De la liberté recouvrée d’Uchi Maius à la liberté de Dougga
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De la liberté recouvrée d’Uchi Maius à la liberté de Dougga

parMichel Christol

Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne

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Il convient d’adresser les plus vives louanges à tous les membres de l’équipe italo-tunisienne qui, sous la houlette d’Attilio Mastino et de P. Ruggeri de l’université de Sassari, et de M. Khanoussi, de l’Institut national du patrimoine (Tunis), ont remis au jour le site d’Uchi Maius [1]  M. Khanoussi et A. Mastino (dir.), Uchi Maius 1. Scavi... [1] . Outre un beau livre qui donne un premier aperçu des redécouvertes et des découvertes, plusieurs articles sont venus signaler tout ce qui permettait d’écrire l’histoire du site lui-même, mais aussi de relancer des débats pour approfondir la connaissance de l’ensemble de la pertica de Carthage, dans le prolongement des travaux anciens et récents de H.-G. Pflaum, de J. Gascou et d’A. Beschaouch.

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L’épigraphie latine s’est constitué ici un nouveau domaine de premier plan, qui vient peu à peu équilibrer celui de Thugga et de Mustis, entre autres, dans la région qui au sein de la province d’Afrique se trouvait au delà de la fossa regia. Des inscriptions nouvelles apparaissent ; d’autres, rassemblées, présentées et brièvement commentées par A. Merlin et L. Poinssot dans un recueil qui n’a guère vieilli en qualité scientifique [2]  A. Merlin et L. Poinssot, Les Inscriptions d’Uchi Maius... [2] , ont été redécouvertes ; quelques-unes, mises au jour après leur livre fondateur, ou bien complétées parce qu’elle n’étaient que des fragments, sont venues aussi prendre place parmi les documents portés à notre connaissance. C’est d’une de ces inscriptions, complétée peu à peu sans que le texte ait pu être entièrement reconstitué, que nous voudrions faire le point de départ des réflexions ici présentées.

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Le premier fragment du texte a été publié par J. Zeiller en 1903 [3]  J. Zeiller, « Inscriptions latines d’Afrique », BCTH,... [3] . D’autres éléments se sont ajoutés progressivement, laissant toutefois subsister des incertitudes profondes sur le contenu du texte [4]  Mais point sur sa date, puisque dès le début A. Merlin... [4] . Ce n’est que par la mise au jour récente de nouveaux fragments que le sens d’ensemble du texte gravé a été déterminé. Encore faut-il préciser que quelques points demeuraient en suspens. Donnons d’abord le texte, tel qu’il vient d’être publié [5]  Nouveau fragment dans l’article de G. Pianu-P. Ruggeri,... [5]  :

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[Ex indulgenti]a Domini no[st]r[i] Imp(eratoris) Caesaris Divi Severi Pii n[ep(otis) Di]vi Magni Ant[onin]i « fili » /

« [M(arci) Aureli Severi] Alexandri Pii Felicis Aug(usti) pont(ificis) max(imi) trib(unicia) potest(ate) [VIIII] co(n)s(ulis) III patris p[atriae pr]oco(n)s(ulis) » /

« [Colonia Alexandria]na Aug(usta) Uchi Ma[i]us » su[b] eius nomine auspicioqu[e] deducta per Caesonium Lucillum Macrum c(larissimum) v(irum) partes proco(n)s(ulis) pont[---]m v(ices) adm(inistrantem ?) /

[monumentu]m (ou [arcum novu]m) ad ae[ter]num testimonium reciperat[ae l]ibertatis er[exit] p(ecunia) p(ublica).

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Deux points doivent encore trouver solution. Il s’agit d’abord, au début de la dernière ligne du texte, du mot ou de l’expression qui caractérisait le monument élevé dans le paysage urbain. Mais c’est surtout l’autre lacune qui va nous occuper. Elle se trouve à la ligne 3, dans la partie droite du texte. Les éditeurs du texte dans son dernier état ont renoncé à toute restitution, car il leur semblait que dans cette partie, concernant la définition des responsabilités du légat Caesonius Lucillus, la restitution du mot pont[ifice]m ne semblait pas « suffisante pour combler la grande lacune » [6]  M. Khanoussi, P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium... [6] . Si la définition exacte du monument qui avait été élevé à l’initiative de la colonia Alexandriana Augusta Uchi Maius demeure incertaine, on peut avancer quelques propositions pour régler le second point, riche d’aperçus institutionnels.

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On savait depuis longtemps quel avait été le rôle joué par le sénateur Caesonius Lucillus dans les actes de fondation de la nouvelle colonie. Ce sénateur, fils d’un personnage dont la très longue carrière s’étendit entre les dernières années du principat de Marc Aurèle et celles du principat de Sévère Alexandre, est connu par les inscriptions funéraires de ses parents [7]  CIL, XIV, 3900 (ILS, 1182) = Inscr. Ital., IV, 1, 102 ;... [7] , qu’il fit graver sur le mausolée familial, et par l’inscription qui, pour lui-même, devait orner aussi ce monument, qui se trouvait à proximité de Tibur. C’est cette dernière inscription qui présente sa carrière [8]  CIL, XIV, 3902 (ILS, 1184) = Inscr. Ital., IV, 1, ... [8]  :

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L(ucius) Caesonius C(ai) fil(ius) Quirina Lucillus Macer Rufinianus, co(n)s(ularis), frater Arvalis, praef(ectus) Urbi electus ad cognoscendas vice Caesaris cognitiones, proco(n)s(ulis) prov(inciae) Africae, XXvir<c>o(n)s(ularis) ex senatus consulto r(ei) p(ublicae) curandae, curator aquarum et Miniciae, cur(ator) albei Tyberis et cloacarum Urbis, legatus prov(inciae) Africae eodem tempore vice proconsulis, curator r(ei) p(ublicae) [P]uteolanorum (ou [T]usculanorum), curator r(ei) p(ublicae) Suessanorum, praetor kandidatus, quaestor kandidat(us), electus in familiam patriciam, Xvir stlitibus iudicandis.

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La carrière est celle d’un patricien, qui fut promu à cette dignité peu après avoir entamé la carrière préparatoire aux magistratures. L’admission dans la commission des décemvirs, alors qu’il n’était encore que de statut plébéien, correspondait à la faveur acquise par son père qui, après de modestes débuts, était parvenu à se mettre en évidence durant la première décennie du principat de Septime Sévère, en obtenant alors le consulat, puis en parcourant une belle carrière consulaire, faite de grandes curatelles urbaines et d’un gouvernement de province impériale [9]  Pour le gouvernement de Germanie supérieure, en dernier... [9] . Plus tard il parvint même au proconsulat d’Afrique, fonction qui marque l’apogée de son influence : à ce point de la carrière nous sommes peut-être sous Caracalla, plus difficilement sous Élagabal, pas plus tard tout de même [10]  C’est aussi une des difficultés d’interprétation du... [10] .

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Il faut mettre au compte du crédit de ce personnage, et de la faveur dont il jouissait auprès des maîtres du moment, l’élévation à la dignité patricienne d’un de ses enfants, sans aucun doute un cadet, puisque le bénéficiaire s’appelle L(ucius) fils de C(aius) [11]  Le dossier prosopographique a été examiné en dernier... [11] . Dans le cursus de ce dernier cette promotion flatteuse intervint un peu avant la questure. Peu d’éléments chronologiques apparaissent dans le texte de l’inscription qui relate le déroulement de cette carrière. Néanmoins, le consulat, vraisemblablement acquis à l’âge minimum, peut être placé un peu avant 229-230. En effet, puisque les carrières des sénateurs patriciens ne s’allongent pas trop entre préture et consulat, on peut penser que L(ucius) Caesonius Lucillus s’était trouvé dans la province d’Afrique comme ancien consul. Les éléments de carrière qui apparaissent dans l’inscription de Tibur conduiraient à proposer les années 225-226 comme dates vraisemblables pour l’obtention du consulat, mais ce ne fut pas un consulat ordinaire [12]  K.-H. Dietz, Senatus contra principem, p. 105, place... [12] . Il faut alors placer la naissance du personnage vers 192-193 après J.-C. L’admission parmi les patriciens aurait donc pu se produire par la volonté de Caracalla, plus particulièrement en 212, lorsque ce prince prit plusieurs décisions sur l’organisation de l’ordre sénatorial [13]  A. Chastagnol, Le Sénat romain à l’époque impériale,... [13] . Les débuts de la carrière des honneurs se seraient donc déroulés à la fin de la décennie 210-220, puis dans la première moitié de la décennie suivante [14]  Nous remontons ainsi de quelques années les propositions... [14]  ; la carrière consulaire se serait ensuite développée pendant près d’une vingtaine d’années, jusqu’aux abords du milieu du IIIe siècle.

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La fonction de légat du proconsul d’Afrique est ici une fonction de niveau consulaire, vraisemblablement [15]  Voir déjà à ce sujet la n. 12 ci-dessus. La proximité... [15] . Ce sénateur rejoint donc, dans cette catégorie plusieurs sénateurs, connus au IIe et surtout au IIIe siècle [16]  Il est assez rare de trouver des légats du proconsul... [16] . C’est dans cette dernière période que le nombre des attestations s’est accru. On connaît aussi le cas de son fils, L(ucius) Caesonius Ovinius Manlius Rufinianus Bassus, legatus provinciae Africae Carthaginis [17]  AE, 1964, 223 ; sur ce personnage voir M. Christol,... [17] . Récemment a été connu le cas de L(ucius) Mummius Faustianus, le consul ordinaire de 262 après J.-C. : il s’agit d’un legatus Hipponensium [18]  Publication du texte et commentaire réduit par A. Beschaouch... [18] . On peut ajouter vraisemblablement le cas du sénateur Q(uintus) Aradius Rufinus Optatus Aelianus, agens vice proco(n)s(ulis) prov(inciae) Afrik(ae), même si B.E. Thomasson ne le considère pas comme légat d’un proconsul [19]  AE, 1971, 490. Il est difficile de suivre A. Beschaouch,... [19] . Par les sources littéraires on pourrait ajouter Gordien le fils, qui assistait son père en Afrique lorsque éclatèrent les événements de 238 [20]  B. E. Thomasson, Fasti Africani, p. 116, n° 54 ; Id.,... [20] , et même à cette date P(ublius) Licinius Valerianus, c’est-à-dire le futur empereur Valérien [21]  D’après Zos., I, 14, 1 ; X. Loriot, « Les premières... [21] . Le texte de Tibur ne permet pas de préciser que L(ucius) Caesonius Lucillus avait été désigné par le prince, au moins pour procéder à l’élévation en dignité de la colonie d’Uchi Maius. La formulation adoptée laisserait envisager le remplacement d’un proconsul décédé en cours de fonction : legatus prov(inciae) Africae eodem tempore vice proconsulis [22]  A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius,... [22] . Elle est comparable à celle qui était usitée lorsque, suivant la pratique institutionnelle la plus fréquemment attestée, c’était le procurateur de l’empereur qui assurait l’intérim du gouverneur titulaire, décédé ou destitué [23]  H.-G. Pflaum, Les Procurateurs équestres sous le Haut-Empire... [23] . Néanmoins, comme il était étonnant de trouver ainsi un légat du proconsul remplaçant ce dernier, puisqu’en principe les pouvoirs des légats s’effaçaient avec la disparition de ceux qui les avaient choisis [24]  Th. Mommsen, Le Droit public romain (trad. fr.), III,... [24] , on avait pu se demander s’il ne s’agissait pas d’un légat impérial, disposant ainsi de façon autonome d’une délégation de pouvoir, et se substituant donc à l’un des deux légats du proconsul [25]  M. Christol et Th. Drew-Bear, « Un sénateur de Xanthos »,... [25] . Grâce à une meilleure connaissance de la longue inscription d’Uchi Maius, on dispose à présent d’une autre formulation de cette fonction, riche de détails. Mais il faudra en établir fermement le texte. Toutefois, grâce à ce que l’on connaissait déjà, on apprenait que L(ucius) Caesonius Lucillus procéda aux opérations de déduction sub eius nomine auspicioque, c’est-à-dire en vertu de pouvoirs et de compétences qui lui avaient été déléguées par l’empereur Sévère Alexandre [26]  La découverte des derniers fragments permet de préciser... [26] . Comme le formulaire adopté reprend les antiques formulations, il faut admettre que les créations de colonies, même si elles étaient honoraires, s’accompagnaient de l’exécution des rites ancestraux [27]  Comme ont tenu à l’observer M. Khanoussi et P. Ruggeri,... [27] . Ils n’avaient pas été oubliés. Nous sommes alors dans la neuvième puissance tribunicienne de Sévère Alexandre, donc après le 10 décembre 229. On placera l’intervention des autorités, et donc les cérémonies de fondation dans le premier semestre de l’année 230, vraisemblablement, par suite de l’identification du proconsul avec le sénateur C(aius) Octavius Appius Suetrius Sabinus [28]  Ci-dessous n. 33. [28] .

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Les expressions qui apparaissaient ou qui étaient à juste titre restituées dans l’inscription d’Uchi Maius, avant même que le texte ne parvienne à son état actuel, signifiaient donc que ce sénateur agissait en ce lieu comme le délégué direct de l’empereur, en sorte que ses pouvoirs présentaient un caractère extraordinaire par rapport à la désignation habituelle des légats du proconsul, qui ne relevait normalement que de ce dernier. La situation décrite constitue bien une curiosité institutionnelle. En effet, à peu d’années de distance, dans un cas comparable, c’était le proconsul qui était intervenu, comme l’indique une inscription de Vaga, appartenant au règne de Septime Sévère. Celle-ci relate une situation comparable à celle que devait connaître un peu plus tard Uchi Maius, l’élévation de la cité de Vaga au rang colonial, dans les termes suivants [29]  CIL, VIII, 14395. On se référera aussi aux commentaires... [29]  : col(onia) Septimia Vaga nomin<e> et auspiciis divinis eorum inlustrata, per T(itum) Flavium Decimum proco(n)s(ulem), c(larissimum) v(irum) deducta. Une fois de plus le prince apparaît à l’arrière-plan. C’est lui qui dans ce domaine précis exerce la prééminence. Le proconsul apparaît comme son agent, intervenant en quelque sorte à sa demande. On peut alors éclairer le sens des interventions de Caesonius Lucillus et proposer, en conséquence, les restitutions adéquates de la lacune apparaissant à la ligne 2. Le jeune sénateur remplace le proconsul, et il exécute au nom du prince des actes solennels dont l’accomplissement incombait de droit à l’empereur, mais dont il pouvait déléguer l’exécution en vertu de sa prééminence institutionnelle. Ce que le proconsul avait accompli à Vaga par délégation impériale, un sénateur, légat du proconsul l’accomplissait à Uchi Maius. Le légat L(ucius) Caesonius Lucillus remplaçait le proconsul, non comme le légat se substituait par délégation au gouverneur d’une province proconsulaire, détenteur d’un imperium autonome, mais comme délégué du prince, investi par celui-ci, pour une action occasionnelle, qui n’entrait pas dans les attributions normales du proconsul, mais que celui-ci aurait pu exercer de façon spécifique sur délégation impériale. Ce n’est donc pas par délégation du proconsul, mais par délégation du prince, qui le plaçait en substitut du proconsul, qu’il apparaît dans l’inscription d’Uchi. Et c’est cette dernière qui, mieux que le cursus de Tibur, permet de bien comprendre la situation juridique créée par la décision impériale de fonder la colonie.

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On ne peut toutefois en rester là. Les remarques précédentes devraient aider à l’établissement du texte de l’inscription d’Uchi Maius dans la partie mutilée qui concerne la définition des compétences de L(ucius) Caesonius Lucillus. Rappelons l’état de la question, tel qu’il se dégageait de la publication de M. Khanoussi et P. Ruggeri. Ces derniers proposaient le texte suivant :

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su[b] eius nomine auspicioqu[e] deducta per Caesonium Lucillum Macrum c(larissimum) v(irum) partes proco(n)s(ulis) pont[---]m v(ices) adm(inistrantem ?).

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Pour la restitution de la lacune, ils établissaient un constat d’impuissance : « ce qui est, par contre, plus important, c’est la nouveauté représentée par la titulature du légat qui n’est pas très claire (partes proco(n)s(ulis) pont[---]m v(ices) adm(inistrantem ?), où l’intégration pont[ificem] ne semble pas suffisante pour combler la lacune » [30]  M. Khanoussi, P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium... [30] .

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Il faut d’abord confirmer que la restitution du mot pontificem ne peut convenir, comme on l’avait déjà pressenti. Il est difficile en effet d’attribuer à L(ucius) Caesonius Lucillus la qualité de pontife. L’inscription de Tibur, qui apporte tout son cursus, ne rappelle qu’un sacerdoce, celui de frère arvale [31]  Son activité est bien connue entre 213 (AFA, 99, l. 10)... [31] . Le pontife mentionné dans le texte de l’inscription est donc le proconsul d’Afrique du moment, celui dont Lucillus assurait le remplacement sur décision du prince. Faut-il y voir une référence précise à une qualification religieuse requise pour assurer la validité de l’acte de fondation ? Peut-être pas, car la délégation de l’empereur assurait la transmission de toutes les compétences nécessaires. C’est plutôt un usage épigraphique du Ier siècle après J.-C. qui se pérennise, celui de mentionner parfois les sacerdoces du gouverneur provincial [32]  IRT, 382 (à propos de C. Paccius Africanus) : … pontif(ex),... [32] . On développera donc au génitif le mot pont[if(icis)], et l’on verra dans le choix de cette formulation un élément complémentaire pour conclure que le proconsul d’Afrique dont le nom n’est pas cité pourrait être le sénateur C(aius) Octavius Appius Suetrius Sabinus, consul ordinaire en 214, ami de Caracalla, qui parvint même à un second consulat ordinaire, rare honneur pour un personnage qui n’appartenait pas à l’élite patricienne. L’intervalle de quatorze à quinze années, qui sépare fréquemment le consulat du proconsulat d’Afrique ou d’Asie, l’a vraisemblablement conduit en Afrique à cette date [33]  Sur le proconsulat d’Afrique de ce sénateur, CIL, VI,... [33] . Non seulement il était membre du collège des pontifes, mais encore il faisait partie de celui des augures.

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Après le mot pont[if(icis)], le texte se poursuivait, mais s’interrompait la brève série des termes au génitif, fournissant le complément déterminatif de l’accusatif partes. La lacune du texte, à cette ligne 3 où les lettres sont très resserrées, ne peut comporter guère plus de huit lettres. Que l’on restitue mot pontificis sous une forme un peu plus longue (pont[if(icis)]), ou même, en tenant compte de l’éventualité de l’identification du proconsul au sénateur C(aius) Octavius Appius Suetrius Sabinus, que l’on puisse être tenté d’ajouter la mention de l’augurat, en adoptant pour l’indication des sacerdoces les formes les plus brèves (pont(ificis), [aug(uris)]), un seul mot doit suivre, lorsque l’on retrouve vraisemblablement l’accusatif, cas qui domine dans toute la séquence qui englobe l’expression partes proco(n)sulis, pont[if(icis)] (ou bien : partes proco(n)s(ulis), pont(ificis), [aug(uris)]). Le M qui se trouve de l’autre côté de la lacune doit en effet appartenir à la fin d’un accusatif singulier. La solution est de retrouver la fonction de Caesonius Lucillus : [legatu]m. Le texte était ainsi formulé : per Caesonium Lucillum, v(irum) c(larissimum), partes proco(n)s(ulis) pont[if(icis) legatu]m v(ices) adm(inistrantem). En définitive nous avons préféré ne pas retenir les deux sacerdoces du proconsul, car le nombre des lettres à restituer dans ce cas (9) semble un peu trop important. Mais cette solution n’a pas d’incidence sur la proposition d’identification de ce proconsul inconnu.

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Le rédacteur décrivait donc avec exactitude les attributions du personnage : il est légat du proconsul, mais, par décision impériale, il a déchargé ce responsable d’une intervention que celui-ci aurait dû effectuer au nom du prince, puisqu’il était titulaire de l’autorité supérieure dans la province. L(ucius) Caesonius Lucillus n’avait sans aucun doute pas été nommé et expédié en Afrique pour l’exécution de cette décision particulière. S’agissait-il d’une délégation valable pour la seule occasion de la fondation de la colonie, modifiant pour une durée limitée le statut du légat ? Avait-il été, en prévision de cette circonstance, nommé par le prince dès le début de l’année proconsulaire, ce qui aurait eu pour effet d’enlever au proconsul le choix d’un de ses deux légats ? Il est difficile de trancher entre l’une ou l’autre solution. Mais le formulaire restitué orienterait plutôt vers la première solution : celle d’une délégation ad hoc, c’est-à-dire occasionnelle, et donc temporaire. Il est tout aussi difficile de mettre en évidence les raisons spécifiques ayant provoqué le choix d’un légat et non celui du proconsul. Faut-il prendre en compte la position d’Uchi Maius, sise au-delà de la fossa regia et donc faisant partie du diocèse d’Hippone ? Dans ce cas on aurait estimé qu’il suffisait que le proconsul d’Afrique se contentât de la gestion des affaires dépendant du diocèse de Carthage : l’auraient emporté des considérations de géographie administrative. Faut-il en revanche mettre en avant le rang consulaire du légat affecté au diocèse d’Hippone ? Dans ce cas l’auraient emporté les considérations de compétence, définies par l’obtention des magistratures. La procédure de désignation à la fonction de légat avait dû se conformer à l’antique usage du choix par le proconsul : pour l’essentiel de sa mission, L(ucius) Caesonius Lucillus avait été et était le délégué du gouverneur, exerçant ses responsabilités dans le diocèse d’Hippone, et disposant dans son action de toute l’autorité que pouvait lui conférer la dignité consulaire, acquise depuis peu. Mais à l’occasion de la fondation de la colonie, il était investi d’une autre compétence qui aurait dû normalement être attribué au proconsul. Par la volonté du prince, elle se surajoutait à celles qu’il détenait normalement. Agissant au nom du prince, il était alors assimilé à un légat impérial : ses pouvoirs d’un temps limité ressemblaient à ceux dont avait disposé le légat de la légion, dont la nomination et l’action avaient échappé à l’influence du proconsul, entre le règne de Caligula, moment de la réforme, et celui de Septime Sévère, date de la création de la province de Numidie.

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Ailleurs, dans l’inscription, il n’y a plus rien à retoucher ni à restituer. Mais une expression du texte mérite un commentaire soutenu, comme l’avaient estimé dans leur publication M. Khanoussi et P. Ruggeri, en ajoutant à l’édition du document diverses observations et suggestions [34]  M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium... [34] . Cette expression apparaît en fin de texte, lorsque les rédacteurs indiquaient que le monument destiné à commémorer l’élévation d’Uchi Maius au rang colonial apporterait un témoignage surpassant les vicissitudes du temps : ad ae[ter]num testimonium reciperat[ae l]ibertatis. Le texte, sait-on désormais, se référait à la liberté de la colonie [35]  Comme l’avait brillamment supposé R. Cagnat en signalant... [35] . Les auteurs de l’inscription, qui se sont engagés dans la composition des formulations les plus solennelles, donc les plus fortes par le sens et les plus soutenues par le style, ont eu recours au thème de la liberté et l’ont considéré comme essentiel. Ainsi l’inscription d’Uchi Maius devient même sur ce sujet un des premiers témoignages dans la série des textes africains du IIIe siècle, si l’on excepte les emplois de l’adjectif liberum dans les titulatures de quelques municipes sévériens, sur lesquelles il faudra aussi revenir.

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Pour l’instant on peut laisser de côté les documents qui faisaient converger l’attention sur la liberté de Dougga. En effet, hormis ceux qui fournissent le titulature épigraphique de la cité de Thugga dès le principat de Septime Sévère, dans laquelle apparaît le qualificatif liberum, ils sont postérieurs à notre inscription, parfois de très peu il est vrai [36]  Sur la liberté de Dougga, dont l’étude a été relancée... [36] . Mais ce serait peut-être perdre de vue toute la singularité et toute la richesse des informations qu’apporte l’inscription, dont nous avons tenté d’établir le texte, que de mêler immédiatement à son commentaire les informations en provenance de Dougga, puisque pour l’emploi du substantif libertas elle se place chronologiquement en tête de série. Même s’ils l’expriment sur un mode qui, à notre avis, ne peut être repris à l’identique, M. Khanoussi et P. Ruggeri, apportent un premier commentaire lorsqu’ils écrivent : « … le concept de libertas se limite uniquement à souligner la fin de la dépendance d’une cité voisine et, dans le cas qui nous intéresse, il fait allusion à la séparation du pagus civium Romanorum de la colonie augustéenne de Carthage ». Cette observation n’est peut-être pas suffisamment éclairante, car les mots choisis par le rédacteur de l’inscription, reciperata libertas, n’insistent pas sur la rupture des liens avec Carthage, pourtant nécessaire et réelle, mais plus sur l’apparition d’une communauté civique. De façon immédiate, l’inscription associe de façon claire et irrécusable la liberté d’Uchi Maius à la fondation coloniale [37]  M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium... [37] , même si l’on doit ajouter immédiatement que du point de vue juridique la condition nécessaire était le détachement de la tutelle de Carthage. Ceci posé, il convient de souligner qu’à la différence de Thugga et de sa voisine Thibursicum Bure, Uchi Maius ne connut pas dans son évolution institutionnelle l’étape intermédiaire du statut municipal. À la différence de ses voisines la communauté humaine établie à Uchi Maius ne fut pas, ne serait-ce que dans l’intervalle de quelques décennies, un municipium de droit latin. En l’absence de toute civitas indigène, comme à Thugga [38]  Cette absence d’élément indigène a été relevée à juste... [38] , c’est le pagus de citoyens romains dépendant de Carthage, défini collectivement dans les inscriptions soit par le pluriel Uchitani Maiores [39]  Comme dans l’inscription nouvellement découverte, relative... [39] , soit par l’expression pagus Uchitanorum Maiorum [40]  A. Mastino, « Faustina e Lucilla nell’età del pagus »,... [40] , qui concentrait, seul, le déroulement de la vie locale et qui en était le cadre exclusif [41]  Ce que semblent admettre, implicitement, M. Khanoussi-P.... [41] . Certes, à partir d’un certain moment, qui se place à la fin du règne de Marc Aurèle, apparut dans les textes une respublica Vchitanorum Maiorum, ce qui donnait son plein sens à l’expression pecunia publica lorsqu’elle apparaissait dans un texte. Cette mention faisait référence à un développement du statut propre du pagus : la communauté avait reçu une réelle autonomie financière, au moins pour l’exécution d’un certain nombre de décisions relevant de la compétence du conseil des décurions qui s’y trouvait en place [42]  Les décurions sont attestés dès le principat de Nerva... [42] . La première mention a été datée dans l’ouvrage récent en 180, « dopo la morte di Marco Aurelio » [43]  CIL, VIII, 26253 : [---] Imp(eratoris) Caes(aris) L(uci)... [43] . La date de 179, proposée déjà par A. Merlin et L. Poinssot [44]  A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius,... [44] , semble préférable. Un autre texte appartient à la même période [45]  CIL, VIII, 26254. Pour la date, voir A. Merlin et L.... [45]  : respublica Vchit(anorum) Maior(um) sua pec(cunia) fec(it) itemq(ue) ded(icavit) d(ecreto) d(ecurionum). Un troisième texte est un peu postérieur : il date de l’année 197 après J.-C., et il met en scène un personnage qui est issu de cette partie du territoire de Carthage [46]  CIL, VIII, 26255 (ILS, 9401) : Imp(eratori) Caes(ari)... [46] . D’autres textes peuvent être ajoutés. Certains font l’objet de restitutions, mais celles-ci sont évidentes [47]  CIL, VIII, 15449 = 26258 ; P. Ruggeri, ibid., p. 147-149,... [47] . D’autres se contentent de mentionner la pecunia publica [48]  CIL, VIII, 26256 ; P. Ruggeri, ibid., p. 145-146, n° 14 ;... [48] . L’un d’entre eux fournit même la formule remarquable pecunia publica Vchitanorum Maiorum [49]  CIL, VIII, 26243 ; P. Ruggeri, ibid., p. 150-151, ... [49] . Ces textes se concentrent au début du IIIe siècle, sous Septime Sévère et sous Caracalla. Voici près d’un siècle, A. Merlin et L. Poinssot, dans leur brève introduction aux inscriptions d’Uchi Majus, avaient été attentifs à toutes les données institutionnelles que fournissaient les inscriptions, mais ils se contentaient, sur le point qui nous intéresse, d’une appréciation large et assez vague, cependant précieuse car elle montre que la question ne leur avait pas échappé : « nous sommes encore au IIe siècle tantôt en présence du pagus, tantôt en face de la respublica Uchitanorum Maiorum », comme si les deux qualifications juridiques étaient équivalentes et pouvaient apparaître en alternance. Or il apparaît bien que ce n’est pas la simultanéité qui, en la matière, caractérise la répartition des témoignages, mais la succession dans le temps, comme on peut l’établir aisément par le classement chronologique des textes : nous l’avons indiqué plus haut. Ce fait n’a pas été relevé dans la mise au point la plus récente d’A. Beschaouch sur l’évolution de l’histoire institutionnelle d’Uchi Maius, ni dans les autres contributions qui lui sont jointes au sein de l’ouvrage qui présente les résultats des fouilles de l’équipe italo-tunisienne et qui apporte les commentaires des inscriptions anciennes retrouvées et ceux des inscriptions nouvellement mises au jour. Pourtant il est plein de signification, car il révèle une étape importante de l’assomption de la communauté établie à Uchi Maius vers la pleine autonomie que conférait le statut colonial.

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C’est donc le seul pagus Uchitanorum Maiorum qui fournit la substance de la colonie créée par décision de Sévère Alexandre. Celle-ci n’héritait pas de la diversité et de l’hétérogénéité du municipium de droit latin, étape transitoire ayant permis à Dougga et à Thibursicum Bure, d’associer étroitement dans la même histoire institutionnelle la civitas et le pagus. Les voies d’accès à l’autonomie civique sont donc distinctes, même si l’issue est identique. Néanmoins, quoi que l’on pense du développement institutionnel du pagus qui semble s’esquisser à partir du principat de Marc Aurèle, il ne produisait pas la libertas qu’évoquait ensuite l’inscription du règne de Sévère Alexandre. Il créait des espaces de responsabilité propre, il préparait une situation d’autonomie, mais il ne créait pas une véritable communauté civique. Pour le pagus de Thugga, et même pour la civitas qui se trouvait à ses côté, le saut qualitatif se produisit seulement lorsque le municipe sévérien fut instituée, et à Uchi Maius lorsque la colonie fut fondée. En somme, l’inscription de l’arc montre bien la conscience acquise par les nouveaux responsables de la colonia des transformations de leur condition, et le souci qu’ils ont eu de l’exprimer, car il s’agissait de faire connaître cette naissance à la liberté. En ce sens on peut, sans aucun doute, rattacher la liberté d’Uchi Maius à la séparation de Carthage qui en était le préalable indispensable. Mais le terme de liberté ne vise qu’indirectement la sujétion des temps passés. Dans l’emploi qui est fait, le mot doit revêtir un sens abstrait, et être, en son fondement, considéré pour lui-même : il apparaît parce qu’une nouvelle cité apparaît ; il exprime, mais à ce moment seulement, la naissance à l’identité civique. On ne peut certes oublier les circonstances qui ont produit cette issue heureuse. Mais le terme qui est employé vient définir la nouveauté d’un statut et servir de point de départ à une nouvelle phase de l’histoire de la cité. Il occulterait presque le passé et le lent processus d’émancipation juridique qui s’était déroulé durant le IIe siècle ap. J.-C. Il doit être apprécié par le contexte juridique neuf qui est désormais en place, et d’abord par la dénomination de la nouvelle communauté (municipium dans certains cas, colonia ici), qui oriente vers certaines formes générales, sans pour autant codifier totalement la complexité de l’organisation juridique et des droits. Au-dessous de ce niveau général, cette libertas peut alors se prêter à des définitions nuancées. Mais, à première vue, dans le contexte concret de l’inscription d’Uchi Maius, le mot ne livre de lui-même que la singularité de son acception et la force de sa signification, mais point toute la richesse de ses composantes.

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De plus, comme il a été aussi écrit dans l’inscription, il s’agissait d’une liberté recouvrée : ad ae[ter]num testimonium reciperat[ae l]ibertatis. La référence à la liberté correspond parfaitement à l’acquisition du statut colonial, étape ultime et décisive d’un processus établissant l’autonomie civique en faveur de la communauté qui vivait à Uchi Maius. Mais la seule référence à l’acquisition du statut colonial, qui éclaire l’emploi du terme libertas, ne peut pas épuiser le sens de l’expression retenue par les rédacteurs et gravée pour la postérité (reciperata libertas). Ces derniers avaient aussi le sentiment qu’un statut leur avait été rendu, dont ils avaient joui par le passé et dont ils avaient été privés, et que cette privation avait duré tant que le statut colonial et l’autonomie civique ne leur avaient pas été restitués. De leur point de vue, même la lente assomption vers le statut colonial, qui se produisit durant la fin du IIe siècle et le premier tiers du IIIe siècle, n’avait pas effacé cette situation malheureuse de la communauté puisque, quels qu’aient été les privilèges accordés au pagus, celui-ci ne disposait pas de la dignitas civitatis : nulla dignitate civitatis ornantur, écrivait au sujet des pagi Isidore de Séville [50]  Isid., Etymolog., 15, 2, 11-12, rappelé à ce propos... [50] . Le problème à traiter est donc double dans ses implications : il comporte un état présent, et, puisqu’il existe une implication chronologique dans la mesure où la référence aux retrouvailles avec la liberté introduit une visée rétrospective, il s’impose aussi de revenir sur un état passé qui est par ailleurs difficile à appréhender. Les premiers commentateurs n’ont pas méconnu la complexité du texte, lorsqu’ils ont évoqué l’autonomie totale acquise par Uchi Maius par rapport à la colonie de Carthage, et les rapports de subordination qui existaient jusque-là entre ces deux communautés. En effet, tant que subsista la subordination du pagus vis-à-vis de la colonie de Carthage, il manquait l’émancipation totale que seule apporta le statut colonial : c’était là que résidait la liberté d’Uchi Maius [51]  En ce sens les observations de M. Khanoussi-P. Ruggeri,... [51] . Mais il fallait aussi comprendre, puisque l’on prétendait dans un contexte aussi solennel, qu’elle avait été recouvrée (reciperata), qu’aurait existé initialement une liberté de la communauté d’Uchi Maius, perdue à une certaine date. L’inscription laisse donc entendre que c’est la subordination à Carthage qui avait été perçue comme signe évident de la perte de cette liberté. Le texte de l’époque de Sévère Alexandre se réfère donc à une période passée de l’histoire institutionnelle d’Uchi Maius, comme s’il existait la conscience d’une histoire locale de longue durée. Ainsi, vers le premier tiers du IIIe siècle on considérait qu’avait existé une période durant laquelle la communauté résidant à Uchi Maius disposait de la pleine autonomie civique, préfigurant celle dont jouissait la colonie créée par Sévère Alexandre. Il en va de même à Orcistos un siècle plus tard, lorsque les demandeurs s’adressent à Constantin : Exemplum precum … et ex antiquis[sim]is temporibus ab origine etiam [civ]itatis dignitatem obtinuit [52]  CIL, III, 352 = 7000 (ILS, 6091) = MAMA, VII, 305 ;... [52] .

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Il ne semble pas nécessaire de rattacher explicitement cette conscience d’une antique autonomie avec les prétentions « mariennes » de la communauté, même si la remise en honneur du souvenir de l’action de ce grand général apporte un horizon historique et chronologique pour structurer une phase très ancienne, peut-être première, de l’histoire de la cité : mais on n’oubliera pas que c’est précisément peu après l’élévation au statut colonial et peu après l’entrée dans la libertas que s’affiche une longue histoire locale dans les inscriptions officielles. On se référera plutôt au texte de Pline l’Ancien, qui mentionne Uchi Maius comme oppidum civium Romanorum dans la liste des communautés de la province d’Afrique citées dans l’Histoire naturelle : oppida c. R. XV, ex quibus in mediterraneo dicenda … Vchitana duo, Maius et Minus [53]  Pline, NH, V, 3, 29. On se référera au commentaire... [53] . Ce texte, en effet, par la qualité juridique reconnue à la communauté installée sur place, est celui qui se place dans la meilleure perspective pour le rapprochement relatif au statut de liberté ; mieux : d’une liberté recouvrée. Mais nous abandonnerons immédiatement l’auteur pour atteindre sa source. Ainsi, vraisemblablement, la mention d’Uchi dans la source utilisée par Pline signifierait qu’à l’époque de sa rédaction ce qui devait par la suite devenir un pagus de Carthage, inclus dans la pertica de cette grande colonie et soumis tant aux décisions qu’à l’action des autorités de celle-ci, disposait d’un statut qui, au IIIe siècle, pouvait être considéré comme l’équivalent de la pleine autonomie institutionnelle. Ce regard vers le passé invite à rechercher quelle était exactement la situation juridique de cette communauté avant son inclusion dans la pertica. Il n’y eut certainement pas coexistence d’un pagus marien avec un municipe augustéen, comme l’avait supposé J. Desanges [54]  J. Desanges, « Le statut des municipes d’après les... [54] . Mais par ailleurs le point de vue habile et conciliateur de J. Gascou, selon lequel derrière l’expression oppidum c. R. se cacheraient soit des municipes soit des villes contenant en leur sein un groupe important de citoyens romains [55]  J. Gascou, « Municipia civium Romanorum », Latomus,... [55] , est difficile à mettre en pratique lorsqu’il s’agit d’examiner les cas concrets : peut-on faire entrer dans l’une ou dans l’autre de ces catégories la communauté qui se trouvait établie à Uchi Maius, lorsqu’elle méritait une mention spécifique dans le document utilisé par Pline l’Ancien. Il y a peut-être à rechercher une autre situation juridique, ajoutant une autre hypothèse aux précédentes [56]  C’est dans ce sens que s’était orienté la réflexion... [56] . On retombe ainsi sur les difficiles problèmes d’interprétation des listes pliniennes dans la description de l’Afrique au sein de l’Histoire naturelle [57]  Il faut aborder cette question en confrontant deux... [57] et sur les questions relatives à la constitution de la pertica de Carthage. Néanmoins l’inscription d’Uchi Maius qui célèbre la fondation de la colonie impose de revenir sur cette période ancienne de l’organisation provinciale. On peut envisager l’existence d’une communauté, constituée de citoyens romains [58]  La conclusion à laquelle nous parvenons conduirait... [58] . Les pagi de la pertica de Carthage comportaient des personnes de ce statut : rétrospectivement on peut établir une telle continuité entre le pagus Uchitanorum Maiorum et l’oppidum civium Romanorum. La référence à une libertas antique impose de considérer que les membres de la communauté autonome dont on doit supposer l’existence devaient disposer de ce statut, le plus digne. Doit-on attribuer à celle-ci, dans cette phase première, le nom et le statut d’un pagus, comparable à ceux dont l’existence autonome est toujours connue à l’époque sévérienne [59]  L. Maurin, « Pagus Mercurialis veteranorum Medelitanorum.... [59]  ? Pourquoi pas ? Mais cette situation privilégiée, si elle est au moins envisageable en théorie, n’aurait été préservée que pour un certain temps seulement, car cette communauté aurait perdu à partir d’une date haute son autonomie et n’aurait subsisté qu’à l’état de relique dans la géographie administrative de la grande colonie : se poserait alors la question de la date de cette intégration [60]  A. Beschaouch envisage aussi de retrouver un pagus... [60] . Comme on peut le constater, les hypothèses se multiplient sans que l’on puisse résoudre toutes les difficultés du texte de Pline, comme déjà l’avait observé J. Desanges pour d’autres passages. L’histoire première d’Uchi Maius doit cependant être revisitée, ne serait-ce que pour éclairer cette phase de libertas et, à l’occasion, pour rechercher quelle était la distinction établie par l’inscription augustéenne entre les coloni et les Uchitani. L’inscription célèbre, sur laquelle A. Beschaouch a lu la marque de l’aequitas d’Auguste [61]  CIL, VIII, 26274 = ILTun., 1370, revue par A. Beschaouch... [61] , ne distinguait-elle pas entre les Uchitani, premiers maîtres du lieu, et les membres d’un ban de colons, venus s’ajouter à eux par décision impériale ? Dans l’interprétation traditionnelle, les Uchitani étaient considérés comme les indigènes, mais disparaissait par la suite toute trace de leur présence, totalement effacée par le pagus. Cette situation est d’autant plus curieuse que les indigènes auraient profité de l’aequitas d’Auguste, c’est-à-dire d’une véritable faveur officielle : or rien ne vient indiquer l’existence d’une civitas comme à Dougga [62]  Ci-dessus n. 38. En revanche, on pourrait proposer... [62] . Mais faut-il nécessairement résoudre la distinction coloni/Uchitani par l’opposition colons/indigènes ? Dans la mesure où nous savons que les Uchitani du IIIe siècle se présentaient comme Mariani, ne pourrait-on envisager que se serait produite la confluence de deux groupes successifs de citoyens romains : d’anciens occupants, établis depuis près d’un siècle lorsque Phileros intervint au nom d’Auguste [63]  Ce qui n’élimine pas toutes les incertitudes quant... [63] , et de nouveaux arrivants installés à son initiative : castellum divisit inter colonos et Uchitanos termin(os)que constituit. Le pagus, désormais dépendant de Carthage – et reconsidéré dans cette optique –, aurait pris la suite de ce que Pline appelait oppidum civium Romanorum, à partir de sa source. Autrement dit : l’oppidum civium Romanorum, aurait précédé la fusion de ces deux vagues de résidents, et celle-ci aurait elle-même accompagné ou fait suite dans de brefs délais à l’intégration de la nouvelle communauté dans la pertica de Carthage ainsi qu’à la perte de l’autonomie : lorsque le rédacteur de l’inscription de Phileros utilise le terme castellum, le déclassement de l’oppidum civium Romanorum vient de se produire et c’est une nouvelle situation juridique que connaît la communauté de citoyens romains implantée à Uchi Maius.

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En ce qui concerne la composition de la documentation utilisée par Pline, la datation de la source qui fournit les renseignements sur ces oppida civium Romanorum pourrait s’en trouver affectée, puisque c’est vers 26 avant J.-C. que l’on place la mission de l’affranchi M(arcus) Caelius Phileros [64]  J. Gascou, « La carrière de Marcus Caelius Phileros »,... [64] . Il faudrait envisager que la rédaction de la source qu’utilisa Pline se serait produite avant cet événement, puisqu’elle transmettait l’information sur l’autonomie d’Uchi Maius, suivant notre interprétation [65]  J. Desanges, dans le commentaire de Pline, HN, 5, 29,... [65] . On remonterait donc en direction de l’époque triumvirale ou de l’époque césarienne la date de cette rédaction. Dans la mesure où le renseignement se trouve dans un passage qui envisage l’Africa dans une configuration unitaire on peut se demander si la source de Pline ne devient pas un repère marquant de la création de la province d’Africa, telle qu’on la connaissait à l’époque augustéenne et à l’époque impériale, unissant désormais les deux provinces qui avaient fait suite à la victoire césarienne dans la guerre civile, distinction qui s’était poursuivie pendant quelques années. On a estimé que la situation de division avait pris fin en 27, lors du partage des provinces qui distingua les provinces prises en mains par le prince et les provinces du peuple romain [66]  Point de vue constant depuis Gsell, semble-t-il, dans... [66] . Mais on a aussi proposé, sans que tous les arguments soient également convaincants, que l’installation de Lépide aurait pu entraîner l’unification des deux provinces d’Africa vetus et d’Africa nova, sinon le passage à peine plus tardif sous l’autorité d’Octavien [67]  C’est l’argumentation de D. Fishwick et de B.D. Shaw... [67] . Si l’on considère que l’établissement de ce fait demeure une condition nécessaire pour éclairer le débat, on remarquera que la fusion des deux provinces ne put se produire qu’après quelques années de luttes au début de l’époque triumvirale [68]  Cette restriction est nécessaire, qui nous conduirait... [68] . Il semble aussi, maintenant que l’on pourrait savoir qu’Uchi Maius connut une antique période d’autonomie, que l’organisation de la grande pertica de Carthage fut un peu postérieure à cette date. La date de rédaction de la source de Pline ne serait pas césarienne [69]  On doit tenir compte de la réévaluation qu’a proposée... [69] , ni augustéenne, mais un peu antérieure à l’année 27 : c’est alors que la communauté des habitants d’Uchi Maius auraient reçu leur statut d’oppidum civium Romanorum, ou bien auraient vu ce statut, déjà acquis, confirmé par l’inscription dans la formula provinciale.

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Que la séparation de Carthage, source de pleine autonomie, ait été assimilée à l’acquisition de la liberté, parce qu’elle créait une communauté pleinement autonome, c’est-à-dire une cité, permet aussi à présent de revenir sur les épithètes qui apparaissent dans la nomenclature de plusieurs municipes sévériens, détachés de la grande colonie lors de leur constitution sous le principat de Septime Sévère. En effet, la dénomination de Thugga et celle de Thibursicum Bure, entre autres, contiennent l’épithète liberum. Ce n’est point pour rendre hommage à Liber Pater, hypothèse formulée un instant par A. Merlin et L. Poinssot [70]  A. Merlin et L. Poinssot, « Une nouvelle inscription... [70] , remettant en honneur une suggestion de J. Toutain [71]  J. Toutain, Les cités romaines de la Tunisie, Paris,... [71] que ce savant avait de lui-même abandonnée pour envisager l’existence de municipia libera [72]  J. Toutain, s.v. municipium, dans Dict. Antiquités,... [72] . Sans vouloir rendre vie à cette hypothèse, ni à celle qui voyait dans les municipes portant le titre liberum des résurgences d’antiques civitates liberae [73]  W. Barthel, Zur Geschichte der römischen Städte in... [73] , il convient cependant, comme les travaux récents l’envisagent, de souligner à nouveau le lien chronologique entre la constitution de ces municipes, cités désormais détachées de la tutelle carthaginoise, et l’affirmation de cette liberté [74]  Voir en particulier J. Gascou, La politique municipale,... [74] . L’acte de naissance, qui se traduit aussi par la titulature épigraphique de ces municipes, inclut formellement le terme liberum. Sans aucun doute cette liberté n’est pas la liberté des civitates liberae, garantie par la puissance publique romaine lors de la constitution de la province d’Afrique au lendemain de la chute de Carthage, et étendue à d’autres communautés par César lors de l’organisation de l’Africa nova : ces cités d’Afrique avaient leur équivalent dans le monde grec, mais c’est dans ce milieu politique et culturel que se dégagent des textes les composantes les plus évidentes de la thématique de « la liberté des cités » [75]  J.-L. Ferrary, « Le statut des cités libres dans l’empire... [75] . Était-ce exactement la liberté dont se prévalaient les autorités d’Uchi Maius sous Sévère Alexandre, ou bien celle dont se prévalaient les autorités des municipes sévériens dont nous avons évoqué la titulature épigraphique ? Établir des parallèles trop étroits ne permet peut-être pas d’aboutir aux solutions les plus satisfaisantes.

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On ne peut cependant pas oublier que la liberté en question est associée, pour ces cités africaines, à l’acquisition de l’autonomie totale par rapport à l’autorité de Carthage, puisque ces communautés avaient été dégagées de toute emprise des institutions de cette colonie [76]  Cette interprétation a été suggérée par C. Poinssot,... [76] , bénéficiant dès lors de ce que C. Lepelley a appelé une « émancipation » [77]  C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », dans Dougga.... [77]  : c’était un saut qualitatif d’importance. Par rapport à la situation juridique que connaissaient les cités libres du monde grec, les mots seraient les mêmes, mais l’horizon de cette liberté serait plus limité [78]  Mutatis mutandis, on pense à la liberté rendue aux... [78] . Pour les premières c’était face à Rome, puis face à sa puissance représentée par les gouverneurs que ce privilège s’exprimait : elles visaient, souvent en rappelant des traits d’histoire ancienne, la grande cité conquérante, afin de mieux se poser dans le cadre provincial. Au sein de la province d’Afrique, dans un contexte provincial plus banal, cette liberté, liée à la naissance et à l’apparition d’une cité et de toutes les formes de la vie civique, se résumerait peut-être à des exigences plus prosaïques : vivre à part sans l’ombre d’une quelconque dépendance, figurer de plein droit dans la liste des communautés provinciales, ne pas avoir à subir les affronts de quelque subordination que ce soit de la part des cités voisines. Ce sont les quelques éléments de principe, les raisons premières de la fierté affichée, surtout si elle se fondait sur un statut fraîchement acquis. Mais la référence à Carthage et le constat de l’émancipation sont des références plus négatives que positives : ce sont les causes et les éléments de circonstance, non le résultat. Et c’est ce résultat même qui, seul, fait apparaître la référence à la libertas. C’était cet aboutissement qui pouvait être considéré comme le facteur nécessaire et suffisant pour faire surgir cette notion de liberté et en valoriser la thématique. Le souvenir de la sujétion récente suffisait à soutenir la vigueur de l’affirmation, et à justifier son installation dans les noms officiels de la communauté. C’est pourquoi dans la titulature civique de Thugga, de Thibursicum Bure et d’Aulodes, le terme liberum intervient pour marquer le statut présent et à venir. C’est dans un contexte strictement comparable qu’à propos de la renaissance d’Orcistos Constantin évoque le privilegium libertatis [79]  Panneau III : … non honore modo verum libertatis etiam... [79] .

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Ainsi, dans le débat destiné à définir les contours de la liberté des cités africaines (Uchi Maius, Thugga et Thibursicum Bure, Aulodes aussi), tous les documents relatifs aux origines ou proches des instants de la naissance, ne nous éloignent pas trop des analyses qu’avait présentées P. Veyne [80]  P. Veyne, « Le Marsyas “colonial” et l’indépendance... [80] et qui avaient été retenues dans un premier temps par J. Gascou. Cette liberté essentielle, acquise avec le statut municipal, qu’il s’agisse d’un municipium ou d’une colonia, se traduisait dans les communautés qui en jouissaient par la mise en évidence de signes évidents (signa libertatis, indicia libertatis, ornamenta libertatis). Certes il ne convient peut-être pas de rapprocher trop vite cette notion de liberté, que traduisait l’épithète liberum dans la titulature épigraphique des municipes de Thugga et de Thibursicum Bure, de la libertas la plus remarquable, celle qui résultait de la pratique politique de Rome lorsqu’elle maintenait l’indépendance de cités qu’elle voulait honorer et protéger par les avantages les plus prestigieux, telle la cité d’Aphrodisias de Carie [81]  On rappellera à ce propos une des formulations de P.... [81] . Toute réflexion sur la liberté des cités dans la province d’Afrique ne doit pas être soumise à cette seule problématique et être exclusivement subordonnée à ses formulations. Ailleurs, le privilège de liberté c’est aussi, tout simplement, le développement du fait civique, l’extension du genre de vie politique par la volonté des rois ou des puissances dominantes. Il se réalise d’une façon plus concrète et vécue dans l’exercice des iura civitatis, comme invite à l’admettre une remarque de Fr. Jacques, que nous invoquerons plus loin, qui vise à compléter le point de vue de P. Veyne. Ce qui vient d’être développé sur les actes de naissance d’Uchi Maius ou de Thugga entre dans ce contexte. Ce n’était pas par rapport à Rome, et à l’exception de sa sujétion dont auraient désormais profité ces cités, que pensaient les notables africains. C’était plutôt à l’existence civique en soi, fait nouveau qui conditionnait le fonctionnement de la vie collective, et surtout élément de fierté, puisqu’il correspondait à un idéal de civilisation, vécu au plus près dans le contexte provincial. Telles sont les conclusions que l’on peut formuler quand on s’intéresse aux moments et aux épisodes de la fondation des cités. Et sur ce point on peut estimer que la libertas d’Uchi Maius sous Sévère Alexandre ressemblait à celle de Thugga ou de Thibursicum Bure à l’époque de Septime Sévère.

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Mais le dossier de la libertas de Thugga s’inscrit dans une longue période. En effet, la récurrence du thème dans l’épigraphie de cette cité n’a pas manqué d’intriguer [82]  Ci-dessus n. 36 avec la bibliographie. On ajoutera... [82] . Elle a conduit à remettre en question le sens du terme et à rechercher s’il n’aurait pas revêtu une acception plus concrète, et ainsi à éclairer les démêlés de la cité avec les responsables provinciaux à propos de ses privilèges fiscaux ou financiers.

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La première pièce de ce dossier est une inscription de Thugga, datée de 232, par laquelle on apprend que le municipe sévérien dédie un monument à Sévère Alexandre, qualifié de conservator libertatis [83]  CIL, VIII, 1484 = 26552 = ILTun., 1415 = Dougga, fragments... [83] . Elle est de peu postérieure à l’inscription d’Uchi Maius. On envisage aussi que l’événement qui se trouve à l’arrière-plan aurait pu se traduire par l’insertion de l’épithète Alexandrianum dans la titulature du municipe. Mais le rapport ainsi établi n’est pas donné directement par le texte, puisque l’inscription de 232 n’en porte pas mention, et qu’il faut attendre le règne de Gallien pour savoir que la cité avait voulu ainsi marquer l’importance d’un bienfait reçu de Sévère Alexandre [84]  Comme l’avait déjà remarqué J. Gascou, « La politique... [84] . Quoi qu’il en soit, on peut remarquer le soin qu’avaient pris les autorités du municipe pour rétablir dans le corps de l’inscription le souvenir d’un prince dont le nom avait été martelé en 235. Ce témoignage d’attachement venant des autorités de la cité [85]  Sur les modalités de la regravure, on verra les observations... [85] a été interprété comme un signe de l’importance de l’action de ce prince, sous-entendant l’octroi d’une bienveillance significative, dont la valeur pouvait être durablement appréciée [86]  F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 593-594, a estimé... [86] . Mais quel était l’objet du débat ? F. Jacques estime à juste titre que le titre accordé à l’empereur serait disproportionné s’il s’agissait d’une simple confirmation du statut du municipe. Il ne s’agit sûrement pas, non plus, de défendre l’existence même du municipe. Mais faut-il nécessairement envisager la défense de privilèges fiscaux, et faire de ce texte le premier témoignage d’une lutte ardente pour la préservation d’avantages de cette nature, hérités de l’antique immunité dont aurait joui le territoire de Carthage ? L’inscription est muette. Le terme libertas est trop abstrait et trop général pour orienter nécessairement dans ce sens précis. Quant au terme conservator, il entre aussi dans la description abstraite des fonctions de l’empereur [87]  E. Guerber, « La liberté des Grecs et ses prolongements... [87] . L’interprétation proposée demeure donc très aléatoire.

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L’étape suivante, marquée par une autre pièce du dossier, se place quelques décennies plus tard, lorsque le chevalier romain A(ulus) Vitellius Felix Honoratus, dont la carrière d’avocat du fisc s’était prolongée d’une mission relative au ravitaillement de l’armée (p(rae)p(ositus) agens per Campaniam Calabriam Lucaniam Picenum annonam curans militib(us) Aug(usti) n(ostri)), avait assumé une ambassade pour le compte de sa patrie [88]  CIL, VIII, 26582 (ILS, 9018) ; M. Khanoussi-L. Maurin,... [88]  : pro libertate publica volumtaria (sic) et gratuita legatione functo. On a pu voir dans cette expression remarquable du texte une allusion à l’intervention du personnage en faveur de l’élévation de Thugga au rang colonial, par décision de Gallien [89]  M. Christol, « Gallien, Thugga et Thibursicum Bure »,... [89] , l’argument en faveur de ce rapprochement reposant sur la forte coïncidence chronologique qui semble lier les deux événements. On pouvait certes le trouver insuffisant, tant que l’on reportait sur Valérien la paternité de la promotion de la cité ou bien si, pour en récuser la possibilité, on maintenait sans discussion ce point de vue sur la création de la colonie qui devait être considéré comme fragile. En tout cas, maintenir le développement sur la signification exclusivement fiscale qu’il conviendrait d’attribuer à la libertas publica [90]  Ainsi J. Gascou, « Conservator pagi », dans Dougga.... [90] revenait à passer totalement sous silence l’effet que put produire sur les contemporains cette élévation de statut [91]  En effet il ne faut pas tenir pour de peu d’importance... [91] . Tout ce que l’on a appris récemment sur l’œuvre de Gallien à Thugga montre l’ampleur des effets de cette promotion coloniale dans la vie publique et dans le paysage urbain. Si l’on peut faire valoir que le lien entre l’ambassade et l’octroi du titre colonial n’est pas explicite, il serait curieux toutefois qu’il ait été alors nécessaire d’intervenir auprès du prince dans un esprit défensif, afin de préserver des avantages au moment même où, par ailleurs, se manifestait la bienveillance impériale.

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Il reste enfin une ultime pièce dans le dossier épigraphique. Elle se place durant le règne de Probus, qualifié de conservator dignitatis et libertatis [92]  CIL, VIII, 26561 = Dougga, fragments d’histoire, p. 168-170,... [92] . Alors que, dans un premier temps, J. Gascou avait remarqué que « de la juxtaposition de ces deux concepts dignitas et libertas, il faut conclure que le second n’a pas de contenu plus précis que le premier » [93]  J. Gascou, La politique municipale, p. 180. [93] , une fois de plus l’explication s’est orienté par étapes vers des considérations plus concrètes. Pourtant, F. Jacques d’une part remarquait que « la dignitas municipale n’était certainement pas strictement quantifiable », et d’autre part ne dépassait pas dans ses conclusions une affirmation de caractère général selon laquelle cette inscription fournirait « une attestation très tardive de la conservation des statuts particuliers » [94]  F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 594-595. [94] . Mais récemment tant J. Gascou que C. Lepelley se sont attachés à mettre en avant, de façon exclusive, la défense des privilèges fiscaux, qui auraient été, une fois de plus, systématiquement menacés [95]  J. Gascou, « Conservator pagi », dans Dougga. Études... [95] . Cette inscription peut être rapprochée de la base de statue, dédiée à l’empereur Probus, quot saeculo eius universus orbis floreat [96]  CIL, VIII, 26560 (ILS, 8927) = Dougga, fragments d’histoire,... [96] . Pris isolément, l’éloge que porte cette dernière n’implique pas nécessairement, par le caractère général qu’il revêt, l’existence d’un rapport précis entre la politique impériale et la colonie de Thugga. Mais peut-on négliger le texte précédent adressé au même empereur ? Ne doit-on pas rappeler que le thème de l’éclat florissant d’un règne peut être mis en rapport avec une de ses modalités les plus importantes, la vigueur de la politique de soutien aux cités ? Quelques années plus tard, les dédicaces de monuments, érigés ou restaurés, reprendront des expressions de même inspiration (temporibus felicissimis, felicissimo saeculo, beatissimo saeculo, florentissimo saeculo, etc.) [97]  M. Christol-A. Magioncalda, « Note su un’iscrizione... [97] . C. Lepelley se demande même, à bon droit, si le sénateur Iulius Italicus, qui a exercé la cura de cette statue, ne doit pas cette responsabilité à la fonction de curateur qu’il aurait exercée à cette époque dans cette cité [98]  C. Lepelley, Les Cités de l’Afrique romaine au Bas-Empire,... [98] . On retrouverait ainsi la situation déjà connue sous Gallien, lorsque pour mettre en œuvre une politique édilitaire très active un curateur de cité avait été nommé. Si le rapprochement des deux textes est légitime, on devrait envisager que l’évocation de la dignitas et de la libertas de Thugga correspondraient à la restauration ou à l’embellissement du cadre urbain avec l’appui de l’empereur. Les aspects financiers ne sont certainement pas absents des tractations engagées, mais une fois de plus c’est dans le contexte du développement de la civilisation municipale, plus que dans la défense de privilèges, qu’il convient d’aborder ces documents.

33

Quoi qu’il en soit, la question de la liberté de Dougga constitue un dossier difficile à exploiter, car les mots des inscriptions ne laissent pas toujours découvrir la réalité des situations auxquelles ils pourraient s’attacher. Sans aucun doute, chaque fois que les autorités de la cité ont eu recours à ces références, il s’agissait d’une initiative motivée. La perspective tracée orientait vers les valeurs fondamentales de la vie civique, ainsi que vers les composantes juridiques et matérielles qui en étaient le support. C’est ici qu’il faut compléter le point de vue de P. Veyne par une remarque judicieuse de F. Jacques [99]  F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 597. [99]  : « … la “liberté” des cités pouvait avoir un contenu juridique précis, relevant de l’idéologie et du droit » [souligné par l’auteur]. Or, dans les textes épigraphiques examinés on peut bien saisir le sens général, mais plus difficilement l’arrière-plan concret. En tout cas, l’usage de ce vocabulaire solennel n’implique pas la manifestation constante de menaces sur l’existence de cette cité, c’est-à-dire sur le maintien de son statut de municipe, plus tard sur son statut de colonie, comme si avait pu se produire une tentative de revanche de Carthage. S’il fallut défendre la « liberté » de la cité, c’est par rapport à des menaces qui pesaient sur des éléments considérés comme constitutifs de cette « liberté », comme l’avait relevé Fr. Jacques. Mais ces derniers étaient multiples. Le statut juridique se décomposait en clauses diverses, que l’on considérera comme des éléments seconds mais point secondaires. Ces éléments seconds, dont le maintien était sensible au niveau de la vie quotidienne, étaient considérés par les autorités locales comme des pièces de la liberté quand ils étaient mis en question ou en péril. Ils revêtaient alors une importance essentielle, et se substituaient dans les textes à l’élément fondateur, la partie devenant synonyme du tout. Ainsi, sans que l’existence de la cité ait été remise en cause, les éléments seconds de la liberté passaient pour la liberté elle-même. Ce pouvaient être des particularités financières, mais aussi des particularités juridiques. Peut-être a-t-on trop souvent envisagé, dans les travaux récents, qu’aient joué un rôle prégnant les considérations fiscales, relevant du statut des terres et des exemptions dont elles auraient pu bénéficier, par héritage d’avantages anciens. Les réflexions fondées sur le rapprochement avec l’immunité dont jouissait la pertica de Carthage, quoique vraisemblables, sont tout de même hypothétiques, quelle que soit l’ingéniosité mise à justifier ce point de vue et à l’adapter au commentaire de tous les documents rassemblés. La défense de la liberté pouvait aussi s’exprimer dans des conflits avec des communautés voisines, ou bien dans des questions de préséance dans la vie provinciale. Bref, si l’on veut l’envisager comme un tout, le problème de la liberté de Dougga, comme celui d’autres cités de la province, reste entier en raison du caractère abstrait du vocabulaire utilisé. Les références aux valeurs idéales de la vie municipale masquent trop souvent l’originalité et la singularité des situations vécues.

34

Comme le suggère le commentaire de l’inscription nouvellement issue d’Uchi Maius, et comme l’indiquerait aussi le réexamen des divers documents relatifs à Thugga, ce sont des situations très diverses qui se laissent entrevoir. Elles tiennent au statut lui-même, elles tiennent aussi à la vie matérielle et au développement urbain. Mais par delà d’autres situations sont possibles. Tous les documents invoqués montrent que l’affirmation solennelle des valeurs de libertas et de dignitas se produit à l’aboutissement d’un dialogue avec le pouvoir impérial, plus ou moins élaboré, dans certains cas soutenu par l’intermédiaire d’ambassades : dans le dossier épigraphique de Dougga, à celle qu’assuma A(ulus) Vitellius Honoratus pro libertate publica s’ajouta, mais à une date incertaine quoiqu’un peu plus tardive, celle d’un autre notable, L(ucius) Instanius Commodus Asicius [100]  CIL, VIII, 26601 + MEFRA, 105, 1993, p. 66-67 (d’où... [100] . D’après le texte qui relate le déroulement de sa mission, qu’il réalisa libentissime adque abstinentissime ainsi que sine one[re] rei [publicae], on apprend qu’il alla défendre sa cité devant l’empereur ([ad] s[acr]as aures). Il en allait des cités africaines comme des cités grecques. D’un côté comme de l’autre les enjeux étaient multiples et divers, souvent sérieux sans aucun doute, parfois peut-être futiles, du moins à nos yeux. Mais les mêmes grands mots pouvaient sceller l’issue heureuse des interventions ou la conclusion des conflits, après avoir soutenu l’argumentation des délégués et fourni un horizon de référence. On a pu relever que les contextes changeaient et que le sens des mots pouvait s’infléchir ou se nuancer lorsque l’on recherchait l’arrière-plan qui pouvait expliquer la rédaction et l’apparition des documents. Néanmoins l’horizon des références demeurait intangible, montrant la vigueur de l’esprit municipal, et l’attention de l’autorité impériale à le préserver, à tout le moins dans les mots, des mots qui étaient toujours le bien commun des gouvernants et des gouvernés [101]  Au moment où le texte est confié à l’éditeur [début... [101] .

Notes

[1]

M. Khanoussi et A. Mastino (dir.), Uchi Maius 1. Scavi e ricerche epigrafiche in Tunisia, Sassari, 1997 (désormais cité Uchi Maius 1).

[2]

A. Merlin et L. Poinssot, Les Inscriptions d’Uchi Maius d’après les recherches du capitaine Gondouin, Paris, 1908 (désormais cité Inscriptions d’Uchi Maius).

[3]

J. Zeiller, « Inscriptions latines d’Afrique », BCTH, 1903, p. 188, n° 2 des inscriptions de Teboursouk ; A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius, p. 45-49, n° 28 (d’où AE, 1908, 263) ; CIL, VIII, 26262.

[4]

Mais point sur sa date, puisque dès le début A. Merlin et L. Poinssot, par rapprochement avec leur inscription n° 2 (p. 23-24) = CIL, VIII, 15447, proposaient de dater l’inscription de la neuvième puissance tribunicienne de Sévère Alexandre (10/12/229-9/12/230), et de son troisième consulat (1/1/229). Cette déduction a été confirmée par les dernières découvertes de fragments, puisqu’à présent on dispose d’une façon évidente de la mention du troisième consulat (sur le bloc g de la reconstruction de M. Khanoussi et de P. Ruggeri : cf. n. suiv.). Néanmoins l’hypothèse de Merlin et de Poinssot était bien étayée. C’est pourquoi certaines déductions chronologiques sur la carrière du sénateur L(ucius) Caesonius Lucillus Macer Rufinianus n’en sont que plus surprenantes (voir ci-dessous n. 12).

[5]

Nouveau fragment dans l’article de G. Pianu-P. Ruggeri, « Vectigalia civitatibus ad proprias fabricas deputavit : Severo Alessandro e il primo arco della colonia di Uchi Maius alla luce di un nuovo framento della dedica (CIL, VIII, 26262) », dans Varia Epigraphica. Atti del Colloquio Internazionale di Epigraphia, Bertinoro, 8-10 giugno 2000 (G. Angeli-Bertinelli et A. Donati, dir.), Faenza, 2001, p. 349-369 ; enfin et surtout M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis. La dédicace de l’arc de Sévère Alexandre à Uchi Maius à la lumière des fouilles d’octobre 2001 », dans M. Khanoussi, P. Ruggeri, C. Vismara (dir.), L’Africa romana. Lo spazio marittimo del Mediterraneo occidentale : geografia storica ed economia, Atti del XIV convegno di studio, Sassari, 7-10 dicembre 2000, Rome, 2002, p. 2335-2356, particulièrement p. 2338-2556 : nouveaux fragments aux fig. 7, 8, 9, 10, 11, 12, avec regroupement fig. 13 ; nouveau texte p. 2349 et reconstruction graphique p. 2348.

[6]

M. Khanoussi, P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2351 ; voir aussi p. 2355.

[7]

CIL, XIV, 3900 (ILS, 1182) = Inscr. Ital., IV, 1, 102 ; CIL, XIV, 3901 (ILS, 1183) = Inscr. Ital., XIV, 103. Il était alors consularis.

[8]

CIL, XIV, 3902 (ILS, 1184) = Inscr. Ital., IV, 1, 104.

[9]

Pour le gouvernement de Germanie supérieure, en dernier W. Eck, Die Statthalter der germanischen Provinzen vom 1.-3. Jahrhundert (Epigraphische Studien, 14), Bonn, 1985, p. 76-77. Datation : « um 200 n. Chr. ? », antérieurement à T(itus) Statilius Barbarus, solution qui montre les difficultés qui existent pour interpréter le déroulement chronologique de ce cursus. La date du consulat suffect varie d’un auteur à l’autre, et donc celle du gouvernement qui le suivit à distance de quelques années. H.-G. Pflaum, Les fastes de la province de Narbonnaise (XXXe supplément à « Gallia »), Paris, 1978, p. 85, optait pour la date 197/198, à partir d’une chronologie quelque peu décalée vers l’amont, puisqu’il pensait que les décorations militaires avaient été gagnées dès 173 : pour ce savant le gouvernement de Germanie devrait être placé vers 201-203. G. Alföldy, Fasti Hispanienses. Senatorische Reichsbeamte und Offiziere in den spanischen Provinzen des römischen Reiches von Augustus bis Diokletian, Wiesbaden, 1969, p. 146-147, proposait des dates identiques à partir d’un déroulement un peu plus resserré de la carrière. F. Jacques, Les Curateurs des cités dans l’Occident romain de Trajan à Gallien, Paris, 1983, p. 74-76, avec la n. 9 plus particulièrement, semble avoir pris la mesure des datations proposées, qui lui semblent trop hautes. Sans les écarter, il propose d’élargir les fourchettes de datation vers le bas : le consulat serait à placer « entre 197 et 205 », le gouvernement de Germanie supérieure « entre 200 et 211 environ », etc. Il suit en quelque sorte les remarques de R. Syme, Emperors and Biography, Oxford, 1971, p. 145, n. 6, p. 159 et p. 164, qui après avoir proposé c. 200 (p. 139), estimait que le consulat devait sa placer vers 202. Nous avions suivi le point de vue de H.-G. Pflaum et de G. Alföldy : M. Christol, Essai sur l’évolution des carrières sénatoriales dans la 2e moitié du IIIe siècle ap. J.-C., Paris, 1986, p. 161-162. Mais il nous semble, en tenant compte que la curatelle de Teanum (en Campanie) est le dernier poste avant le consulat, que la première proposition de R. Syme (autour de 200) convient bien à cette carrière qui aurait pu prendre un élan décisif entre préture et consulat par la participation aux guerres de Septime Sévère pour la conquête du pouvoir. Ce sénateur aurait pu se trouver en Mésie supérieure, comme légat de la VIIa Claudia, lorsque se produisit le coup de force de la proclamation du nouveau prince à Carnuntum, qui reçut l’appui des armées des autres provinces danubiennes. Il mériterait de prendre place parmi les sénateurs qui entrèrent dans le premier groupe des partisans de Septime Sévère en avril 193, lors de la prise de pouvoir : à ce sujet, A. Birley, The African Emperor, Septimius Severus, Londres, 1988, p. 97-99. Il faut donc quelque peu décaler vers 204-205 le gouvernement de Germanie supérieure.

[10]

C’est aussi une des difficultés d’interprétation du cursus. B. E. Thomasson, Fasti Africani. Senatorische und ritterliche Amtsträger in den römischen Provinzen Nordafrikas von Augustus bis Diokletian, Stockholm, 1996, p. 85-86 (n° 118) repousse le proconsulat d’Afrique sous Élagabal ou Sévère Alexandre, ce qui crée un intervalle bien trop long par rapport à la date du consulat.

[11]

Le dossier prosopographique a été examiné en dernier par K.-H. Dietz, Senatus contra principem. Untersuchungen zur senatorischen Opposition gegen Kaiser Maximinus Thrax, Munich, 1980, p. 103-109, n° 17, et par F. Jacques, Les Curateurs de cités…, p. 134-135, n° 55.

[12]

K.-H. Dietz, Senatus contra principem, p. 105, place le consulat vers 222, mais cet auteur considère que la fonction de légat du proconsul d’Afrique est de rang prétorien. Il récuse de plus la datation de 230 pour la fondation coloniale d’Uchi Maius (ibid., p. 106), mais voir à présent ci-dessus n. 4. F. Jacques, Les Curateurs de cités…, p. 135, n. 10, hésite sur la date de fondation coloniale, faute d’avoir pris la mesure des arguments avancés par Merlin et Poinssot sur le choix de l’année 230 (ci-dessus n. 4). Il hésite aussi sur la date du consulat, préférant retenir un arc chronologique entre 228 et 231/232, ce qui implique une hésitation sur le rang atteint lors du séjour de ce sénateur en Afrique. La curatelle de Pouzzoles est généralement de rang consulaire.

[13]

A. Chastagnol, Le Sénat romain à l’époque impériale, Paris, 1992, p. 179. Les textes d’Ulpien, repris dans Dig., 1, 9, datent du règne de Caracalla, notamment le traité de censibus dont provient Dig., 1, 9, 12, selon T. Honoré, Ulpian, Oxford, 1982, p. 164-165. Sur l’importance de la date de 212, au-delà de la promulgation de la constitution antonine, M. Christol, L’Empire romain du IIIe siècle, Histoire politique (192-235 après J.-C.), Paris, 1997, p. 38-39 et 65. Peut-être que cette admission dans le patriciat fut accompagnée de la cooptation par le collège des arvales, puisque la première attestation de la participation de ce personnage aux activités de la confrérie se place en 213 ap. J.-C. (voir n. 31).

[14]

Nous remontons ainsi de quelques années les propositions avancées dans M. Christol, Essai, p. 162.

[15]

Voir déjà à ce sujet la n. 12 ci-dessus. La proximité du consulat des patriciens par rapport à la préture a été déjà soulignée par J. Morris, « Leges annales under the Principate », Listy Filologickè, 87, 1964, p. 331, 333, 336.

[16]

Il est assez rare de trouver des légats du proconsul de rang consulaire, mais le fait est bien attsté au IIe et surtout au IIIe siècles, tant en Afrique qu’en Asie : M. Christol et Th. Drew-Bear, « Un sénateur de Xanthos », JS, 1991, p. 207-211 ; voir aussi B. E. Thomasson, Legatus. Beiträge zur römischen Verwaltungsgeschichte, Stokholm, 1991, p. 60-61. Pour l’Afrique on citera, au IIe siècle, le cas du juriste P. Pactumeius Clemens (CIL, VIII, 7059 ; ILS, 1067) : leg. Rosiani Gemini procos. in Africa ; B. E. Thomasson, Fasti Africani, p. 109, n° 31.

[17]

AE, 1964, 223 ; sur ce personnage voir M. Christol, Essai, p. 160-167, n° 13 ; les hésitations sur le rang consulaire, exprimées par G. Barbieri, Akte IV Kongr. Epigr. (Vienne, 1964), p. 43-44 conduisent à bouleverser l’énumération des fonctions données par l’inscription ; B. E. Thomasson, Fasti Africani, p. 93-94, n° 130, ainsi que p. 117, n° 56 (où cet auteur est plus hésitant sur la place de cette fonction au sein du cursus) ; de même Id., Legatus, p. 60 et 127, n° 79.

[18]

Publication du texte et commentaire réduit par A. Beschaouch et M. Christol, « À propos d’une nouvelle inscription de Dougga. Questions de prosopographie et d’administration », BAC, ns., 25, 1996-1998, p. 101-102 (d’où AE, 1998, 1569) ; M. Khanoussi-L. Maurin, Dougga, fragments d’histoire. Choix d’inscriptions latines éditées, traduites et commentées (Ier-IVe siècles) (désormais cité Dougga, fragments d’histoire), Bordeaux-Tunis, 2000, p. 178-179, n° 67.

[19]

AE, 1971, 490. Il est difficile de suivre A. Beschaouch, « Une hypothèse sur la date du vice-proconsulat en Afrique de Q. Aradius Rufinus Optatus Aelianus », dans Epigrafia e ordine senatorio (Tituli, 4), I, Rome, 1982, p. 471-474, qui voudrait placer cette fonction en 217 : il pourrait être préférable de la décaler vers le règne de Sévère Alexandre.

[20]

B. E. Thomasson, Fasti Africani, p. 116, n° 54 ; Id., Legatus, p. 60 et 127, n° 77.

[21]

D’après Zos., I, 14, 1 ; X. Loriot, « Les premières années de la grande crise du IIIe siècle. De l’avènement de Maximin le Thrace (235) à la mort de Gordien III (244) », ANRW, II, 2, Berlin-New York, 1975, p. 690 ; voir aussi K.-H. Dietz, Senatus contra principem, p. 180. B. E. Thomasson, Fasti Africani, ne le retient pas.

[22]

A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius, p. 48, se contentent d’écrire « il remplaçait le proconsul absent et en remplissait les fonctions ». C’est aussi le point de vue de G. Pianu-P. Ruggeri, « Vectigalia publica… deputavit », p. 354 : « legato e vicario del proconsole d’Africa ». Dessau dans le commentaire ad CIL, VIII, 26262, considère qu’il se substitue pleinement au proconsul comme gouverneur (« cum vice proconsulis provinciam obtineret »).

[23]

H.-G. Pflaum, Les Procurateurs équestres sous le Haut-Empire romain, Paris, 1950, p. 134-136. L’originalité de cette situation, considérée comme un cas unique (mais voir tout de même ci-dessus pour Q(uintus) Aradius Rufinus Optatus Aelianus), a été relevée par A. Beschaouch, dans Epigrafia e ordine senatorio, I, p. 473.

[24]

Th. Mommsen, Le Droit public romain (trad. fr.), III, Paris, p. 296.

[25]

M. Christol et Th. Drew-Bear, « Un sénateur de Xanthos », p. 208-209, avec n. 44.

[26]

La découverte des derniers fragments permet de préciser les détails de l’expression. Mais les restitutions adoptées depuis toujours ([et auspiciis], à partir d’un parallèle avec CIL, VIII, 14395 (sur la fondation de la colonie de Vaga), sont ainsi validées. Sur le sens de ces indications, Fr. Hurlet, « Auspiciis Imperatoris Caesaris Augusti, ductu proconsulis. L’intervention impériale dans le choix et les compétences du proconsul d’Afrique sous les Julio-Claudiens », dans L’Africa romana XIII (Djerba 1998), Rome, 2000, p. 1526-1527 avec n. 58.

[27]

Comme ont tenu à l’observer M. Khanoussi et P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2355-2356.

[28]

Ci-dessous n. 33.

[29]

CIL, VIII, 14395. On se référera aussi aux commentaires de F. Hurlet, Le Proconsul et le prince d’Auguste à Dioclétien (mémoire inédit d’habilitation, Bordeaux III, 2003), p. 238-240, p. 365.

[30]

M. Khanoussi, P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2351. On doit remarquer que l’emploi du verbe administrare se retrouve dans la description des responsabilités du procurateur qui remplaçait le proconsul Galerius Maximus dans la province d’Afrique après sa mort en 258, peu après le martyre de Cyprien de Carthage : Passio SS. Montani et Lucii (éd. H. Musurillo, The Acts of the Christian Martyrs, Oxford, 1972, p. 218) : post ipsam noctem dies nobis hilaris agebatur, et continuo eadem die subito rapti sumus ad procuratorem, qui defuncti proconsulis partes administrabat.

[31]

Son activité est bien connue entre 213 (AFA, 99, l. 10) et 240 (AFA, 114, I, l. 5).

[32]

IRT, 382 (à propos de C. Paccius Africanus) : … pontif(ex), co(n)s(ul) proco(n)s(ul) Africae… ; ILAlg, I, 1282 (à propos de C. Pomponius Rufus Acilius Priscus Coelius Sparsus) : … co(n)s(ul), proco(n)s(ul), pontifex, sodalis Flavialis

[33]

Sur le proconsulat d’Afrique de ce sénateur, CIL, VI, 1476 = 31664 ; B. E. Thomasson, Fasti Africani, p. 88-89, n° 120 place le proconsulat « wohl um 230 », suivant K.-H. Dietz, Senatus contra principem, p. 195. Pour la fin de carrière voir aussi R. Syme, Emperors and Biography, p. 176-177 ; M. Christol, Essai, p. 155-156. Il semble préférable de lui attribuer l’intervalle mi-229/mi-230 plutôt que l’intervalle mi-230/mi-231. Sur sa possible présence en Afrique lors de la fondation d’Uchi Maius, G. Pianu-P. Ruggeri, « Vectigalia civitatibus…deputavit », p. 353.

[34]

M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2350-2356.

[35]

Comme l’avait brillamment supposé R. Cagnat en signalant l’inscription dans l’Année épigraphique : AE, 1908, 264. Dessau ad CIL, VIII, 26262 demeurait plus évasif (« quid recuperaverint Uchitani, incertum est ») en hésitant sur le genre du terme au génitif qui devait suivre dans la lacune (recuperat[i … vel ae…]).

[36]

Sur la liberté de Dougga, dont l’étude a été relancée par l’étude de F. Jacques, « “Municipia libera” de l’Afrique proconsulaire », dans Epigrafia. Actes du colloque en mémoire de Attilio Degrassi (Rome, 27-28 mai 1988), Rome, 1991, p. 583-599, voir en dernier : C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle : la défense de la “liberté” », dans M. Khanoussi et L. Maurin (éd.), Dougga (Thugga). Études épigraphiques (désormais cité Dougga. Études épigraphiques), Bordeaux, 1997, p. 105-116, qu’il convient de ne pas séparer dans le même volume de l’étude de J. Gascou, « Conservator pagi (d’après l’inscription de Thugga CIL, VIII, 27374), ibid., p. 97-104. Leur problématique du sujet a influencé l’analyse de M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2352-2354. Le premier document de la série appartient aux dernières années de Sévère Alexandre : ci-dessous avec n. 83.

[37]

M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2352. Voir ci-dessous n. 76-77 à propos de Thugga.

[38]

Cette absence d’élément indigène a été relevée à juste titre par A. Beschaouch, « Colonia Mariana « Augusta » Alexandriana Uchitanorum Maiorum », dans Uchi Maius 1. p. 97-103, passim ; déjà Id., « Thugga, une cité de droit latin sous Marc Aurèle : Civitas Aurelia Thugga », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 64 n. 27. Mais on peut relever dans la bibliographie du sujet que parfois des doutes ont été admis quant à cette situation. Récemment l’hypothèse de l’existence d’une civitas indigène est revenue dans M. Khanoussi-A. Mastino, « Nouvelles découvertes archéologiques et épigraphiques à Uchi Maius (Henchir-ed-Douâmis, Tunisie) », CRAI, 2000, p. 1292. Toutefois, la documentation ne semble pas aller dans ce sens.

[39]

Comme dans l’inscription nouvellement découverte, relative à L(ucius) Tadius Verus Caecilianus, commentée par M. Khanoussi, « L. Tadius Verus Caecilianus, un nouveau notable de la colonie romaine de Carthage », dans Uchi Maius 1, p. 105-108 (date : 137-141 ap. J.-C.) (d’où AE, 1997, 1665) : … Vchitani Maiores patrono ob merita.

[40]

A. Mastino, « Faustina e Lucilla nell’età del pagus », dans Uchi Maius 1, p. 113-114 et 129-131 (d’où AE, 1997, 1666) : … pagus Vchitanorum Maiorum d(ecreto) d(ecurionum) p(ecunia) p(ublica) f(ecit), C(aio) [M]ario Faustino, L(ucio) Propertio Rog[a]to mag(istris) pag(i) (en 164 ap. J.-C.) ; Id., p. 129 = CIL, VIII, 26252 (formulaire identique, avec présence des magistri pagi) (en 161-163 ap. J.-C.). Il faut ajouter, sans aucun doute, CIL, VIII, 26249, complétée par M. Khanoussi, « Un nouveau proconsul d’Afrique : M. Iunius Rufinus Sabinianus », dans Uchi maius 1, p. 173-182 (d’où AE, 1997, 1673)

[41]

Ce que semblent admettre, implicitement, M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2352.

[42]

Les décurions sont attestés dès le principat de Nerva selon A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius, p. 21, d’après l’inscription n° 7 de leur recueil (d’où AE, 1907, 153) = CIL, VIII, 26241 ; P. Ruggeri, « La casa imperiale », dans Uchi Maius 1, p. 136. Dans l’état actuel de l’information le dernier témoignage assuré, correspondant à l’époque du pagus, serait le n° 9 du catalogue d’A. Merlin et de L. Poinssot (d’où AE, 1908, 261) = CIL, VIII, 26243 ; P. Ruggeri, ibid., p. 150. Mais on peut estimer aussi que l’inscription du père du préfet du prétoire L(ucius) Attius Cornelianus devrait, à une époque un peu plus tardive que l’inscription précédente, appartenir à cette série : CIL, VIII, 26271 ; voir C. Cazzona, « La carriera del prefetto del pretorio M. Attius Cornelianus », dans Uchi Maius 1, p. 201-209. La fin du texte, qui mentionne l’intervention collective sous une forme originale, universus ordo Vchitanorum Maiorum d(ecreto) d(ecurionum) p(ecunia) p(ublica), ne semble pas suivre les canons qui seront adoptés après l’élévation au rang colonial pour désigner la communauté civique (respublica coloniae Vchitanorum Maiorum). Nous préférons donc placer l’inscription antérieurement à cette date, et supposer que M(arcus) Attius Cornelianus n’en était encore qu’aux débuts de sa carrière procuratorienne, mais qu’il disposait de la faveur de l’empereur pour aider ses compatriotes d’Uchi Maius à gagner le rang colonial, sans passer par l’étape du municipium de droit latin, ce qui les émancipait de l’autorité de Carthage. En dernier sur ce personnage à Uchi Maius : M. Khanoussi et A. Mastino, « Nouvelles découvertes archéologiques et épigraphiques », p. 1275-1276 (d’où AE, 2000, 1727). De même, est à placer antérieurement à la création de la colonie l’inscription du sacerdos Urbis Romae anonyme : M. Khanoussi et A. Mastino, ibid., p. 1277-1279 (d’où AE, 2000, 1728), conformément au raisonnement présenté ci-dessus. Quant au statut juridique du pagus face à la colonie, on l’analysera en rapport avec l’évolution, chronologiquement parallèle, du pagus de Dougga : A. Beschaouch, « Thugga, une cité de droit latin sous Marc Aurèle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 69-70, dont on retiendra l’expression d’« autonomie fonctionnelle ».

[43]

CIL, VIII, 26253 : [---] Imp(eratoris) Caes(aris) L(uci) Aureli Commodi Aug(usti) Germanici Sarmatici pont(ificis) max(imi) trib(unicia) potestate IIII imp(eratoris) II[I] (ou IIII) co(n)s(ulis) II p(atris) p(atriae), respublica Vchitanorum Maiorum sua pecunia fecit itemq(ue) dedicavit d(ecreto) d(ecurionum). Voir P. Ruggeri, « La casa imperiale », dans Uchi Maius 1, p. 141.

[44]

A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius, p. 37, n° 19. Sur le décompte des puissances tribuniciennes de Commode et plus généralement sur les éléments de son comput impérial, D. Kienast, Römischen Kaisertabelle. Grundzüge einer römischen Kaiserchronologie, Darmstadt, 1990, p. 148-149

[45]

CIL, VIII, 26254. Pour la date, voir A. Merlin et L. Poinssot, Inscriptions d’Uchi Maius, n° 21, p. 38, avec une remarque précise sur ce point.

[46]

CIL, VIII, 26255 (ILS, 9401) : Imp(eratori) Caes(ari) L(ucio) Septimio Severo Pio Pertenaci (sic) Aug(usto) Parthico Arabico Parthico Adiabenico trib(unicia) pot(estate) V imp(eratori) VIIII co(n)s(uli) II p(atri) p(atriae) Divi M(arci) fil(io) Divi Commodi fratri Divi Antonini nep(oti) Divi Hadriani pronep(oti) Divi Traiani abnep(oti) Divi Nervae adnepoti resp(ublica) V(chitanorum) M(aiorum) p(ecunia) p(ublica) p(osuit), in quam rem C(aius) Lucilius C(ai) f(ilius) Athenaeus sacer(dos) Cerer(um) C(oloniae) I(uliae) K(arthaginis) anni CCXXXV flam(en) p(er)p(etuus), depensis in curam s(upra) s(criptam) quam ipse gessit (sestertium) XII mil(ibus) n(ummum) summae suae honorariae et amplius pecunia publica erogata, basem cum ornamentis suis sua pecunia fecit et epulo decurionib(us) dato dedicavit d(ecreto) d(ecurionum). Sur ce texte, P. Ruggeri, « La casa imperiale », dans M. Khanoussi et A. Mastino, Uchi Maius 1, p. 143-145, n° 13 (avec la bibliographie).

[47]

CIL, VIII, 15449 = 26258 ; P. Ruggeri, ibid., p. 147-149, n° 17.

[48]

CIL, VIII, 26256 ; P. Ruggeri, ibid., p. 145-146, n° 14 ; CIL, VIII, 26257 ; P. Ruggeri, ibid., p. 146-147, n° 15 ; CIL, VIII, 26261 ; P. Ruggeri, ibid., p. 149, n° 18.

[49]

CIL, VIII, 26243 ; P. Ruggeri, ibid., p. 150-151, n° 21.

[50]

Isid., Etymolog., 15, 2, 11-12, rappelé à ce propos par A. Beschaouch, « Thugga, une cité de droit latin sous Marc Aurèle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 64 n. 24 (avec le commentaire, à propos du pagus de Dougga, p. 64-65).

[51]

En ce sens les observations de M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2352, citées ci-dessus, montrent bien quel était le contexte concret de l’apparition de cette notion de libertas. Mais en même temps, ces auteurs retiennent une remarque de fond de J. Gascou, qui semble aller à contre-courant (J. Gascou, « Conservator pagi », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 100-101) : « Que faut-il entendre par “liberté” ? Contrairement à l’opinion exprimée autrefois par P. Veyne [voir ci-dessous n. 80], on ne peut plus penser que cette liberté soit dénuée de signification juridique et ne soit rien d’autre que la liberté idéale que reçoit une ville en accédant au statut de colonie ou de municipe »). Il nous semble plus exact de reprendre de cette formulation l’élément que l’on voulait écarter : cette liberté serait « la liberté idéale que reçoit une ville en accédant au statut de colonie ou de municipe ». Mais, il est vrai, ce n’est plus tout à fait la « liberté des cités » qui est exaltée par les cités libres des provinces hellénophones ou celle des civitates liberae africaines de l’époque ancienne. On doit donc considérer que s’il n’y a pas d’archétype de la liberté, l’emploi des termes abstraits (en grec et en latin) peut s’adapter à des situations diverses, voisines certes, mais susceptibles de définitions nuancées non seulement à partir des contextes historiques, politiques ou administratifs propres à chacune des cités, mais encore à partir de l’horizon culturel dominant.

[52]

CIL, III, 352 = 7000 (ILS, 6091) = MAMA, VII, 305 ; A. Chastagnol, « L’inscription constantinienne d’Orcistos », MEFRA, 93, 1981, p. 381-416 (= Aspects de l’Antiquité tardive, Rome, 1994, p. 105-142). À propos de l’expression ab origine, F. Jacques, « Les moulins d’Orcistus : rhétorique et géographie au IVe s. », dans Institutions, société et vie politique dans l’empire romain au IVe siècle ap. J.-C., Rome, 1992, p. 435-436. Les iura civitatis reviennent aussi au premier plan dans le texte récemment commenté par C. Lepelley, « Une inscription d’Heraclea Sintica (Macédoine) récemment découverte, révélant un rescrit de l’empereur Galère restituant ses droits à la cité », ZPE, 146, 2004, p. 221-231.

[53]

Pline, NH, V, 3, 29. On se référera au commentaire par J. Desanges de Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre V, 1-46, Paris, 1980, p. 325. La connaissance d’Uchi Minus est un fait récent.

[54]

J. Desanges, « Le statut des municipes d’après les données africaines », RHD, 50, 1972, p. 369. C’était aussi le point de vue de F. Vittinghoff, Römische Kolonisation und Burgerrechtpolitik unter Caesar und Augustus, Mainz-Wiesbaden, 1952, p. 115, et Id. ; « Zur vörcaesarischen Siedlungs- und Städtepolitik in Nordafrika. Bemerkungen zu den “Städtelisten” des Plinius (N.H., V) », dans Corolla memoriae Erich Swoboda dedicata, Graz-Köln, 1966, p. 226-227.

[55]

J. Gascou, « Municipia civium Romanorum », Latomus, 30, 1971, p. 133-141 ; Id., La politique municipale de l’empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan à Septime Sévère, Rome, 1972, p. 17-18.

[56]

C’est dans ce sens que s’était orienté la réflexion de F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 588-589 et 597.

[57]

Il faut aborder cette question en confrontant deux contributions parues presque simultanément : la somme que constitue le commentaire de J. Desanges, Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre V, 1-46. L’Afrique du Nord, Collection des universités de France, Paris, Les Belles Lettres, 1980, et l’article de B. D. Shaw, « The Elder Pliny’s African Geography », Historia, 30, 1981, p. 424-471 (voir à ce propos les n. 67 et 69).

[58]

La conclusion à laquelle nous parvenons conduirait à envisager que le statut d’oppidum civium Romanorum n’aurait correspondu dans le cas d’Uchi Maius qu’à une brève période de son histoire. L’expression a servi à définir un certain nombre de communautés au moment de la rédaction d’une formula provinciae (voir ci-dessous avec n. 65-69). Il aurait pu être introduit à ce moment-là pour définir des communautés à qui l’autonomie était accordée. Pline recopie sa source sans toujours se soucier du devenir institutionnel de ces communautés.

[59]

L. Maurin, « Pagus Mercurialis veteranorum Medelitanorum. Implantations vétéranes dans la vallée de l’oued Miliane », MEFRA, 107, 1995, p. 97-135.

[60]

A. Beschaouch envisage aussi de retrouver un pagus derrière l’expression oppidum civium Romanorum : A. Beschaouch, « Colonia Mariana « Augusta » Alexandriana Uchitanorum Maiorum », dans Uchi Maius 1., p. 101-102. Mais en même temps il n’y aurait d’existence d’un pagus que subordonné à la colonie de Carthage (ibid., p. 103), ce qui est, à notre avis, contradictoire avec la mention dans la source de Pline d’un oppidum civium Romanorum (nécessairement une communauté autonome). Dans l’histoire qui fut reconstituée au IIIe siècle, la marque « augustéenne » renvoie vraisemblablement à l’installation des colons de Phileros (voir ci-dessous n. 64). On a peut-être souligné la portée de cet acte fondateur, en occultant qu’il s’accompagnait vraisemblablement du rattachement à la colonie de Carthage : le rôle d’Auguste est aussi mis en évidence par les cives Romani pagani veter(ani) pagi Fortunalis, quorum parentes beneficio divi Augusti [[----]] Sutunurca agros acceperunt (ILAfr, 301 = ILS, 9400 ; sur ce texte, voir aussi L. Maurin, « Pagus Mercurialis veteranorum Medelitanorum », p. 111-113). Quant à la mention d’Auguste, à une telle distance de l’événement, elle pourrait ne pas se référer de façon exclusive à la période suivant l’année 27 av. J.-C. Alors que dans sa conclusion (ibid., p. 103) notre collègue envisage trois périodes dans l’histoire institutionnelle d’Uchi Maius, nous serions prêt à ajouter, entre la phase « marienne » et l’intégration du pagus dans la pertica, une phase intermédiaire, correspondant à la reconnaissance du statut d’oppidum civium Romanorum.

[61]

CIL, VIII, 26274 = ILTun., 1370, revue par A. Beschaouch (« Colonia Mariana « Augusta » Alexandriana Uchitanorum Maiorum », dans Uchi Maius 1. p. 103 ; déjà Id., « Note sur le territoire de Carthage sous le Haut-Empire », CRAI, 1995, p. 868-870.

[62]

Ci-dessus n. 38. En revanche, on pourrait proposer de rapprocher de la situation que connut Cirta en 26 av. J.-C., selon AE, 1955, 202 : Imp(eratore) Caesare Dei[vi f(ilio)] VII[I] T(ito) Statilio Tauro iterum co(n)s(ulibus) L(ucius) Arrenus (duo)vir agros ex d(ecreto) d(ecurionum) adsign(avit) ; cf. A. Piganiol et H.-G. Pflaum, « Borne de Ksar Mahidjiba », Recueil des Notices et Mémoires de la Société archéologique et géographique du département de Constantine, 68, 1953, p. 217-228 (= H.-G. Pflaum, L’Afrique romaine. Scripta varia, I, Paris, 1978, p. 41-52).

[63]

Ce qui n’élimine pas toutes les incertitudes quant à leur statut : voir déjà ci-dessus n. 54-55.

[64]

J. Gascou, « La carrière de Marcus Caelius Phileros », Ant. Afr., 20, 1984, p. 105-120, plus partic. p. 115 et p. 120. Ce point de vue n’est pas incompatible avec les propositions qu’a avancées A. Beschaouch à propos de l’organisation du territoire de Carthage : A. Beschaouch, « Note sur l’organisation du territoire de Carthage », p. 869-870. Les réflexions de J. Gascou, ibid., p. 116-117, sur le sort des communautés établies à l’extérieur de la fossa nova, vont dans le sens que nous adoptons. On ne peut pas écarter l’hypothèse que l’exécution des décisions du prince aient pris quelques années : la date de 26 av. J.-C. marquerait ainsi un aboutissement des opérations de réorganisation et la référence à l’aequitas Imp(eratoris) Caes(aris) Aug(usti) s’explique normalement, même si la décision initiale a été prise un peu avant 27.

[65]

J. Desanges, dans le commentaire de Pline, HN, 5, 29, en reste à une datation très large : « Quant à la date de ce document, le simple examen de la liste des colonies suffira à prouver qu’il est antérieur à Tibère et sans doute à la fin du règne d’Auguste, sans qu’on puisse préciser ». Mais il avait fait observer plus haut que la formula provinciae dont il faut supposer l’existence aurait été rédigée postérieurement à 27 : « Le cadre général est donc la grande province d’Afrique unifiée en droit depuis 27 avant notre ère » (p. 276). Ce point de vue sur l’unification de la province d’Afrique a été retenu par J. Gascou, « La carrière de Marcus Caelius Phileros », p. 112. Il nous semble possible de tenir compte des observations de D. Fishwick et de B. D. Shaw, « The Formation of Africa Proconsularis », Hermes, 105, 1977, p. 369-380, afin d’infléchir le sens de la démonstration.

[66]

Point de vue constant depuis Gsell, semble-t-il, dans l’historiographie française, comme le soulignent D. Fishwick et B. D. Shaw, « The Formation of Africa Proconsularis », p. 369, n. 1. On en retrouve une trace dans les mises au point de M. Coltelloni-Tranoy, Le royaume de Maurétanie sous Juba II et Ptolémée, Paris, 1997, p. 23 avec n. 22-23. Il s’ensuit une divergence dans l’interprétation de la référence à l’Africa au sein de Res Gestae, 25, 2 : Iuraverunt in eadem verba provinciae Galliae Hispaniae Africa Sicilia Sardinia. Certains y voient une mention anachronique, effaçant la dualité des provinces en 32 lors du serment d’allégeance politique à Auguste (J. Gascou, « La carrière de Marcus Caelius Phileros », p. 112, n. 27), mais D. Fishwick et B.D. Shaw, « The Formation of Africa Proconsularis », p. 370 (en faisant remarquer aussi que les fastes semblent indiquer une unicité provinciale) plaident pour une interprétation stricte de l’emploi du singulier.

[67]

C’est l’argumentation de D. Fishwick et de B.D. Shaw dans leur article. On peut ne pas les suivre sur leur interprétation de la carrière de Phileros sans que cela affaiblisse leur argumentation.

[68]

Cette restriction est nécessaire, qui nous conduirait jusqu’en 40 av. J.-C., car l’histoire des deux provinces fut constamment troublée jusqu’à cette date : J. Gascou, « La carrière de Marcus Caelius Phileros », p. 108-109. Voir aussi D. Fishwick et B. D. Shaw, « The Formation of Africa Proconsularis », p. 370-371.

[69]

On doit tenir compte de la réévaluation qu’a proposée B. D. Shaw des travaux accidentellement interrompus de L. Teutsch, notamment de son livre Das römische Stadtwesen in Nordafrika in der Zeit von C. Gracchus bis zum Tode des Kaisers Augustus, Berlin, 1962 : B. D. Shaw, « The Elder Pliny’s African Geography », Historia, 30, 1981, p. 424-471. Mais on doit apporter des nuances ou des corrections à certaines de ses propositions (sur l’identification de Carthago à la colonie gracchienne, ibid., p. 438-440 ; sur la datation du document des années 46-44 : ibid., p. 453). À propos du passage sur Carthage on doit adhérer à la critique de A. Cristofori, « Colonia Carthago magnae in vestigiis Carthaginis (Plin., Nat. Hist., V, 24) », Ant. Afr., 25, 1989, p. 83-93. Mais, à propos des chapitres 29-30, une fois révisée la proposition de datation, on peut retenir ce qu’écrit cet auteur (ibid., p. 455) : « The entire document, then, gives us a valuable insight into one of the basic processes of Roman imperialism : the formation of a new provincia ». Les thèses de L. Teutsch avaient suscité de fortes réticences et de nombreuses critiques : J. Gascou, La politique municipale de l’empire romain en Afrique proconsulaire, p. 17-22, p. 25-26. Sans aborder dans son ensemble la question de la rédaction de cette formula provinciae, A. Cristofori (ibid., p. 92) est aussi conduit à mettre en évidence un intervalle chronologique peu différent de celui qui nous semble être retenu : « in questo periodo [= fra il 44 e il 27 a.C.] andrebbe posto di conseguenza anche il terminus ante quem per la datazione della fonte utilizzata da Plinio ».

[70]

A. Merlin et L. Poinssot, « Une nouvelle inscription de Theboursouk », MSAF, 1912, p. 142-144

[71]

J. Toutain, Les cités romaines de la Tunisie, Paris, 1898, p. 328, n. 1.

[72]

J. Toutain, s.v. municipium, dans Dict. Antiquités, III, p. 2033 : la liberté se serait traduite par le fait que « les gouverneurs des provinces n’avaient pas le droit de contrôler l’administration des magistrats municipaux ».

[73]

W. Barthel, Zur Geschichte der römischen Städte in Africa, Diss. Greifswald, 1904, p. 39.

[74]

Voir en particulier J. Gascou, La politique municipale, p. 178-182 pour Thugga (particulièrement p. 181-182), p. 185-186 pour Thibursicum Bure. Voir aussi C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle : la défense de la liberté », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 105-116. Cet auteur, en faisant l’état de la question, écarte d’emblée l’idée d’un rapprochement avec les civitates liberae des époques antérieures. Il met en liaison directe l’usage de l’épithète liberum et l’élévation au statut de municipe par Septime Sévère (ibid., p. 105).

[75]

J.-L. Ferrary, « Le statut des cités libres dans l’empire romain à la lumière des inscriptions de Claros », CRAI, 1991, p. 557-577. C’est cette « liberté » que défend la cité d’Aphrodisias : J. Reynolds, Aphrodisias and Rome, Londres, 1982, p. 115-118 (sur le document 15 ; lettre d’Hadrien). Cette liberté dépasse, et de loin, les droits essentiels qui résultent de l’acquisition des iura civitatis. Celui qui apporte ce statut remarquable à sa cité devient un conditor et mérite les plus grands honneurs (caelestes honores, selon Tac., Ann., 6, 18), tel Théophane de Mytilène : L. Robert, « Théophane de Mytilène à Constantinople », CRAI, 1969, p. 42-64 (= Opera Minora Selecta, V, Amsterdam, 1989, p. 561-583)

[76]

Cette interprétation a été suggérée par C. Poinssot, « Immunitas perticae Carthaginiensium », CRAI, 1962, p. 71-72. J. Gascou, La politique municipale, p. 186, n. 1 l’envisage positivement dans un premier temps avant de l’écarter, tout en concluant ainsi sa mise au point : « L’idée de “libération” est cependant à retenir ». C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 107, l’écarte, sous prétexte que « le titre de cité libre, quel que soit son contenu, ne peut faire référence qu’aux rapports entre la cité et Rome, et non aux rapports avec une autre cité ». Mais comme pour Uchi Maius c’est le cadre historique dans lequel se place la référence à la libertas.

[77]

C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 106 (à propos de l’examen de la position de J. Gascou). Sur la position de la civitas et du pagus de Thugga au sein de la colonie de Carthage, M. Christol, « Remarques sur une inscription de Thugga : le pagus dans la colonie de Carthage au premier siècle ap. J.-C. », dans Epigrafia. Actes du colloque en mémoire de Attilio Degrassi, Rome, 1991, p. 607-628 ; A. Beschaouch, « Thugga, une cité de droit latin sous Marc Aurèle : civitas Aurelia Thugga », dans M. Khanoussi et L. Maurin, Dougga, p. 61-73, partic. p. 65-66.

[78]

Mutatis mutandis, on pense à la liberté rendue aux cités de Sicile, qui aboutit à leur préservation : J.-L. Ferrary, Philhellénisme et impérialisme. Aspects idéologiques de la conquête romaine du monde hellénistique, Rome, 1988, p. 11-12, 21-22 ; mais la situation n’est pas égale pour toutes (ibid., p. 22-23).

[79]

Panneau III : … non honore modo verum libertatis etiam privilegium custodire. A propos de ce texte, C. Lepelley invite à juste titre à s’interroger sur le sens du mot : C. Lepelley, « Vers la fin du “privilège de liberté” : l’amoindrissement de l’autonomie des cités à l’aube du Bas-Empire », dans Splendidissima civitas. Études d’histoire romaine en hommage à François Jacques, Paris, 1996, p. 208-211.

[80]

P. Veyne, « Le Marsyas “colonial” et l’indépendance des cités », RPh, 35, 1961, p. 87-98.

[81]

On rappellera à ce propos une des formulations de P. Veyne, « Le Marsyas “colonial” et l’indépendance des cités », p. 98 : « cette indépendance ne se traduisait par aucun privilège précis ; elle n’était rien d’autre que le fait de n’être plus esclave de Rome, d’être devenu une autre Rome ». La première partie de la remarque peut être abandonnée. Mais la suite conserve toute sa valeur. Voir aussi C. Lepelley, « Vers la fin du privilège de “liberté” », p. 210-211.

[82]

Ci-dessus n. 36 avec la bibliographie. On ajoutera une esquisse de l’étude parue en 1997 dans l’article cité à la n. précédente, p. 210. Même si, à plusieurs reprises, F. Jacques évoque les questions fiscales à propos de la défense de la liberté (voir n. 83, 86, 91), il n’est pas aussi systématique qu’on l’a parfois écrit (voir à ce sujet la n. 94, relative au commentaire de l’inscription de l’époque de Probus).

[83]

CIL, VIII, 1484 = 26552 = ILTun., 1415 = Dougga, fragments d’histoire, p. 157-158, n° 57 (avec fig. 107). Sur ce texte, C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 108 ; J. Gascou, « Conservator pagi », ibid., p. 102 ; déjà sur ce point, envisageant une suppression temporaire des privilèges locaux, de nature fiscale, puis leur rétablissement, Fr. Jacques, « “Municipia libera” », p. 593-594. M. Khanoussi-P. Ruggeri, « Ad aeternum testimonium reciperatae libertatis », p. 2353, interprètent l’inscription comme une « référence à l’extension à toute la communauté urbaine des avantages fiscaux dont bénéficiaient depuis longtemps le pagus ».

[84]

Comme l’avait déjà remarqué J. Gascou, « La politique municipale de Rome en Afrique du Nord », ANRW, II, 10, 2, p. 275, puisque les premières attestations appartiennent au début du règne de Gallien : CIL, VIII, 1487 = 15506 = Dougga, fragments d’histoire, p. 42-44, n° 16 et AE, 1914, 182 = ILAfr., 566 = Dougga, fragments d’histoire, p. 44, n° 17 (deux bases adressées conjointement à Gallien et à Salonine).

[85]

Sur les modalités de la regravure, on verra les observations des rédacteurs de la notice, S. Aounallah et L. Maurin (voir n. 83). Le débat sur le sens des dernières lettres du texte, engagé par J. Gascou (« La politique municipale de Rome en Afrique du Nord. II. Après la mort de Septime Sévère », ANRW, II, X, 2, Berlin-New York, 1982, p. 275, n. 268) et par Fr. Jacques « “Municipia libera” », p. 593, n. 47, n’a plus lieu d’être, puisqu’il faut lire [D]DPP, c’est-à-dire [d(ecreto)] d(ecurionum) p(ecunia) p(ublica) (et non OBM[---), comme l’avait fait savoir L. Poinssot, NAMS, 21, p. 152-154 en rapprochant les trois blocs, suivi par ILTun., 1415.

[86]

F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 593-594, a estimé qu’il y avait sûrement plus qu’une simple confirmation des droits. Le prince aurait garanti les privilèges du municipe, vraisemblablement les privilèges fiscaux, hérités de l’époque au cours de laquelle Thougga faisait partie de la pertica de Carthage.

[87]

E. Guerber, « La liberté des Grecs et ses prolongements politiques sous le Haut-Empire », dans Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain. Hommage à Claude Lepelley, Paris, 2002, p. 130-131, sur l’emploi des verbes exprimant l’idée de garantie ou de préservation.

[88]

CIL, VIII, 26582 (ILS, 9018) ; M. Khanoussi-L. Maurin, Dougga, fragments d’histoire, p. 182-185, n° 70. Cette inscription, qui appartient au règne de Gallien après 260, fait connaître la col(onia) Licinia Thugg(a). Sur ce personnage, H.-G. Pflaum, Les carrières procuratoriennes équestres sous le Haut-Empire romain, Paris, 1960, p. 936-940 , n° 353.

[89]

M. Christol, « Gallien, Thugga et Thibursicum Bure », Ant. Afr., 14, 1979, p. 217-223. Il nous semblait préférable alors de dater la promotion de Dougga du début du règne de Gallien, avant la fin de l’année 261, et de dissocier cette promotion de celle de la cité voisine Thibursicum Bure, qui intervient à une date un peu postérieure ( ibid., p. 222-223). En revanche, une autre interprétation accordait le plus grand rôle à Valérien, en plaçant l’événement un peu plus tôt entre 253 et 260. Cette dernière s’appuyait la restitution de l’expression therma[rum Lic]inianarum dans ILAfr., 573 + ILTun., 1500 (M. Khanoussi-L. Maurin, Dougga, fragments d’histoire, p. 122-124, n° 42). On en déduisait que cette dénomination par un adjectif dérivé du gentilice Licinius, aurait signifié que l’empereur Valérien aurait été le créateur de la colonie de Thugga et aurait attaché son nom à l’embellissement du cadre urbain. En revanche, à Thibursicum Bure la dénomination des thermes, appelés Gallienianae, aurait signifié que c’était ce prince qui était le fondateur. Nous avions alors critiqué ce point de vue en observant que d’habitude les thermes sont dénommés à partir des cognomina des personnes ou des empereurs, et que dans le nom des colonies c’est plutôt le gentilice qui apparaît. Les thermes de Thibursicum Bure, se référant à Gallien, indiquaient un bienfait de cet empereur, relatif à sa construction. Quant aux thermes de Thugga, nous indiquions que l’appellation “thermes liciniens” paraissait curieuse, et nous nous étions demandé s’il ne fallait pas envisager un nom tel qu’Antoninianae (atrium thermar[un Anton]inianarum ; ibid., p. 219). Ce point de vue a été régulièrement récusé. Dans les actes du colloque de Bordeaux, plusieurs auteurs ont renouvelé, parfois avec insistance, leur adhésion à la restitution traditionnelle. Ainsi M. Corbier, « L’eau à Thugga, d’après les inscriptions », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 49, garde dans son texte les anciennes restitutions et rejette dans l’apparat critique notre proposition ; pour sa part, à deux reprises, C. Lepelley apporte son assentiment à la solution traditionnelle, d’abord dans la discussion sur la courte communication de M. Corbier (ibid., p. 50), puis dans sa propre communication sur « Thugga au IIIe siècle », ibid., p. 109 n. 19 et p. 112 n. 29. Or, il apparaît, grâce à la découverte d’un nouveau fragment, que les thermes étaient bien appelés thermae Antoninianae (M. Khanoussi-L. Maurin, Dougga, fragments d’histoire, p. 124), et qu’il faut désormais renoncer à l’ancienne dénomination. Mais cet argument négatif, qui élimine un document dans lequel on voulait relever la marque de Valérien (P. Licinius Valerianus), est à présent complété par un argument positif, puisque l’inscription n° 62 du dossier épigraphique rassemblé par M. Khanoussi-L. Maurin, Dougga, fragments d’histoire, p. 163-168, établit clairement que l’installation de la nouvelle colonie, ex forma, s’achevait en 264-265. Désormais la fondation peut être datée de 261 ap. J.-C. : c’est la position adoptée par M. Khanoussi et L. Maurin dans leur commentaire de l’inscription n° 16 (voir ci-dessus n. 84). La présence du gentilice Licinius dans la dénomination de la colonie correspond donc à l’action de Gallien. Elle est présente durant tout le règne de ce prince (260-268). Elle disparaît des documents épigraphiques par la suite. Rappelons que selon H.-G. Pflaum, Les carrières procuratoriennes équestres, p. 937, Thugga avait pris le nom de colonia Licinia en l’honneur de l’empereur Gallien. Voir aussi n. 91.

[90]

Ainsi J. Gascou, « Conservator pagi », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 102 ; C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », ibid., p. 110-112 ; déjà F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 594.

[91]

En effet il ne faut pas tenir pour de peu d’importance la modification de la titulature de la nouvelle colonie, qui introduit le gentilice de son fondateur (colonia Licinia Thugga). Cet élément de fierté civique n’était pas secondaire. D’autre part, l’inscription n° 62 du dossier composé par M. Khanoussi et L. Maurin (voir n. 89), montre le dynamisme édilitaire de la nouvelle colonie, sous l’autorité d’un curator rei publicae (F. Jacques, Les Curateurs de cité…, p. 370-371, n° LXXII) et l’intervention bienveillante de l’empereur pour trouver ou apporter des ressources à la cité, plus que pour maintenir en l’état les privilèges fiscaux anciens menacés par sa propre administration : il est question en effet de l’indulgentia et de la liberalitas impériales dans cette inscription édilitaire.

[92]

CIL, VIII, 26561 = Dougga, fragments d’histoire, p. 168-170, n° 63. L’inscription est mutilée, mais les parties conservées permettent de procéder à des restitutions assurées, notamment aux premières lignes : [Conservat]ori digni/[tatis et libe]rtatis / [Imp(eratori) Caes(ari) M(arco) Au]relio Probo / [pio felici invicto A]ug(usto) pontifici / [maxim]o t[rib(unicia) p]ot(estate)]/[---]. Le terme conservator est préférable à tout autre.

[93]

J. Gascou, La politique municipale, p. 180.

[94]

F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 594-595.

[95]

J. Gascou, « Conservator pagi », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 103, puis par C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 113. Pour définir cette « faveur qui n’était peut-être pas entièrement symbolique », ce dernier envisage même l’octroi d’une indulgentia debitorum. Leur point de vue a été admis dans la discussion (ibid., p. 115) par A. Beschaouch, qui se rallie à cette interprétation convergente. Il est repris dans l’ouvrage dirigé par M. Khanoussi et L. Maurin.

[96]

CIL, VIII, 26560 (ILS, 8927) = Dougga, fragments d’histoire, p. 45-46, n° 18 : Fortissimo ac piissimo d(omino) n(ostro) Probo Aug(usto) quot saeculo eius universus orbis floreat col(onia) Thugga numini eius dicatissima, curante Iulio Italico c(larissimo) v(iro) devotissimo maiestati eius.

[97]

M. Christol-A. Magioncalda, « Note su un’iscrizione di epoca tetrarchica : CIL, VIII, 20836 da Rapidum », dans L’Africa romana. Atti del VII convegno di studio (Sassari, 15-17 dicembre 1989), Sassari, 1990, p. 918-920. Dans le jeu de la rhétorique officielle le terme reparaît dans le rescrit de Galère récemment commenté par C. Lepelley (ci-dessus n. 52) : quandoquidem rei publicae ipsius intersit ut, provisionis ac benivolentiae nostrae favore amplificatis civitatibus, eiusdem r(ei) p(ublicae) florescat utilitas.

[98]

C. Lepelley, Les Cités de l’Afrique romaine au Bas-Empire, II. Notices d’histoire municipale, Paris, 1981, p. 222 n. 14 bis ; voir aussi CIL, VIII, 26566 (statue pour Constance Chlore, …) : ibid., p. 219 et 223. Cette interprétation a été reprise dans Dougga, fragments d’histoire, p. 46. Sur le rôle tenu par les curateurs dans la vie municipale avant Dioclétien, C. Lepelley, « Vers la fin du privilège de “liberté” », p. 215, 218-219.

[99]

F. Jacques, « “Municipia libera” », p. 597.

[100]

CIL, VIII, 26601 + MEFRA, 105, 1993, p. 66-67 (d’où AE, 1993, 1754) ; X. Dupuis, « À propos d’une inscription de Thugga : un témoignage de la vitalité des cités africaines pendant la crise du IIIe siècle », MEFRA, 105, 1993, p. 63-73 ; C. Lepelley, « Thugga au IIIe siècle », dans Dougga. Études épigraphiques, p. 109, 112-113.

[101]

Au moment où le texte est confié à l’éditeur [début janvier 2005], nous prenons connaissance d’un article d’A. Beschaouch, « L’histoire municipale d’Uchi Maius, ville africo-romaine à double communauté civique », CRAI, 2002, p. 1197-1212 [volume paru à la fin de décembre 2004]. Le schéma d’évolution historique y est conforme pour l’essentiel aux travaux déjà publiés (voir la bibliographie aux n. 60 et 64), mais les nuances apportées au développement de l’histoire d’Uchi au IIIe siècle ne se comprennent qu’au sein d’un ensemble qui embrasse une longue durée. Or, il nous semble que la compréhension de l’expression reciperata libertas conduit à revenir sur la datation de la source administrative utilisée par Pline et de mieux prendre en considération les arguments avancés à ce propos par D. Fishwick et B. D. Shaw. À l’inscription publiée par M. Khanoussi et P. Ruggieri, cet article ajoute un bloc qui permet de disposer à présent de l’ensemble de la partie droite du support épigraphique. Mais les lettres ont été effacées, sauf à la dernière ligne. On peut désormais lire la fin de l’inscription sous la forme suivante : …er[ex]it d(ecreto) d(ecurionm) p(ecunia) p(ublica). Les dimensions de ce bloc fixent aussi la largeur de la lacune aux lignes précédentes (l. 1 à 3). Sont validées les restitutions proposées pour les l. 1 et 2. À la l. 3, comme on a pu le vérifier auprès du Dipartimento dirigé par Attilio Mastino, on pourrait restituer intégralement le mot pontificis (…pont[ificis legatu]m…), ou bien, si la mention de ce sacerdoce a été abrégée, introduire aussi celle de l’augurat (…pont[if(icis), aug(uris) legatu]m…).

Résumé

Français

Les nouvelles données sur l’inscription d’Uchi Maius, relative à la fondation de la colonie par Sévère Alexandre, éclairent le cadre institutionnel de l’intervention du personnage qui présida aux cérémonies de fondation : c’était un sénateur, légat du proconsul d’Afrique, investi d’une commission impériale ad hoc, si la restitution du mot legatum à la l. 3 est recevable. Le texte invite aussi à réfléchir sur la signification de l’expression libertas reciperata, qui apparaît à la dernière ligne. Elle renvoie à l’autonomie de la communauté des citoyens romains, identifiée par Pline l’Ancien et sa source administrative sous le vocable d’oppidum civium Romanorum. La rédaction de cette dernière pourrait être antérieure à l’année 27 av. J.-C., hypothèse qui conduit à réexaminer aussi les modalités d’organisation du territoire de Carthage aux époques triumvirale et augustéenne.
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