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La guerre juste au prisme de la théorie politique
Daniel R. Brunstetter
Jean-Vincent Holeindre
1Comment comprendre l'importance prise par la thématique de la guerre juste dans la pensée politique contemporaine ? Telle est la question qui a initialement motivé la recherche collective dont nous présentons ici les résultats. Ce dossier se donne en effet pour objectif de penser le concept de « guerre juste » avec les outils de la théorie politique. Pour répondre à cet objectif, et pour introduire la démarche que nous avons adoptée dans ce travail, il est sans doute nécessaire de revenir au préalable sur les conditions d'émergence ou, plus précisément, de réémergence, du thème de la guerre juste dans la période récente. Nous présenterons ensuite les enjeux théoriques liés à la dénomination de la guerre juste avant de souligner l'actualité politique de ce thème
2Depuis 1977, date à laquelle a paru la première édition de l'ouvrage devenu depuis un « classique » de Michael Walzer, Guerres justes et injustes, le sujet a fait l'objet d'innombrables publications et d'intenses débats. Michael Walzer semble être à la théorie de la guerre juste ce que John Rawls est à la théorie de la justice : un refondateur, qui a rouvert un débat classique en théorie politique. Walzer diffère cependant de Rawls aussi bien dans sa méthode que dans ses objectifs. Là où Rawls entend bâtir, avec les méthodes de la philosophie analytique, une théorie politique universelle dégagée des contingences historiques, Walzer s'appuie quant à lui sur les acquis de la tradition philosophique et de l'expérience historique pour se confronter à l'actualité et à la politique en train de se faire. Son usage de la théorie de la guerre juste est historiquement situé et politiquement argumenté ; il exprime un positionnement face aux problèmes internationaux et stratégiques de son époque
3Si Walzer a redécouvert la tradition de la guerre juste même s'il cite à peine les auteurs « canoniques » comme Augustin, Thomas d'Aquin ou encore Grotius , ce n'est pas tant pour faire uvre d'historien de la pensée que pour s'engager dans un débat civique qui faisait rage en 1977 et qui portait sur la légitimité de la guerre du Vietnam. C'est en effet pour montrer que la guerre du Vietnam n'était pas juste, qu'elle ne répondait pas aux critères retenus par les théoriciens de la guerre juste à travers les âges, que Walzer a exhumé cette tradition. Celle-ci, il faut bien le dire, avait été un peu oubliée pendant les deux conflits mondiaux du 20e siècle, pour des raisons aisément compréhensibles : entre 1914 et 1945, chacun des camps en présence considérait comme évident et juste son engagement militaire.
4Au moment du Vietnam, la guerre n'a plus ce caractère d'évidence au sein de la nation américaine engagée dans le conflit. Le débat est vif entre ceux qui soutiennent l'action de l'administration américaine, estimant que l'intervention au Vietnam est à la fois moralement juste et politiquement justifiée, et ceux qui, avec Walzer, ne croient ni à la moralité de cette guerre, ni à sa légitimité politique. Walzer entend ainsi donner aux opposants à la guerre du Vietnam les armes d'une théorie normative solidement charpentée.
5Le renouveau des théories de la guerre juste dans la période contemporaine est donc lié à la rencontre entre une tradition de pensée, qui remonte à l'Antiquité, et la guerre, considérée comme une expérience politique toujours possible et problématique. Dans un contexte de « réévaluation » de la notion de guerre juste, les contributions réunies dans ce dossier se structurent également dans cet esprit, combinant enquête généalogique et étude des problèmes internationaux actuels, pour proposer un regard à la fois critique et documenté sur les relations complexes entre guerre et éthique.
6Le terme de « guerre juste » désigne, selon les situations, une tradition de pensée, une doctrine d'action et un problème philosophique.
7Comme tradition de pensée, la guerre juste s'identifie à un corpus théorique, qui remonte à l'Antiquité pour aller jusqu'aux auteurs contemporains tels que Michael Walzer, James Turner Johnson, Alex Bellamy ou encore Brian Orend (dont nous publions ici une contribution originale, la première à paraître en langue française). Cohérente sur le plan conceptuel, mais philosophiquement disparate, la tradition de la guerre juste n'élabore pas de formule définitive quant aux rapports que doivent entretenir la guerre et l'éthique. Elle se veut plutôt l'écho d'un projet, perpétuellement reconduit, d'une articulation entre ces deux termes
8La guerre juste est également une doctrine d'action qui interroge les conditions de l'usage de la force par les autorités politiques (ainsi qu'on l'a vu à propos de l'intervention en Irak de 2003 ou, tout récemment encore, en Libye)
9Enfin, plus généralement, la guerre juste est un problème philosophique ou, plus précisément, le lieu philosophique à l'intérieur duquel se nouent les tensions entre la guerre et l'éthique. C'est ainsi qu'à travers les âges, les théoriciens de la guerre juste s'interrogent sur la relation entre guerre et éthique dans une perspective à la fois descriptive et normative
10L'idée selon laquelle la guerre doit être justifiée moralement a toujours constitué un enjeu central dans toutes les aires culturelles
11Au fil des siècles, la source augustinienne a été lue, développée, réinterprétée et transformée par d'autres auteurs qui ont à chaque fois pris en compte les problèmes de leur époque. Ainsi, la théorie antique de la guerre juste a été systématisée par le décret de Gratien
12L'histoire des théories de la guerre juste en Europe est donc avant tout celle de la réception compliquée et controversée d'un héritage essentiellement romain et chrétien. À chaque fois que la guerre est apparue dans l'histoire, la tradition de la guerre juste a été interrogée, mise à l'épreuve, affinée, corrigée, mais aussi instrumentalisée, vilipendée ou rejetée. Les Croisades, les guerres de religion, la conquête du Nouveau Monde, la guerre de Trente ans, les deux guerres mondiales, la guerre du Vietnam, l'intervention en Libye : autant d'exemples de conflits très divers dans l'histoire politique qui ont donné lieu à des interprétations variées, souvent divergentes, de ce qu'est ou doit être une guerre juste
13Il est frappant de noter que les penseurs politiques ont livré des interprétations à ce point divergentes de ce que peut être une « guerre juste ». Par exemple, lorsque la pensée chrétienne de la guerre, formée dans l'augustinisme politique et le thomisme, tâche de réconcilier le croyant et le soldat, les théories réalistes, nées avec Thucydide et formalisées par Machiavel et Hobbes, estiment que les logiques politiques et les logiques morales sont indépendantes pour l'essentiel, la guerre étant considérée comme un acte politique avant d'être un acte moral. Il n'y a pas de guerre juste pour les réalistes, puisque toutes les guerres sont par définition destructrices et humainement calamiteuses. Il n'y a que des guerres politiquement justifiées, c'est-à-dire destinées à remplir un objectif politique ; le plus souvent, dans la perspective réaliste, il s'agit de préserver l'intégrité de l'État ou d'engager des conquêtes pour maximiser sa puissance. Certains réalistes « défensifs », dans la période récente, critiquent le principe même de la guerre juste, qu'ils considèrent comme une forme rhétorique de manipulation employée par les responsables politiques pour justifier la guerre en fonction de leurs intérêts
14Au 20e siècle, Carl Schmitt est sans doute l'adversaire le plus résolu des théories de la guerre juste qui cherchent à limiter la guerre au moyen de l'éthique et du droit
15Quant aux théoriciens modernes du droit, ils se sont appuyés, à la suite de Grotius, sur les doctrines morales et théologiques de la guerre juste pour forger un système juridique cohérent
16D'une certaine façon, la théorie de la guerre juste, à travers l'histoire, s'efforce de dépasser l'opposition fondatrice, mais au fond très schématique, entre pacifisme et réalisme. Dans le domaine de la philosophie morale de la guerre, on oppose souvent ces deux traditions de pensée. Le pacifisme condamne sans condition toutes les guerres, toujours vues comme immorales ; le réalisme, à l'opposé, considère qu'il faut séparer la question de la nécessité politique de la guerre et celle de son évaluation morale. En soi, la guerre serait amorale
17La théorie de la guerre juste considère qu'il est impossible de séparer la morale et la guerre, et qu'il est donc nécessaire d'établir des liens entre les deux termes. Elle forme un « ensemble d'idées et de valeurs relatives à la justification morale d'une guerre. Elle propose une série de règles morales que les sociétés doivent appliquer au début, au cours et à la fin de la guerre
18Ce sont le jus ad bellum et le jus in bello qui ont suscité la littérature la plus abondante. Six critères sont généralement retenus dans le jus ad bellum : l'autorité légitime (la guerre est-elle déclarée par les responsables légaux d'une communauté politique ?) ; la cause juste (entre-t-on en guerre pour de bonnes raisons par exemple pour riposter à une agression, mettre un terme au massacre d'habitants d'un autre pays, attaquer de manière préventive dans le cas où la menace est imminente ?) ; la proportionnalité (peut-on raisonnablement attendre de la guerre plus de bien que de mal ?) ; les chances raisonnables de succès (il n'est pas justifié de se lancer dans une guerre perdue d'avance) ; le dernier recours (il faut avoir exploré toutes les initiatives diplomatiques et économiques avant d'entrer en guerre) ; l'intention droite (quel est le but, ou quelles sont les motivations, d'une guerre ?). La pertinence de chacun de ces critères est bien sûr sujette à débat
19Cependant, les controverses autour de la deuxième guerre d'Irak de 2003 ont bien mis en évidence le caractère problématique des critères de la guerre juste. La théorie de la guerre juste peut en effet servir les desseins d'un pouvoir politique qui cherche moins à appliquer des critères universels qu'à légitimer une stratégie aux yeux de l'opinion publique. Ainsi, les critères de jus ad bellum ont servi à l'administration Bush pour justifier une guerre préventive, alors même qu'une guerre juste est, si l'on suit Augustin, d'abord défensive
20Ces exemples récents montrent que les théories de la guerre juste, loin de demeurer dans un passé révolu, restent vivantes pour nous aujourd'hui. Le problème de la justification morale de la guerre continue de se poser pour les États démocratiques, comme on l'a vu avec l'opération en Libye, qui a suscité un débat entre les partisans de l'intervention (qui considéraient celle-ci comme juste) et ses opposants (qui vitupéraient l'imprudence politique des premiers). Qu'elle soit considérée comme une tradition de pensée philosophique, une doctrine d'action ou un discours de justification, la guerre juste reste en tout cas au centre de l'attention politique.
21En 2012, le volume des publications sur ce thème est tel qu'il serait présomptueux et même illusoire de vouloir en donner un tableau raisonné. En revanche, nous pensons qu'il est possible d'éclairer le débat sur la guerre juste en suivant une double piste : à travers les différentes contributions de ce dossier, il s'agit d'une part de remonter le fil de l'histoire en montrant comment la tradition philosophique a traité ce problème de la guerre juste ; il importe d'autre part de faire ressortir la centralité de la guerre juste comme problème politique, dans un contexte international et stratégique marqué par le « retour de la guerre » ou de l'« état de guerre
22Il apparaît ainsi que la réflexion sur la guerre juste touche à des problèmes cruciaux pour la théorie politique, mais aussi pour l'histoire des idées, la philosophie morale ou encore la théorie du droit. Penser la guerre juste, c'est s'interroger sur les traditions qui fondent les conceptions éthiques et juridiques de l'action militaire, mais c'est aussi réfléchir sur les motifs qui orientent celle-ci. Tel est en tout le cas l'objectif de ce dossier, qui se structure autour de trois axes d'enquête.
23Il s'agit d'abord de resituer l'histoire de la guerre juste dans l'histoire générale des théories politiques. Reconstituer aussi précisément que possible la généalogie de la guerre juste, et inscrire celle-ci dans l'histoire politique, est une tâche capitale si l'on veut comprendre les ressorts profonds de cette tradition et ses usages contemporains. Par exemple, James Turner Johnson, qui a pris saint Augustin et saint Thomas d'Aquin comme point focal de la tradition de la guerre juste, a par la suite été l'un des soutiens à la doctrine stratégique du Président Bush
24Le deuxième axe d'enquête porte sur la guerre juste dans les enjeux politiques contemporains. L'article de Daniel Brunstetter évoque ainsi le rôle tenu par le discours de la guerre juste dans la politique américaine entre 2000 et 2008. On verra que la conception de la guerre juste aux États-Unis diffère selon les traditions de pensée et les sensibilités politiques, et qu'il existe en réalité de nombreuses manières de s'approprier ce thème dans une perspective politique. Il n'y a pas une, mais plusieurs théories de la guerre juste, et il n'y a pas une, mais plusieurs manières d'interpréter et de s'approprier politiquement ces théories. Jean-Vincent Holeindre, de son côté, établit un lien entre les mutations de la guerre dans la période contemporaine et l'évolution des théories de la guerre juste. La guerre juste constitue un problème clé pour la théorie politique internationale, qui s'interroge sur l'évolution de la conflictualité. À l'heure où la guerre entre États tend à être supplantée par d'autres formes de guerre (irrégulières, civiles, interventions humanitaires armées...), le discours de la guerre juste est-il toujours opératoire ? Si oui, de quelle manière se recompose-il ? On verra ainsi que deux conceptions de la guerre juste se font face : l'une, héritée de Grotius, qui tente de combiner les critères de la guerre juste et le système international des États ; l'autre qui entend dépasser le point de vue étatique au nom d'une philosophie universaliste des droits de l'homme l'intervention humanitaire armée étant, dans ce cas de figure, considérée comme l'archétype de la guerre juste.
25Enfin, le dernier axe d'enquête touche à des enjeux plus directement normatifs correspondant à deux moments cruciaux de tout conflit : l'entrée en guerre et la sortie de guerre. Ainsi, la mise en uvre de la doctrine Bush, au moment de la deuxième guerre d'Irak en 2003, a suscité un débat sur le « bon » moment pour déclencher les hostilités
Daniel R. Brunstetter
Jean-Vincent Holeindre
[ 1] Ce dossier est le fruit de travaux entamés lors d'une journée d'études que nous avons organisée le 10 février 2009 à l'EHESS dans le cadre d'une collaboration entre le Centre de recherches sociologiques et politiques Raymond-Aron et l'Université de Californie à Irvine. Cette journée s'inscrivait dans un programme de recherche plus large, intitulé « Penser la guerre », coordonné par Jean-Vincent Holeindre et soutenu par la Fondation Saint-Cyr (2007-2011). Voir l'ouvrage collectif issu de ce programme, publié parallèlement à ce dossier : Jean-Vincent Holeindre et Geoffroy Murat (dir.), La démocratie et la guerre au 21e siècle. De la paix démocratique aux guerres irrégulières, Paris, Hermann, 2012.
[ 2] Michael Walzer, Just and Unjust Wars : A Moral Argument with Historical Illustrations, New York, Basic Books, 2006 [1977], p. xxii.
[ 3] Nicolas Rengger, « On the Just War Tradition in the Twenty-First Century », International Affairs, vol. 78, no 2, 2002, p. 353-363 ; Cian O'Driscoll, « Learning the Language of Just War Theory : The Value of Engagement », Journal of Military Ethics, vol. 6, no 2, 2007, p. 107-116 ; p. 113.
[ 4] Voir une série d'articles par James Pattison, Alex Bellamy et Simon Chesterman sur la guerre juste et la Libye dans Ethics &International Affairs, vol. 25, no 3, 2011 ; dans le passé, voir Brian Orend, « Crisis in Kosovo : A Just Use of Force », Politics, vol. 19, no 3, 1999, p. 125-130.
[ 5] Voir par exemple, Alex J. Bellamy, « Is the War on Terror Just ? », International Relations, vol. 19, no 3, 2005, p. 275-296 ; et Daniel R. Brunstetter et Megan Braun, « The Implication of Drones on the Just War Tradition », Ethics &International Affairs, vol. 5, no 3, 2011.
[ 6] Christopher Greenwood, « Historical Development and Legal Basis », in Dieter Fleck et al. (dir.), The Handbook of Humanitarian Law in Armed Conflicts, Oxford, Oxford University Press, 2000, p. 1-38 et Simo Parpola, « International Law in the First Millenium », in Raymond Westbrook (dir.), A History of Ancient Near Eastern Law, vol. II, Leiden, Brill, 2003, p. 1047-1066.
[ 7] Sur l'histoire des théories de la guerre juste, voir Gregory M. Reichberg et al., The Ethics of War : Classic and Contemporary Readings, Oxford, Blackwell Publishers, 2006.
[ 8] Augustin, Quaestionum in Heptateuchum, L,VI, X : « On peut définir les guerres justes ainsi : ce sont celles qui vengent des injustices, quand une famille ou une collectivité, qui a été victime d'une attaque armée, a négligé ou bien de punir les méfaits que les siens ont subis, ou bien de reprendre ce qui lui a été injustement arraché. »
[ 9] Gratien, Decretum, C. 23, II, 1, cité et traduit par Ninon Grangé, De la guerre civile, Paris, Armand Colin, 2009, p. 91 : « Une guerre est juste quand, sous la gouverne d'une déclaration, on l'entreprend pour reconquérir des biens, ou pour repousser des assaillants. On a institué un juge pour imposer le droit au peuple ou pour juger selon le droit. Juger sur le droit, c'est juger avec justice. Il n'est pas juge celui qui n'a pas de justice en lui. »
[ 10] Cian O'Driscoll, « Talking About Just War : Obama in Oslo, Bush at War », Politics, vol. 31, no 2, 2011, p. 82-90, 84.
[ 11] Voir par exemple Daniel R. Brunstetter et Dana Zartner, « Just War Against Barbarians : Revisiting the Valladolid Debates between Sepúlveda and Las Casas », Political Studies, vol. 59, no 3, 2011, p. 733-752.
[ 12] Ken Booth, « Ten Flaws of Just Wars », in Ken Booth (dir.), The Kosovo Tragedy, Londres, Frank Cass, 2001, p. 314-24 ; et Robert Myers, « Notes on the Just War Theory : Whose Justice, Which Wars ? », Ethics &International Affairs, vol. 10, 1996.
[ 13] Pour une critique par Schmitt des théories classiques de la guerre juste, voir son ouvrage Le Nomos de la terre dans le droit des gens du Jus Publicum Europaeum, Paris, PUF, 2001 [1950], p. 155 et suiv.
[ 14] La critique schmittienne de la guerre juste a fait l'objet de nombreux travaux récents, parmi lesquels : Ninon Grangé, De la guerre civile, op. cit., chap. 4 et 5 ; Céline Jouin, « Droit international, épistémologie et idéologie chez Carl Schmitt », Thèse de doctorat en philosophie, Université de Rennes-1, 2009 ; Édouard Jourdain, « Le politique entre guerre et théologie. La révision du marxisme et l'ombre de Carl Schmitt », Thèse de doctorat d'études politiques, EHESS, 2011. Jean-Claude Monod, Penser l'ennemi, affronter l'exception. Réflexions critiques sur l'actualité de Carl Schmitt, Paris, La Découverte, 2007 (voir notamment le chap. 3). Jan-Werner Müller, A Dangerous Mind, New Haven, Yale University Press, 2003, chap. 5. Gabriela Slomp, « Carl Schmitt's Five Arguments against the Idea of Just War », Cambridge Review of International Affairs, vol. 19, no 3, septembre 2006, p. 435-447.
[ 15] Sur l'apport de Grotius à l'idée de guerre juste, voir l'ouvrage fondateur de Peter Haggenmacher, Grotius et la guerre juste, Paris, PUF, 1984.
[ 16] Sur l'importance de Grotius dans le contexte actuel, voir Anthony F. Lang, « Punitive War : Enforcing Justice or Generating Conflict ? », in Mark Evans (dir.), Just War Theory : A Reappraisal, New York, Palgrave Macmillan, 2005, p. 50-70.
[ 17] Christian Nadeau et Julie Saada, Guerre juste, guerre injuste. Histoire, théories et critiques, Paris, PUF, 2009, p. 19-20 : « La légitimité du concept de guerre juste est décriée soit parce que ce concept contredit la signification morale de la guerre toute guerre étant par essence injuste , soit parce qu'il contredit la réalité empirique de la guerre une guerre n'est ni juste, ni injuste : elle est, tout simplement. »
[ 18] Emmanuel Levinas, Totalité et infini. Essai sur l'extériorité, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Biblio Essais », 2000 [1re éd. 1971], p. 5 : « L'état de guerre suspend la morale ; il dépouille les institutions et les obligations éternelles de leur éternité et, dès lors, annule, dans le provisoire, les inconditionnels impératifs. [...] La guerre ne se range pas seulement comme la plus grande parmi les épreuves dont vit la morale. Elle la rend dérisoire. L'art de prévoir et de gagner par tous les moyens la guerre la politique s'impose, dès lors, comme l'exercice même de la raison. La politique s'oppose à la morale, comme la philosophie à la naïveté. »
[ 19] Brian Orend, The Morality of War, Peterborough, Broadview Press, 2006, p. 4.
[ 20] Pour une discussion plus nuancée du pacifisme, voir Daniel R. Brunstetter et Scott Brunstetter, « Shades of Green : Engaged Pacifism, the Just War Tradition and the German Greens », International Relations, vol. 25, no 1, 2010, p. 65-84.
[ 21] Pour un avis sur les débats récents, voir Mark Rigstad, « Jus ad bellum After 9/11 : A State of the Art Report », The ITP Beacon, vol. 3, 2007.
[ 22] Voir A. Bellamy, « War on Terror » ; op. cit., p. 289.
[ 23] Sur le lien entre guerre juste et guerre préventive, voir Ariel Colonomos, Le pari de la guerre. Guerre préventive, guerre juste ?, Paris, Denoël, 2009.
[ 24] Voir D. R. Brunstetter et M. Braun, « The Implication of Drones... », art. cité ; Michael Gross, Moral Dilemmas of Modern War : Torture, Assassination, and Blackmail in an Age of Asymmetric Conflict, Cambridge, Cambridge University Press, 2010.
[ 25] Guillaum Durin, « L'énonciation du discours intellectuel de guerre juste aux États-Unis de 1971 à 2005 », thèse de doctorat en science politique, Université Lyon-III, 2011. La recherche de Guillaume Durin étudie en particulier le positionnement de quatre auteurs : Michael Walzer, Jean B. Elshtain, James T. Johnson et George Weigel.
[ 26] Dario Battistella, Retour de l'état de guerre, Paris, Armand Colin, 2006.
[ 27] James Turner Johnson, The War to Oust Saddam Hussein : Just War in the Face of New Conflict, Lanham, Rowman and Littlefield Publishers, 2005, p. 142. Sur l'importance de Johnson, voir le dossier spécial consacré à son uvre dans le Journal of Military Ethics, vol. 8, no 3, 2009.
[ 28] Voir sur ce point les remarques de Bruno Tertrais dans son ouvrage La Guerre sans fin. L'Amérique dans l'engrenage, Paris, Seuil, 2004.
[ 29] Voir un dossier spécial consacré à ce thème dans le Journal of Military Ethics, vol. 10, no 3, 2011.
[ 30] A. Bellamy, « The Responsibility of Victory : Jus post bellum and the Just War », vol. 23, no 4, 2008, p. 601-625.