Revue internationale de politique comparée | 55-76

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Faucons et colombes.

Le choix stratégique des forces armées entre intérêt corporatiste et identités militaires

Thomas Lindemann

Thomas Lindemann est professeur de science politique à l’Université Montesquieu de Bordeaux IV et membre de son Centre d’analyse politique comparée, de géostratégie et de relations internationales (CAPCGRI).


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Au début du XXe siècle les militaires prônaient souvent des guerres préventives, à l’instar de l’armée prussienne. Il était courant de penser que le métier des armes prédisposait ses membres à envisager des « solutions musclées ». En revanche, aujourd’hui les militaires ont parfois la réputation d’être moins « militaristes » que les civils lorsqu’il s’agit d’entrer en guerre, comme les forces armées américaines réticentes à l’égard des interventions armées en Bosnie (1995), au Kosovo (1999) ou plus récemment en Irak (2003). Qu’en est-il donc de la prétendue agressivité ou de la nouvelle « civilianité » des militaires ? Les travaux suggestifs d’Alfred Vagts, de Samuel Huntington, de Graham Allison, de Richard Betts, de Samy Cohen, d’Elisabeth Kier, de Kurt Dassel, d’Eliot A. Cohen ou de Peter D. Feaver1 sur le rôle des militaires dans le déclenchement des conflits internationaux permettent de formuler deux constats empiriques. D’une part, les militaires ne militent pas systématiquement pour le recours à la force armée. L’hypothèse d’une dérive « militariste » est encore évoquée pour des États autoritaires comme la Chine ou le Pakistan mais sa valeur semble réduite pour les démocraties. En effet, le recours à la force armée est soumis à des règles institutionnelles si strictes dans les régimes démocratiques que les responsables militaires sont souvent incapables de s’opposer au pouvoir civil sans risquer leur mise à l’écart. Les responsables militaires peuvent même être plus hésitants à recourir à la force armée que le pouvoir civil. Le deuxième constat empirique est la préférence fréquente des hauts responsables militaires pour les plans militaires offensifs, l’escalade et l’alarmisme, c’est-à-dire l’exagération des menaces. Toutes ces préférences – qui caractérisent aussi les institutions militaires dans les démocraties occidentales – sont susceptibles de peser de manière plus indirecte sur le recours à la force armée. Or malgré ce consensus empirique relatif, il existe toujours une grande incertitude sur les facteurs qui conditionnent cette « double culture stratégique » des institutions militaires. Alors que les uns considèrent que ces préférences traduisent principalement des intérêts « bureaucratiques », d’autres d’inspiration constructiviste pensent au contraire que l’intérêt des militaires pour le recours à la force armée et pour les doctrines offensives dépend de leurs normes et de leur identité « organisationnelle »2.

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Notre article se propose de combiner les approches constructiviste et bureaucratique dans l’explication des préférences stratégiques de l’institution militaire. De l’approche « bureaucratique » nous adoptons l’idée simple que toute organisation sociale tente de maximiser ses ressources économiques, son autonomie et son prestige. Nous reprenons le postulat de départ de Graham Allison sur la crise de Cuba, selon lequel les conflits entre États ne sont pas uniquement conditionnés par l’environnement international – le rapport de forces – et interne – la nature du régime politique – mais que des considérations d’ordre corporatiste3 interviennent également. Il convient d’affiner l’analyse « bureaucratique » et en particulier celle des décideurs militaires. En effet, les critiques d’Allison ont cru pouvoir le réfuter en montrant que les militaires ou les responsables de la défense nationale sont loin d’être systématiquement « belliqueux »4. Ces auteurs supposent que la validité de la théorie bureaucratique exigerait un soutien systématique des militaires en faveur des « solutions musclées ». Or, « …l’on peut rencontrer des situations où même le chef d’État-major interarmes ne saurait recommander une intervention de ses troupes, que ce soit, par exemple, parce que l’enjeu n’est guère significatif eu égard à une mission qui s’avère trop risquée… »5. Notre propos est précisément d’explorer ce caractère ambigu du corporatisme militaire en déterminant mieux les conditions qui favorisent son expression belliqueuse. Comme une guerre présente souvent de grands bénéfices mais aussi des risques énormes pour la « santé organisationnelle » de l’institution militaire, le caractère « pacifique » du corporatisme militaire dépend en fait de variables tierces qui déterminent grosso modo le degré de satisfaction des intérêts corporatistes de l’institution militaire.

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En revanche, de l’approche constructiviste nous retenons d’abord l’idée que le degré d’identification avec un groupe est variable. Si le désir d’obtenir des ressources est constant, rien ne détermine par nature si la recherche des gains se réalise en référence à l’individu, à un clan, à un groupe professionnel ou à une entité plus large comme la nation voire l’humanité. L’approche constructiviste a pour mérite de problématiser ce que l’analyse « bureaucratique » considère comme « donnée », à savoir l’identité « corporatiste ». Celle-ci ne va pas de soi car il peut exister des institutions militaires possédant une faible conscience de leur particularité et de ce fait peu enclines à défendre les intérêts spécifiques de leur institution. Le « soldat-aristocrate », le « soldat-citoyen » ou « soldat-parti » n’aura pas le même intérêt à défendre un budget de défense élevé qu’un soldat s’identifiant entièrement à son institution. Ainsi, les hobereaux prussiens étaient avant la Première Guerre mondiale réticents envers une augmentation budgétaire par crainte de l’embourgeoisement du corps d’officier. Il convient aussi de tenir compte des identités particulières au sein même des forces armées. Ainsi, « le filtre institutionnel » centralisé des armées en France explique pourquoi l’armée de l’air manque, à la différence de l’Air Force, d’une identité distincte. C’est pour cette raison que les rivalités entre armées ou armes n’ont pas la même importance pour l’armée française que pour les ‘armées’ américaines »6. Avant d’enquêter sur les « intérêts » corporatistes d’un groupe, il convient donc de s’interroger sur sa construction et sa puissance en termes d’identification de ses membres avec lui. Pour paraphraser Alexander Wendt, les institutions militaires ne peuvent pas savoir ce qu’elles veulent sans savoir qui elles sont ou qui elles veulent être7. Un soldat qui cultive sa différence avec la société civile et l’ethos combattant aura un plus grand « intérêt » à s’engager dans une confrontation armée qu’un soldat qui se perçoit davantage comme technicien. Ainsi, un militaire avec un référentiel identitaire héroïque aura une image dépréciative de soi s’il est jugé inapte à participer à des missions de combat par ses supérieurs. En somme, la définition des intérêts corporatiste suppose l’identification des militaires avec les spécificités « combatives » de leur institution. Le poids des corporatismes sera faible dans une institution armée qui ne cultive pas sa « spécificité » et dont les membres ont des liens forts avec d’autres groupes sociaux.

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Une autre idée forte de l’approche constructiviste est le postulat selon lequel les identités ne sont pas exogènes aux interactions sociales8. Les identités sont malléables et leur développement est façonné par des « autrui significatifs » (George Herbert Mead). Ainsi, les identités se forment « en miroir ». L’image que les autres nous renvoient influe sur la conception que nous avons de nous-mêmes. Transposé aux institutions militaires, cela signifie que leurs identités sont susceptibles d’être transformées si le pouvoir civil (l’autrui significatif) intervient de manière répétée dans les choix de l’institution militaire. Ainsi, la construction d’un référentiel identitaire « moderniste » au sein de l’armée française, valorisant l’expertise technique plus que les capacités physiques ou morales dans les années soixante serait difficilement compréhensible sans l’intervention du pouvoir civil, fixant de nouvelles normes d’excellence de la profession militaire. Avec le temps, de telles transformations identitaires imposées sont susceptibles de devenir des grilles mentales permanentes et même inconscientes des acteurs militaires.

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Notre regard sur les relations civilo-militaires mobilise donc avant tout des approches de la discipline des relations internationales. Cette perspective n’est pas incompatible avec les analyses plus explicitement sociologiques des relations civilo-militaires. Les théories qui insistent sur les effets de l’interaction entre l’armée et le pouvoir politique soulignent, comme l’approche constructiviste, que le pouvoir civil est susceptible de transformer les identités de l’institution militaire. Ainsi, A. Perlmutter admet l’existence d’une multitude d’identités militaires allant du militaire « corporatiste » (qui caractérise les sociétés modernes démocratique) au militaire « révolutionnaire » (qui serait en quelque sorte animé par « l’idéologie » et « fusionniste » avec le pouvoir politique) en passant par le militaire « praetorian » (caractérisé par un faible environnement politique et sociétal)9. Il n’en reste pas moins que la sociologie militaire s’est peu intéressée au rôle des militaires dans le déclenchement des guerres.

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Notre développement représente essentiellement une tentative de mettre à l’épreuve de nos deux perspectives théoriques des travaux empiriques déjà existants. Les cas cités représentent plus une illustration qu’une démonstration au sens strict. Notre première variable « dépendante » est la guerre interétatique classique surtout celles depuis le début du XIXe siècle. Malgré la grande diversité des situations, de l’intensité et de la durée de ces guerres nous supposons que leur comparaison est susceptible de nous fournir quelques régularités dans l’explication sur le rôle des militaires dans le déclenchement des guerres. Une deuxième variable « dépendante » est le penchant des militaires pour des plans militaires offensifs, définis surtout par leur objectif (la destruction des forces ennemies). En revanche, notre variable indépendante (explicative) de l’approche « bureaucratique » est la satisfaction des intérêts corporatistes des institutions militaires. Les variables indépendantes « constructivistes » sont le degré de l’identification du militaire avec son environnement civil (professionnalisme radical versus banalisation du métier des armes) ainsi que l’interaction du pouvoir civil avec les militaires et en particulier la volonté du pouvoir civil d’influer sur les valeurs de l’institution militaire (contrôle subjectif fort=identités militaires faibles, contrôle subjectif faible=identités militaires fortes)10.

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La mobilisation des deux approches « différentes » dans l’explication peut se heurter à bien des résistances voire à l’incompréhension. Elle nous paraît pourtant fondée. Premièrement, les deux approches aident à comprendre pourquoi les militaires ne militent pas forcément pour un recours à la force armée. D’un point de vue « constructiviste », l’intérêt des forces armées pour la guerre dépend par exemple de leur identité organisationnelle (« héroïque » et « combattante »)11. De même, d’un point de vue « corporatiste » le recours à la force armée présente non seulement des opportunités mais aussi de gros risques. Deuxièmement, et de manière beaucoup plus substantielle, les deux approches sont compatibles dans la mesure où elles expliquent des choses différentes. La première éclaire la variabilité des identités et des identifications alors que la deuxième explique les finalités à l’intérieur des identités stables12. Plus précisément, l’approche bureaucratique permet de comprendre pourquoi l’institution militaire est plus systématiquement favorable aux plans militaires offensifs et aux visions alarmistes qu’au déclenchement des guerres si l’on suppose une forte identification des militaires avec leur institution. De telles options sont susceptibles d’augmenter les ressources de l’institution militaire sans risquer sa survie. Toutefois, la préférence des militaires pour les options offensives et leur tendance à l’escalade dans les conflits n’est pas inévitable si l’identité de « corps » des institutions militaires est faible. Le façonnement de l’identité militaire dépend de l’intervention du pouvoir civil. Seules des organisations militaires soumises à une « civilianisation » semblent susceptibles d’éviter le penchant « naturel » pour l’offensive.

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Notre argumentation se déroulera en deux étapes. Dans un premier temps, nous démontrerons que ni les intérêts corporatistes ni les identités « militaires » ne favorisent nécessairement le « bellicisme ». En revanche, nous verrons dans un deuxième temps que l’intérêt corporatiste de l’institution militaire milite clairement en faveur de plans militaires offensifs. Cependant, l’approche constructiviste envisage des exceptions possibles à ce « penchant » stratégique des militaires à travers la possibilité que les militaires s’identifient aussi à autre chose qu’à leur institution.

L’intérêt « variable » des militaires pour la guerre

Les identités militaires « apprivoisées » contre la guerre

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L’existence d’une identité organisationnelle forte ou au contraire faible influe fortement sur l’attitude des militaires envers le recours à la force armée. Tout d’abord, l’hypothèse corporatiste présuppose une identité « corporatiste », c’est-à-dire un groupe professionnel ayant la conscience d’intérêts spécifiques et jouissant d’une existence nettement différenciée par rapport au pouvoir politique. L’hypothèse corporatiste n’a de véritable pertinence qu’à partir du XIXe siècle car auparavant, les élites civiles et militaires se confondaient. L’appartenance à la noblesse et la loyauté au monarque primaient sur l’identité militaire. Cette confusion des rôles civilo – militaires se traduisait par le fait que le chef d’État dirigeait souvent lui-même les opérations de guerre puisque sa gloire et sa légitimité – comme celles de Frédéric II ou de Napoléon – en dépendaient. Les guerres révolutionnaires (1792-1815) par exemple n’ont rien en commun avec les intérêts corporatistes militaires car le véritable enjeu – révolution, contre-révolution – était de nature politique13. L’analyse bureaucratique de l’institution militaire et sa prémisse que les militaires définissent leurs intérêts à travers le prisme de leur corporation sont uniquement valables pour les sociétés complexes, reposant sur une division très poussée du travail et connaissant donc des activités professionnelles nettement différenciées.

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En outre, les institutions armées sont susceptibles de développer des identités « civilianisées » s’opposant au bellicisme. Malgré des restrictions budgétaires très sensibles au sein des armées occidentales après 1989, personne n’y a exprimé de tendances ouvertement agressives. Certes, la retenue des militaires occidentaux peut d’abord être interprétée comme l’expression d’un rapport de forces largement favorable au pouvoir civil. Un pouvoir politique fort, comme celui de la Ve République14, est bien capable d’éloigner des éléments « perturbateurs » au sein des armées. La sélection des responsables militaires par le pouvoir civil et en particulier celle du chef d’état-major des armées constitue un moyen efficace pour maintenir la discipline « idéologique » du corps d’officier15.

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Un pouvoir politique fort est en mesure de modifier avec le temps l’identité de l’institution militaire. Une politique de recrutement ciblée, l’enseignement « civique »16 ou encore l’implication des acteurs civils dans la formation des militaires évitent l’émergence d’un professionnalisme radical cultivant la spécificité du métier des armes17. Certaines armées – et notamment celles des régimes démocratiques – n’hésitent pas à recourir à la force non seulement en raison des contraintes imposées par le pouvoir civil mais aussi parce qu’elles ont intériorisé les normes pacifiques de leurs systèmes politiques18. La restriction dans l’emploi de la force peut donc être le résultat d’une véritable culture de retenue au sein des forces armées. Les militaires allemands et japonais en sont actuellement des exemples. Dans un tel système de contrôle « subjectif », la différenciation entre pouvoir militaire et politique est affaiblie. Ainsi des normes comme l’idéal du soldat – citoyen peuvent contrecarrer des considérations de type corporatiste.

Les intérêts corporatistes de « survie » organisationnelle contre la guerre

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Toutefois, même si les membres de l’institution militaire ont développé une « identité de corps », il n’est pas sûr qu’il existe un intérêt « corporatiste » en faveur des confrontations armées.

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Selon la thèse classique, ce sont les militaires qui profitent le plus d’une guerre. Ils sont pour cette raison plus enclins à prôner le recours à la force armée que le pouvoir civil. Loin d’être uniquement motivés par le salut et la sécurité du pays lorsque se pose la question de recourir à la guerre, les militaires seraient poussés par des raisons purement corporatistes : prestige, moyens, pouvoirs19. Une guerre augmente généralement leurs ressources20, améliore leur statut social et rétablit leur pouvoir. En cours de conflit, le pouvoir politique doit, dans la mesure du possible, accorder satisfaction aux exigences budgétaires et autonomistes des militaires, s’il ne veut pas être accusé de mettre en péril la patrie. Une guerre prolongée peut même, comme ce fut le cas en Allemagne wilhelmienne ou en France révolutionnaire, favoriser la prise de pouvoir par des militaires. En outre, les contestataires du pouvoir militaire ne pourront plus s’organiser car ils seront facilement considérés comme des agents au service de l’ennemi. Une guerre victorieuse prouvera de la même façon l’utilité « sociale » des militaires – en tant que « gardiens de la nation » – et renforcera leur prestige et leur position sociale (cf. la prédominance des militaires prussiens au XIXe siècle après les trois guerres victorieuses contre le Danemark, l’Autriche et la France). Même les démocraties où les militaires sont contrôlés par le pouvoir civil ne seraient pas forcément protégées contre les tendances bellicistes des militaires parce que les hommes politiques seraient largement tributaires de leur expertise stratégique21.

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Cependant, la validité de l’hypothèse selon laquelle la menace des intérêts corporatistes peut conduire les militaires à un penchant belliqueux semble limitée aux régimes autoritaires. Les militaires prussiens de l’Allemagne wilhelmienne de 1914 – cas le plus fréquemment cité –, le bellicisme des militaires japonais dans les années trente ou le cas argentin de 1982 correspondent à ce type de régime22. Seul le désintérêt du pouvoir civil pour les questions militaires peut permettre l’expression belliqueuse des corporatismes militaires dans une démocratie. La guerre d’Algérie en est une illustration. Le prestige de l’armée française était en 1954 à son niveau le plus bas car la guerre d’Indochine s’était terminée par la cuisante défaite de Dien Bien Phu. Le souvenir de sa performance peu glorieuse lors de la Seconde Guerre mondiale hantait encore les esprits. Le processus de décolonisation mit en évidence l’affaiblissement de la France sur la scène internationale. Les militaires pouvaient craindre que leur rôle serait encore plus réduit au sein d’une « petite » grande puissance qu’au sein d’une grande puissance « coloniale ». C’est dans ce contexte que les militaires se sont illustrés parmi les défenseurs les plus farouches de « l’Algérie française ». Même si le pouvoir civil et le président du Conseil Guy Mollet étaient en faveur du maintien de l’Algérie française, on doit admettre que les militaires ont considérablement aggravé le conflit avec le F.L.N. en poussant à l’escalade. Ils ont par exemple pris l’initiative de bombarder la petite ville frontière tunisienne de Sakhiet Sidi Youssef, le 8 février 1958 (69 morts, dont 29 enfants23).

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Toutefois, la thèse « corporatiste » belliqueuse se heurte à plusieurs problèmes. D’une part, il est loin d’être assuré que les militaires puissent efficacement « conseiller » aux décideurs le recours à la force armée. L’expertise technique n’est pas une donnée en soi mais une construction sociale. La légitimité des militaires comme conseillers du prince est variable dans l’espace et dans le temps. À l’époque de la guerre froide, les spécialistes les plus éminents de la dissuasion nucléaire étaient des universitaires ou des civils comme Thomas Schelling, Herbert Kahn ou Henry Kissinger. La plupart des démocraties occidentales ont développé des « think tanks » qui ne sont pas nécessairement liés au monde militaire. D’ailleurs, l’appréciation qu’ont les militaires du rapport de forces est souvent plus réaliste que celle du pouvoir civil. Ils peuvent avoir pour cette raison un impact « pacificateur » sur les choix stratégiques. Une étude récente sur les militaires pakistanais 24 révèle que ceux-ci s’étaient à trois reprises opposés à l’emploi de la force contre l’Inde alors que le pouvoir civil y était favorable (à deux reprises en 1947 et une autre fois en 1951, toujours à propos du Cachemire). Leur position « pacifique » était exclusivement motivée par des raisons « tactiques » : la supériorité des forces indiennes. Ils étaient pour cette raison soucieux d’« ajourner » une telle guerre. L’opposition de certains généraux allemands à la politique aventureuse de leur Führer résulte de la même façon d’une appréciation stratégique bien plus réaliste que celle des idéologues nazis avec leur mépris d’Untermenschen. Le corporatisme d’une institution militaire très soumise au pouvoir civil joue donc souvent dans un sens modérateur – les militaires n’ont pas assez de pouvoir pour décider la guerre mais parfois assez d’influence pour dissuader le pouvoir civil de s’y engager.

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L’argument d’un intérêt corporatiste des militaires dans le déclenchement du conflit occulte surtout que ce sont précisément les forces armées qui ont le plus à perdre dans une guerre25. Le corps des officiers est directement impliqué dans la conduite d’une guerre et risque donc, en cas d’échec, son éviction. Pour cette raison, ils sont davantage « prudents »26. Les exemples ne manquent pas27 et la plupart des régimes militaires en Amérique latine (il y a naturellement la notoire exception de l’Argentine de Galtieri)28, en Afrique subsaharienne n’ont jamais entrepris de guerres interétatiques ; il en est de même de l’Espagne franquiste29. Plus récemment, l’armée de terre américaine s’est longtemps opposée à une intervention armée contre l’Irak aussi bien en 1991 qu’en 2003. Pour L. Holland, cette attitude est compréhensible parce que c’eût été l’armée de terre qui aurait subi les pertes humaines les plus importantes30.

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Les coûts et les gains « corporatistes » d’un recours à la force armée dépendent aussi de la nature du conflit. Les militaires auront tendance à dissuader les hommes politiques de s’engager dans un conflit lorsqu’ils croient que ceux-ci veulent uniquement employer des moyens limités. L’opposition initiale du général Powell à l’intervention américaine en Irak (1991) et en Bosnie (1995) peut être comprise sous cet angle31. Cette attitude n’est forcément pas l’expression d’un quelconque pacifisme « militaire » mais correspond parfaitement à leurs intérêts corporatistes32. Les opérations militaires dans une guerre limitée seront étroitement surveillées et même souvent dirigées par un pouvoir civil soucieux d’éviter une escalade incontrôlée. La perspective d’un contrôle civil étroit ou « affirmatif » (« assertive » –P.D. Feaver)33 sur la conduite de la guerre est peu réjouissante pour les militaires possédant une forte « identité de corps ».

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L’environnement stratégique – le rapport de forces dans la politique internationale – peut être un autre obstacle à l’expression d’un corporatisme belliqueux. Même si les transitions démocratiques des pays en Europe centrale et orientale (en ex-RDA, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Hongrie etc.) constituaient un défi majeur pour la nomenclatura militaire, leur marge de manœuvre « stratégique » était très limitée. Leurs puissants voisins allemand et russe – sans parler des États-Unis – auraient difficilement toléré des « aventures militaires ». En outre, de nombreuses armées sont mal équipées pour une confrontation armée. La faiblesse opérationnelle des armées éclaire partiellement le fait que la progression quantitative des pays démocratiques (116 pays sur 191 en 1999, contre 69 en 1989)34 s’est déroulée globalement de manière pacifique (au niveau inter – étatique). Pourtant le prestige social des institutions militaires s’était sensiblement dégradé. Les militaires latino-américains et africains n’avaient tout simplement pas suffisamment de moyens pour contrecarrer le processus démocratique au moyen d’une guerre contre un autre État.

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Concernant le critère – « capacités opérationnelles » – on peut constater que les régimes militaires de l’Amérique Latine étaient relativement peu dotés en ressources matérielles. En 1988, l’ensemble de la région dépensait 1,3 % de son PNB pour sa défense, un pourcentage nettement inférieur à celui du monde « développé » qui dépensait en 1988 5,2 % de son PNB pour les forces armées35. La faiblesse « combative » des forces armées frappe encore plus les pays de l’Afrique subsaharienne où la plupart des armées ont moins de 20.000 soldats et où l’équipement (chars, essence etc.) est souvent insuffisant pour porter une attaque d’envergure dans le territoire ennemi. Les armées des grandes puissances ont naturellement plus de possibilités de réagir de manière belliqueuse aux menaces corporatistes que celles des puissances plus modestes. Toutefois, même des armées matériellement puissantes sont susceptibles d’éprouver des difficultés « opérationnelles », surtout en raison de problèmes moraux ou organisationnels. La faiblesse de l’armée française après la Seconde Guerre mondiale semble expliquer le manque d’enthousiasme des officiers français pour s’engager dans la guerre d’Indochine (1946-1954). Affaibli et tiraillé entre différentes tendances, le corps d’officier était bien incapable de se constituer en groupe de pression efficace. L’armée française fut même, pour un temps, dirigée par un « général de brigade à titre temporaire »36. Une faiblesse combative analogue caractérise l’institution militaire russe à la veille de la première guerre de Tchétchénie. L’armée russe était considérablement réduite dans son format et affaiblie par l’insuffisance des moyens financiers ainsi que par une crise morale grandissante37. Les officiers de l’armée russe étaient bien conscients de ces problèmes. Onze officiers généraux (parmi eux le général Lebed et le vice-Ministre de la Défense, le général Gromov) mirent en garde la Douma sur les difficultés de l’entreprise, arguant du fait qu’il n’y avait eu aucun exercice au niveau de la division ou du régiment depuis 1992.

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En résumant, on peut constater que si les intérêts corporatistes des militaires – autonomie, ressources, prestige – sont menacés par des bouleversements internes (transitions politiques, restrictions budgétaires) ou externes (perte de zones d’influences), et lorsque l’institution militaire est suffisamment forte (en termes de ressources absolues et relatives) et différenciée par rapport au pouvoir civil, les militaires seront enclins à favoriser le recours à la force armée. En revanche, lorsque leur position sociale est stable et acceptée, ou lorsqu’ils sont tiraillés par des courants contradictoires et en pleine réorganisation ou affaiblis, ils seront plus hésitants à s’engager dans une guerre.

L’intérêt tenace des institutions militaires pour les options offensives

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Une deuxième théorie « militariste » insiste sur le rôle indirect des militaires dans le déclenchement des conflits. Barry Posen et J. L. Snyder, par exemple, considèrent que les intérêts corporatistes des militaires favorisent des plans militaires offensifs38 qui encouragent à leur tour des guerres préventives ou des frappes de type préemptif39. Contrairement à l’intérêt « variable » des militaires pour le recours à la force armée, la préférence pour des options « offensives » semble relativement tenace.

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Pour comprendre le lien entre une stratégie offensive et le déclenchement d’une guerre, il convient de souligner l’intérêt de l’attaquant à surprendre l’adversaire40. La pénétration du territoire ennemi sera facilitée si l’adversaire n’a pas eu le temps de couper les voies d’invasion possibles et de protéger les cibles militaires sensibles. La mobilité des systèmes d’armes modernes accroît les chances d’une attaque décisive par surprise comme le démontrent la percée par les Ardennes en 1940, Pearl Harbour ou les guerres israélo – arabes. Dans une situation de crise internationale aiguë, comportant une forte probabilité d’affrontement, les décideurs militaires d’un État ayant adopté un plan militaire offensif auront donc tendance à pousser les responsables politiques à la confrontation armée (voir la guerre des six jours de 1967). Des plans militaires offensifs favorisent aussi les guerres préventives en élargissant « les fenêtres de vulnérabilité ». Les options offensives sont plus facilement remises en question par des préparations adverses que des plans défensifs. Les militaires allemands poussaient les dirigeants politiques en 1914 à la guerre car l’amélioration du réseau ferroviaire russe pouvait compromettre le succès du plan Schlieffen qui reposait sur la lenteur de la mobilisation russe.

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La thèse que nous défendons est que le corporatisme militaire joue fortement et d’une manière directe en faveur des conceptions stratégiques offensives si l’on présuppose l’identité de corps des institutions militaires. En ce sens, nous souscrivons à la thèse développée par J. L. Snyder et B. Posen insistant sur le préjugé offensif des corporatismes militaires. Cependant, le pouvoir civil peut imposer ses préférences doctrinales en jouant sur les dissensions internes de l’institution militaire. Plus encore, le pouvoir civil peut façonner des identités militaires favorables aux options plus défensives. La validité de la thèse « bureaucratique » des doctrines militaires offensives se limite aux militaires cultivant une conscience de la spécificité de leur corporation.

Existe-t-il des identités organisationnelles contre l’offensive ?

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Certains facteurs d’ordre institutionnel et culturel peuvent détourner les militaires de leur préférence pour l’offensive. Selon Deborah D. Avant, la capacité d’innovation et d’adaptation de l’organisation militaire dépend de la nature des institutions politiques. Un pouvoir civil unifié serait en mesure d’imposer des changements stratégiques aux militaires en licenciant sans aucun risque ceux qui s’y opposent ou en orientant les avancements et les récompenses au sein de l’organisation militaire de telle façon qu’ils bénéficient aux novateurs. La bonne adaptation des militaires britanniques à la guérilla en Malaisie (1948-1960), qu’Avant compare à l’obstination de l’armée américaine à combattre « offensivement » le Viêt-cong, en serait un exemple. Contrairement aux États-Unis où le pouvoir civil est tiraillé entre le Président et le Congrès, en Grande-Bretagne le cabinet du Premier ministre est plus uni et de cette façon, capable de se façonner une organisation militaire plus conforme aux besoins de « sécurité nationale »41.

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Mais ce sont aussi les normes organisationnelles qui peuvent contrecarrer le penchant des militaires pour des options offensives E. Kier interprète sous cet angle l’orientation défensive de l’armée française dans les années trente. Contrairement à la culture militaire allemande, les Français n’auraient pas pu imaginer employer des appelés de courte durée autrement que pour des opérations défensives42. La réduction du service militaire de trois à un an, décidée en 1928, aurait conditionné l’abandon de l’orientation offensive de l’armée française. L’analyse de E. Kier suggère que les considérations politiques supplantaient les logiques « corporatistes ». La gauche française redoutait, en raison de l’écrasement de la commune en 1871, une armée professionnalisée et rejetait pour cette raison une formation prolongée des conscrits. En revanche, la droite estimait qu’une armée de conscription ne serait pas en mesure de maintenir l’ordre interne. E. Kier parvient au résultat que la crainte d’une armée putschiste et révolutionnaire était plus déterminante pour la mise en œuvre de la politique française entre les deux guerres que la montée en puissance de l’Allemagne nazie. Le refus des responsables « militaires » d’employer des recrues de courte durée pour des opérations offensives relevait aussi du souci de tenir les éléments « perturbateurs » de la gauche révolutionnaire à la marge de l’armée. En d’autres termes, l’identité politique importait aux responsables militaires au moins autant que le « bien-être » et l’augmentation des ressources de leur institution.

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Les interventions du pouvoir civil, renforcées à l’âge nucléaire, peuvent durablement modifier et même transformer les « intérêts corporatistes »43. L’ère nucléaire se distingue par un contrôle étroit du pouvoir civil sur les options stratégiques. L’augmentation dramatique des coûts des guerres modernes (surtout en termes de destruction) favorise un contrôle civil plus « affirmatif » (P. Feaver) de la planification militaire. Le pouvoir politique des puissances nucléaires occidentales surveille étroitement les options et choix stratégiques par le biais des stratèges « civils ». Le concept de la dissuasion nucléaire est ainsi un produit largement « non militaire » car il a été élaboré et affiné aux États-Unis par des penseurs et praticiens politiques tels que B. Brody ou A. Wohlstetter. Certes, l’aversion soviétique contre la dissuasion nucléaire jusqu’aux années soixante, proclamant qu’il s’agirait d’emporter la victoire par une bataille d’anéantissement, conforte apparemment l’hypothèse du penchant militaire pour l’offensive44. Toutefois, l’opposition initiale de l’URSS contre la dissuasion n’était pas simplement l’expression d’un réflexe corporatiste mais plutôt le corollaire logique de la doctrine communiste selon laquelle l’affrontement entre les mondes socialiste et capitaliste serait inéluctable et que les forces du progrès l’emporteraient. L’autonomie de l’institution militaire soviétique était limitée car les officiers devaient être membres du parti et l’instance majeure pour la mise au point de la stratégie, le Conseil de défense, était présidée par le Secrétaire général. La reconnaissance implicite de la dissuasion nucléaire, scellée par le traité ABM, démontre que le pouvoir civil est resté maître des choix stratégiques45. Encore mieux, un grand nombre d’officiers soviétiques a finalement « intériorisé » les postures défensives de la dissuasion nucléaire. Ainsi, c’est l’Académie de l’état-major général qui avertit au milieu des années quatre-vingt le pouvoir suprême, M. Gorbatchev, « de l’impossibilité de maintenir un conflit européen en dehors de l’épure nucléaire »46. Un tel processus de transformation identitaire s’observe aussi au sein de l’armée française. La doctrine française du faible au fort, élaborée par les généraux Gallois et Ailleret, constitua un véritable changement de paradigme au sein de l’armée française. Cette « révolution conceptuelle » (Pierre Muller) impliquait un changement du rapport de forces en faveur des généraux « techniciens » et plus « civils » au détriment des composantes plus traditionnelles de l’Armée comme les forces terrestres, réduites à délivrer à l’agresseur un dernier avertissement avant la mise en action du feu nucléaire47. Une fois encore, l’orientation plus défensive des forces armées était précédée par une plus grande influence des généraux possédant une conception plus « banalisée » et moins spécifiquement « combative » du métier des armes.

L’« identité de corps » de l’institution militaire contre les options défensives

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J. Snyder et B. Posen ont montré qu’un plan militaire offensif correspond pour de multiples raisons aux intérêts organisationnels des militaires. Il rehausse d’abord le prestige et la fierté d’une armée en affichant un sentiment de supériorité envers l’adversaire, car seules des opérations militaires offensives sont susceptibles de gagner une guerre. Une attitude défensive équivaut à l’aveu qu’on ne croit pas possible de « terrasser » l’ennemi. Concernant le plan français XVII, Jack Snyder nous révèle à quel point ses protagonistes – le général Foch et le colonel Grandmaison – étaient inspirés par la crainte qu’une doctrine défensive pourrait nuire au moral de l’armée et conduire à une passivité fataliste48. Une doctrine défensive implique une dévalorisation de l’outil militaire – une guerre prolongée et indécise est une option peu attractive. En revanche, des stratégies militaires offensives comportent la promesse d’une guerre courte, décisive et bénéfique. Elles fournissent en quelque sorte la preuve que l’investissement « militaire » d’une nation est rentable49. Ainsi, Les militaires wilhelmiens étaient conscients que leur prestige énorme dans la société allemande reposait largement sur leurs victoires courtes et décisives contre le Danemark, l’Autriche-Hongrie et la France. On peut comprendre qu’ils voulaient renouer avec cette tradition en mettant en œuvre le plan Schlieffen. L’aversion des militaires américains contre la dissuasion nucléaire50 et leur engouement pour les défenses antimissiles illustrent comment des considérations de prestige s’opposent à des postures défensives.

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L’offensive requiert également plus de ressources matérielles qu’un plan militaire défensif. Une offensive exige nettement plus de forces qu’une défensive (et parfois même une supériorité de 3:1). La tâche d’acquérir et de détruire est plus difficile que celle de préserver51. L’aversion des militaires pour des doctrines purement dissuasives se nourrit aussi du fait qu’elles offrent des opportunités matérielles minimales pour les forces armées car leur efficacité repose plus sur la crédibilité du pouvoir politique que sur des capacités militaires brutes52. L’enquête de Rémy Martinot-Leroy sur la perception de la dissuasion nucléaire au sein de l’armée française confirme la réticence « naturelle » des unités de combat pour les postures purement défensives 53. En s’appuyant sur des mémoires rédigés à l’École de Guerre dans les années 70, il révèle que les brevetés de l’armée de terre avaient une inclinaison à perpétuer une idéologie offensive. Les officiers de l’armée de terre manifestaient tous les signes d’un rejet corporatiste de la dissuasion nucléaire. Ils tentaient de rétablir le « vrai » combat en se prononçant en faveur de l’action subversive ou de la guérilla comme « un élément du volet populaire de la dissuasion ».

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Un plan militaire offensif, et surtout une stratégie d’anéantissement dont l’objectif est la capitulation totale de l’adversaire, protègent les militaires contre l’ingérence des responsables politiques dans la gestion de la guerre. L’opposition des officiers français et soviétiques à la dissuasion nucléaire et leur propension à préconiser une défense plus active peuvent être comprises comme une tentative d’échapper à la domination des civils. Dans la dissuasion, le seul rôle militaire « décisif » revient au chef d’État qui « appuie sur le bouton »54.

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Enfin comme toute grande organisation bureaucratique, les militaires développent des routines organisationnelles en élaborant des procédures types d’opération pour gérer des situations standards55. Ces routines permettent à un grand nombre d’individus moyens de s’occuper de nombreux cas sans effort ni réflexion excessifs. En outre, elles répondent à l’exigence « militaire » d’établir une certaine discipline et prévisibilité dans la conduite des opérations militaires. Or des doctrines offensives sont justement adaptées à ce besoin organisationnel de réduire l’incertitude et de programmer des scénarios standardisés. Le plan Schlieffen constitue l’un des exemples les plus connus d’une telle planification excessive : la défaite française était prévue pour la sixième semaine. Seul celui qui prend l’initiative peut agir en fonction de ses propres plans alors que celui qui « pare les coups » doit faire preuve de souplesse et s’adapter à l’adversaire56.

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L’époque de la Première Guerre mondiale illustre ce qui se passe lorsque les militaires sont autonomes dans leur planification militaire car tous les États-majors européens avaient conçu des plans offensifs. La période pré –nucléaire fut fortement marquée par la croyance que les décisions concernant la paix et la guerre relèveraient du pouvoir civil mais que la conduite de la guerre et sa préparation relèveraient de la compétence exclusive des militaires57. Jean-Jacques Becker démontre ainsi que le plan XVII, entré en vigueur en 1909 et prévoyant une attaque par le centre, entre les Ardennes et les Vosges58, s’inscrivait dans la continuité d’une pensée militaire misant sur la destruction des forces ennemies et l’action de masse. Déjà en 1894, un règlement de l’armée française postulait qu’une infanterie brave et énergiquement commandée pourrait marcher sous le feu le plus violent. Le rejet des alternatives défensives, celles défendues par le général Michel ou Pétain, était incontestablement idéologique. Jean-Jacques Becker nous rapporte le mépris auquel était confronté Michel.

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Des institutions militaires jouissant d’une grande autonomie vont plus facilement développer des identités « corporatistes » et par ce biais, un penchant pour les doctrines militaires offensives. La liberté des militaires d’influer sur les choix doctrinaux – au moins dans les pays occidentaux – est à l’ère post-bipolaire plus grande qu’à l’époque de la guerre froide. La mise en œuvre de la « Missile Defense » signifie de facto une réhabilitation des options stratégiques offensives. Même si une telle défense ne fonctionnait que partiellement, elle permettrait aux militaires américains d’envisager une frappe préemptive en cas de crise aiguë contre une autre puissance nucléaire « secondaire » (par exemple la Chine). Dans l’éventualité d’une telle confrontation, les États-Unis ne s’exposeraient plus au risque d’une « destruction assurée ». Même si ce scénario reste largement hypothétique, le « Missile Defense » traduit la réticence des militaires à se cantonner dans une attitude purement attentiste et défensive. Le rôle de l’institution militaire dans la genèse de ce programme de défense antimissile reste encore à explorer, mais elle l’a fortement appuyé. Son prestige et sa « santé financière » n’ont cessé de s’épanouir depuis qu’elle a réussi à convaincre les civils que la menace émanant des « États voyous » est réelle59.

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L’esprit de l’offensive des militaires se reflète également au cours des conflits et les pousse souvent à l’escalade. Même les auteurs qui insistent sur le caractère pacifique de l’institution militaire, comme R. Betts, admettent qu’une fois la guerre lancée, les responsables des armées ont tendance à se radicaliser. Par formation, les militaires sont censés gagner les guerres, tandis que l’établissement de la paix est considéré comme une affaire politique60. Les oppositions de vues entre le vieux Moltke et Bismarck à propos de la France, ou plus récemment entre le général Schwarzkopf et le président Bush en Irak, en sont deux illustrations. L’escalade d’un conflit peut facilement conduire au déclenchement de guerres secondaires, surtout lorsque des puissances tierces ne veulent pas admettre l’écrasement total d’un belligérant ou lorsqu’une escalade nuit à leurs intérêts commerciaux (cf. la guerre américano-espagnole en 1898, le conflit américano-allemand en 1917 et le conflit sino-américain en Corée, 1950-1953).

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La logique d’escalade de l’institution militaire s’est manifestée une nouvelle fois lors des guerres de Tchétchénie (1994 et 1999). Les militaires russes recherchaient obstinément la victoire par l’engrenage des attaques. Les sévices infligés à la fois aux rebelles et aux populations civiles produisirent un durcissement des antagonismes, constituant un obstacle sérieux pour les négociations de paix et une réconciliation future. Les opérations de relèvement du pays, nécessaires pour une reconquête des populations, étaient complètement négligées. Cette conduite très « rustique » lors de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), attisait une haine qui facilita sans doute le déclenchement de la deuxième en 1999.

L’alarmisme militaire

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Enfin la tendance à l’alarmisme61 des militaires influence de manière indirecte le déclenchement des hostilités. La fonction première du militaire est de préserver la sécurité nationale. Cette concentration sur certaines tâches conduit facilement à des déformations professionnelles qui se reflètent dans une perception stato-centrée et hobbésienne de la politique internationale. La mission « étatique » de l’institution militaire encourage une conception purement nationale de la sécurité internationale empêchant l’empathie envers d’autres nations62. L’exigence fonctionnelle de la « discipline » et de la « clarté », l’habitude de se conformer aux ordres et d’avoir des missions bien définies, renforcent cette tendance « autiste » de l’institution militaire car elle interdit de remettre en question les « certitudes » et aussi la volonté « diabolique » des autres États63. Cette « diabolisation » est fonctionnelle pour le soldat. Il est plus facile « d’éliminer » si l’on déshumanise l’adversaire. En outre, la préoccupation permanente des menaces virtuelles et l’exigence « fonctionnelle » de se préparer au « pire des cas » sont susceptibles de favoriser l’alarmisme.

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Il existe de nombreux exemples où les militaires ont poussé les politiques à prendre au sérieux des menaces souvent exagérées, sinon imaginaires. Lors de la guerre franco-autrichienne en 1859 ou dans les années 1920, l’armée britannique avait à plusieurs reprises mis en garde le pouvoir civil contre l’éventualité d’une invasion de la flotte française, ses troupes débarquant clandestinement sur les côtes de la Manche, alors que les relations diplomatiques entre la France et l’Angleterre étaient plutôt harmonieuses. Les prophéties des « Cassandres » militaires sont parfois fabriquées et alimentées par le souci plus terre à terre d’obtenir des crédits budgétaires, ce qu’Alfred Vagts qualifie d’« escroquerie à la protection militaire »64. Une enquête menée en Suède démontre que l’alarmisme est particulièrement répandu chez les officiers supérieurs, par conséquent chez ceux qui sont les mieux socialisés dans cette institution65.

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Les perceptions alarmistes caractérisent aussi les armées américaines dans l’après – guerre froide. Le budget de défense de l’année 2007 était, avec 439 milliards de dollars, supérieur au budget moyen de la guerre froide. Il dépasse largement l’ensemble des dépenses de défense des pays de l’Union européenne. Malgré la disparition de la menace soviétique, le budget défense reste relativement stable après une courte période de transition. Les bases de l’industrie de l’armement de la guerre froide continuent à produire des armes en grande quantité66. L’émergence des « rogues states » ou du « fanatisme islamique » comme prétendue menace nucléaire existentielle pour les États-Unis est aussi le résultat d’une vision alarmiste. Il est difficile de croire que les dirigeants des « États voyous » généralement bien soucieux de leur survie politique, nourrissent l’idée de lancer un missile nucléaire sur un État dont le budget de défense est environ 40 fois plus élevé que le leur.

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Mais les militaires ne tombent pas nécessairement dans l’alarmisme pour des seuls motifs d’intérêt mais aussi à travers des mécanismes cognitifs complexes. L’appartenance à une institution structure la perception qu’ont les acteurs de leur environnement et crée donc des effets de perspective67. La concentration professionnelle des militaires sur l’identification des menaces les prédispose sans doute à porter une attention sélective excessive aux aspects sécuritaires. Deux études récentes confirment que les militaires ont tendance à surévaluer les menaces. Elles avancent à la fois des explications cognitives et plus strictement corporatistes pour ce penchant. Andreas Marchetti68 a examiné les projets des militaires prussiens pour une guerre préventive contre la Russie (1871-1892). L’État-major allemand, et surtout le général Waldersee, étaient selon Marchetti quasiment obsédés par le caractère belliqueux de la Russie. À partir de la fin des années quatre-vingt, il exigeait constamment une action punitive contre le voisin russe. En revanche, le pouvoir civil, et surtout le chancelier Bismarck, était soucieux d’éviter la formation de l’alliance franco-russe et parvenait à conclure avec la Russie le traité de réassurance (1887). Si l’alarmisme militaire favorisant d’ailleurs des demandes corporatistes – comme à l’occasion du vote du budget militaire au sein du Reichstag – n’a pas directement conduit à la guerre, il a néanmoins favorisé le rapprochement franco-russe. En effet, les militaires prussiens parvenaient à imposer à Bismarck l’interdiction de prêts sur gages russes en 1887.

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Dans une perspective parente mais cette fois-ci pour un régime démocratique, Barthélemy Courmont69 a étudié le rôle des militaires dans la décision d’utiliser la bombe atomique à Hiroshima, puis à Nagasaki en août 1945. Les autorités militaires étaient à l’époque chargées d’évaluer les pertes américaines en cas d’invasion du Japon. L’entourage du général Marshall estimait dans un mémorandum que 500 000 à un million de vies américaines pourraient être épargnées en évitant l’invasion alors qu’en réalité les pertes auraient difficilement dépassé 50 000 hommes. Ces estimations fantaisistes des militaires américains ont influencé l’option d’utiliser les bombes atomiques. Cette évaluation alarmiste était fondée sur la croyance douteuse que l’ensemble de la population civile japonaise se mobiliserait pour défendre l’Empire. Certains généraux allaient même jusqu’à affirmer qu’il n’y aurait pas de distinction entre les civils et les militaires au Japon. Ils voyaient partout des ennemis.

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L’étude des perceptions alarmistes de la corporation militaire mérite encore un examen approfondi. Leur intensité varie certainement aussi en fonction du régime politique, des rapports civilo-militaires, du secteur de l’armée et de sa composition sociologique. Une enquête plus récente sur les perceptions de l’environnement international de l’armée chinoise70 souligne que les officiers plus âgés (entre 60 et 70 ans), méconnaissant souvent les pays et les langues étrangers, ont une appréciation nettement plus « sombre » des États-Unis et du Japon que les officiers supérieurs plus jeunes (entre 40 et 50) et « polyglottes ». L’alarmisme des militaires n’est pas une fatalité et une variable « constante » mais il peut être tempéré par des formations « civiles » appropriées.

Conclusion

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En somme, l’approche en termes de l’intérêt et des perceptions corporatistes est stimulante pour éclairer le penchant plus ou moins belliqueux de l’institution militaire. L’approche corporatiste semble particulièrement pertinente pour l’analyse des doctrines offensives et des perceptions alarmistes. Contrairement à la guerre, le fait d’exagérer des menaces ou d’élaborer des plans militaires offensifs ne représente pas de risques immédiatement intelligibles pour l’institution militaire. Concernant le « bellicisme » militaire au sens strict, les critiques mais aussi les défenseurs de l’analyse « bureaucratique » ont négligé d’examiner la variété des situations (menaces ou garantie des intérêts corporatistes) et des contextes (rapports civilo – militaires, capacités opérationnelles etc.) susceptibles de façonner l’intérêt et la capacité des militaires à recourir à la force armée contre un État tierce. L’approche constructiviste complète utilement l’analyse « bureaucratique » en dévoilant la condition sine qua none des intérêts corporatistes : l’existence d’une identité valorisée et fortement différenciée de l’institution militaire. Moins les militaires cultivent le professionnalisme radical mettant en valeur la spécificité « combative » et moins ils auront un penchant pour l’alarmisme et les conceptions stratégiques offensives.

42

Les militaires ne sont donc ni « faucons » ni « colombes » mais plutôt des caméléons qui changent de couleur « belliqueuse » en fonction de l’environnement civil. Pour paraphraser une nouvelle fois Alexander Wendt : les militaires sont ce que les civils en font.

Thomas Lindemann

Thomas Lindemann est professeur de science politique à l’Université Montesquieu de Bordeaux IV et membre de son Centre d’analyse politique comparée, de géostratégie et de relations internationales (CAPCGRI).

Notes

[ 1] VAGTS A., Defense and Diplomacy : The Soldier and the Conduct of Foreign Relations, New York, King’s Crown Press, 1958 ; HUNTINGTON S., The Soldier and the State : The Theory and Politics of Civil-Military Relations, Cambridge Harvard University Press, 1957 ; ALLISON G., The Essence of Decision, Boston, 1971. Pour une critique: COHEN S., « Décision, Pouvoir et Rationalité dans l’analyse de la Politique étrangère », dans SMOUTS M.-C., Les nouvelles relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, 1999, p. 82 ; COHEN E. A., Supreme Command. Soldiers Statesmen, and Leadership in Wartime, NewYork, Free Press, 2002 ; FEAVER P. D., Armed Servants. Agency, Oversight, and Civil-Military Relations, Cambridge University Press, 2003. L’auteur tiens à remercier Thierry Widemann, Marc Smyrl et Jean Jona pour des commentaires très utiles.

[ 2] Voir pour l’analyse « bureaucratique » : SNYDER J. L., The Ideology of the Offensive, Ithaca, Cornell University Press, 1984 ; POSEN B., The Sources of Military Doctrine, Ithaca, Cornell University Press, 1984 ; HOLLAND L., « The U.S. Decision to Launch Operation Desert Storm : A Bureaucratic Politics Analysis, Armed Forces and Society, vol. 25, n°2, hiver 1999, p. 219-242 ; DAUBER C., « Image as Argument : The impact of Mogadishu », Armed Forces and Society, hiver 2001, vol. 27, n°2, p. 205-230 ; COHEN E., Making Do With Less : or Coping With Upton’s Ghost, Carlisle Barracks, PA: SSI, AWC, 26 mai 1995 ; HAAS R. N., Intervention : The Use of American Military Force in the Post Cold War, Washington D.C., Brooking Press 1999. Pour l’analyse « culturelle » ou « constructiviste » voir RECORD J., « Collapsed Countries, Casualty Dread, and the New American Way of War », Parameters, été 2002, p. 4-23 ; KATZENSTEIN P. (éd.), The Culture of National Security, New York, Columbia University Press, 1996 ; KIER E., « Culture and Military Doctrine : France Between the Wars, International Security, 19 (4), printemps, 1995, p. 65-93 ; JOHNSTON A. I., « Thinking about Military Culture », International Security, 19 (4), printemps 1995, p. 32-64.

[ 3] Voir ALLISON G., op. cit., 1971, p. 144-184.

[ 4] Voir, par exemple, WELCH D. A., « The Organisational Process and Bureaucratic Politics Paradigms. Retrospect and Prospect », International Security, vol. 17 (2), 1992, p. 112-146.

[ 5] MICHAUD N., « Graham Allison et le paradigme bureaucratique : vingt-cinq ans plus tard, est-il encore utile ? », Études Internationales, Décembre 1996, p. 782.

[ 6] VENNESSON P., Les chevaliers de l’air, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, p. 202 sq.

[ 7] Voir à ce propos WENDT A., Social Theory of International Relations, Cambridge University Press, 1999, chapter IV.

[ 8] WENDT A., FRIEDHEIM D., « Hierarchy Under Anarchy : Informal Empire and the East German State », International Organization, vol. 49, 4, Autumn 1995, p. 689-721 ; HOPF T., « The Promise of Constructivism in International Relations theory », International Security, vol. 23, n°1, 1998, p. 171-200, p. 183 ; CHECKEL J. T., « The Constructivist Turn in International Relations Theory », World Politics, vol. 50, n°2, janvier 1998, p. 324-348 ; WENDT A., « Constructing International Politics », International Security, vol. 20, n°1, Summer 1995, p. 71-81.

[ 9] PERLMUTTER A., The Military and Politics in Modern Times. On Professionals, Praetorians, and Revolutionary Soldiers, New Haven, Yale University Press, 1977.

[ 10] Voir HUNTINGTON S., op. cit., 1957.

[ 11] Voir JANOWITZ M., The Professional Soldier, New York/Londres, The Free Press, 1971 (réédition), p. 21 ; HUNTINGTON S, op. cit., 1957, p. 61 ; MOSKOS C., WOOD F., (eds), The Military : More Than Just a Job ?, Washington/New York, Pergamon-Brassey’s, 1988, p. 16 ; BOËNE B., « Permanence et Relativité de la spécificité militaire. Examen critique de la littérature existante, esquisse d’une synthèse », dans BOËNE B, (dir.), Les spécificités militaires, Paris, Armand Colin, 1987, p. 188-240.

[ 12] Voir à ce propos WENDT A., op. cit., 1999, p. 33-38 et p. 169 sq.

[ 13] Voir CABANIS A., CHARLIER M. D., « Les guerres révolutionnaires », dans LINDEMANN T. et MARTIN M., Faucons ou colombes ? Les militaires et la guerre, Paris, L’Harmattan, 2006.

[ 14] COHEN S., La défaite des généraux. Le pouvoir politique et l’armée sous la Ve République, Paris, Fayard, 1994. p. 47.

[ 15] Ibid., p. 53.

[ 16] Voir à ce sujet PAJON C., Forces armées et société dans l’Allemagne contemporaine : le recrutement de la Bundeswehr, de 1956 à nos jours, Thèse de science politique (Université de Toulouse I), 2000, p. 8 sq.

[ 17] Voir pour ces distinctions HUNTINGTON S., op. cit., 1957, p. 80-83.

[ 18] BERGER T. U., « Norms, Identity, and National Security in Germany and Japan » in KATZ-ENSTEIN P., op. cit., 1996, p. 334 sq.

[ 19] SCHUMPETER J. A., « Zur Soziologie der Imperialismen », in SCHUMPETER J. A., Aufsätze zur Soziologie, Tübingen, 1953, p. 72-146.

[ 20] Voir ALLISON G., « What fuels the Arms Race ? », in PFALTZGRAFF R. L., (ed.), Contrasting Approaches to Strategic Arms Control, Lexington, M.A:D.C., 1974.

[ 21] GALBRAITH J. K., How to control the military, New York, Doubleday, 1969, p. 7.

[ 22] Voir la contribution de Gabriel PERIÈS dans LINDEMANN T. et MARTIN M., op. cit., 2006.

[ 23] Voir COHEN S, op. cit., 1994.

[ 24] Ibid.

[ 25] COHEN S., op. cit., 1994.

[ 26] Voir HUNTINGTON S, op. cit., 1957, p. 69.

[ 27] LEBOW S, Between Peace and War, Baltimore, John Hopkins University Press, 1981, p. 46 et BETTS R., Soldiers, Statesmen, and Cold War Crisis, Cambridge, Harvard University Press, 1977, p. 4-7, p. 215-221.

[ 28] Voir l’article de PÉRIÈS G., « Les juntes argentines et la guerre (1976-1983) », dans LINDEMANN T., MARTIN M., op. cit., 2006.

[ 29] BETTS R., op. cit., 1977, p. 4. Voir aussi MARTIN M., La militarisation des systèmes politiques africaines, Québec, Sherbrooke, 1976.

[ 30] HOLLAND L., « The U.S. Decision to Launch Operation Desert Storm : A Bureaucratic Politics Analysis », Armed Forces and Society, vol. 25, n°2, 1999, p. 233.

[ 31] CIMBALA S. J., « The Role of Military Advice : Civil-Military Relations and Bush Security Strategy », in SNIDER D. M., CARLTON-CAREW M. A. (ed.), U.S. Civil-Military Relations, The Center for Strategic and International Studies, Washington DC, 1995, p. 101 et 106.

[ 32] FEAVER P. D., « Civil-Military Conflict and the Use of Force », in SNIDER D. M., CARLTON-CAREW M. A., op. cit., p. 121.

[ 33] Ibidem.

[ 34] Voir « Freedom in the World », The Annuary Survey of Political Rights and Civil Liberties, Freedom House, 1998-1999.

[ 35] SANCHEZ P. M., « Latin America : The Security of a region », in MURRAY D. J., VIOTTI P. R., The Defence Policies of Nations, Third Edition, Baltimore/London, The John Hopkins University Press, 1994, p. 95-109, p. 103 sq.

[ 36] Voir la contribution sur la guerre d’Indochine de Pierre MORISOT dans LINDEMANN T. et MARTIN M., op. cit., 2006.

[ 37] SOUQUE P., « Les militaires et les guerres en Tchétchénie », dans LINDEMANN T. et MARTIN M., op. cit., p. 171-190.

[ 38] Voir à propos de Clausewitz : von CLAUSEWITZ C., Théorie du combat. (Préface de Thomas Lindemann), Paris, Économica, 1998.

[ 39] Voir SNYDER J., The Ideology of the Offensive, Ithaca, Cornell University Press, 1984 ; POSEN B., op. cit., 1984. Pour une discussion plus récente : DAVIS J. W. Jr., FINEL B. I., GODDARD S., VAN EVERA S., GLASER C., KAUFMANN C., « Correspondence, Taking Offense at Offense-Defence Theory », International Security, vol. 23, n°3, 1998/99, p. 179-206.

[ 40] von CLAUSEWITZ C., De la guerre, Éditions de Minuit, Coll. « Arguments », 1955, p. 220.

[ 41] AVANT D. D., Political Institutions and Military Change, Ithaca, Cornell Studies in Security Affairs, 1994, p. 10, 26 et 40 ; KIER E., « Culture and Military Doctrine », International Security, vol. 19, n°4, Spring 1995, p. 65-93 et LEGRO J. W., « Military Culture and Inadvertent Escalation in World War II », International Security, vol. 18, Spring 1994, p. 108-142.

[ 42] KIER E., op. cit., p. 71.

[ 43] Voir à ce propos SNYDER J.-L., « Civil-Military Relations and the Cult of the Offensive, 1914 and 1984 », International Security, été 1984, vol. 9, n°1, p. 140.

[ 44] Voir à ce propos GARTHOFF R., Soviet Military Doctrine, Glencoe, Ill, Fress Press, 1953 ou SOKOLOVSKI V. D., Soviet Military Strategy, Prentice Hall, Inc. N.J., 1963.

[ 45] Voir la contribution du général Paris pour LINDEMANN T. et MARTIN M., op. cit., 2006.

[ 46] PARIS H., « La doctrine nucléaire soviétique et russe » dans LINDEMANN T. et MARTIN M., op. cit., 2006, p. 134 sq.

[ 47] MULLER P., Politiques Publiques, Paris, PUF, p. 44 sq.

[ 48] Voir SNYDER J. L., The Ideology of Offensive, op. cit., 1984, p. 50. Voir aussi, p. 91.

[ 49] SNYDER J., Civil-Military Relations, op. cit., p. 121.

[ 50] Ibid., p. 141.

[ 51] Voir von Clausewitz C., op. cit., 1998, p. 17 (préface de Thomas Lindemann).

[ 52] POSEN B., op. cit., 1984, p. 49 sq.

[ 53] Voir MARTINOT-LEROY R., La « Grande Muette » à l’École : Atome et Offensive, La contestation doctrinale au sein de l’armée de terre dans les années 70 en France, thèse de science politique (Université de Paris I), 1999.

[ 54] Ibid.

[ 55] Voir ALLISON G., op. cit., chap. 2, 1971.

[ 56] Voir POSEN B., op. cit., 1984, p. 47.

[ 57] Voir à ce propos RITTER G., Staatskunst und Kriegshandwerk, vol. 2, Munich, Oldenburg Verlag, 1965, p. 9-114.

[ 58] Voir sa contribution pour LINDEMANN T. et MARTIN M, op. cit., 2006. Voir aussi SNYDER J. L., The Ideology of Offensive, op. cit., 1984, p. 57-106.

[ 59] BLIN A. « États-Unis. Menaces Virtuelles », dans BLIN A., CHALLIAND G., GÉRÉ F., Puissances et Influences, Paris, Éditions Mille et Une Nuits, 2000, p. 74.

[ 60] Voir LEBOW S, op. cit, 1981, p. 46 ; BETTS R., op. cit., 1977, p. 4-7, p. 215-221, GEORGE A. L., Avoiding War, Boulder, Westview Press, 1991, p. 13-21.

[ 61] Voir ABRAHAMSON B., Military Professionalization and Political Power, Londres, Sage Publications, 1972, p.87-92.

[ 62] Voir BOOTH K., Strategy and Ethnocentrism, London, 1979, p. 22. sq. et p. 126 sq et WHITE R. K., Nobody Wanted War. Misperception in Vietnam and Other Wars, New York, 1970.

[ 63] BOOTH K., op. cit., p. 28.

[ 64] « Militarys Protection Racket ». VAGTS A., A History of Militarism, W. Norton, New York, 1937, p. 394. Voir aussi MARTIN M. L. et CABANIS A., « Les relations civilo-militaires en Europe », dans BOËNE B., DANDECKER C., Les armées en Europe, La découverte, Paris, 1998, p. 253-170, p. 253.

[ 65] ABRAHAMSON B., op. cit., 1972, p. 87-92.

[ 66] SAPOLSKY, Harvey, GHOLZ, Eugene, PRESS, Daryl, "Come Home, America", International Security, printemps 1997.

[ 67] BOUDON R., L’idéologie ou l’origine des idées reçues, Paris, Seuil, 1992, p. 138.

[ 68] Voir sa contribution pour notre ouvrage.

[ 69] Ibidem.

[ 70] SHAMBAUGH D., « China’s Military Views the World : Ambivalent Security », International Security, vol. 24, n°3, 1999/2000, p. 54-56.

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