Sociétés et Représentations | 4-16

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Présentation. Rémanences des passés

Michel Pigenet

Michel Pigenet est professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris I. Membre du Centre d’histoire sociale du xxe siècle (UMR CNRS 8058), ses recherches portent sur la construction des identités sociales en milieux populaires à travers trois entrées principales : le travail, la politisation, les formes et modes d’intervention collective. Outre la direction du numéro spécial du Mouvement social de juillet 2006 consacré aux « relations de services », il a récemment dirigé la publication de L’Apogée des syndicalismes en Europe occidentale, 1960-1985 (Paris, Publications de la Sorbonne, 2005.), La CGT dans les années 1950 (Rennes, PuR, coll. « Histoire », 2005.), Campagnes et sociétés en Europe, 1830-1930 (2005).

Danielle Tartakowsky

Danielle Tartakowsky est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VIII. Spécialiste de l’histoire des mobilisations collectives et des mouvements sociaux, elle a notamment publié Nous irons chanter sur vos tombes. Le père-Lachaise, xixe-xxe siècle, Aubier, 1999 et co-dirigé avec Claire Andrieu et Marie-Claire Lavabre, Politiques du passé. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, coll. « Le Temps de l’histoire », 2006.


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Ce numéro de Sociétés & Représentations, consacré aux appropriations du passé dans les sociétés très contemporaines – des années Soixante-dix à nos jours –, a une histoire. Le thème fut au centre d’un séminaire qui, de 2001 à 2003, réunit une vingtaine d’intervenants dont les compétences permettaient, comme nous le souhaitions, une large approche internationale1. Certains des textes publiés en sont issus, d’autres résultent de commandes ultérieures. Outre la variété des horizons couverts, la prédominance historienne s’enrichit du concours de l’anthropologie, de la géographie, de la philosophie et du point de vue, dans tous les sens de l’expression, de professionnels de l’image et des médias, acteurs s’il en est, de nos relations au passé. Un tel projet éditorial demande du temps. Aussi bien pourrions-nous plaider la coïncidence dans la concomitance du bouclage du dossier et de la polémique suscitée par l’article 4 de la loi du 23 février 20052, dernière en date des tentatives d’intervention institutionnelle sur l’écriture de l’histoire. Coïncidence néanmoins opportune, sinon heureuse, en ce qu’elle illustre et recoupe deux des problèmes abordés ici : les batailles mémorielles3 et les rapports entre mémoires et histoires.

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Les contributions ont été regroupées selon trois axes. Le premier, intitulé « Retours de guerres », rassemble différents points de vues nationaux sur les deux guerres mondiales. « Discordance des temps » s’intéresse, ensuite, aux retraitements ou recompositions du passé en Asie et en Afrique. Un dernier ensemble interroge, enfin, des « Pratiques » de création comme autant de manière d’écrire l’histoire.

Récits fondateurs

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En septembre 2003, un colloque consacré aux usages politiques du passé dans la France contemporaine4 incitait à relativiser la place des années Soixante-dix dans le tournant caractérisé, à la fois par l’affirmation d’un boom mémoriel et par l’éclatement de la mémoire nationale, l’évaporation du passé commun et, du même fait, l’évanouissement de l’avenir5. Les textes réunis ici invitent à une relativisation plus marquée encore. Ils soulignent le primat de la chronologie du vécu et l’importance du facteur générationnel, au cœur de la démonstration de Jay Winter6. Le boom mémoriel, et ce qu’il implique de démultiplication des angles d’approches et d’expression de mémoires concurrentes, se manifeste dès les années Soixante en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Ces phénomènes s’affirment avec plus d’évidence dans les années Quatre-vingt-dix pour des raisons générationnelles qu’autorisent, il est vrai, des contextes politiques nationaux et aussi différents que ceux de l’Espagne ou de l’Inde – ou dans le cadre plus large d’une globalisation à la fois économique, technique et culturelle. Ainsi, comme le note Jean Fremigacci, « Madagascar et la Côte d’Ivoire sont toutes deux confrontées à une même situation historique : faire face, sans la France, à la mondialisation et aux problèmes hérités du cycle précédent. »

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Tous les États ne sont pas pourvus au même titre de mythes fondateurs. Le recours à ces mythes et la place de l’histoire dans la construction nationale, du même fait, s’avèrent d’autant plus centrales que les États sont nés d’une rupture traumatique (révolution, guerre civile, guerre d’indépendance, lutte de libération nationale et coloniale ou, a contrario, conquête coloniale). Les contributions concernant la Grande-Bretagne, l’Italie ou les États-Unis (Jay Winter, Antonio Bechelloni et Bruno Groppo, Marianne Debouzy) reviennent sur certains de ces mythes. Pour n’être pas nécessairement (re)fondateurs, ceux-ci demeurent, du moins, l’expression des valeurs auxquelles l’État persiste à s’identifier, voire s’imposent pour un « nouveau “sens commun” historique » (Bechelloni-Groppo), sans pour autant rencontrer partout la même adhésion de la part des citoyens. Tous les auteurs soulignent le rôle éminent des guerres ou, du moins, de telles d’entre elles ou de certaines de leurs modalités. Ainsi l’antifascisme et la Résistance, assimilés à un « second Risorgimento » et aux mythes fondateurs de l’Italie démocratique, la « bonne guerre » menée par les États-Unis de 1942 à 1945 et, son corollaire, l’« orthodoxie patriotique », sont-ils là, toujours prompts à resurgir et à ressouder, lorsque, outre-Manche, la Grande Guerre reste la référence de la Britishness.

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Ces constructions mémorielles à finalités politiques ne sont pas le seul fait de vieux États qui sont ou furent tous, de surcroît, des puissances dominantes. Les contributions consacrées à l’Inde (Claude Markovits), à Madagascar (Jean Fremigacci et Lucile Rabearimanana) ou à l’Afrique du Sud (Didier Fassin) rappellent, en effet, que les États ou les régimes ayant émergé durant le dernier tiers du xxe siècle y ont tous eu recours – selon des modalités cependant différentes. Les sociétés qui ont connu la colonisation européenne ont vu émerger des constructions historiographiques à vocation légitimante. L’Inde d’après la partition élabore une histoire laïque anticolonialiste. La Seconde République malgache s’invente une histoire propre à l’instituer (abusivement) en héritière de l’insurrection de 1947. Ces constructions, récentes, sont également fragiles. La mémoire nationale, demeurée équivoque ou du moins superficielle, n’est pas, là, un enjeu de même nature que dans les vieux États-nations. Les nouveaux régimes qui, tels l’Afrique du Sud d’après l’Apartheid ou l’Espagne de l’après Franquisme (Montse Armengou), sont confrontés à la question d’une refondation leur permettant de dépasser les conflits fondateurs, de faire le deuil ensemble et de commémorer pour permettre à tous d’aller de l’avant de conserve n’élaborent pas des solutions similaires. Le régime post-apartheid confère à la Commission Vérité et Réconciliation le soin de dire le vrai et de le mettre à nu, en établissant une manière d’histoire qui doit sans doute à une culture protestante partagée, de pouvoir prétendre souder, légitimer et fonder. Rien de tel dans l’Espagne démocratique qui parie, au contraire, sur les vertus de l’amnistie et donc de l’amnésie, signifiée par les quasi-silences de l’enseignement contemporain ou l’absence de marquage monumental7. Le cas indien (Claude Markovits) fait apparaître que ces reconstitutions peuvent aussi bien émaner de forces partisanes pour devenir, entre leurs mains, de puissants instruments d’un combat politique visant tout au contraire à la césure et à l’exclusion. L’architecture du Dôme de la bombe atomique d’Hiroshima, analysée par Murielle Hladik, s’inspire de la Gedächnis Kirche de Berlin, alors que les deux États concernés n’entretiennent pas le même rapport avec le passé à qui ils doivent ces ruines.

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La plupart de ces contributions obligent, dès lors, à réévaluer ce qu’on serait tenté, parfois, de tenir pour une propension universelle, contemporaine, à la repentance. Le gouvernement italien persiste à nourrir une représentation auto-complaisante de son attitude face aux Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, quand même il doit, parfois, la nuancer. Les conservateurs américains – et les néo-conservateurs à plus fort titre – combattent avec violence (et efficacité) tout ce qui peut apparaître comme un ferment présumé dissolvant des valeurs par quoi la nation se définit. L’Afrique du Sud tente de subsumer les expériences d’une lutte, hier sans merci, dans une mémoire commune. L’Espagne a longtemps choisi l’oubli, non sans générer alors des douleurs ou des combats en retour.

Mémoires, histoires et pouvoirs

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À partir des réactions au projet d’une exposition sur le recours à l’arme atomique contre le Japon, Marianne Debouzy traite précisément de la difficile (l’impossible ?) conciliation des perspectives mémorielles et historiennes dans les États-Unis des années Quatre-vingt-dix, séduits par la rhétorique du « nouveau patriotisme ». Celui-ci tolère mal le « révisionnisme » des historiens sollicités, soucieux de restituer la tragédie des populations des sites visés et de transmettre leur doute quant à la nécessité militaire de tels bombardements. La dénonciation du scandale est menée par l’American Legion et l’Air Force Association, aile aéronautique du complexe militaro-industriel, très liée au musée où l’initiative doit se tenir. Les échos médiatiques de la levée de boucliers atteignent le Congrès, amplifiés par la droite républicaine qui flétrit une entreprise antiaméricaine et agite la menace de rétorsions budgétaires. Auditionnés, les responsables du musée battent en retraite, négocient le gommage des points les plus litigieux, au grand dam des historiens, dès ce moment marginalisés. Ces reculs ne désarment pas les critiques, résolus à obtenir l’annulation de l’exposition et des sanctions, comme prix de la normalisation exigée, de la relégation d’une histoire critique dans ses « réserves » – campus et revues confidentielles –, loin de l’Amérique « réelle » des certitudes et des vérités officielles.

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Du moins l’histoire savante américaine dispose-t-elle, à défaut d’audience médiatique, de lieux et de supports. Le xxe siècle ne manque pas d’exemples de régimes où la charge subversive attribuée à la discipline en limitait, sinon en interdisait, la pratique, au point de jeter un discrédit durable sur une pratique scientifique confondue avec sa caricature, d’une fiabilité inférieure aux mémoires vives, condamnée aux transmissions souterraines et fragmentées. Sans relever de semblables compromissions, l’historiographie signale les liens originels de l’histoire et du pouvoir. Relations renouvelées et prolongées lorsqu’en 1876 Gabriel Monod et Gustave Fagniez énonçaient les conditions méthodologiques de l’accès à une « vérité » historienne compatible à leurs yeux avec l’objectif de concourir à la « grandeur de la Patrie » et au « progrès du genre humain »8. On sait que l’histoire ainsi conçue contribua, selon la formule d’Alphonse Aulard, à ce que la nation prenne « conscience d’elle-même » à travers la construction du « grand récit » unificateur dont l’entrée en crise marque pour Pierre Nora la « déliaison » de la discipline d’avec une mémoire nationale en voie de dislocation. On ne discutera pas ici de la validité du cycle historico-historiographique brossé, puis érigé en évidence malgré l’absence d’explorations approfondies, tant des résistances opposées à ladite « crise » que des modalités auto-réalisatrices, institutionnelles et médiatiques de son dévoilement. Constatons que la réputation de l’histoire ne sort pas gagnante, aux yeux du grand public, du relativisme qu’elle nourrit par sa manière de rompre avec le langage commun forgé par des décennies de références tenues pour « historiques » par la vulgate scolaire. La remarque ne vaut pas que pour la France où les « petits » récits communautaires ou régionalistes peinent à supplanter une mémoire nationale encore assez vive pour imposer des repères mobilisables sur le double registre du rejet ou de la nostalgie. Les « modernisateurs » mexicains des années Quatre-vingt/Quatre-vingt-dix l’ont ainsi appris à leurs dépens9. Le tollé provoqué par l’ambition d’une révision des programmes de l’école primaire, toujours fondés sur une vision nationale-révolutionnaire du passé du pays, les obligea à battre en retraite au moment où les Zapatistes saturaient leurs messages d’allusions et de symboles historiques devenus embarrassants pour les nouvelles élites locales.

Procédures et enjeux de légitimation

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L’absence de capital scolaire équivalent et de programme unifié explique, à l’inverse, la place laissée, en Inde, aux dispositifs médiatiques spécialisés dans la propagation des plus anciens mythes supposés fondateurs d’identités. Cela ne signifie pas pour autant, précise Claude Markovits, le refus de tout ancrage et de toute perspective historiques dans le combat mené contre les tenants d’un libéralisme politique laïc et pluraliste, par les nationalistes hindouistes, apparemment indifférents à l’histoire contemporaine. Tendu vers un devoir de mémoire ethnico-religieux, l’argumentaire affecte de se couler dans le moule formel du raisonnement rationnel et de l’administration de la preuve, cependant qu’une archéologie de circonstance alimente les rêves de « génocide par substitution », tel qu’advenu aux grands Bouddhas d’Afghanistan. Là comme ailleurs, la force des vérités accessibles ou étayées par la science s’ajoute à la légitimité que procure l’inscription dans des temps dits « immémoriaux ». Et ce sont bien les événements qui donnent de l’épaisseur à ces périodes éloignées, sans entacher l’intangibilité souhaitée des hiérarchies comme des croyances établies, tant que les désordres et les incertitudes du moment n’en démontrent pas l’iniquité.

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Sur ce terrain, la mémoire et l’histoire croisent immanquablement la question du pouvoir et des consentements qu’il implique. Leur rencontre interpelle plus précisément l’histoire dans sa fonction d’instance et de procédure de légitimation. Quelle histoire et quels historiens ? L’interrogation en suggère d’autres : Qu’est-ce qui « fait histoire » ? Quelles conditions président à l’entrée en histoire ? Autant d’invitations à un détour par la sociologie des initiateurs et médiateurs de pratiques mémorielles ainsi que des historiens, avec arrêt prolongé sur les règles de validation et de diffusion de leurs travaux. Ce dernier point rappelle, s’il en était besoin, que l’appropriation du passé par la société et les groupes ne prend sens que dans la stricte mesure où elle semble en mesure de les aider à affronter le présent et le futur immédiat. Là réside l’une des principales sources de légitimité qu’il participe du besoin de penser le présent dans l’attente d’un avenir supposé meilleur ou d’une demande inquiète tentée de trouver dans le passé la clé du présent et du futur. Dans cette perspective, l’oubli, dont Ernest Renan notait qu’il est un « facteur essentiel de la création d’une nation10 », paraît parfois préférable à la manière de ce ministre portugais préconisant d’écarter pendant cinquante ans la période contemporaine des programmes d’histoire des lycéens balkaniques… La boutade prêterait à sourire si l’entretien avec Montse Armengou ne signalait le déni de mémoire, d’histoire et de justice qui présida au rétablissement de la démocratie dans une Espagne « réconciliée », attentive à escamoter, voire à taire, les souvenirs actifs de la guerre civile et de la répression franquiste11. Jusqu’à ce jour, les descendants des dizaines de milliers de fusillés n’ont jamais pu compter que sur eux-mêmes dans leurs recherches des dépouilles de leurs grands-parents enfouis dans les charniers non inventoriés et dispersés aux quatre coins du pays.

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Sans insister sur le paradoxe de l’oubli dont la reconnaissance signe la fin, notons que les auteurs l’abordent sous ses deux formes de l’empêchement organisé et de l’usure, lesquelles ne sont pas antagonistes. Ainsi les politiques de l’oubli ne sont-elles pas l’apanage de tyrannies adeptes de l’interdit et de la coercition, mais peuvent miser sur l’amnésie structurelle que préparent la destruction des repères et l’effacement des traces. Ouvertement éradicatrice chez les ultras de l’hindouisme, démolisseurs de la mosquée d’Ayodhia qu’ils prétendent élevée sur les fondations d’un ancien temple hindou, la tactique se pare de considérations historico-touristiques à Berlin où la reconstruction du palais des Hohenzollern se fera sur les décombres de celui des Loisirs, lui-même dressé à l’époque de la RDA pour en finir avec un symbole du « militarisme prussien ». Ailleurs, et plus souvent, l’œuvre du temps suffit à venir à bout de vestiges en déshérence. À l’occasion, le coup de pouce d’un ravalement opportun accélère le mouvement. Dans les années 1990, les responsables de la grande firme automobile de Billancourt rentrée dans le rang des entreprises cotées en Bourse veillent à recouvrir de peinture grise le fronton de la place Jules Guesde, dite « Nationale12 », orné de l’ancienne raison sociale : Renault Régie Nationale. Aucun baptême ne suivra ce badigeonnage, en sorte que l’entreprise « ne s’appelle plus » en ce haut lieu de mémoire ouvrière.

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Aussi fréquent et efficace soit-il, l’effacement demeure toujours une amputation. Jean-Pierre Dozon, Jean Fremigacci et Lucile Rabearimanana s’y attardent à propos des traces les plus symboliques de l’ancienne présence française. Lorsque les partisans du démontage des statues de Faidherbe, à Saint-Louis, ou de Gallieni, à Antananarivo, dénoncent les legs arrogants de la domination coloniale, d’autres observent qu’ils appartiennent à un passé dont l’élision aboutirait à gommer une partie de ce que sont les Sénégalais et les Malgaches d’aujourd’hui. La pluralité des mémoires défie, en tout état de cause, les velléités de contrôles individuels et collectifs. Antonio Bechelloni et Bruno Groppo le constatent dans l’Italie d’après-guerre. Le compromis qui fonde le retour à la démocratie se réclame de la Résistance antifasciste et patriotique érigée en mémoire officielle respectable avec quelques succès jusque dans les années Quatre-vingt, mais trop minoritaire pour tenir lieu de mémoire commune accordée avec le passé fasciste et la diversité des expériences vécues.

Dire le traumatisme ou les « langues de la mémoire »

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Il existe bien des modalités du deuil individuel et d’affirmation de phénomènes historiques auxquels on a dénié d’appartenir à l’histoire. Jean-Pierre Dozon, Didier Fassin, Montse Armengou ou Jay Winter se penchent sur la douleur et la souffrance nées des distorsions entre les grands récits convenus, quels qu’en soient les auteurs, et l’expérience individuelle. Ce que la société refoule ou interdit trouve néanmoins à s’exprimer dans la parole libératoire de l’écriture, avec mention particulière pour la poésie, cette « langue de la mémoire »13. Les murals de Soweto, photographiés et commentés par Élisabeth Deliry-Antheaume montrent que la peinture peut constituer une ressource de même nature que l’écriture, répondant aux mêmes besoins, mais qui, cependant, s’inscrit dans l’espace public pour acquérir alors valeur de manifeste. Les débats engagés lors du séminaire ont mis l’accent sur le rôle du cinéma, l’un des plus fluides moyens d’appropriation tolérable et toléré du passé. Il en fut ainsi en Espagne, bien avant que le documentaire de Montse Armengou – Les Enfants perdus du Franquisme – ne provoque le choc évoqué dans son entretien14. Émus par les crimes des dictatures sud-américaines des années Soixante-dix, les médias et les officiels ibériques ignoraient tout du sort des « enfants perdus » des années Quarante révélé au public, en 200215. Dans un autre contexte, Hollywood a pu témoigner d’une plus grande audace que les manuels d’enseignement, les musées et les expositions dans la prise en compte des révisions opérées par l’histoire savante.

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Les contributions consacrées à l’Afrique occidentale et orientale, aux victimes sud-africaines du sida ou encore à la société britannique, rappellent que toute histoire officielle implique l’imposition de l’ordre du temps des vainqueurs ou des dominants, lequel constitue une référence traumatique pour d’autres. Toutes inversent l’angle officiel de visée pour privilégier l’appropriation du passé des victimes, parfois à travers les individus, mobilisant ainsi la question du traumatisme, dont Jay Winter situe l’émergence dans la conscience du xxe siècle avec la Première Guerre mondiale16.

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Dans différents pays d’Afrique, mais également en Inde, la réponse au traumatisme passe par la construction d’une « histoire » largement fantasmatique, partiellement amnésique ou peu soucieuse d’en appeler aux mémoires vives. Partie prenante d’une culture globale, elle s’approprie les schémas interprétatifs issus d’autres horizons et expériences historiques, à l’exemple de la thématique du génocide. Écrasante dans la rhétorique occidentale contemporaine, celle-ci porte à honorer davantage le souvenir des victimes que celui des héros, au nom de l’impératif moral du devoir de mémoire, point d’appui à l’affirmation de passés singuliers en rupture avec les mythes nationaux, trop monolithiques. Le phénomène enclenche des réactions en retour sur les mémoires des puissances dominantes à l’exemple du récent surgissement de la question de l’esclavage et de la colonisation considérée du point de vue des dominés. Cela ne va pas sans compétition et surenchères au moment d’apprécier les critères, l’échelle des tourments et des injustices endurés, de désigner les porte-parole. Doivent-ils être des victimes ? – mais alors échappées de leur condition ? Leurs proches ? Pour dire quoi ? En quels termes ? Dans quel but et avec quels effets ?

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La moindre de ces conséquences n’est-elle pas le développement d’une culpabilisation dont il conviendrait de cerner les contours et la profondeur, quand ses excès préparent le terrain aux dénégations propices à tous les révisionnismes ou multiplient les repentirs politiquement corrects ; un effet vecteur d’une « culture de pleurnichards17 » qui, sur la base du « tous coupables », finit par brouiller l’image des responsables. En clair, pointent les complicités et les accommodements des dominés – les conducteurs des locomotives des trains de déportés – pour laver les dominants de leurs turpitudes, étape nécessaire à leur retour en légitimité.

Mémoires dominées en déshérence

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Qu’en est-il, d’ailleurs, du gros des dominés, porteurs d’une tradition orale moins éphémère que chiche en traces, acteurs anonymes d’une culture matérielle en cours de patrimonialisation au seul titre de ses prouesses technico-économiques ? Le travail n’a pas bonne presse mémorielle ou historiographique. En la matière, il est vrai, les mythes fondateurs sont rares, quoique non exempts de tragique à travers les figures de Prométhée ou d’Adam condamnés à gagner son pain à la sueur de son front. La recherche de références mythiques croise, certes, des événements traumatiques – accidents, conflits, chômage… Hormis les drames – Courrières – ou les grèves de 1936, 1947 ou 1968, ils relèvent pour la plupart de souvenirs individuels ou segmentés, dépourvus de la « force opératoire » au fondement des mémoires collectives que consolident chroniques, rituels commémoratifs, monuments, etc.18 Le handicap est aggravé, pour la période contemporaine, par les conditions d’évolution du travail industriel soumis au principe-clé de la « destruction créatrice », incompatible avec la conservation de vestiges propres à structurer une mémoire. Indice des mobilités de la modernité, les incessants bouleversements des dernières décennies du xxesiècle furent d’autant plus mal vécus par les catégories concernées qu’ils intervenaient sous les contraintes de la crise, dans l’incertitude des promesses d’ascension qui, auparavant, rendaient plus supportables les déracinements lourds d’angoisses devant la perte de repères.

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Déjà frappés d’un déficit de légitimité entretenu par l’expérience quotidienne de l’inégalité et de la subordination19, les groupes affectés, au sens littéral du terme, par les mutations des activités et des paysages de travail, peinent à métamorphoser leur mémoire vive en mémoire collective spécifique, sinon concurrente de celle des classes dominantes. Surmonter ces handicaps exige d’instituer l’illégitimité en critère de légitimation, ce à quoi s’efforcèrent avec un succès inégal les différentes composantes d’un mouvement ouvrier créateur, puis vecteur de traditions et de mémoires « historiques »20.

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La fragilité mémorielle va de pair, ici, avec la confusion d’identités multiples forgées hors des ateliers, chantiers, boutiques, bureaux…, au hasard de mobilités géographiques, professionnelles et sociales rien moins que linéaires. Il faut également compter avec la remise en cause radicale de savoir-faire, jadis supports privilégiés de mémoires du travail érigées en normes de conduite corporative. La redéfinition et la recomposition de compétences précarisées par l’accélération de l’innovation technique ont bousculé les modalités sociales de leur mise en œuvre, malmenant au passage les temps et les lieux d’autonomie ouvrière21. Les cadres sociaux des coutumes professionnelles et ouvrières22 qui, jadis, armèrent les fondations de projets émancipateurs convaincus d’annoncer l’avenir, s’effritent et se disloquent. Le recul de la visibilité de la classe se combine à l’entrée en déshérence d’une culture dont nul ne paraît songer à revendiquer l’héritage23. Alors que les repères matériels et symboliques du passé du travail s’usent, s’effacent et disparaissent, les territoires de la mémoire se remodèlent jusqu’à paraître méconnaissables, sinon ininterprétables et intransmissibles24. Au reste, quand le passé des gens d’usines retient l’attention publique, l’entreprise et ses dirigeants ont la part belle au détriment des producteurs25, de leur travail concret et quotidien relégués en arrière-plan au rôle de figurants ou sélectionnés pour leur pittoresque. Observons que leurs héritiers ne sont pas les derniers à vouloir tourner la page d’un passé qualifié de « révolu » et chargé des stigmates d’un « archaïsme » embarrassant.

Discordances des temps

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La coexistence de conceptions hétérogènes du temps ajoute à la complexité des configurations, notamment dans les sociétés, cultures et États où les périodes de rupture et de mutation s’articulent tant bien que mal aux conceptions cycliques nourries de mythes inscrits dans le temps de l’éternel retour. Ainsi est-ce à travers le thème récurrent de l’Antéchrist que les paysans russes des années Trente interprétèrent les désordres et les souffrances de la collectivisation26. Les vaincus et les dominés adhèrent volontiers, par ailleurs, aux croyances en d’incertains âges d’or, quitte à puiser dans les reconstructions historiques, justificatrices ou culpabilisantes, des dominants pour étayer leurs convictions. Les Hindouistes intégristes de la fin du xxe siècle empruntent ainsi à l’historiographie anglaises de l’époque coloniale le tableau idyllique de l’Inde d’avant les invasions musulmanes. Au Chiapas mexicain, les Néo-zapatistes indianisent leur héros éponyme et transplantent la dénonciation d’un génocide de la culture indienne dans une zone précisément en cours de ré-indianisation depuis moins de vingt-cinq ans… Descendants des lignages favorables à l’intervention militaire qui écrasa la rébellion de 1947, les responsables malgaches des années Soixante-dix occultent une filiation mal accordée à leur rhétorique révolutionnaire et s’attachent à présenter la jacquerie d’hier sous les traits d’une guérilla moderne, sur le modèle des mouvements de libération nationale. Ne concluons pas aux prédispositions du Sud à ces confusions qu’esthétisent les peintures populaires ou les fresques murales africaines et latino-américaines. Maints usages de la mémoire témoignent, on l’a dit, de ce que sa mobilisation vise, au cœur de l’Occident, au rappel d’expériences dont le puzzle anachronique aide à la compréhension des problèmes du présent. Sans doute n’est-ce pas un hasard si, pour nous en tenir au Royaume-Uni, le changement du regard porté sur la Première Guerre mondiale est contemporain de la diffusion massive des images des horreurs du conflit vietnamien. La préservation volontaire du Dôme d’Hiroshima, en parfaite rupture avec le rapport aux ruines qui prévalait dans la tradition japonaise est, quant à elle, marquée par l’influence des concepts occidentaux sur la patrimonialisation du Japon.

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Cette discordance des temps s’accélère au risque accru d’équivoques et de malentendus, peu ou prou attendus, à l’heure de la globalisation de l’information et des images. Romain Bertrand qualifie de « glocaux » les télescopages nés du recours combiné aux techniques les plus modernes et aux répertoires traditionnels locaux de référence au passé27. Cela fait songer à la médiatisation par cassettes vidéos des mythes, hindouistes ou autres, auprès de populations aux lisières de la culture écrite. De fait, les élites et les classes moyennes à l’initiative de ces diffusions sont sensibles aux atouts d’une reconnaissance extérieure, distincte des adhésions locales et source d’une validation valorisante, voire gage de protection. Le mouvement néo-zapatiste s’est ainsi efforcé de populariser, hors du Mexique et via Internet, un combat pour partie mené au moyen d’une habile mobilisation du passé indigène. La préoccupation du regard étranger – en priorité occidental – se retrouve dans la Russie de la première moitié des années Quatre-vingt-dix28. Diverses fractions de l’intelligentsia tentent d’asseoir une légitimité dont l’Ouest leur semble être le meilleur, sinon l’unique, juge par le rejet total de la « parenthèse soviétique » et la réhabilitation de l’avant 1917. Ce qui ne tarde pas à les rendre inaudibles et, bientôt, à contre-courant de la mémoire de la majorité d’une population que la rapide dégradation de ses conditions d’existence pousse à la nostalgie d’un passé recomposé où les expériences vécues le disputent aux bribes de l’imaginaire et des propagandes d’antan.

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Si le retour vers le passé relève de reconstitutions plus ou moins maîtrisées, à l’exemple de la démarche suivie en Afrique du Sud par la Commission Vérité et Réconciliation, modèle de gestion de traumatismes contemporains, Didier Fassin montre comment les polémiques et les discours irrationnels suscités par le sida mettent au jour la voie de la réminiscence, cette « autre stratégie du temps ». Douloureuse et grosse de ressentiment car soumise aux aléas de l’inconscient et de l’inopiné, elle conforte au plus haut niveau du pouvoir la théorie du complot. Alimentée par des décennies d’oppression, de justification « scientifique » de l’Apartheid, de recours à l’arme bactériologique ou d’inoculations expérimentales, elle aboutit à minimiser dangereusement les mesures prophylactiques élémentaires de lutte contre la propagation du virus.

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En ces temps où le devenir est spécialement brouillé, les appropriations du passé s’évertuent donc à produire du sens. Elles disent d’abord la déstabilisation. Les jeux d’échelles et les voies concurrentes mettent à mal le statut qui, longtemps, fut dévolu à l’histoire dans les dispositifs hégémoniques des États-nations, en laissant place à des concurrences et des conflits qui énoncent, avec et après d’autres, le grand chambardement.

Michel Pigenet

Michel Pigenet est professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris I. Membre du Centre d’histoire sociale du xxe siècle (UMR CNRS 8058), ses recherches portent sur la construction des identités sociales en milieux populaires à travers trois entrées principales : le travail, la politisation, les formes et modes d’intervention collective. Outre la direction du numéro spécial du Mouvement social de juillet 2006 consacré aux « relations de services », il a récemment dirigé la publication de L’Apogée des syndicalismes en Europe occidentale, 1960-1985 (Paris, Publications de la Sorbonne, 2005.), La CGT dans les années 1950 (Rennes, PuR, coll. « Histoire », 2005.), Campagnes et sociétés en Europe, 1830-1930 (2005).

Danielle Tartakowsky

Danielle Tartakowsky est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VIII. Spécialiste de l’histoire des mobilisations collectives et des mouvements sociaux, elle a notamment publié Nous irons chanter sur vos tombes. Le père-Lachaise, xixe-xxe siècle, Aubier, 1999 et co-dirigé avec Claire Andrieu et Marie-Claire Lavabre, Politiques du passé. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, coll. « Le Temps de l’histoire », 2006.

Notes

[ 1] Au cours du séminaire organisé, dans le cadre du Centre d’histoire sociale du xxe siècle, par Denis Peschanski, Michel Pigenet, Jean-Louis Robert et Danielle Tartakowsky, il fut question, tour à tour, de l’Afrique, de l’Allemagne, de l’Argentine, de l’Autriche, de la Belgique, de la Chine, de l’Espagne, des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de la Hongrie, de l’Inde, du Mexique, de la Pologne, de la Russie, de la Tchéquie et du Vietnam. Quasi simultanément paraissait sous la direction de François Hartog et Jacques Revel, Les Usages politiques du passé, Paris, éd. de l’EHESS, 2001.

[ 2] Article 4 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005, portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés.

[ 3] Gérard Namer, Batailles pour la mémoire. La commémoration en France de 1945 à nos jours, Paris, Papyrus, 1983.

[ 4] Claire Andrieu, Marie-Claire Lavabre et Danielle Tartakowsky (dir.), Politiques du passé, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2006 ; Maryline Crivello, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), La Concurrence des passés, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2006.

[ 5] Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984-1992.

[ 6] Sur cet aspect générationnel, voir également Danielle Donet-Vincent, « Mémoire/Mémoires : de la réalité à la fiction ? La transmission de la mémoire d’un déporté de la Commune », in La Commune de 1871. L’événement, les hommes et la mémoire, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2004, pp. 305-317.

[ 7] On pourrait l’opposer à la multiplication des musées consacrés à l’Apartheid qui ont, au contraire, vu le jour en Afrique du Sud, en empruntant souvent les voies de la muséographie la plus avant-gardiste.

[ 8] Gabriel Monod, Gustave Fagniez, « Avant-propos » du premier numéro de la Revue historique, repris dans le n° 518, avril-juin 1976, pp. 295-296.

[ 9] Exposé d’Annick Lemperière sur le Néo-zapatisme et l’histoire, le 5 mai 2002.

[ 10] Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882, Paris, Calmann-Lévy, 1882, chap. 1.

[ 11] Question également traitée par Angel Duarte, lors de son exposé sur l’Espagne et la Catalogne, le 24 janvier 2002.

[ 12] Et restée telle dans la toponymie mémorielle des travailleurs de l’usine, malgré sa requalification en place Jules Guesde depuis 1925.

[ 13] Jay Winter, Sites of Memory, Sites of Mourning. The great War in European cultural History, Cambridge, Cambridge University Press, 1995. Voir également Jean-Luc Bonniol, « De la construction d’une mémoire historique aux figurations de la traite et de l’esclavage dans l’espace public antillais », in Jean-Luc Bonniol et Maryline Crivello (dir.), Façonner le passé, représentations et cultures de l’histoire, xvie-xxie siècles, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2004, pp. 262-284.

[ 14] Nancy Berthier, De la guerre à l’écran. Ay Carmela de Carlos Saura !, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1999.

[ 15] Le film, diffusé par d’autres chaînes régionales, n’est jamais passé sur les antennes nationales de la TVE.

[ 16] 14-18, Aujourd’hui. Today. Heute, Choc traumatique, n° 3, 2000.

[ 17] Marianne Debouzy, exposé sur les États-Unis, le 7 mars 2002.

[ 18] Voir Marc Augé, Les Formes de l’oubli, Paris, Payot, 1998 ; Joël Candau, Anthropologie de la mémoire, Paris, PUF, 1996, Mémoire et identité, Paris, PUF, 1998 ; Maurice Halbwachs, Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994 (rééd.) ; Henri-Pierre Jeudy, Mémoire du social, Paris, PUF, 1986 ; Michel Pigenet (dir.), Les Mémoires du travail à Paris et en banlieue, Rapport au Ministère de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer, PUCA, 2005.

[ 19] Guy P. Marchal, « De la mémoire communicative à la mémoire culturelle. Le passé dans les témoignages d’Arezo et de Sienne (1177-1180) », Annales, Histoire, Sciences sociales, n° 3, mai-juin 2001, p. 585.

[ 20] Au sens donné par Marie-Claire Lavabre dans Le Fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de la FNSP, 1994, proche de celui de l’histoire « totémique » de Pierre Nora, d’une mémoire partisane développée par une structure permanente porteuse d’une conception finalisée de l’histoire et apte à entretenir un devoir de mémoire en mesure d’influencer les pratiques et les représentations du présent.

[ 21] Denis Chevallier (dir.), Savoir-faire et pouvoir transmettre, Paris, éd. de la MSH, 1991.

[ 22] Maxime Leroy, La Coutume ouvrière, Paris, Giard et Brière, 1913.

[ 23] Josiane Boutet, Paroles au travail, Paris, L’Harmattan, 1995 ; Stéphane Béaud, Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Paris, Fayard, 1999.

[ 24] Marc Augé (dir.), Les Territoires de la mémoire, Thonon-les-Bains, éd. de l’Albaron-Présence du livre, 1992.

[ 25] Voir l’évolution de la conception de l’écomusée du Creusot étudiée par Olivier Debary, La Fin du Creusot ou l’art d’accommoder les restes. Restes d’une visite au musée, Paris, éd. du CTHS, 2002.

[ 26] Exposé de Claudio Sergio Ingerflom sur l’URSS et la Russie, le 11 avril 2002.

[ 27] Romain Bertrand, « Les “pemuda” en politique. Les répertoires d’action des marches protestataires des étudiants en Indonésie en 1998 », Le Mouvement social, n° 202, janv.-mars 2003, p. 51.

[ 28] Exposé de Maria Feretti, le 16 mai 2002.

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