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THÉRAPIE FAMILIALE | 129-132 Distribution électronique Cairn pour les éditions Médecine et Hygiène. © Médecine et Hygiène. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Le numéro
1En novembre dernier, nous avons organisé, à Lausanne, une journée sur la recherche et l’évaluation des interventions et des thérapies systémiques, ceci sur l’impulsion de Robert Pauzé (1). Nous partagions son point de vue sur le peu de place faite dans les revues et dans les congrès à des textes ou conférences portant sur l’évaluation scientifique des pratiques et des concepts dans le champ systémique. Il était temps d’aborder cet aspect négligé et d’évaluer la pertinence de ce que nous disons et faisons. Mis à part la recherche-action, cliniciens et chercheurs évoluent encore dans des mondes séparés.
2Peut-être que le pont entre ces deux mondes se trouve dans la Nature de la pensée de Gregory Bateson (2) quand il pose la question : quelle augmentation de connaissance résulte de la combinaison d’informations provenant de deux ou plusieurs sources ?
3Il y répond notamment par son concept de « double description » qui repose sur le principe coopératif que « deux descriptions valent mieux qu’une ! » C’est avec cette volonté de collaboration entre cliniciens et chercheurs que nous avons organisé cette journée.
4Les données de la clinique et de la recherche représentent deux descriptions différentes d’une même réalité et l’élaboration des différences permet de créer une description complémentaire, plus complexe et d’ordre logique supérieur (3). Bateson donne l’exemple de la vision binoculaire où la comparaison entre deux images planes produit la perception de la profondeur. L’image binoculaire est cette synthèse complexe : l’information venue de deux côtés crée une image unique. Là viennent se confondre des éléments différents, mais liés entre eux (4).
5Cliniciens et chercheurs séparés ? Peut-être…
6Mais liés… sûrement !
7C’est ce que nous montrent les contributions de cette journée que nous sommes heureux de partager avec vous dans ce numéro.
8Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer le manque de lien entre clinique et recherche ? Robert Pauzé et Luc Touchette nous proposent quelques hypothèses explicatives sur les facteurs qui ont pu contribuer à créer un fossé entre la recherche et la clinique dans le mouvement de la thérapie familiale. Les auteurs nous présentent différentes recherches réalisées en milieu clinique amenant ainsi une réflexion sur les retombées de ces recherches sur le développement de notre pratique clinique.
9Quant à Stephan Hendrick, il revient, dans un premier article, sur les enjeux de l’évaluation des psychothérapies, et les différentes méthodologies utilisées dans le passé, l’une se calquant sur le modèle de l’efficacité en pharmacologie, l’autre la récusant comme inadaptée à l’objet de l’étude : l’être humain dans sa complexité. Mais il affirme qu’il est possible de trouver une voie nouvelle pour peu que le clinicien et le chercheur prennent le temps de faire des ponts entre leurs approches respectives. Et ce, avec l’aide des pouvoirs publics qui pourraient soutenir le partenariat entre eux.
10France Frascarolo-Moutinot, Elisabeth Fivaz-Depeursinge et Nicolas Favez nous rappellent que dans une perspective systémique, l’évaluation est indissociable de l’intervention thérapeutique. La consultation systémique, telle que pratiquée depuis plus de 30 ans à l’Unité de Recherche du Centre d’Etude de la Famille, repose sur ce concept. Les principes, les applications et les situations d’observation dont le Lausanne Trilogue Play (LTP) et le Jeu du Pique-Nique (JPN) nous sont présentés. Une vignette clinique illustre magnifiquement comment les besoins de la recherche et de la clinique peuvent être conjugués au bénéfice de la famille.
11Camille Boillat, Claudio Carneiro, Christel Vaudan, Jean-Nicolas Despland et Yves De Rothen nous présentent deux recherches menées dans le cadre d’une unité ambulatoire de thérapie systémique pour couple et famille. D’une part, une recherche quantitative visant à évaluer l’efficacité à court et moyen terme d’une intervention systémique brève (ISB) qui consiste en un suivi thérapeutique de 6 séances maximum. Cette recherche vise à évaluer l’impact de l’ISB à plusieurs niveaux et tant sur le plan individuel que familial. D’autre part, les auteurs nous présentent une recherche qualitative s’inspirant de la théorie de Daniel Stern sur les moments qui marquent le processus thérapeutique. Cette recherche aborde la question du changement thérapeutique à travers l’exploration des moments importants d’une psychothérapie, ceci du point de vue des patients.
12Salvatore D’Amore et Stéphanie Haxhe nous invitent à parcourir avec eux les principales étapes de l’évolution de la recherche en systémique, les heurs et malheurs de la relation entre recherche et clinique et les tentatives de réconciliation entre les deux domaines à travers des opérations d’ordre épistémologique, méthodologique et technique. Ils nous présentent un exemple de l’utilisation de l’approche multiméthodologique, approche qui propose une solution pour concilier tant les exigences des cliniciens que celles des chercheurs.
13Pour Stephan Hendrick, qui nous donne là un second article, il faut distinguer les études sur les effets des études sur les processus thérapeutiques. Il nous propose de passer en revue les études concernant l’efficacité des thérapies familiales et conjugales. Différentes approches sont abordées dont les approches systémiques. Les résultats indiquent que les modèles intégrés, combinant prise en charge familiale et individuelle et conciliant les perspectives systémiques et cognitives, présentent un grand intérêt.
14L’efficacité générale des psychothérapies ayant été démontrée, pour Jean-Michel Thurin,la recherche s’est recentrée ces dernières années sur deux questions : pourquoi et comment une psychothérapie fonctionne-t-elle ? L’évaluation du changement en psychothérapie donne une importance nouvelle aux études intensives de cas. En décrivant les étapes du suivi intensif d’un cas, l’auteur nous propose une méthodologie qui est proche de la culture clinique et stimulante pour notre pratique clinique.
15Nathalie Duriez nous présente une étude intensive de cas d’une grande richesse qui nous permet de mieux identifier la nature des changements activés par une thérapie familiale mais aussi l’importance de l’engagement du thérapeute et de la famille dans la rencontre thérapeutique. C’est dans ce contexte de rencontre de personne à personne que tous partagent des « moments intenses » qui resteront actifs dans la mémoire et seront à l’origine de nouveaux changements après la thérapie.
16Enfin, Anne Courtois retrace le cheminement d’un groupe de travail interuniversitaire réunissant depuis 5 ans chercheurs et cliniciens. Ce groupe s’est constitué pour réfléchir sur les méthodologies existantes en systémique en les confrontant à d’autres méthodologies appliquées dans le champ de la clinique.
17Nous souhaitons faire nôtre la conclusion de l’article d’Anne Courtois pour terminer ce numéro mais aussi pour envisager de futurs espaces de dialogue et de confrontation entre cliniciens et chercheurs :
Nous prônons donc la poursuite du dialogue entamé entre la clinique et la recherche, la recherche fondamentale et la recherche appliquée, les cultures universitaires locales et internationales, pour rendre explicites nos accords et nos divergences quant aux fondamentaux de la recherche systémique en psychologie clinique.
18Véronique Regamey