La vie de l’enfant 2005
Au commencement était la voix
2005
256 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749205311
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Voix et relations intersubjectives

Vous consultezVoix et intonation : clinique orthophonique chez l’enfant de 0 à 6 ans[1][1] Cet article est le résumé d’un « atelier » animé...
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AuteurPierre Chalumeau du même auteur

Pierre Chalumeau, docteur en sciences du langage à l’université de Franche-Comté, a été orthophoniste et chef du service paramédical au campsp de Dijon. Chargé de cours à l’école d’orthophonie de l’université de Besançon, il continue à faire partie de l’équipe de recherche sur l’acquisition atypique du langage, notamment dans les dysphasies.

Nous avons été confronté, dans notre pratique quotidienne avec de jeunes enfants porteurs d’importants troubles du langage, à une difficulté majeure : comment décrire et qualifier l’expression orale de ces sujets, ne s’exprimant pas ou avec fort peu de mots, produisant des émissions difficiles à caractériser et laissant planer un doute important sur le diagnostic ? Des remarques déjà anciennes avaient souligné cet aspect en faisant état des « ébauches informes » produites par l’enfant à l’âge où les autres parlent et définies comme « un dire sans mots […], un discours sans mots organisé par la mimique et l’intonation » (Borel-Maisonny, 1969). De surcroît, l’intérêt pour les faits prosodiques dans l’acquisition du langage, certaines similitudes entre babillage et langage articulé et « une continuité certaine entre prélangage et langage » (Konopczynski, 1989) n’ont reçu que peu de développement dans le domaine de la pathologie des retards ou des déviances dans l’apparition du langage.

Les questions

2 La voix est envisagée sous l’angle prosodique comme support des vocalisations à travers l’étude de la structuration vocale, mélodique et temporelle des productions de notre population. En pathologie, l’analyse de la composante prosodique permet de donner une valeur linguistique à des énoncés qui sont encore difficiles à décoder. Cependant ces énoncés s’inscrivent au sein d’échanges où la communication gestuelle joue un grand rôle, et où le passage (ou le non-passage) à la communication verbale doit être pris en compte. L’âge des enfants, les difficultés de comportement parfois associées à une expression orale très réduite nous ont conduit à privilégier des séquences de jeu interactives au détriment de situations plus standardisées. Enfin, même si l’accent est mis de façon privilégiée sur l’utilisation de la voix dans les interactions et sur la manière dont cette voix peut remplir des fonctions linguistiques (comment la mélodie devient intonation), la question de la compréhension de la valeur de l’intonation est nécessairement à prendre en compte.

Les actes de parole

3 Face à des émissions sans mots, l’orthophoniste accorde une valeur d’acte de parole à ces productions même si, à l’évidence, la signification accordée à ces émissions ne saurait être mise sur le même plan que celle attribuée à un mot. Le choix de l’orthophoniste est dans ce cas de renforcer les aspects vocaux de la communication et de leur reconnaître une force illocutoire plutôt que de s’intéresser à un problématique aspect lexical.

Les éléments mélodico-rythmiques de la parole

4 Un certain nombre d’aspects mélodico-rythmiques de la parole peuvent être illustrés à partir de documents vidéo, d’analyses et de tracés phonétiques. Le premier aspect abordé concerne le cadre conversationnel dans lequel la voix peut se déployer, des tours de parole être respectés, un dialogue s’établir, alors qu’il n’y a aucun mot identifiable dans le discours de l’enfant. La voix de l’enfant dans ce cas permet aux échanges de se poursuivre, à la communication vocale de persister alors que l’interlocuteur ne comprend aucun mot. Le second aspect renvoie à l’utilisation consciente et intentionnelle de variations mélodiques par l’enfant pour maintenir la conversation et éclaircir un malentendu quand l’aspect formel est cause d’ambiguïté. En outre, l’importance des pauses dans l’encodage de la parole est à souligner : la durée de la pause soulève de nombreuses questions, aussi bien sur le plan de la méthodologie de l’étude des variables temporelles de la parole que sur celui des processus d’encodage mis en œuvre par le sujet. Enfin l’organisation temporelle de la parole peut être abordée à travers l’étude de la structuration syllabique. Ce bref aperçu de divers aspects de la structuration mélodico-rythmique de la parole d’un enfant dysphasique nous permet de souligner l’importance des aspects vocaux dans une perspective qui vise à intégrer l’enfant dans un schéma conversationnel.

La voix dans l’interaction

5 Une suite de sons intonée d’une manière différente dans un contexte situationnel précis peut être interprétée par l’entourage comme ayant valeur d’acte de langage. Cependant, avec des enfants porteurs de déficits plus globaux, sur le plan cognitif, que dans les exemples précédents, de nouvelles questions surgissent. L’attention commune portée sur un élément vocal (un énoncé intoné par exemple) est parfois longue à s’établir. Les modifications même minimes apportées à une phrase mélodique, à une émission chantonnée ritualisée à l’occasion d’échanges, peuvent provoquer le repli de l’enfant. Les seules modifications tolérées sont celles produites par l’enfant et reprises dans le dialogue par l’adulte. On peut parler ici de la difficulté rencontrée pour harmoniser les contenus vocaux des deux partenaires. La question de savoir comment l’enfant peut accéder à des significations langagières partagées reste posée : comment, s’attachant à la mélodie et aux sons, il pourra s’accrocher aux idées.

Conclusion

6 La prise en compte des aspects prosodiques de la parole chez l’enfant jeune, porteur de troubles du langage, pose un certain nombre de problèmes. Les premiers sont d’ordre méthodologique : le recueil des données n’est pas facile et l’analyse des documents audio à l’aide des techniques de la phonétique expérimentale a ses propres contraintes. Ces difficultés étant surmontées, la question de l’interprétation des résultats obtenus se pose. Certains thèmes peuvent être dégagés dans une perspective d’intervention : l’enfant devient un partenaire dans la conversation et ses énoncés ont une fonction illocutoire. Cependant la variabilité interindividuelle conduit à une extrême prudence dans les estimations prédictives.

 

Notes

[1] Cet article est le résumé d’un « atelier » animé par l’auteur.Retour

PLAN DE L'ARTICLE

Au commencement était la voix

POUR CITER CET ARTICLE

Pierre Chalumeau « Voix et intonation : clinique orthophonique chez l'enfant de 0 à 6 ans », in Au commencement était la voix, ERES, 2005, p. 145-147.
URL :
www.cairn.info/au-commencement-etait-la-voix--9782749205311-page-145.htm.