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S'inscrire Alertes e-mail - La vie de l’enfant Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezDe la chanson des interactions à l’émergence des compétences conversationnelles et langagières
L’apport de la pathologie[1][1] Cet article est le résumé d’un « atelier » animé...suite
AuteurShirley Vinter du même auteur
Shirley Vinter, orthophoniste, maître de conférences honoraire en psychologie, hdr en sciences du langage, a été jusqu’en 2002 directrice des études de l’école d’orthophonie à la faculté de médecine de Besançon ; elle continue à y assurer des activités de recherche. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles, essentiellement sur la surdité et les interactions mère-enfant.L’objectif de notre communication est de montrer, par des travaux sur les productions d’enfants présentant un dysfonctionnement grave du langage ou une surdité importante, l’intérêt d’une approche psycholinguistique pour une meilleure compréhension du langage de ces sujets. Cette approche porte sur différentes composantes du langage, phonétique, phonologique, pragmatique, et sur l’interaction entre ces différents facteurs.
2 Dans le cadre de cet exposé, nous nous centrerons sur la musique des interactions, analysant essentiellement les éléments mélodico-rythmiques dans les premiers échanges adulte-enfants, et leur rôle dans l’émergence des compétences langagières de ces derniers que nous illustrerons par l’analyse d’une courte séquence interactive d’une dyade père-enfant sourd profond.
L’analyse d’une séquence interactive
3 Hélène, âgée de 35 mois, présente une surdité profonde supérieure à 110 dB, appareillée à 15 mois. Elle est en interaction avec son père. Nous allons en analyser un court extrait :
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Père : Comment ?
Enfant : [mamamama]
Père : Mamamama ?
Enfant : [ama] [ama]
Père : Il a mal ?
Enfant : [ama amama]
Père : Il a mal à la main ? Il a mal au doigt ? Oh ! Il pleure !
5 L’adulte ne peut pas interpréter immédiatement la production de l’enfant, il fait d’abord une requête en clarification « Comment ? » (questionnement). L’enfant change alors légèrement son émission en ajoutant un son consonantique initial et en allongeant la dernière syllabe. Le père ne comprenant toujours pas l’énoncé de l’enfant, l’imite (reprise-imitation) en faisant une requête en confirmation (reformulation), avec une mélodie ascendante. Cette imitation permet à l’enfant d’ajuster sa vocalisation à son intention. Elle change à nouveau sa production et produit, dans le même tour de parole, deux énoncés semblables [ama] [ama] en insistant sur le [ma] final qui est légèrement accentué et allongé, ce qui permet une interprétation-reformulation paternelle, il a mal ? L’enfant peut poursuivre alors l’échange en ajoutant des commentaires. Elle produit dans le même tour de parole un énoncé comprenant deux éléments différents [ama amama] avec un accent d’insistance sur le [ma] final. Les deux groupes de souffle séparés par une pause, avec une finale allongée, ont permis une reformulation à visée interprétative. L’interprétation il a mal à la main, semble convenir à l’enfant. Le père reformule, cherche à mieux préciser, il fait un commentaire : Il a mal au doigt ? et une extension : Oh ! Il pleure ! La pause, précédée par un allongement syllabique, permet la délimitation des unités intonatives.
Avec des productions linguistiques très rudimentaires, l’enfant accomplit, avec l’aide de son père, des actes de langage différents et des énoncés entraînant de nombreuses interprétations. L’enfant peut participer à un véritable dialogue, produisant autant de tours de parole que son interlocuteur. Par les modifications successives de ses productions qui portent essentiellement sur la structuration temporelle, elle parvient à clarifier son message initial et l’intercompréhension s’installe. Hélène ne peut « jouer » que sur le rythme, sa déficience auditive étant supérieure à 110 dB, seul le rythme est perçu par cette enfant par l’intermédiaire de ses prothèses auditives.
Conclusion
6 Nous avons voulu montrer l’intérêt d’une approche psycholinguistique appliquée à l’étude des dysfonctionnements de la communication comme on peut les rencontrer dans des situations cliniques, approche qui porte sur différents niveaux de langage. L’étude des productions sonores du jeune enfant sans langage verbal semble être d’une grande importance au niveau du diagnostic précoce, de l’évaluation et du traitement des troubles du langage.
7 Les implications cliniques tant sur le plan de l’évaluation des compétences langagières que sur celui de la thérapie sont évidentes. L’étude de l’interaction des niveaux phonétiques, lexicaux, prosodiques de la parole paraît être une voie d’accès privilégiée pour observer l’évolution phonologique, lexicale et la transition entre phase présyntaxique et syntaxique dans le cas de productions pathologiques.
Notes
[1] Cet article est le résumé d’un « atelier » animé par l’auteur.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Shirley Vinter « De la chanson des interactions à l'émergence des compétences conversationnelles et langagières », in Au commencement était la voix, ERES, 2005, p. 149-151.
URL : www.cairn.info/au-commencement-etait-la-voix--9782749205311-page-149.htm.







