homme nouveau », dont Boukharine se réjouit de voir les premiers signes au fond des campagnes russes ou aux abords des usines.
27L’ambivalence des intellectuels pour le communisme. Ce compte rendu rapide d’un discours prononcé à un moment de l’histoire du communisme où le temps est brièvement comme suspendu [14], fait ressortir, nous semble-t-il, l’ambivalence fondamentale du rapport du bolchevisme aux intellectuels. Pour les bolcheviks, les intellectuels peuvent être, à la fois, ceux sans qui la révolution prolétarienne ne pourrait ni commencer, ni aboutir… et ceux qui sont les mieux placés pour détourner la révolution de son chemin et faire échouer son grand projet : l’abolition de l’exploitation et des classes sociales. Chez Boukharine, cette ambivalence est redoublée, puisqu’il prône la multiplication des intellectuels et leur mise en concurrence pour réduire les risques de dégénérescence de l’appareil administratif révolutionnaire. Il est évident que ce remède, même s’il peut fonctionner en stimulant le zèle des cadres, renforce aussi tous les phénomènes d’acculturation et peut accélérer un retour au pouvoir subreptice des vaincus.
28Boukharine écrit et dit assez souvent que la « révolution culturelle », c’est-à-dire la réussite de la formation et de l’intégration d’intellectuels de plus en plus nombreux aux tâches constructives du socialisme, est « la principale question de toute la révolution ». Il le dit depuis le virage vers la NEP et il comprend, avec constance, les derniers textes de Lénine, en 1923, comme un « testament politique » ouvertement « réformiste », axé sur le développement pacifique de l’économie marchande, de la coopération (avec les paysans) et de l’éducation (la « révolution culturelle »). En 1928-1929, lorsqu’il résistera à la politique de « mesures extraordinaires » de Staline, il essaiera de présenter sa ligne comme la seule manière d’exécuter les dernières volontés du «Vieux » et, par conséquent, le thème de la révolution culturelle y sera longuement exposé. Mais elle apparaîtra amputée de sa dimension la plus percutante.
29À aucun moment il ne sous-entendra que ses adversaires aient quelque chose à voir avec les germes d’une « nouvelle classe ». Au contraire, il saluera les cadres de l’administration de l’État et de l’économie comme « un matériel très dur et très bon », passé par « la dure école de la guerre civile, etc. [15] ». Il dira attendre d’eux l’élévation de leurs compétences, le maintien de l’esprit révolutionnaire, un attachement « inflexible » à la ligne du Parti et un combat résolu « contre tous les symptômes de dégénérescence, de décadence et de décomposition ». On croit rêver, parfois, en lisant comment Bou-kharine caresse dans le sens du poil les soudards et les bureaucrates que Staline va séduire avec ses projets mirobolants, en même temps qu’il les malmène et les terrorise. Quand il sera trop tard et qu’il se présentera, vaincu, devant le Comité central et la Commission de contrôle du Parti réunis en avril 1929, Boukharine dénoncera l’engagement de la direction dans la voie d’un système d’exploitation « féodal et militaire » et c’est une caractérisation assez justifiée de la pérennisation des « mesures extraordinaires » sous la forme d’une « redevance » qui oblige les paysans à « donner » leur blé au lieu de le « vendre ». Il avait donc encore en tête l’idée d’une régression économique et sociale, d’un retour aux formes antérieures de la production, mais comment expliquer que la direction du Parti soit l’initiatrice de ce mouvement antirévolutionnaire ? Il en sera toujours incapable.
30Il nous semble - ce pourrait être une conclusion de cet article - que Boukharine, comme l’ensemble des opposants que suscita la marche de Staline vers le pouvoir « absolu », n’a jamais su rassembler les éléments théoriques qu’il aurait pu utiliser pour comprendre ce qui se passait. Le moment où il est peut-être le plus près de saisir une clé du problème est en 1923. En réfléchissant au rôle des intellectuels dans la pratique politique et dans l’entreprise révolutionnaire soviétique, il met le doigt sur l’un des risques les plus certains du pouvoir : la constitution d’un groupe décidé à l’accaparer et à le conserver pour lui-même. Ce groupe qui se prend pour la société est évidemment le Parti, dans son ensemble, et surtout les chefs qui l’ont conduit jusque-là. L’analyse du « danger » que constituent les spécialistes formés à l’école « bourgeoise » et le relais qu’ils pourraient trouver auprès de quelques cadres ouvriers « détachés des masses » renverse le problème : ce n’est pas la société qui est menacée par le groupe qui a monopolisé le pouvoir, mais bien la société qui risque d’influencer le groupe et de le disloquer. S’il est vrai, comme le sent Boukharine, que le chaos social de la révolution russe est un « chaudron » où la confrontation des « cultures » bat son plein, le Parti peut se laisser entraîner là où il ne veut pas aller. Sous cette forme mystifiée par le fétichisme du Parti, le problème du changement social devient celui de « savoir comment annihiler les oppositions nuisibles [16] » à l’intérieur comme à l’extérieur du parti ouvrier.
31En 1923, Boukharine a une longue expérience des oppositions dans le Parti grâce à une demi-douzaine de conflits sérieux avec Lénine, sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (1915), sur la théorie de l’État (1916), sur le traité de Brest-Litovsk (1918), sur le capitalisme d’État (1918 et 1921), sur la « question syndicale » (1921) ou, très brièvement, sur le monopole du commerce extérieur (1922). Dans son discours il évoque seulement l’opposition ouvrière - dont il n’était pas - qui a été vaincue en 1921. Il semble dire que le Parti a été sage de chercher à mieux utiliser ces opposants (en les déplaçant vers d’autres emplois) plutôt que de leur « arracher des dents ». C’est aussi ce qui lui était arrivé à la fin de l’affaire des « communistes de gauche ».
32En fait, depuis deux ans déjà, le débat des tendances est interdit dans le Parti communiste russe. Boukharine ne songe pas un instant à remettre cela en question. Il a décidé, personnellement (et par amour), de ne plus jamais contester Lénine (il s’y est tenu depuis le Congrès de 1921, l’incident sur le monopole du commerce extérieur est une fausse manœuvre, vite corrigée). Il attache dorénavant un prix démesuré à l’unité du Parti qui est devenue pour lui la seule garantie de son identité révolutionnaire. C’est précisément ce qui conduit sa réflexion dans l’impasse où nous l’avons vu s’engager. On pourrait même dire qu’il se désigne lui-même, d’avance, comme le représentant des intellectuels dans le Parti qui risquent de le détourner vers la restauration du capitalisme… Mais Staline a trouvé d’autres prétextes pour lui régler son compte. ●
• Économie politique du Rentier [1914], EDI, 1967.
• L’Économie mondiale et l’impérialisme [1916],Anthropos, 1967.
• Le Programme des communistes, La Chaux-de-Fonds, Imp. Coopérative, 1918.
• L’ABC du communisme (avec E. Préobrajensky) [1919], François Maspero, 1968.
• Économique de la Période de transition [1920], EDI, 1976.
• La Théorie du matérialisme historique. Manuel populaire de sociologie marxiste [1921],Anthropos, 1969.
• Le Socialisme dans un seul pays (recueil de textes), UGE 10/18, 1974.
• L’Impérialisme et l’accumulation du capital [1925], EDI, 1977.
• Œuvres choisies en un volume, Moscou, 1990.
• S. Cohen, N. Boukharine, La Vie d’un bolchevik [1971], François Maspero, 1979.
Les manuscrits de Boukharine, écrits en prison en 1937-1938, ont été restitués à sa veuve et à ses enfants en 1992. Trois volumes sont traduits en anglais :• How It All Began,The Prison Novel, Columbia Univer-sity Press, New York, 1998.
• Philosophical Arabesques, Monthly Review Press, New York, 2005.
• Prison Manuscripts, Socialism and his Cultures, Seagull Books, Londres, 2006.
[1]
Nikolaï Ivanovitch Boukharine (1888-1938) rejoint le parti bolchevik en 1906. Immigré, il rencontre Lénine, séjourne en Suisse, en Suède et aux États-Unis. Membre du CC de 1917 à son procès et à sa mort, c’est un des principaux théoriciens du Parti communiste (bolchevik) PC(b). Il remplace Zinoviev à la tête du Komintern en 1923, en est écarté en 1929. Arrêté et condamné en 1938, il est exécuté. Auteurs de nombreux articles et ouvrages, notamment, en traduction française : L’Économie politique du rentier, EDI, 1967 ; La Théorie du matérialisme historique, Éditions Anthropos, 1969 ; Œuvres choisies en un volume, Éditions du Progrès, Moscou, 1990. On lira avec intérêt la biographie que lui a consacrée Stephen Cohen (voire bibliographie ci-dessous) ainsi que Boukharine ma Passion d’Anna Larina Boukharina, sa veuve (Gallimard, 1989).
[2]
« Le programme des communistes », 1918; « La plate-forme de l’Internationale communiste », 1919; « L’ABC du communisme », 1919-1920.
[3]
C’est le mot que Boukharine aurait préféré utiliser si Rodbertus et d’autres ne l’avaient pas déjà utilisé et gâché (cf. EPT, o p. cit., p. 144).
[4]
En rédigeant L’Économie politique du rentier, en 1914 et 1915, Bou-kharine s’est intéressé à l’apparition d’une « nouvelle couche » bourgeoise, les « dirigeants et organisateurs des trusts » (EPR, p. 36). Il les distingue, comme « organisateurs » ou « cadres » de la production, des « rentiers » qui se situent « en dehors » de la production.
[5]
Cf. TMH, op. cit., p. 286.
[6]
Voir, en particulier, sa brochure de 1921, Nouvelle Orientation de la politique économique, in Nikolaï Boukharine, Œuvres choisies en un volume, p. 64. C’est ce texte que nous citons dans la suite du paragraphe.
[7]
Boukharine, bien sûr, ne manque pas de rappeler qu’il avait fait l’erreur de s’y opposer, et il observe que les objections soulevées contre la NEP sont aussi fausses que celles qu’il formulait contre le traité de paix.
[8]
Il profite de l’occasion pour essayer de « dépasser » une querelle récurrente qu’il a avec Lénine. Ce dernier a dit plusieurs fois que si le pouvoir révolutionnaire faisait du « capitalisme d’État » (CE), un « grand pas » serait fait vers le socialisme. Boukharine refuse l’idée qu’un parti prolétarien au pouvoir puisse pratiquer le capitalisme d’État. D’où sa théorie du « socialisme d’État » (SE), qui copie tout du CE, mais en le niant « dialectiquement ». Avec la NEP, le « SE » a sombré et Boukharine doit trouver autre chose pour corriger ceux qui disent, par exemple, que les entreprises d’État données en location à des capitalistes sont une forme de « capitalisme d’État ». Il semble renoncer à lutter contre l’usage du mot « CE » et essayer seulement de lui donner un autre contenu lorsque l’État est ouvrier. Il affirme que, dans ce prétendu CE, le produit de l’exploitation du travail par le capital est en partie, et de plus en plus, restitué au prolétariat. Ainsi ce « CE » à la soviétique « dépérira de façon tout à fait pacifique » alors que les CE d’Europe et d’Amérique seront « brisés par la révolution ». Il est remarquable que Boukharine est incapable de dire et de penser que la NEP est une forme d’organisation marchande et « capitaliste » de l’économie. C’est peut-être la principale faiblesse de ses vues théoriques sur l’économie soviétique.
[9]
Cf. La Correspondance internationale, 4 janvier 1923, supplément donnant le compte rendu du IVe Congrès de l’IC.
[10]
TMH, op. cit., p. 286.
[11]
Nous utilisons la traduction par Anne Foïx de « Révolution prolétarienne et culture », publiée en annexe de François Champarnaud, Révolution et Contre-révolution culturelle en URSS, 1975, p. 357.
[12]
La source principale des réflexions de Boukharine est Robert Michels et son livre Sur la Sociologie des partis politiques dans la démocratie moderne, paru en allemand en 1911. Boukharine, comme la plupart des socialistes militants qui ont lu ce livre, approuve totalement Michels quand il analyse les conséquences de l’incompétence des masses dans la pratique politique (les chefs « compétents » confisquent les décisions et leurs intérêts s’opposent à ceux des masses). Mais il refuse la principale conclusion : les chefs socialistes peuvent obtenir la victoire, pas le socialisme… Il s’imagine que le parti bolchevik peut échapper au sort commun et constituer un groupe d’organisateurs prolétariens efficaces qui ne succombera pas aux tentations du pouvoir.
[13]
Dans le genre « par notre action, un monde et un homme nouveaux s’offrent à nous… ».
[14]
En février 1923, Lénine parle encore et peut espérer stabiliser son état de santé ; la révolution allemande pourrait être relancée avec l’occupation de la Ruhr; la NEP porte ses fruits, la situation économique s’améliore ; la direction du Parti n’est pas trop travaillée par ses conflits internes…
[15]
« Le léninisme et le problème de la révolution culturelle », discours du 21 janvier 1928, in François Champarnaud, op. cit., p. 408.
[16]
François Champarnaud, op. cit., p. 374.