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La controverse entre Clower et Patinkin au sujet de la validité de la loi de Walras
Goulven Rubin
1Classification JEL : B, E.
2Les premiers auteurs de la « synthèse néoclassique », Hicks [1937, 1939], Lange [1938] ou Modigliani [1944], présentaient le modèle keynésien comme une version particulière du modèle d'équilibre général walrassien. Sur un certain nombre de points, cependant, le contenu du modèle keynésien se révèle incompatible avec celui du modèle walrassien. Le problème, dès lors, consiste à définir les modifications nécessaires pour passer d'un modèle à l'autre. Hicks, Lange et Modigliani ne dérivaient pas réellement le modèle is-lm du modèle walrassien. En conséquence, ils ne mesuraient pas le problème soulevé par leur conception de la théorie keynésienne. La difficulté a été découverte progressivement, au cours des années 1960, pour déboucher finalement sur les travaux de Barro et Grossman [1971], Bénassy [1975] ou Drèze [1975]. Clower et Patinkin ont tous les deux joué un rôle fondamental dans cette transition du modèle is-lm vers la théorie des équilibres à prix fixes. Notre article s'intéresse à un aspect particulier de leur contribution : leur analyse de la compatibilité entre la loi de Walras et le modèle keynésien.
3Lorsqu'il baptise la « loi de Walras », en 1942, Lange croit éclaircir le propos de la Théorie générale
4Cette controverse entre les deux auteurs nous intéresse d'abord parce qu'elle illustre la relation complexe qui unit leurs travaux. Il s'agit en premier lieu de montrer comment, derrière une opposition apparemment la plus totale, se cache une conception commune de la théorie keynésienne. Le second enjeu de ce travail est alors d'expliquer comment ces deux économistes ont pu rester dans l'impasse face à une question aussi centrale que celle de la validité de la loi de Walras. La lecture de la correspondance échangée par Clower et Patinkin au début des années 1990 révèle en effet qu'ils n'ont pas su régler leur désaccord
5(1) Nous commencerons par montrer que Patinkin est le premier économiste à soulever la question de la validité de la loi de Walras, dans un article de 1958, mais aussi que la réponse qu'il propose contredit sa propre conception de la théorie keynésienne. (2) Ces éléments, auxquels vient s'ajouter la correspondance entre Clower et Patinkin sur la période 1958-1962, éclairent d'un jour nouveau la relation entre la contribution de Clower [1965] et les travaux antérieurs de Patinkin. Il apparaît ainsi que Clower ne rompt pas avec la macroéconomie de Patinkin mais, au contraire, que c'est Patinkin qui, sur la question de la loi de Walras, se détache d'une approche de la théorie keynésienne qu'il partage avec Clower. (3) Sur cette base, nous proposons une interprétation de l'impasse sur laquelle s'achève la discussion entre les deux économistes.
6Afin de traduire formellement le propos des deux auteurs, nous nous placerons dans le cadre d'une économie comportant M marchandises indicées i. La première est le travail et la dernière, la monnaie. Les marchandises de 2 à sont des biens et des titres. Cette économie est composée de H individus, indicés h, et de F firmes indicées f. Ces agents ont le comportement optimisateur habituel. Nous supposons par ailleurs que la somme des profits des entreprises est identique à la somme des profits perçus par les ménages
7où
8
9d
10d
11
12
13La contrainte budgétaire des salariés s'écrit :
14où
15
16s
17s
18
19Nous ferons usage de la terminologie de Clower en parlant de plans notionnels pour désigner les choix de l'agent résultant des programmes d'optimisation habituels. Ces plans notionnels sont ceux que nous venons de définir.
20Patinkin est le premier auteur à s'interroger sur la validité de la loi de Walras dans le cadre de la théorie keynésienne. La question est totalement absente de la première édition de Money, Interest and Prices, en 1956. Elle apparaît seulement en 1958 dans un article intitulé « Liquidity Preference and Loanable Funds : Stock and Flow Analysis ». Dans ce texte, une relation bien distincte, que nous appellerons loi de Walras « restreinte », se substitue à la loi de Walras dans le modèle keynésien. Patinkin prétend cependant que les deux relations sont identiques. Or, en cherchant à étayer cette affirmation, il entre en contradiction avec la conception de la théorie keynésienne défendue dans Money, Interest and Prices.
211. Dans « Liquidity Preference and Loanable Funds: Stock and Flow Analysis », Patinkin relève l'incompatibilité entre un équilibre avec chômage involontaire et la loi de Walras :
22En effet, l'article de 1958 vise à clore le débat autour de la théorie des fonds prêtables en affirmant son équivalence avec la théorie de la préférence pour la liquidité. Or, la loi de Walras fonde l'ensemble de l'argumentation de Patinkin. Pour résumer, la loi permet d'affirmer qu'il est indifférent d'analyser le fonctionnement d'un système d'équilibre général en s'appuyant sur l'équation d'équilibre du marché de la monnaie et en négligeant l'équation du marché des titres (théorie de la préférence pour la liquidité) ou en s'appuyant sur l'équation d'équilibre du marché des titres et en négligeant celle du marché de la monnaie (théorie des fonds prêtables).
23Ayant invoqué cette propriété dans le cas d'un modèle de plein-emploi, Patinkin croit devoir l'utiliser à nouveau afin de généraliser sa démonstration au cas d'un modèle d'équilibre à prix fixes avec chômage involontaire. C'est ainsi qu'il énonce la question habituellement associée au nom de Clower :
24Si
25alors chaque salarié h s'attend à bénéficier d'un niveau d'emploi s′
26
27Leurs contraintes budgétaires s'écrivent alors :
28La limite de l'analyse de Patinkin est l'absence de l'hypothèse de décision duale. En d'autres termes, il n'explicite pas le fait que sa contrainte budgétaire modifiée implique le calcul de plans non walrassiens ou effectifs. Ainsi, ( – s′
293. En agrégeant la contrainte de budget modifiée des ménages à l'identité comptable respectée par le secteur des entreprises, Patinkin obtient une relation différente de la loi de Walras. Nous l'appellerons « pseudo-loi de Walras » ou « loi de Walras restreinte ». En effet, cette relation indique que la somme en valeur nominale des demandes excédentaires de toutes les marchandises, sauf le travail, est nulle. La loi de Walras est restreinte à M − 1 marchés sur les M que l'économie considérée comporte. Nous l'obtenons en agrégeant (2') pour h allant de 1 à H et (1) pour f allant de 1 à F, puis en additionnant les deux sommes obtenues :
30Le fait d'expliciter cette relation représente une contribution remarquable de Patinkin. En effet, il définit un ingrédient essentiel des démonstrations d'existence d'équilibres à salaires exogènes ou à salaires et prix exogènes. Ainsi, dans une des premières démonstrations de ce type, Glustoff ([1968], p. 329) s'appuie sur une loi « W' » en tout point identique à celle que Patinkin présente dans son article de 1958.
31Quoi qu'il en soit, cette relation est tout ce dont Patinkin a besoin afin de démontrer qu'il est indifférent de raisonner sur la base du marché des biens et du marché de la monnaie ou sur la base du marché des biens et du marché des titres pour analyser le fonctionnement d'un modèle à prix fixes du type is-lm. Dans ce cadre et sur le plan graphique, la loi de Walras restreinte suffit à justifier l'affirmation selon laquelle « la courbe ZZ [décrivant les lieux d'équilibre du marché des titres dans l'espace (Y, r)] doit passer par le point d'intersection de IS et LL » ([1958], p. 315 ; [1965], note 2, p. 369-370).
324. Pourtant, Patinkin ne se contente pas de ce résultat et prétend démontrer la validité de la loi de Walras stricto sensu.
33Avant de présenter sa solution, il faut préciser ce que Patinkin appelle loi de Walras. En effet, cette relation, telle qu'il la présente, s'avère très ressemblante à la loi de Walras restreinte. Lorsqu'il discute les propriétés de son modèle macroéconomique de plein-emploi, Patinkin suppose que l'équilibre du marché du travail est toujours réalisé : « Par hypothèse, le marché du travail est toujours à l'équilibre
34Il reste néanmoins une différence importante. Dans le cas du modèle de plein-emploi, le marché du travail est à l'équilibre. Même si la demande excédentaire de travail n'apparaît pas, la loi de Walras est bien vérifiée. Il est possible d'affirmer, en particulier, que l'équilibre sur trois des quatre marchés du système, quels qu'ils soient, implique l'équilibre du marché restant. En revanche, comme l'existence de chômage involontaire implique un excès d'offre de travail, cet énoncé ne s'applique pas à la théorie keynésienne. Patinkin en est bien conscient. Ainsi, dans la seconde édition de Money, Interest and Prices, il écrit : « Cette application de la loi de Walras n'est pas du tout aussi évidente ; car l'existence d'une offre nette sur le marché du travail signifie qu'il peut exister des demandes nettes ailleurs dans le système. » ([1965], note 2, p. 369.)
35Pour que la loi de Walras restreinte et la loi de Walras se confondent, il faudrait pouvoir dire que le marché du travail est toujours à l'équilibre, dans le modèle keynésien comme dans le modèle de plein-emploi. C'est le pas que Patinkin n'hésite pas à franchir. Pour ce faire, il redéfinit le plan d'offre de travail des salariés en l'identifiant à la quantité d'emploi qui leur est accordée par les entreprises :
36Compte tenu de l'hypothèse (3), le premier terme de la somme est identiquement nul.
375. Non seulement cette approche repose sur un artifice, mais elle contredit l'interprétation de la théorie keynésienne que Patinkin a toujours défendue.
38En appelant « offre de travail » la quantité d'emploi reçue par les travailleurs, Patinkin fait disparaître le chômage involontaire. En effet, si l'offre de travail coïncide avec la demande, le système est en situation de plein-emploi. Il eût été préférable d'admettre le caractère particulier de la loi de Walras restreinte et de se passer ainsi de toute référence à un « équilibre permanent du marché du travail ».
39Mais le procédé pose un problème plus profond. À partir de 1948 et jusqu'à la fin de sa vie, Patinkin considère la théorie keynésienne comme une théorie du déséquilibre
40Cette approche trouve son illustration dans le chapitre 13 de Money, Interest and Prices. Patinkin y analyse le processus d'émergence et de résorption du chômage involontaire provoqué par une chute de la demande de biens dans un système à prix et salaires flexibles. La définition des demandes excédentaires de travail et de biens constitue alors le point de départ de l'étude. En effet, ces demandes excédentaires mesurent les « pressions » qui s'exercent sur les prix, c'est-à-dire les « forces de marché » qui pèsent sur l'économie. Or, à ce stade, Patinkin insiste sur le fait que le comportement des ménages sur le marché du travail est toujours défini par leur offre notionnelle : « Rien n'est venu invalider la courbe d'offre [notionnelle] de la figure 34 en tant que description du comportement réel des travailleurs. » ([1956], p. 219.) De la même façon, il indique que, lorsque les entreprises sont soumises à une contrainte de débouchés, l'état du marché des biens est décrit par l'écart entre l'offre de biens notionnelle et la demande (effective) de biens. Il précise ensuite très explicitement que le marché du travail en situation de chômage involontaire n'est pas dans une position d'équilibre : « Comme nous venons de le souligner, la position représentée par le point K sur la figure 34 [excès d'offre de travail] et par le point G sur la figure 35 [excès d'offre de biens] n'est pas une position d'équilibre. » ([1956], p. 221.)
41Évidemment, le sauvetage de la loi de Walras proposé dans l'article de 1958 entre en contradiction avec cette analyse. Si les salariés ajustent « passivement » leur offre de travail à la demande, la pression supposée s'exercer sur les salaires dans une économie en situation de chômage involontaire disparaît. En conséquence, le chômage ne relève plus d'une analyse dynamique et la théorie keynésienne a perdu son statut de théorie du déséquilibre. Au mieux, elle se réduit alors à la théorie du « chômage d'équilibre », rejetée par l'auteur dès 1948.
42Patinkin reconnaît lui-même le caractère problématique de sa solution. En effet, il écrit que son procédé revient à « supposer que la difficulté n'existe pas » (« assume [the difficulty] away ») ou, un peu après, que « cette approche élude [“dodges”] la difficulté réelle » (ibid., p. 315). Le ton est identique dans la seconde édition de Money, Interest and Prices ([1965], note 2, p. 369). Il admet même implicitement qu'il se contredit en indiquant que sa solution équivaut à recourir à l'hypothèse d'une offre de travail infiniment élastique ([1958], p. 314-5)
43Il y a quelque chose de particulièrement troublant dans la position de Patinkin, un trouble amplifié par ses propres nuances. Comment expliquer le fait qu'il préfère remettre en cause sa conception de la théorie keynésienne plutôt que de renoncer à la loi de Walras ? Nous voyons là le symptôme d'un attachement excessif au cadre d'analyse walrassien. Patinkin semble croire que ce cadre serait le seul possible ou, réciproquement, il semble incapable d'imaginer qu'un modèle d'équilibre général (keynésien) rompant avec la loi de Walras puisse se substituer au modèle walrassien, ceci quand bien même le premier se dériverait du second.
44Clower est connu pour son rejet de la loi de Walras, selon lui la condition sine qua non de la théorie keynésienne : « Soit la loi de Walras est incompatible avec la théorie keynésienne, soit Keynes n'a rien de fondamentalement nouveau à ajouter à l'économie orthodoxe. » ([1965], p. 110.) Cette prise de position s'accompagne d'une critique très dure à l'encontre de Patinkin. Ce dernier est ainsi accusé de mener la contre-révolution keynésienne au profit de l'orthodoxie avec laquelle Keynes cherchait à rompre. Nous allons pourtant montrer que la contribution de Clower est avant tout un approfondissement de la réflexion de Patinkin. Cette filiation, obscurcie par le ton de Clower, sera définie sur le plan analytique puis étayée par la correspondance échangée entre les deux économistes de 1958 à 1962.
456. Avant de mettre en évidence la relation qui l'unit aux travaux de Patinkin, commençons par présenter la position énoncée dans « The Keynesian Counter-Revolution : a Theoretical Appraisal » [1965].
46Le problème affronté par Clower est identique à celui que Patinkin soulève en 1958 : la possibilité d'obtenir un excès d'offre de travail sans contrepartie sur les autres marchés de l'économie, qui caractérise la théorie keynésienne, contredit la loi de Walras. Son approche, cependant, est à l'opposé de celle de Patinkin. En effet, il rejette la loi de Walras et lui substitue une inégalité. La somme en valeur des demandes excédentaires caractérisant une économie en situation de chômage involontaire serait négative ou nulle. Ce résultat est obtenu à partir de « l'hypothèse de décision duale » : si les travailleurs expriment une offre de travail notionnelle fonction du seul salaire réel et de leurs préférences, ils peuvent être contraints de réviser à la baisse leurs plans de dépenses compte tenu de l'emploi qui leur est effectivement accordé.
47Dans le cadre de notre modèle de référence, la loi de Walras s'obtient en agrégeant les contraintes budgétaires des entreprises, c'est-à-dire pour f allant de 1 à F, puis les contraintes budgétaires des ménages, c'est-à-dire pour h allant de 1 à H, et en sommant les équations résultantes :
48Supposons que la condition (3) soit vérifiée. Pour Clower, quand les salariés reçoivent une offre d'emploi inférieure au niveau qu'ils désirent, ils calculent leurs demandes de biens et de monnaie en fonction d'elles mais n'en maintiennent pas moins leur offre de travail notionnelle. Les demandes exprimées par l'agent vérifient la contrainte budgétaire effective (2'), alors que son offre de travail vérifie la contrainte budgétaire notionnelle (2). Or,
49La valeur de la somme des demandes effectives est alors inférieure à la valeur de la somme des demandes notionnelles des ménages. Ainsi, en substituant les demandes effectives des salariés à leurs demandes notionnelles dans la loi de Walras (6), on obtient l'inégalité de Clower (7) :
50De cette façon, l'économiste prétend démontrer que la loi de Walras n'est pas vérifiée en déséquilibre puisque la somme des demandes excédentaires peut être différente de zéro. Elle n'est plus qu'un cas limite.
517. L'opposition entre Clower et Patinkin au sujet de la validité de la loi de Walras est totale. Cette rupture, mise en avant par le premier, est la première chose que les lecteurs de l'article de 1965 ont retenue. La position de Clower résulte pourtant de sa fidélité à l'approche de la théorie keynésienne de Patinkin.
52Dans la section 2 du chapitre 13 de Money, Interest and Prices, Patinkin définit les demandes excédentaires de biens et de travail caractéristiques d'une économie comportant du chômage involontaire en termes d'écarts entre des offres notionnelles et des demandes effectives. La contribution de Clower, en 1965, consiste à démontrer qu'une telle configuration implique une inégalité en lieu et place de la loi de Walras. En effet, la valeur des demandes effectives est alors inférieure ou égale à la valeur des demandes notionnelles. Ainsi, d'un point de vue analytique, en présentant son inégalité, Clower tire simplement les conséquences du chapitre 13.
53L'existence d'une parenté entre les travaux des deux économistes est un fait établi en ce qui concerne leurs hypothèses de comportement. Leur symétrie a été soulignée en particulier par Barro et Grossman : « Cette approche de l'explication du comportement des ménages [de Clower] est évidemment semblable à l'analyse de la firme de Patinkin » ([1971], p. 83). L'inégalité de Clower dérive de l'hypothèse de décision duale. Or, cette hypothèse possède sa contrepartie chez Patinkin sous la forme de « l'effet de report » ([1956], p. 217). Cet effet décrit le comportement d'une entreprise soumise à une contrainte de débouchés sur le marché des biens. Cette dernière intègre le niveau de la demande comme une contrainte additionnelle en fonction de laquelle elle recalcule une demande de travail contrainte (ou effective). Cependant, elle affiche toujours la même offre de biens (notionnelle) calculée uniquement en fonction du salaire réel et de sa fonction de production. En définissant l'hypothèse de décision duale, Clower applique le raisonnement de Patinkin aux ménages
54Ajoutons que plusieurs éléments de l'hypothèse de décision duale se trouvent déjà dans les écrits de Patinkin. Nous l'avons vu plus haut, dans son article de 1958, l'économiste explicite la modification de la contrainte budgétaire walrassienne nécessaire afin de rendre compte du rationnement dont les salariés sont victimes sur le marché du travail. Par ailleurs, dans le chapitre 13 de Money, Interest and Prices, Patinkin indique qu'un individu agit involontairement lorsqu'il subit une « contrainte additionnelle » en plus des prix et de sa contrainte budgétaire ([1956], p. 212). L'apport de Clower est alors double. Il indique que la modification de la contrainte budgétaire walrassienne introduite dans l'article de 1958 exprime la « contrainte additionnelle » caractéristique du chômage involontaire. Puis il montre que le programme ainsi obtenu permet de dériver rigoureusement une demande effective de biens incorporant le revenu comme une variable indépendante.
55La relation entre la position de Clower et les travaux de Patinkin apparaît aussi dans l'objectif auquel le premier associe le rejet de la loi de Walras. En effet, l'enjeu est très explicitement l'analyse correcte « des forces de marché » à l'œuvre dans une économie en déséquilibre. Cette approche de la théorie keynésienne apparaît dès les premières pages de « The Keynesian Counter-Revolution » : « Comme nous, Keynes ne conteste pas la généralité de l'analyse orthodoxe de l'équilibre ; il lui conteste seulement la capacité d'offrir un compte rendu adéquat des phénomènes de déséquilibre » ([1965], p. 109). Clower se démarque néanmoins de Patinkin en prétendant que son rejet de la loi de Walras remet en cause la capacité des « forces de marché » à assurer la stabilité de l'équilibre walrassien. Lorsqu'il présente la loi de Walras, il insiste ainsi sur ses implications dynamiques :
56Mais cette divergence sur la question de la stabilité est en réalité secondaire
578. La relation entre la contribution de Clower et les travaux de Patinkin est éclairée par la correspondance que les deux économistes échangent de 1958 à 1962, 1962 étant l'année de la conférence de Royaumont dans le cadre de laquelle Clower présente pour la première fois « The Keynesian Counter-Revolution
58L'étude de leurs lettres fait d'abord apparaître les rapports privilégiés que les deux hommes nouent durant les quelques années qui précèdent la conférence de Royaumont, fait assez difficile à imaginer lorsqu'on ne connaît que le ton acerbe avec lequel Clower critique Patinkin dans son article de 1965. Ainsi, au début de l'échange, Clower transmet à Patinkin une invitation de Northwestern University (université à laquelle Clower appartient à l'époque) pour un séjour d'un mois en tant que « Visiting Professor of Economics » (lettre du 7 janvier 1959). Patinkin répond à quelques lettres d'intervalle en déclinant l'invitation mais en proposant à Clower de le rencontrer lors de son séjour aux États-Unis durant l'été 1959 (lettre du 9 mars 1959). Le 19 janvier 1960, Patinkin accepte une seconde invitation à Northwestern University. Il y passera le mois d'octobre 1960. Début 1962, Clower rend visite à Patinkin à Jérusalem, à l'occasion d'un déplacement entre l'Inde et le Libéria où il passe l'année universitaire 1961-1962. Enfin, les deux économistes se retrouvent à la conférence de l'Association internationale d'économie de Royaumont entre le 28 mars et le 7 avril 1962. Une lettre du 22 avril 1962 clôt cette partie de la correspondance
59Les dernières lettres témoignent d'une confiance grandissante de Patinkin à l'égard de Clower. Le 19 janvier 1960, il lui soumet les corrections de Money, Interest and Prices, fruits de leurs précédents échanges :
60Il est essentiel de reconnaître que Clower et Patinkin partagent une approche commune de la théorie keynésienne. Leur désaccord naît de leurs rapports opposés au cadre de référence de l'équilibre général walrassien. La théorie du déséquilibre esquissée par Patinkin remet en cause ce cadre en imposant la prise en compte de transactions hors équilibre, la modification de la contrainte budgétaire walrassienne et la substitution de l'inégalité de Clower à la loi de Walras. Cependant, à la différence de Clower, Patinkin n'assume pas ces modifications et s'enferme dans une position contradictoire. Ainsi, l'opposition entre les deux économistes au sujet de la validité de la loi de Walras est-elle totale alors même que Clower défend une thèse parfaitement cohérente avec l'approche de Patinkin.
61Sur la base des éléments qui précèdent, il semble que Patinkin devait finir par adopter l'inégalité de Clower. En effet, le premier pouvait-il présenter ses travaux comme le « point de départ » de la contribution du second sans reconnaître simultanément son erreur sur la question de la loi de Walras ? Pourtant, la correspondance entre les deux économistes révèle leur incapacité à trouver un terrain d'entente. Cette partie porte donc sur la dernière phase du débat au sujet de la validité de la loi de Walras, à la fin des années 1980, lorsqu'à l'occasion de la rédaction d'un article pour le New Palgrave, Patinkin présente sa réponse à Clower. Après avoir mis en évidence l'issue négative du débat, nous présenterons notre interprétation à partir des indications complémentaires avancées par les deux auteurs.
629. L'impasse dans laquelle s'achève la discussion apparaît de façon frappante lorsqu'on compare les textes de Patinkin et les lettres dans lesquelles Clower lui fait part de sa réaction.
63Pour Patinkin, la loi de Walras est valide en toute situation. Ainsi, dans l'article « Loi de Walras » rédigé pour le New Palgrave en 1987 et dans l'introduction à l'édition abrégée de Money, Interest and Prices [1989], il assume sa position avec encore plus de fermeté qu'il ne le faisait en 1958 et en 1965.
Tout cela aurait pu être fait de façon plus simple en indiquant la source de la proposition moderne (chez Lange) et en indiquant brièvement quelles hypothèses doivent être adoptées afin de l'obtenir. Étant donné les nombreux pré-requis nécessaires à sa validité dans tout autre modèle que le modèle walrassien, elle ne risque pas d'être d'une application générale dans les travaux économiques. »
64Quelle signification accorder à cet argument ? La démonstration qui sous-tend le rejet de la loi de Walras mélange des plans qui, pour un même individu, sont issus de deux programmes de décisions distincts. L'inégalité de Clower implique que les salariés expriment simultanément une offre de travail notionnelle et des demandes effectives. Mais si les ressources d'un salarié sont définies par son offre notionnelle de travail, compte tenu du principe de respect de la contrainte budgétaire, ses dépenses doivent être notionnelles. Réciproquement, si les dépenses du salarié sont effectives, elles impliquent des ressources effectives fixées par la contrainte de quantités qu'il subit sur le marché du travail. En d'autres termes, les plans que Clower attribue aux salariés sont incohérents. Par conséquent, son inégalité ne serait pas recevable.
65Cette critique souligne à juste titre que le scénario analysé par Clower n'offre guère qu'une esquisse de théorie du déséquilibre. Si cette première approximation remet bien en cause la validité de la loi de Walras, il n'est pas possible d'en déduire qu'« en général, aucune relation de ce type n'est vérifiée ». En d'autres termes, il manque à Clower un modèle abouti pour étendre sa conclusion. Du moins ses lettres n'en mentionnent-elles aucun.
66En réalité, Patinkin touche ici un problème sensible. En effet, sa critique se retrouve peu ou prou dans la littérature sur les équilibres à prix fixes (Grandmont, [1977] ; Gale [1983] ; Benetti [1995]), appliquée à la version « généralisée » de l'hypothèse de décision duale développée par Grossman [1971] et Bénassy [1975, 1984]. Le fait de mélanger des plans issus de contraintes budgétaires distinctes débouche sur des irrationalités. Un agent peut ainsi formuler des demandes que, a priori, il n'est pas en mesure de financer. Ainsi, jusqu'à aujourd'hui, aucun modèle véritablement satisfaisant n'a été élaboré qui conforte la position de Clower.
6711. Si, de son côté, Clower n'est pas convaincu par Patinkin, c'est que ce dernier commet lui aussi une erreur. En effet, il considère à tort que son argument contre le rejet de la loi de Walras renforce sa propre position.
68Patinkin reproche à Clower de vouloir déduire du scénario présenté dans le chapitre 13 de Money, Interest and Prices que la loi de Walras n'est pas vérifiée « en général ». Mais il se rend coupable de l'excès inverse en voulant, dans son article de 1987, déduire de ce même scénario que la loi de Walras est vérifiée en toute situation. En effet, pour justifier cette thèse, Patinkin s'appuie sur un modèle incompatible avec le contenu de la section 2 du chapitre 13 auquel, pourtant, il se réfère. Comme en 1958, il suppose que les « travailleurs ajustent passivement la quantité de travail qu'ils offrent au montant demandé par les entreprises » ([1987], p. 867). Dans ce cas, une forme de loi de Walras est bien vérifiée mais toute expression du déséquilibre affectant l'économie a disparu. L'offre excédentaire de travail est nulle par définition, de sorte qu'il n'existe plus de mesure de la « pression de marché » s'exerçant sur les salaires. La position de Patinkin implique un modèle statique au sens où rien, dans ce modèle, ne permet plus d'analyser la variation des salaires et des prix, et par conséquent l'ajustement de l'économie, qui pourrait être induit par le rationnement affectant les travailleurs et les entreprises. La théorie du déséquilibre est subrepticement remplacée par une théorie des équilibres à prix fixes. En réaffirmant la validité de la loi de Walras, Patinkin s'enferme donc davantage dans la contradiction déjà mise en évidence (partie 1, section 5)
69C'est bien ce que semble souligner Clower dans sa lettre du 21 mai 1990 :
7012. Le désaccord sur lequel s'achève le débat entre Clower et Patinkin reflète, selon nous, l'échec du programme de recherche esquissé par leurs travaux respectifs. Si les deux économistes ne peuvent s'entendre sur la question de la validité de la loi de Walras, c'est tout simplement parce que la théorie susceptible d'y répondre fait toujours défaut.
71C'est bien ce que suggère notre dernière citation de Clower. La validité de la loi de Walras, affirme-t-il, est conditionnée par les « restrictions microéconomiques » que l'on adopte. Mais ni les « restrictions microéconomiques » proposées par Clower ni celles que Patinkin défend ne sont satisfaisantes. En conséquence, la question de la validité de la loi de Walras dans le cadre de la théorie keynésienne reste en suspens.
72La controverse entre Clower et Patinkin sur ce sujet met ainsi en jeu un aspect particulier du problème général posé par l'élaboration d'une théorie (dynamique) du déséquilibre. Ce problème consiste à concilier, dans le cadre d'un même modèle, la représentation du chômage involontaire et l'expression de la pression qui s'exerce sur les salaires monétaires. De façon plus générale, il s'agit d'élaborer une microéconomie qui remplirait trois critères : prise en compte (1) du rationnement induit par les échanges hors équilibre ainsi que (2) des pressions dynamiques s'exerçant sur les prix lorsque les plans des agents sont déçus et (3) cohérence avec le postulat de rationalité.
73Clower a donc raison de souligner que la question de la validité de la loi de Walras n'est pas la plus importante. Elle est en effet seconde au regard du problème posé par l'élaboration des fondements microéconomiques de la théorie keynésienne esquissée par Patinkin et lui-même.
74Le premier résultat de notre analyse est de mettre en évidence la relation étroite unissant « The Keynesian Counter-Revolution : a Theoretical Appraisal » aux travaux antérieurs de Patinkin. Les deux économistes ont en commun une même approche de la théorie keynésienne, le même projet d'une théorie dynamique du déséquilibre. Leur désaccord au sujet de la loi de Walras naît alors de l'incapacité de Patinkin à admettre les implications de sa propre analyse, c'est-à-dire son incapacité à accepter la nécessité de modifier le modèle walrassien pour obtenir un modèle keynésien.
75Au-delà, le fait que ce désaccord ne se résolve pas reflète le caractère jusqu'à présent introuvable de la théorie du déséquilibre projetée par les deux auteurs. La question de la validité de la loi de Walras est bien refermée si l'on accepte un modèle keynésien d'équilibre avec chômage, qu'il soit fondé sur une hypothèse de salaire exogène ou sur une hypothèse de prix fixes. Dans ce cas, la loi de Walras ou une forme restreinte se trouve effectivement vérifiée. La question reste ouverte, en revanche, en ce qui concerne la version de la théorie keynésienne défendue par Patinkin et par Clower. Il ne sera pas possible de statuer tant qu'un modèle susceptible de rendre compte de l'existence de transactions hors équilibre, du processus d'ajustement que les déséquilibres individuels doivent provoquer et reposant sur une microéconomie cohérente, n'aura pas vu le jour.
Goulven Rubin
[ *] Université Paris VIII-Saint-Denis et phare, Université Paris I-Panthéon-Sorbonne et Université Paris X-Nanterre. Courriel : goulven.rubin@wanadoo.fr.
[ 1] Contrairement à la loi de Say (dans la version de Lange), la loi de Walras permet un excès d’offre simultané de facteurs et de produits finis : la crise de surproduction associée au problème du sous-emploi. Pour Lange, en déséquilibre, la contrepartie du chômage n’est pas l’excès de demande de biens mais l’excès de demande de monnaie.
[ 2] Cette correspondance est contenue dans les Don Patinkin Papers, fonds d’archive conservé à l’Université de Duke, aux États-Unis, ouvert à la consultation depuis septembre 1997.
[ 3] Voir notamment le manuel de Sargent : Macroeconomic Theory ([1987], p. 73). Cette loi de Walras restreinte reçoit une interprétation hétérodoxe dans les travaux de Benetti [1998], Cartelier [1995] et Julien [2002].
[ 1] Comme le souligne Clower ([1965], p. 107), cette hypothèse est problématique : « Comme, en général, les variables
[ 1] La suite du texte indique clairement que Patinkin discute les propriétés d’un équilibre de sous-emploi. C’est ce que montre le graphique ([1958], p. 316) qui représente l’intersection dans le plan (r, Y ) des courbes décrivant l’équilibre des marchés des biens, des titres et de la monnaie d’un système à prix fixes. Ceci pris en compte, l’ambiguïté de la citation, qui, en première lecture, semble restreindre la validité de la loi de Walras à l’état d’équilibre général, se dissipe.
[ 1] Voir Hicks dans Value and Capital ([1939], p. 267) et Klein dans The Keynesian Revolution ([1947], p. 87).
[ 2] Nous laissons indéterminée la répartition de l’emploi entre les salariés ou « schéma de rationnement ».
[ 1] Cette hypothèse est aussi utilisée dans Money, Interest and Prices : « Nous simplifions davantage notre tâche en supposant qu’il existe une réaction instantanée à la pression de la demande excédentaire sur le marché du travail. En particulier, tout accroissement du niveau des prix réduit le salaire réel, crée un excès de demande de travail et génère une augmentation immédiate et proportionnelle du taux de salaire monétaire, maintenant ainsi le marché du travail à l’équilibre de façon ininterrompue. » ([1956], p. 1952-1953.)
[ 1] La position énoncée par Patinkin en 1958 peut être mise en parallèle avec la formalisation développée par Drèze [1975]. En effet, les agents de Drèze définissent leurs plans en respectant la contrainte budgétaire et en tenant compte de l’ensemble des contraintes de quantités qui limitent leurs choix. De cette façon, Drèze construit un modèle d’équilibre à prix fixes qui vérifie la loi de Walras et généralise l’intuition de Patinkin selon laquelle un travailleur auquel aucun emploi n’est proposé reste chez lui et renonce à signaler sa volonté de travailler. Il existe néanmoins une différence importante entre ces deux auteurs. Alors que la position de Drèze est parfaitement cohérente, celle que Patinkin développe en 1958 contredit sa conception générale de la théorie keynésienne (cf. infra).
[ 1] La fidélité de Patinkin à cette idée est attestée par ses derniers écrits. Voir par exemple ([1990a], p. 125) et ([1990b], p. 213).
[ 1] « Cette hypothèse de comportement est apparentée à celle que postule habituellement la théorie keynésienne et selon laquelle, au taux de salaire minimum, les travailleurs acceptent d’offrir n’importe quelle quantité d’emploi jusqu’au point de plein-emploi ».
[ 2] En réalité, le rejet de l’hypothèse d’offre de travail « horizontale » constitue l’acte fondateur de la théorie du déséquilibre de Patinkin. Ce point, démontré dans un article précédent (Rubin [2002]), renforce notre propos.
[ 1] Cette symétrie est contestée par d’Autume ([1985], p. 104). Il est certain que Clower se démarque en formalisant son propos. Ceci explique que son article, et non le chapitre 13 de Money, Interest and Prices, soit la référence première de théoriciens des équilibres à prix fixes tels que Bénassy [1975], Drèze [1975] ou Malinvaud [1977]. Avec Barro et Grossman, il nous semble cependant que la symétrie est incontestable sur le fond.
[ 1] La position de Clower est relativement faible sur ce point. D’une part, la validité de la loi de Walras n’assure pas la stabilité de l’équilibre général walrassien ; d’autre part, le fait que l’inégalité qui lui est opposée implique une dynamique instable n’est pas démontré. Ajoutons enfin que Patinkin a toujours insisté sur le danger d’instabilité associé au processus d’ajustement par les prix. Il considère simplement que la théorie keynésienne ne peut pas se réduire à une démonstration d’instabilité et privilégie en conséquence un scénario de convergence vers l’équilibre général.
[ 2] Le texte est publié une première fois en langue allemande en 1963.
[ 3] Il faut préciser que Patinkin fait ici référence à la parenté entre l’hypothèse de décision duale et l’effet de report mais ne dit rien de la relation entre sa contribution et le rejet de la loi de Walras par Clower.
[ 1] Nous ne savons pas si l’échange épistolaire s’est poursuivi dans les années qui suivent 1962. Le second fichier concernant cette correspondance, contenu dans les archives de l’Université de Duke, porte sur la période 1977-1979. Si les deux économistes se sont écrits entre les deux périodes, les lettres doivent être éparpillées dans différents fichiers car elles ne sont pas répertoriées dans l’inventaire des archives.
[ 2] La critique de Clower donne lieu à la rédaction d’une note, parue en 1959 dans Economica. Cette note accompagne la réponse de H. Rose aux critiques dont il fait l’objet toujours dans l’article de 1958. Rose se défend en opposant à Patinkin… le rejet de la loi de Walras.
[ 1] Un passage issu d’une lettre datant de 1977, fait écho à cette citation : « Votre travail est un modèle pour moi ainsi que pour la plupart de mes étudiants en ce qui concerne la meilleure façon de pratiquer l’économie ! » (Lettre de Clower à Patinkin, 17 novembre 1977.) À quoi on peut ajouter cette dernière citation, issue d’une lettre envoyée à l’occasion de la publication de l’édition abrégée de Money, Interest and Prices : « Aucun ouvrage depuis Value and Capital de Hicks ne ressemble autant à une fontaine de pure sagesse et aucun autre ouvrage n’est un meilleur modèle de pédagogie. » (Lettre de Clower à Patinkin, 2 mai 1989.)
[ 1] L’échange dont sont issues nos citations a lieu à l’occasion de la révision de l’article de Patinkin pour l’édition de 1991 du New Palgrave. Si l’on en croit Patinkin, Clower n’a émis aucune critique à la lecture du texte qu’il lui avait soumis avant sa première édition.
[ 1] Le problème est souligné par Howitt, à qui Patinkin avait soumis son article pour le New Palgrave : « Comme vous le soulignez, “l’équilibre” que vous décrivez sera caractérisé par une pression à la baisse sur les salaires monétaires mais par aucune pression sur le niveau des prix. Donc, si vous définissez les demandes et les offres excédentaires de façon à ce qu’elles correspondent à ces pressions, Clower a raison. Et il me semble qu’il s’agit de la façon la plus utile de les définir. Ainsi, bien que vous présentiez ce que je considère être une interprétation correcte de Clower dans le paragraphe commençant au bas de la page 12, je pense que l’insistance avec laquelle vous affirmez la validité de la loi de Walras en présence de contraintes de quantités est déplacée. » (Lettre de Howitt à Patinkin, 16 avril 1987.)