spirale | 153-154

Distribution électronique Cairn pour les éditions érès. © érès. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

Dis-moi où est ta culotte...*


1

L’examen clinique et le déshabillage quasi systématique sont une des particularités de la relation des gynécologues avec leurs patientes. Avec l’observation des attitudes, de la gestuelle ou des positions que prend la patiente lors de l’interrogatoire précédant toujours l’examen, un autre élément entre en jeu pour nous informer sur la personne qui nous fait face : la culotte. En effet, bien que le médecin ne soit pas présent lors du déshabillage, il reste tout à fait possible de tirer des observations dans la manière dont les vêtements sont posés par leur propriétaire.

2

Dans son livre, Le sexe de la femme, G. Zwang aborde ce sujet et remarque qu’au travers du comportement des patientes par rapport à ce sous-vêtement on peut, dans une certaine mesure, en déduire l’image que ces personnes peuvent avoir de leur sexe. Surpris dans un premier temps par cette remarque, son apparent simplisme et le peu d’attention que je portais aux vêtements des patientes, j’ai essayé, plus ou moins distraitement, de noter ou de mémoriser les différents cas de figure que nous pouvons rencontrer et j’ai effectivement l’impression d’une confirmation des notes de Zwang.

3

Je passerai sur la description du modèle de sous-vêtement car ce point ne me paraît pas lié à l’image du sexe mais plutôt à celui de tous les autres accessoires ou vêtements que porte la patiente. Le modèle, la marque ou la coupe de ce sous-vêtement sont tout à fait secondaires dans la manière dont la personne va les ranger (les plus précieux ou les plus à la mode ne sont pas nécessairement les mieux traités) c’est plutôt la place et la façon dont le vêtement est posé ou jeté qui semble la plus importante pour informer. Les rangements sont multiples et variés, même si, n’abordant jamais le sujet avec les patientes je ne peux pas savoir quel sens personnel elles donnent à ce lieu ni quel mode relationnel précis elles ont avec le médecin qui les reçoit. Les cas de figure décrits ici n’ont rien d’exhaustif mais m’ont simplement semblé les plus courants dans ma pratique médicale.

4

Cachée : C’est selon moi la situation la plus fréquente. La culotte peut être cachée sous les vêtements empilés les uns sur les autres (logiquement elle est retirée en dernier et devrait venir sur le pantalon ou la jupe), dans d’autres cas elle sera roulée en une boule très serrée que la patiente tient dans sa main peut être pour la soustraire à notre vue. Dans d’autres cas encore elle est roulée en boule et rangée dans une des chaussures, dans le sac à main, dans une poche d’un des vêtements ou plus rarement glissée sous la tête lors de l’installation sur la table d’examen.

5

Disparue : Contrairement à une idée répandue les patientes ne portant pas de sous-vêtement sont rares. Lors d’une consultation sur rendez-vous je n’ai à ce jour jamais rencontré aucune patiente consultant sans culotte mais parfois après le déshabillage elle est si bien cachée qu’elle reste invisible à nos yeux et que l’on ne peut deviner où elle a été rangée.

6

Sale : « Au sens propre » cette situation semble extrêmement rare en consultation sur rendez-vous mais l’image sale de la culotte, de ce qui a trait au sexe ou qui est à son contact est aussi fréquemment rencontrée ; dans ce cas de figure la culotte va soit être jetée, posée ou bien rangée à même le sol de la salle d’examen, parfois poussée du pied une fois retirée pour être cachée sous un tabouret ou une table ou comme je l’ai rencontré une ou deux fois posée à même le rebord de la poubelle du cabinet de consultation désignant ainsi clairement l’endroit où elle devrait trouver sa place.

7

Posée : Cela peut se faire de manière apparemment neutre c’est-à-dire que la culotte retirée en dernier est posée sur les autres vêtements. Dans cette situation elle peut être soit très soigneusement pliée, simplement posée ou roulée en boule ; plus rarement, exposée ou même suspendue au portemanteau par exemple.

8

Le choix d’un vêtement (ou d’un sous-vêtement) n’est jamais neutre et constitue un acte éminemment social qui place la personne qui le porte dans un rôle précis, qu’il soit joué ou vécu, mais la culotte, de par sa place toujours cachée et son contact avec le sexe de la femme, informe sur tout autre chose : elle est associée à l’image que cette personne a de son sexe. Je me suis contenté ici de décrire succinctement les cas les plus fréquents mais il est probable que le sens qui s’y rattache s’il ne permet pas d’en tirer des conclusions très abouties peut présenter une certaine utilité dans la connaissance d’une personne pour peu que l’on puisse appréhender, lors d’un entretien plus spécifique, le sens que cette personne donne à ce geste.

Notes

[ *] Chroniques de maternité, le mal joli et l’art de naître, par Michel Briex, gynécologue-obstétricien, et les sages-femmes de la maternité du centre hospitalier de Libourne.