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Quels indicateurs du développement durable en milieu industriel pour conforter la gestion du risque ?
1[--!!gras!!--]Le développement industriel reste une activité incontournable pour le développement socio-économique et son intégration dans une stratégie globale de protection de l’environnement s’impose. Le concept de développement durable permet de concilier entre économie et environnement mais nécessite des préalables assez complexes et souvent difficiles à concrétiser. La mise en place d’une stratégie de développement durable en milieu industriel suppose un choix d’indicateurs pertinents et utiles permettant l’intégration de ce concept sans modifier l’organisation et le fonctionnement de l’entreprise.
2Le choix d’indicateurs doit découler de la politique environnementale où l’audit environnemental permanent constitue un référentiel déterminant. Il alimente les informations permettant de mieux choisir les indicateurs et arrêter un tableau de bord de développement durable.
3La prise en charge permanente des aspects environnementaux permet la mise en place d’indicateurs en relation avec le développement durable qui se traduiront par une amélioration de la gestion du risque industriel.
4Un indicateur doit permettre une interprétation rapide. Il doit donner des informations sur l’état de la situation, sur les tendances en cours et sur la distance qui sépare la situation actuelle de l’objectif. Un bon indicateur devrait également permettre de détecter une situation critique avant que celle-ci ne soit irréversible et donner des pistes de réflexion sur les actions à entreprendre pour résoudre les problèmes identifiés. (Camérini, 2001).
5Puisque la durabilité requiert une perception globale et intégrée du monde, les indicateurs doivent établir un lien entre l’économie, l’environnement et la société. Un indicateur économique qui n’inclut pas les effets environnementaux ou sociaux n’aide pas à construire un développement durable. De même, un indicateur environnemental qui ne tient pas compte des impacts socio-économiques n’indique pas le meilleur chemin pour améliorer la santé et la vitalité d’une communauté... (Benabdeli, 2007).
6Les indicateurs doivent permettre l’identification des problèmes et de leur suivi, favoriser la communication, et généraliser l’information.
7Le concept de développement durable s’appuie sur trois pôles d’étude et d’action : la préservation et la régénération de l’environnement, la satisfaction des besoins humains et l’efficacité économique. Il prend en compte les trois domaines du développement des sociétés humaines pour déterminer des actions recherchant un point d’équilibre entre ces derniers. Il s’agit donc d’aboutir à un développement “économiquement viable (satisfaction des besoins d’une génération), socialement équitable (solidarité entre les sociétés) et écologiquement reproductible”. (Jollivet, 2001).
8Le concept de développement durable vise à une meilleure adéquation entre économie et préservation des ressources mais il est généralement perçu différemment selon son profil. Les responsables politiques y voient plutôt la dimension éthique et la possibilité de faire émerger une nouvelle conscience citoyenne (éco-citoyen). Pour les économistes, il est surtout compris comme un modèle de développement alternatif. Pour le mouvement écologiste, il est perçu comme un slogan efficace pour défendre la conservation de la nature et la préservation des ressources de la planète.
9La pluralité de ces conceptions, largement superposables, explique les réticences d’une partie de la communauté scientifique.
10Des questions se posent :
– Ou bien doit-on le considérer comme un outil potentiellement riche de sens ?
11La première solution serait sans doute la plus éloignée du monde de la recherche, dont la volonté affichée est de se rendre utile auprès de la société. La seconde option, à nos yeux préférable, suppose une large mobilisation des chercheurs pour nourrir de leurs réflexions un concept qui reste encore largement à définir.
12Sous le poids de la préoccupation environnementale grandissante à travers le monde et surtout au sein des activités industrielles polluantes et sous la pression de la législation, le développement durable n’est plus un concept seulement théorique mais un objectif vers lequel toute activité doit tendre. (Glachant, 2004).
13Le développement durable ne peut être pratiqué dans une entreprise que si elle affirme sa volonté à travers une politique d’abord environnementale permettant l’intégration du concept de développent durable. Le développement durable n’est pas seulement un concept de protection durable de l’environnement mais constitue un maillon important dans l’intelligence du risque puisqu’il repose sur des indicateurs permettant l’amélioration de la gestion du risque.
14La prise en charge du développement durable en milieu industriel reposera sur la maîtrise des instruments de la politique environnementale et des instruments du développement durable. Cette maîtrise permettra une identification des indicateurs du développement durable pertinents pouvant être intégrés comme outils confortant la gestion des risques en milieu industriel.
15Il ne peut y avoir de développement durable au sein d’une entreprise sans une politique de protection de l’environnement. Cette dernière émane d’une stratégie obéissant dans un premier temps à 4 instruments axés sur la réglementation, l’économie, l’information et l’organisation.
16Dans un second temps et pour adapter cette stratégie et en faire une politique pragmatique 4 autres préalables sont à réunir :
17Ce sont deux phases incontournables permettant de définir les éléments fondamentaux de la stratégie qui constitueront les bases fondamentales d’une politique à mettre en place. Tous ces instruments constituent une source d’informations capitales pour une meilleure gestion du risque industriel.
18Dans les entreprises du Maghreb le développement durable et la gestion du risque sont des volets assez nouveaux puisque découlant d’une réglementation récente. Développement durable et gestion du risque ne constituent pas encore une préoccupation majeure des gestionnaires ; la priorité est accordée à la production d’autant plus que l’application des textes n’est pas stricte car le volet social prime encore.
19Les principales raisons qui justifient la mise en place d’une politique environnementale sont au nombre de six et toutes militent pour la concrétisation du concept de développement durable.
20– Légale et obligatoire : elle se traduit tout simplement par une application rigoureuse de la réglementation environnementale, le respect des conventions internationales ratifiées par l’Algérie et une application régulière du contrat de performance ou des objectifs internes fixés.
21– Economique : elle se justifie par les aspects valorisation des rejets et des déchets constituant souvent des gains appréciables. Les répercussions sont également d’ordre économique à travers une réduction de la consommation d’énergie et de matières. Le choix de procédés propres diminuera les consommations en général avec la possibilité de bénéficier de subventions pour l’installation de technologies propres.
22– Ouverture de marchés et intégration : par le respect des normes en matière d’environnement à travers la démarche ISO 14001, un marketing orienté vers la concurrence et soutenu par un management justifié.
23– Facteur de motivation : il se justifiera par une mobilisation du personnel, une sensibilisation de tout intervenant, une amélioration de l’hygiène, de la sécurité et des risques. Il s’ensuivra une implication volontaire des salariés dans la politique environnementale.
24– Banquiers et assureurs apprécient : c’est un signe de bonne gouvernance découlant de l’amélioration de la prévention et la diminution des dangers et des risques.
25Les entreprises industrielles du Maghreb éprouvent encore des difficultés pour mettre en place les instruments fondamentaux du développement durable pour diverses raisons. Ces raisons sont d’ordre structurel, organisationnel et même réglementaire puisque toute la législation repose sur le principe du pollueur-payeur au lieu de développer le concept de participation juridique. Pourtant il est assez simple et peu coûteux de mettre en place les 4 instruments indispensables pour la pratique du développement durable ; Benabdeli (2008) résume ces instruments comme suit :
26Les instruments réglementaires de référence pour la mise en place d’une stratégie de développement durable reposent essentiellement sur le respect des conventions et des accords internationaux ratifiés, de la réglementation en vigueur et de la politique nationale dans la matière.
27Parmi les instruments réglementaires figurent en première position les normes d’émissions (process), les normes techniques (technologie) et les normes de produits (autorisation, homologation, orientation).
28Ils se récapitulent aux mesures institutionnelles internes ou internationales agissant sur l’environnement économique comme l’écotaxe, les subventions, la consigne (taxes remboursées), la bourse du droit à polluer et la responsabilisation. Le développement durable en milieu industriel tributaire de la protection de l’environnement doit découler de prime abord d’une politique interne qui a un coût qu’il faut budgétiser et gérer.
29C’est un domaine laissé à l’appréciation de l’entreprise pouvant être basé sur une initiation à l’adoption volontaire d’une politique interne, une vulgarisation des solutions de dépollution interne, une assistance et un soutien technique extérieur autonome, l’instauration d’un Eco-label, la généralisation d’un Eco-audit périodique et des accords volontaires ou négociés.
30C’est un maillon déterminant, ils permettent d’apprécier la place du développement durable au sein des activités de l’entreprise. L’organisation est souvent reflétée à travers un organigramme qui constitue un référentiel en matière de politique environnementale et de développement durable et en confirme ou infirme la stratégie. Les instruments reposent sur l’organisation interne de la société ou de l’unité et de la place de l’environnement et du développement durable, le budget et moyens alloués, l’importance accordée à l’environnement, le poids décisionnel de la commission hygiène-sécurité et environnement et l’individualisation et le degré d’autonomie de la cellule en charge du développement durable ainsi que du choix d’indicateurs.
31Les 10 indicateurs du développement durable sur lesquels il y a un consensus sont : Environnement, Economie, Socio-culturel, Equité entre les personnes, Equité entre les régions, Equité entre territoires, Equité entre générations, Diversité, Subsidiarité et Participation. (Camérini, 2001).
32Ces indicateurs ne peuvent tous être retenus, les indicateurs les plus pertinents pour concilier développement durable et gestion du risque sont : Environnement, Sensibilisation et Economie.
33L’audit environnemental reste un outil de base déterminant pour la protection de l’environnement en milieu industriel. Il constitue également un référentiel appréciable pour élaborer un tableau de bord permettant d’accéder au concept de développement durable. Une présentation synthétique du contenu d’un audit environnemental permet de retenir quelques indicateurs de développement durable et de gestion des risques. (Benabdeli, 2006 et Rasolomanana, 2003).
34Les informations utiles qu’il est possible de capitaliser sont de 5 ordres:
35– Description de l’entreprise : sa localisation spatiale, l’occupation de l’espace et l’agencement des installations, la situation des superficies, l’organisation des ateliers et les ressources humaines.
36– Diagnostic des installations : une description détaillée des procédés de fabrication, les schémas de production, la subdivision des procédés et leur enchaînement, le diagnostic de chaque opération et l’identification et l’évaluation des nuisances.
37– Bilan quantitatif et qualitatif des entrées et sorties : il passe par une identification de tous les types de déchets et de rejets, leur caractérisation quantitative et qualitative, le bilan entrées et sorties, le bilan des consommations, les conditions de gestion des déchets et la comparaison avec les normes et la réglementation.
38– Mesures de réduction des nuisances au niveau du processus de production, des équipements et installations, des matières premières, des déchets et de la consommation en énergie et en eau.
39– Mesures d’amélioration de l’organisation et la gestion environnementale à travers une formation permanente des ressources humaines, une capitalisation du retour d’expérience, la réhabilitation de la fonction audit et la sensibilisation.
40Les indicateurs déterminants pour initier un développement durable au sein des entreprises du Maghreb découlent de la philosophie réaliste de ce concept qui a été définie par Benabdeli (2008) : « Faire du développement durable c’est exploiter rationnellement des ressources naturelles avec des outils de production à technologie propre pour une préservation durable des domaines environnementaux ”. En absence de culture de protection de l’environnement et de développement durable, puisque ces concepts ne sont réellement apparus dans le paysage industriel que dans les années 1985-1990, les indicateurs à retenir ne peuvent en aucun cas être identiques à ceux des pays développés.
41Toute stratégie en matière de protection de l’environnement pour un développement durable découle d’une maîtrise parfaite et permanente des sept paramètres suivants qui constituent les indicateurs élémentaires et fiables adaptés aux pays en voie de développement ou émergents sont au nombre de sept dans un premier temps :
42Les principaux indicateurs retenus ont tous une relation forte avec la protection de l’environnement, le développement durable et la gestion des risques. Ils sont complémentaires et constituent une assise fondamentale pour enclencher le concept de développement durable à travers des indicateurs utiles pour l’entreprise. Au niveau des entreprises industrielles du Maghreb il est intéressant de dresser une typologie des indicateurs car ils sont différents de ceux des pays développés qui ont capitalisé une expérience de plusieurs décennies en la matière. Cette typologie découle d’un diagnostic des entreprises face aux exigences du développement durable et constitue des indicateurs adaptés mais également pertinents ; ils peuvent être récapitulés comme suit :
– la compétence des moyens humains,
– la consommation (énergie, matières premières, eau),
– la conformité des équipements,
– la maîtrise des procédés utilisés,
– la localisation spatio-temporelle des nuisances,
– l’identification et la localisation des sources de dangers,
– la cartographie des risques écologiques,
– la gestion des déchets,
– la sensibilisation et la participation,
– les aspects économiques.
43Pour augmenter la probabilité d’acceptation des indicateurs du développement durable en milieu industriel au Maghreb, il est nécessaire d’apprécier leur impact sur l’amélioration de la gestion du risque.
44La complémentarité positive entre les 10 indicateurs du développement durable et l’amélioration de la gestion des risques industriels est réellement possible puisque plus de 75% des informations indicatrices d’effort de développement durable peuvent être utilisées dans la gestion du risque.
45Pour apprécier la corrélation qui existe entre les indicateurs du développement durable et leur utilisation pour la gestion du risque ; une échelle de 5 niveaux a été retenue. La notation se base sur l’évaluation de l’utilité de l’indicateur pour améliorer la gestion du risque.
| la compétence des moyens humains | Développement du professionnalisme et meilleur maîtrise du fonctionnement | 5 |
| la consommation (énergie, matières premières, eau | Diminution des risques de stockage et économie avec réduction des rejets atmosphériques | 5 |
| la conformité des équipements | Diminution des risques des pollutions, des fuites et meilleur rendement | 4 |
| la maîtrise des procédés utilisés | Maîtrise de l’erreur humaine et par conséquent des accidents et incidents | 4 |
| la localisation spatiotemporelle des nuisances | Localisation plus facile et précise des risques sources de pollutions et nuisances | 3 |
| l’identification et la localisation des sources de dangers | Cartographie des dangers en amont des risques et meilleure gestion | 5 |
| la cartographie des risques écologiques | Installation de barrières préventives et mise en place d’un plan de gestion | 4 |
| la gestion des déchets | Valorisation et diminution des déchets sources de dangers et de risques | 3 |
| La sensibilisation et la participation | Adhésion des travailleurs à la politique environnementale et sécuritaire de l’entreprise | 4 |
| Les aspects économiques | Nécessité de mobiliser les ressources financières et faire un bilan | 4 |
46Plus de 30% des indicateurs ont un impact très fort avec la gestion du risque, 50% ont une relation forte et 20% ont une corrélation assez forte. Les 10 indicateurs du développement durable retenus au sein d’une entreprise industrielle peuvent facilement concourir à une amélioration de la gestion du risque puisqu’ils sont assez fortement corrélés.
47Pour améliorer la gestion du risque, opter pour une démarche progressive d’abord de protection de l’environnement à travers des audits et tendre vers la mise en place d’une stratégie de développement durable.
48Le concept de développement durable ne peut être appliqué au sein d’une entreprise industrielle que si elle dispose d’une politique environnementale ; mais il reste tributaire de préalables complexes mais faisables si une stratégie est arrêtée. Les outils déterminants à mettre en œuvre pour un développement durable et une gestion des risques se résument essentiellement à :
49Cette nouvelle approche d’exploitation de quelques indicateurs du développement durable en milieu industriel soutenue par des audits environnementaux se traduira à très court terme comme :
– un élément prépondérant de la stratégie de gestion préventive des risques industriels.
50Pour ceux qui sont conscients des enjeux du devenir de leur entreprise face à un incident ou un accident à fort impact économique, le développement durable à travers ses 10 indicateurs constitue un moyen d’amélioration de la gestion des risques.
