Santé publique 2005- 3 (Vol. 17)| ISSN 0995-3914 | ISSN numérique : en cours | ISBN : P-AS_D-_ISB-N | page 475 à 484

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Service municipal de santé scolaire et promotion de la santé à Villeurbanne
School health municipal service and health promotion in Villeurbanne

F. Guerrier-Sagnes [1]
A.M. Meister [1]
M.J. Deparis [1]
P. Gayrard [2]


RESUME — À Villeurbanne, le service municipal de santé scolaire existe depuis 1935. Il intervient dans les grandes sections de maternelle et les écoles primaires de la ville. En 1998, son rattachement à la direction de l’hygiène et de la santé publique est l’occasion de repenser son activité. L’équilibre dépistages/prévention est remis en cause au même titre que la programmation au coup par coup d’actions thématiques. La nouvelle politique de santé en direction des élèves se traduit par une réorganisation des bilans et la création du programme « je prends soin de moi » auprès de tous les enfants de cours préparatoire. Les résultats de ce programme développant une approche globale sont encourageants. Grâce à lui, la santé a réellement sa place dans les écoles, pour les enfants, leurs parents et les enseignants et le service de santé scolaire est renforcé dans son rôle.

À Villeurbanne, le service municipal de santé scolaire existe depuis 1935. Il intervient dans les grandes sections de maternelle et les écoles primaires de la ville. En 1998, son rattachement à la direction de l’hygiène et de la santé publique est l’occasion de repenser son activité. L’équilibre dépistages/prévention est remis en cause au même titre que la programmation au coup par coup d’actions thématiques. La nouvelle politique de santé en direction des élèves se traduit par une réorganisation des bilans et la création du programme « je prends soin de moi » auprès de tous les enfants de cours préparatoire. Les résultats de ce programme développant une approche globale sont encourageants. Grâce à lui, la santé a réellement sa place dans les écoles, pour les enfants, leurs parents et les enseignants et le service de santé scolaire est renforcé dans son rôle.
Mots-clés : santé scolaire, promotion de la santé, direction d’hygiène et santé, Villeurbanne.

ABSTRACT — A school health municipal service has been in existence in Villeurbanne since its creation in 1935. It works throughout the city’s schools, and in particularly in places which provide the last year of nursery school and all primary-level schools as well. In 1998 it was integrated into the office of the Directorate for Hygiene and Public Health, which provided an opportunity to reconsider its mission and reflect upon the priorities. The balance between screening and prevention was examined. Furthermore, its approach to thematic issues was put into question given the lack of a strategic overall programming methodology. The new health policy aimed at students was executed through a reorganization of evaluations, leading to the creation and implementation of a new programme called “I take care of myself” specifically targeting all first grade children. The results of this programme, which focuses on the development of a more comprehensive approach, are encouraging. Thanks to the programme, health has been reinstalled in its proper place in the schools, and it has become a matter of great importance for the children, their parents and the teachers. Furthermore, the school health service has consolidated and strengthened its role in this manner.

A school health municipal service has been in existence in Villeurbanne since its creation in 1935. It works throughout the city’s schools, and in particularly in places which provide the last year of nursery school and all primary-level schools as well. In 1998 it was integrated into the office of the Directorate for Hygiene and Public Health, which provided an opportunity to reconsider its mission and reflect upon the priorities. The balance between screening and prevention was examined. Furthermore, its approach to thematic issues was put into question given the lack of a strategic overall programming methodology. The new health policy aimed at students was executed through a reorganization of evaluations, leading to the creation and implementation of a new programme called “I take care of myself” specifically targeting all first grade children. The results of this programme, which focuses on the development of a more comprehensive approach, are encouraging. Thanks to the programme, health has been reinstalled in its proper place in the schools, and it has become a matter of great importance for the children, their parents and the teachers. Furthermore, the school health service has consolidated and strengthened its role in this manner.
Keywords : school health, health promotion, directorate for hygiene and public health, Villeurbanne.


Introduction

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Villeurbanne est une ville de 127 000 habitants, très intégrée dans l’agglomération lyonnaise, avec une forte mixité sociale et culturelle. La prévention sociale y est depuis longtemps un axe fort de la politique municipale. En 1998, le souhait de la Municipalité est de rendre plus cohérentes sa politique et l’organisation de ses services dans le domaine de la santé publique. Pour ce faire, le service de santé scolaire, jusque-là rattaché à la Direction de l’éducation, est intégré à la Direction de l’hygiène et de la santé publique. Deux médecins de ce service sont titularisés afin d’assurer une continuité et l’activité sociale est transférée au Conseil général. Dans ce contexte de réorganisation de services, la Direction de l’hygiène et de la santé publique instaure une nouvelle politique de santé. Le programme « je prends soin de moi » développé en Cours Préparatoire (CP) en est un élément phare. Cet article explicite quel est aujourd’hui le rôle du service de santé scolaire de Villeurbanne et sur quelles bases celui-ci est construit. Il présente le programme de santé globale « CP » et en décrit la mise en place et les effets. Il discute enfin de l’utilité d’un service de santé scolaire au niveau d’une ville, des difficultés des démarches de santé publique sur le terrain et de l’intérêt d’une approche globale de promotion de la santé à l’école primaire.

La politique de santé en direction des élèves développée à Villeurbanne

La Direction de l’hygiène et de la santé publique et sa conception de la santé

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La Direction de l’hygiène et de la santé publique (DHSP) a pour finalité de préserver et promouvoir la santé de la population villeurbannaise. Ses missions sont définies par plusieurs textes. Le Code général des collectivités territoriales [6] donne compétence au maire en matière de salubrité publique dans le cadre de ses pouvoirs de police générale. Le Code de la santé publique [4] précise les mesures propres à préserver la santé de l’homme, notamment en matière de maladies transmissibles, de bruit, d’hygiène de l’eau, de l’air, de l’alimentation et de l’habitat. Villeurbanne faisant partie des villes ayant créé un service d’hygiène et de santé avant 1984, elle a compétence pour agir en lieu et place de l’État dans ces domaines [5]. La circulaire du 14 juin 1989, qui reprécise la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales, insiste en outre sur l’importance à accorder à la prévention en matière de santé. Concernant la santé scolaire, la circulaire du 24 juin 1991 définit les missions qui sont déléguées à la Ville par l’Éducation nationale. S’appuyant sur ces différents textes, la Direction de l’hygiène et de la santé publique a défini son organisation en quatre pôles : service hygiène environnement, espace santé environnement, ateliers santé-ville, service de santé scolaire.

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– Le service hygiène environnement effectue des contrôles et traite les plaintes en hygiène alimentaire, habitat, bruit, hygiène de l’air et de l’eau (potable et de loisirs), déchets, animaux, activités économiques, artisanales et industrielles. Il instruit les dossiers d’urbanisme. Son atelier de salubrité assure des interventions de désinfection, désinsectisation et dératisation et le ramassage des seringues usagées.

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– L’espace santé environnement est un lieu ressources d’accueil, d’information et d’orientation. Un ensemble de prestations y sont proposées au public : animations et expositions sur le thème de la santé et de l’environnement, vaccinations publiques, point écoute et point santé. Le point écoute s’adresse aux jeunes, à leurs parents et aux professionnels travaillant auprès de ce public. Dans le cadre du point santé, les psychologues interviennent également pour les populations en précarité.

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– Les ateliers santé-ville développent une démarche de santé communautaire à l’échelle des quartiers. Ils sont coordonnés par un agent de développement santé ayant un double rattachement, équipe santé et équipe politique de la ville.

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– L’activité de la santé scolaire s’exerce en grandes sections d’école maternelle et dans les écoles primaires de la ville. Elle est détaillée ci-après.

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La ville de Villeurbanne a adhéré au réseau villes-santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1991. Elle conçoit la santé de façon globale et positive, en accord avec la définition de la santé de l’OMS de 1946, « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et pas seulement la simple absence de maladie ou d’infirmité ». Conformément à la charte d’Ottawa de 1986, pour la DHSP, la santé est une ressource de la vie quotidienne et non le but de la vie. Sa promotion doit mobiliser les ressources sociales et individuelles. Elle déborde le champ du soin pour travailler sur les déterminants de la santé que sont les conditions de vie, les conditions de travail, la qualité de l’environnement physique et culturel.

Les missions de la santé scolaire

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La santé scolaire est une compétence habituellement assurée par l’État avec du personnel (médecins, infirmières) rattaché depuis 1991 en totalité au Ministère de l’Éducation nationale. Dans les villes où un service spécifique a été créé, les missions réalisées sont celles dévolues ailleurs aux personnels des inspections académiques. Elles sont précisées par la circulaire n°91-148 du 24 juin 1991 remplacée dix ans plus tard par la circulaire n° 2001-012 du 12 janvier 2001 [2] sans changement fondamental concernant les fonctions des professionnels de santé scolaire. Médecins et infirmières scolaires, chacun selon leurs compétences propres, ont pour mission générale de promouvoir la santé des élèves, d’élaborer des programmes de santé, et de jouer le rôle de conseils techniques santé au sein des établissements scolaires. Les activités des médecins se déclinent en bilans de santé, examens à la demande, interventions en situations d’urgence, éducation à la santé, surveillance de l’environnement scolaire, liaisons avec d’autres professionnels dans et hors de l’école. Les infirmières scolaires ont pour fonction d’accueillir les élèves à la demande, de participer aux bilans de santé et au suivi de l’état de santé des élèves, de surveiller l’hygiène générale du milieu scolaire, d’éduquer à la santé et à la sécurité, de participer à des recherches, d’organiser les urgences et d’assurer la liaison entre professionnels à l’intérieur et en dehors de l’école. Médecins et infirmières travaillent plus particulièrement ensemble pour l’intégration des enfants handicapés, pour les projets d’accueils individualisés et au sein des équipes éducatives.

L’organisation de l’activité de la santé scolaire

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L’activité du service de santé scolaire (qui emploie deux médecins et onze infirmières) a été repensée à l’occasion de son rattachement à la DHSP. Son organisation repose sur le souci de mieux prendre en compte les besoins spécifiques de chaque groupe scolaire, la volonté de développer la promotion de la santé sans laisser pour compte l’activité de bilans, de suivi et de dépistage et celle d’instituer une approche globale et cohérente de promotion de la santé.

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– la prise en compte de besoins différents selon les écoles

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Villeurbanne comporte sur son territoire 29 groupes scolaires (22 publics et 7 privés) dans lesquels les deux médecins interviennent en fonction de l’effectif scolaire. Jusqu’en 1998, le temps de travail des infirmières était également réparti sur les groupes scolaires en fonction du nombre d’élèves (9 325 en 1999). En 1999, afin de réorienter la charge de travail en fonction des besoins, des indicateurs sanitaires et sociaux sont définis et recueillis. Ils explorent quatre dimensions : les caractéristiques structurelles des groupes scolaires, la santé et l’environnement social des élèves, l’environnement éducatif des groupes scolaires et leur environnement médico-social. À partir d’eux, les groupes scolaires sont classés en quatre typologies de I à IV. Les groupes I ont les indicateurs les plus favorables et les besoins d’intervention les plus faibles. Les groupes IV sont les plus en difficulté et nécessitent plus d’investissement. Le temps de travail des infirmières est réparti sur la base de ces typologies. Ainsi les groupes scolaires de typologie III et IV peuvent bénéficier d’un temps d’infirmière plus important pour l’accompagnement, l’orientation, le suivi et les rencontres avec les parents.

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– la remise en cause de l’équilibre bilans /prévention

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Afin de parer à la faible disponibilité des infirmières pour la réalisation d’actions d’éducation pour la santé, l’activité de bilans, dépistages et suivis a été mise à plat pour être rationalisée. Jusqu’en 1998, le service réalisait des visites médicales en grandes sections de maternelle et en Cours Moyen 2 (CM2), des bilans infirmiers en Cours Élémentaire 2 (CE2), des contrôles visuels dans toutes les classes (de grande section de maternelle au CM2), des bilans audiométriques en grandes sections de maternelle et des dépistages bucco-dentaires en CP et Cours Moyen 1 (CM1). Dans la nouvelle organisation, la volonté est de diminuer la charge de travail liée à l’activité systématique tout en satisfaisant aux obligations légales et aux besoins des enfants. Le programme de suivi sanitaire des élèves prévoit un contact infirmier ou médical avec l’enfant pratiquement tous les ans afin que les élèves soient vus régulièrement. Il comporte : une visite médicale d’admission et des tests visuels, audiométriques et psychomoteurs en grande section de maternelle, des vaccinations et le programme de promotion de la santé en CP, un bilan infirmier dans les groupes scolaires de typologie III et IV en CE2, un dépistage bucco-dentaire en CM1 et un dépistage visuel en CM2. Les examens à la demande restent, bien entendu, toujours possibles. Un suivi spécifique pour certains élèves est toujours envisageable. Dans les classes d’intégration scolaire, l’examen médical des élèves est systématique. Dans les classes d’initiation, des bilans infirmiers sont réalisés.

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– Une approche globale de promotion de la santé

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Un des axes importants de la nouvelle politique de santé est le développement d’une approche globale de promotion de la santé auprès de l’ensemble des élèves. À la base, il s’agit de ne plus intervenir de façon désordonnée dans l’une ou l’autre école sur tel ou tel risque. Il convient d’offrir à tous les élèves des chances égales, de les rendre acteurs de leur propre santé et de leur donner une vision positive de la santé. Il importe aussi de considérer ensemble les différents risques, et d’intervenir le plus en amont possible pour développer chez eux des facteurs de protection par rapport aux risques. Ce souci émane en partie de l’expérience de l’espace santé environnement : en effet, celui-ci est très fréquemment sollicité pour la prévention des conduites à risques des jeunes, or intervenir à cet âge est peu opérant, les conduites dangereuses étant déjà souvent installées. L’ambition d’intervenir tôt de façon globale se traduit en 1999 par la construction du programme « je prends soin de moi » pour les enfants des cours préparatoires.

Le programme « je prends soin de moi »

Les concepts à la base du programme

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Le programme « je prends soin de moi » développé par la DHSP se fonde sur quatre concepts importants :

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– Chaque personne a en elle les ressources pour se prendre en charge en matière de santé et ce, dès le plus jeune âge de la vie. Chacun peut devenir acteur de sa santé, même un jeune enfant.

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– Une intervention globale précoce permet par le renforcement des facteurs de protection de prévenir la plupart des risques (obésité, conduites à risques, maltraitance…) en même temps.

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– Développer les potentialités des enfants de façon optimale et leur donner une vision positive de la santé est fondamental pour leur permettre de parvenir à un bien-être physique, mental et social.

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– Dans un principe d’égalité des chances, tous les enfants d’une classe d’âge doivent être ciblés.

Objectifs

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L’objectif général du programme est d’apprendre à l’enfant à mieux se connaître, à améliorer sa relation avec les autres et à se donner les moyens d’agir sur son environnement en faveur de sa santé. Au départ, trois phases devaient permettre de l’atteindre, la première en CP « je prends soin de moi » centrée sur l’élève, sa santé, ses besoins, son estime de lui, la seconde en Cours Élémentaire 1 (CE1) « les autres », abordant les différences, l’affirmation de soi et les conflits, la troisième en CM1 « les autres et moi » traitant des relations avec les autres et des droits (les siens et ceux des autres). À ce jour, seule la première phase a pu être mise en place. C’est elle que nous détaillons ci-dessous.

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Les objectifs spécifiques de cette phase sont d’apprendre à l’enfant à mieux se connaître, à découvrir ses besoins fondamentaux ainsi que la façon de les satisfaire et à développer son estime de lui.

Conception, supports pédagogiques et déroulement

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Une fois les objectifs fixés, le programme est conçu par un groupe de travail composé de trois infirmières (une infirmière de santé publique de la DHSP, la coordinatrice des infirmières scolaires et une infirmière scolaire), de la psychologue de la DHSP, d’un conseiller pédagogique et de deux enseignants volontaires. Il s’inspire d’un programme canadien [1] poursuivant des objectifs similaires ainsi que de dossiers pédagogiques suisses [8] abordant les besoins fondamentaux des enfants. Il développe une approche pédagogique adaptée à l’âge des enfants (6-7 ans), basée sur le concret et le vécu, en cohérence avec le programme scolaire. La pédagogie utilisée vise à développer l’autonomie et l’adaptation des enfants à leurs conditions de vie, à aider l’enfant à affirmer sa personnalité et à s’enrichir du contact avec les autres. Il est tenu compte que chaque enfant fait partie d’une famille ayant fait des choix en matière de vie et de santé. Ceux-ci sont respectés et en aucun cas jugés. Au contraire, la participation des familles est recherchée.

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Les supports pédagogiques construits pour le programme comprennent :

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– Un cahier élève subdivisé en sept thèmes. Quatre thèmes correspondent à des objectifs d’ordre cognitif : j’ai des besoins, je mange bien, je dors bien, je me lave. Les trois autres ont des objectifs de développement personnel : je grandis, ma famille, mes points forts – mes points faibles. Chaque thème comprend une ou plusieurs fiches élève et une fiche avec un message pour les parents.

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– Un cahier intervenant précise les objectifs poursuivis pour chaque thème et propose des activités et des documents de référence pour les séances.

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– Des fiches d’évaluation : des fiches à remplir par les intervenants pour chaque séance et pour le programme global, une fiche recueillant l’avis de l’infirmière, une fiche pour connaître l’avis des enfants, une dernière destinée à recueillir celui des parents.

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Une fois conçu, le programme est soumis à l’ensemble de l’équipe de santé scolaire, puis modifié et validé.

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Les interventions se déroulent pendant le temps scolaire au cours de sept séances (parfois plus) de trois quarts d’heure à une heure réparties sur l’année. Elles sont préparées et menées par l’infirmière en collaboration avec l’enseignant. Une grande liberté est laissée à chaque équipe d’intervenants pour adapter les interventions aux spécificités de leur classe et à leurs propres ressources, connaissances et compétences. Pour tenir compte de la plus grande difficulté à intervenir dans les groupes scolaires III et IV, les infirmières disposent dans ces groupes de 37 heures au total pour le programme contre 30 pour les groupes I et II. Les séances se déroulent en deux temps. Pour commencer, les élèves réalisent une activité sous forme de jeu, de dessin ou de mime. Ensuite, ils sont amenés à prendre conscience, analyser et intégrer les éléments essentiels de la thématique à partir notamment de leur vécu. Rentrés chez eux les enfants ont un petit exercice à faire à la maison avec leurs parents. À l’occasion d’autres activités scolaires, le matériel d’intervention peut être repris par l’enseignant (par exemple, calcul des différences de taille avec la fiche « je grandis »). Les possibilités d’animations s’enrichissent au fil des ans. Par exemple, des élèves de CE1, fiers du savoir acquis en CP grâce au programme, peuvent en petits groupes venir parler aux élèves de CP du lavage des mains et à ceux de CM2 de l’intérêt de dormir.

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Le programme est présenté aux parents d’élèves lors de la réunion de rentrée scolaire. Ils sont ensuite sollicités par leur enfant au cours du programme grâce aux fiches parents. Des rencontres sont organisées, notamment dans les groupes III et IV, pour permettre des échanges parents/équipe médicale, enseignants et psychologue : réunions avec la psychologue scolaire autour de l’estime de soi, ateliers lectures à la ludothèque sur le thème de la santé, accueil lors de petits-déjeuners organisés dans l’école. Par ailleurs, une cassette vidéo sur l’action réalisée par Cap canal (chaîne de télévision éducative) dans trois classes de CP permet de rendre compte des animations réalisées.

Mise en place du programme et adaptations

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L’année 1999-2000 a été une année test pour le programme qui a été implanté à partir de janvier 2000 dans une classe de CP de 18 groupes scolaires publics. Le choix des classes test s’est fait sur la base du volontariat des enseignants et de la disponibilité des infirmières. À partir de l’évaluation réalisée auprès des infirmières, des enseignants, des enfants et des parents, un groupe de travail élargi (infirmières, enseignants, conseillère pédagogique), a passé en revue toutes les fiches, a introduit le plus souvent des modifications de forme et a ajusté parfois l’objectif. Une nouvelle fois, les fiches ont été soumises à l’ensemble du service.

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En 2000-2001, l’action s’est déroulée dans tous les CP des 22 groupes scolaires publics. Une évaluation des effets du programme a été menée auprès des élèves de CE1 et l’évaluation interne s’est poursuivie. De plus, une évaluation externe a été demandée à l’Observatoire régional de la santé Rhône-Alpes. Celle-ci a montré le bon fonctionnement du programme, la satisfaction de ses acteurs et l’intérêt des enfants et de leurs parents. Par ailleurs, des points faibles ont été révélés : difficultés pédagogiques pour les thèmes axés sur le développement personnel, trop grande importance du temps nécessaire pour l’adaptation des interventions et pour l’évaluation, mobilisation insuffisante de certains enseignants, lien difficile avec certains parents de culture étrangère ou en situation sociale défavorable, difficulté par manque d’outil d’évaluer les effets du programme en dehors des connaissances acquises. Le programme a évolué en conséquence : mise en place d’un classeur « outils », partage des pratiques, transformation de la fiche points forts/points faibles en mes qualités, évaluation allégée.

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En 2001-2002, l’évaluation simplifiée mise en place montre une bonne implantation du programme (61 classes de CP sur 65 et deux classes de grande section de maternelle), une meilleure implication des enseignants (les interventions étant réalisées dans la majorité des classes en binôme) et une appropriation du thème « mes qualités » par les intervenants. Cependant, dans 34 % des classes, les interventions se déroulent dans une ambiance difficile (indiscipline, enfants remuants). Et même si la participation générale des parents s’améliore, leur mobilisation pour les réunions reste faible.

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Par ailleurs, d’autres effets positifs importants sont constatés au sein des écoles : les liens et la collaboration enseignants/infirmières sont renforcés, l’infirmière connaît mieux les enfants, elle les voit évoluer en groupe et repère ceux qui sont en difficulté, les orientant si cela est nécessaire vers le médecin scolaire. De leur côté, les enfants identifient mieux l’infirmière et sont plus à même de solliciter son aide. Des liens nouveaux sont tissés avec les parents. Au total, l’intérêt du travail du service de santé scolaire est mieux perçu.

Discussion - réflexions

Utilité d’un service de santé scolaire municipal

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L’école est un milieu de vie par lequel passent quasiment tous les enfants. À ce titre, elle constitue un endroit idéal où mener des actions de promotion de la santé s’adressant à toute une classe d’âge. Comme l’écrit en février 2003, l’Inspection générale des affaires sociales dans son rapport sur la prévention sanitaire en direction des enfants et des adolescents [12] : « Tous les spécialistes soulignent le rôle central qui devrait être celui de l’école dans la promotion de la santé et la prévention, mais ils sont également unanimes à considérer qu’en dépit des efforts du Ministère de l’Éducation, la problématique de la santé n’est pas véritablement intégrée à l’action éducative ». Les enseignants n’ont la plupart du temps pas la formation nécessaire [9] et ils doivent répondre à d’autres priorités. Comme le montre notre expérience à Villeurbanne et celle d’autres villes françaises [3], l’existence d’un service municipal de santé scolaire fait partie des solutions susceptibles de donner sa place à la promotion de la santé à l’école. Son personnel spécialisé est disponible pour développer des projets d’éducation pour la santé et travailler en partenariat avec les enseignants. Il réalise un suivi sanitaire des élèves plus complet. Sa connaissance du territoire et ses liens naturels avec les autres services municipaux est un plus pour l’orientation, le suivi et l’accompagnement des familles. Les partenariats locaux, comme avec les centres sociaux, s’organisent plus facilement. Les besoins des écoles peuvent être mieux appréhendés et leur évaluation complétée par les informations issues d’autres services ou d’autres dynamiques, comme les ateliers santé-ville à Villeurbanne. Enfin, une cohérence peut être développée entre les actions en milieu scolaire et la politique de santé municipale.

La difficulté de respecter les étapes d’une démarche de santé publique sur le terrain

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L’intégration du service de santé scolaire dans la DHSP visait à constituer un grand service de santé publique aux activités cohérentes sur l’ensemble de la ville et à tous les âges. L’adaptation de son activité avait aussi pour but de mieux répondre aux besoins différents recensés dans les quartiers. Face à cet objectif politique, la conception du programme « je prends soin de moi » devait être rapide et sa mise en œuvre démarrer dès la rentrée 1999. En même temps, le fait que le service venait d’être réduit et changé de direction, plaçait son personnel dans une position de fragilité. Construire dans ces conditions un projet de santé publique s’est heurté à une contradiction majeure : il fallait faire vite et de façon un peu directive tout en sachant que la construction d’un tel programme et le contexte de restructuration nécessitaient le temps d’une démarche participative. L’enjeu du service a primé sur la participation de l’ensemble des infirmières. A posteriori, il reste difficile de dire dans ce contexte ce qui aurait été préférable. Dans notre expérience, la situation a pu être redressée grâce à l’évaluation externe. Les problèmes liés à la mise en place du programme ont pu y être discutés, analysés et dépassés. Aujourd’hui, les infirmières se sont approprié le programme et elles se sentent renforcées dans leur rôle au sein de l’école. Les difficultés que nous avons rencontrées sont fréquentes sur le terrain, la volonté de mener une démarche de santé publique rigoureuse se heurte souvent à des réalités politiques ou de moyens incontournables. Le temps est notamment une ressource qui fait souvent défaut.

Pour une approche globale de promotion de la santé à l’école primaire

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Une des particularités du programme « je prends soin de moi » est son approche globale. En effet, on trouve beaucoup d’outils en éducation pour la santé qui abordent un besoin fondamental isolé de l’enfant (alimentation, sommeil, …) ou qui s’intéressent à l’estime de soi et aux compétences psychosociales. Ceux-ci nous ont d’ailleurs aidés à construire notre programme [3, 7]. Mais peu ont une approche globale, considérant en même temps tous les besoins du corps avec ceux du psychisme, faisant écho en cela à la définition de la santé de l’OMS. « Je prends soin de moi » développe une telle approche. Il s’est inspiré pour cela d’un programme scolaire canadien [1] mis en œuvre par les enseignants et poursuivant des objectifs beaucoup plus ambitieux. Ce programme, conçu pour le primaire et le secondaire, aborde à la fois l’éducation aux relations interpersonnelles, l’éducation à la santé, l’éducation à la sexualité et l’éducation à la consommation et à la vie en société. De notre avis, une approche globale présente de nombreux intérêts par rapport aux actions ponctuelles thématiques. Elle permet de transmettre aux enfants l’idée que la santé concerne leur corps, avec ses différents besoins, autant que leur esprit, que le tout fonctionne ensemble et qu’ils sont acteurs de leur santé. La mise en œuvre de cette approche auprès des enfants à l’école primaire permet en outre d’intervenir en amont de beaucoup de risques et de toucher toute une classe d’âge.

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Aujourd’hui, à Villeurbanne, le programme « je prends soin de moi » fonctionne bien et montre des résultats positifs à court terme. Il reste qu’une année d’intervention en cours préparatoire est sûrement insuffisante au regard de nos objectifs. L’enjeu pour nous à présent est d’une part de développer le programme pour les classes de CE1 et de CM1 (comme prévu initialement) et d’autre part de construire les outils pour en évaluer les effets à court et à moyen termes.

BIBLIOGRAPHIE

1

• Beaulac G, Coté C, Coté J, Desaulniers MP, Francœur J, Paquette L. Formation personnelle et sociale. s.l. : Mc Graw - Hill Editeurs, 1986.

2

• Bulletin Officiel n°1, 25 janvier 2001, spécial « La politique de santé en faveur des élèves ».

3

• Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Lyon. Affiches et fascicules à propos des différentes thèmes : alimentation, hygiène, sommeil…

4

• Code de la santé publique, article L1311-1.

5

• Code de la santé publique, article L1422-1.

6

• Code général des collectivités territoriales, articles L 2212-1 et L 2212-2.

7

• Comité Français d’Education pour la Santé. Affiches et fascicules à propos des différentes thèmes : alimentation, hygiène, sommeil…

8

• Institut Suisse de Prophylaxie de l’Alcoolisme (ISPA). Dossiers pédagogiques : Je participe… présent et Vivre… ensemble. Lausanne, 1983.

9

• Jourdan D, Piec I, Aublet-Cuvelier B, et al. Education à la santé à l’école : pratiques et représentation des enseignants du primaire. Sante Publique 2002 ;14 : 403-23.

10

• Laborde D, Sévigny L. Comment développer l’estime de soi de nos enfants. Québec : Hôpital Sainte Justine, 1993.

11

• Levy M. Dossier do ré mi, programme de sensibilisation au sommeil destiné aux enfants de 4 à 7 ans. Croix Rouge suisse, 1985.

12

• Trouve C, Vienne P, Marrot B. La prévention sanitaire en direction des enfants et des adolescents. Rapport IGAS n°2003 024, Février 2003.

• POUR UNE RÉFLEXION PLUS APPROFONDIE SUR LA SANTÉ SCOLAIRE, LIRE AUSSI :

• • Boegli J.D. Ecole en santé : quelques clefs. Genève : LEP éd.

• • Education à la santé à l’école. Sante de l’homme 2000 ; (346).

• • Expertise collective : Education pour la santé des jeunes, démarches et méthodes. INSERM, 2001.

• • Fortin J. Mieux vivre ensemble dès l’école maternelle. Paris : Hachette, 2001 : 144 p.

• • Jourdan D. Quelle éducation à la santé à l’école ? J Professionnels Enfance 2004 ; 27.

• • Larue R. Ecole et santé. Le pari de l’éducation. Paris : Hachette, 2000.

• • Sandrin-Berthon B. Apprendre la santé à l’école. ESF, 1997.

Notes

[1]

Direction de l’hygiène et de la santé publique, Hôtel de Ville, BP 5051, 69601 Villeurbanne cedex

[2]

Consultante en santé publique, 3 le Panorama, Chemin du Cantonniau, 69530 Brignais.

[3]

comme Bordeaux, Cannes, Clermond-Ferrand, Grenoble, Lille, Lyon, Nantes, Nice, Paris, Périgueux, Saint-Etienne, Strasbourg, Vénissieux…