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Conversations avec Wittgenstein (1949-1951)

2001

  • Pages : 112
  • ISBN : 2910846636
  • Éditeur : Agone

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Oets kolk bouwsma est né de parents hollando-américains à Muskegon, dans le Michigan, en 1898. Il fit ses études au Calvin College et à l’université du Michigan, où il étudia la littérature anglaise et la philosophie. Dans ses jeunes années, il soutint l’idéalisme, notamment la philosophie de Hegel, mais, plus tard, il trouva l’œuvre de G. E. Moore, les réfutations de l’idéalisme, plus cohérentes. Il travailla intensément sur Moore, lui consacrant des articles et envoyant ses étudiants de l’université du Nebraska – où il enseigna pendant presque quarante ans – étudier avec lui à Cambridge. La réputation du jeune Bouwsma était liée à son œuvre sur Moore. Le volume de Schilpp sur Moore [1][1] The philosophy of G. E. Moore, P. A. Schilpp dir.,... contient un des articles de Bouwsma où il critique l’œuvre de Moore, dont la réponse témoigne du respect que celui-ci avait pour Bouwsma. Cette réputation valut à Bouwsma d’être invité à donner les Conférences John Locke à Oxford et à présider l’American Philosophical Association. Plus tard, sa réputation se développa en relation avec Wittgenstein.

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Parmi les quelques étudiants qu’il encouragea à aller en Angleterre pour travailler avec G. E. Moore, il y eut Norman Malcolm. C’est en travaillant avec Moore que Malcolm entra en contact avec Wittgenstein ; il assista à ses cours et prit part à des discussions qui déterminèrent la forme de son développement philosophique. Après la guerre, Malcolm revint enseigner la philosophie à Cornell, et ce fut de là, en 1949, qu’il put persuader Wittgenstein de venir pour discuter avec les enseignants et les étudiants de la faculté de Cornell. Malcolm parvint aussi à trouver un enseignement pour Bouwsma à Cornell pendant la visite de Wittgenstein. À ce moment-là, Bouwsma était devenu un lecteur attentif des dictées de Wittgenstein, qui furent publiées plus tard sous le titre de Cahier bleu.

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Sous l’influence personnelle de Wittgenstein et après un travail approfondi sur les Recherches philosophiques, Bouwsma se distingua bientôt comme un de ceux qui pouvaient appliquer les méthodes de Wittgenstein à un ensemble varié de problèmes philosophiques, comme, par exemple, les pensées sceptiques de Descartes et de Berkeley, ou comme ces énigmes éternelles que sont le temps, la vérité, la pensée. Il enseigna à l’université du Nebraska jusqu’en 1965, exerçant son influence la plus grande à travers les nombreux diplômés qu’il forma, dans son style particulier de discussion, et avec la façon unique qu’il avait de rechercher le sens des phrases philosophiques. Bien qu’il ait écrit sans cesse et fait paraître de nombreux articles, Bouwsma ne publia qu’un livre – un recueil intitulé Philosophical Essays. Après avoir pris sa retraite, il accepta une invitation de l’université du Texas qui lui proposait de poursuivre son enseignement. C’est ce qu’il fit, de la même manière et avec les mêmes résultats, jusqu’à sa mort en 1978. Il était, à ce moment-là, plus actif et productif dans l’écriture et l’enseignement que jamais. Ses papiers et ses carnets de notes quotidiens, ces derniers remplissant des centaines pages, furent déposés après sa mort au Humanities Research Center à Austin, dans le Texas. Deux collections de ses articles ont été depuis publiées : Toward a New Sensibility et Without Proof or Evidence.

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En juillet 1949, sur l’invitation de Norman Malcolm et avec son encouragement, Ludwig Wittgenstein vint à l’Université de Cornell, et il séjourna chez les Malcolm. Selon le récit de cette visite par Malcolm, les philosophes présents sur le campus pendant son séjour étaient les suivants : John Nelson, Willis Doney, Max Black, Stuart Brown et un certain nombre de jeunes diplômés de Cornell. Bouwsma était là aussi, venu de Lincoln, dans le Nebraska, sur l’invitation de Malcolm.

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Malcolm raconte que Wittgenstein eut diverses conversations avec ces personnes, certaines en particulier et d’autres en groupe, au cours de l’été, et jusqu’au début de l’automne. Dans Ludwig Wittgenstein : un mémoire, il écrit à propos de Bouwsma : « Avec Oets Bouwsma et moi, il a commencé à lire l’article de Frege, “Über Sinn und Bedeutung” (“Sens et dénotation” [2][2] Gottlob Frege, Écrits logiques et philosophiques, traduction... ; et ceci a donné lieu à deux ou trois réunions où Wittgenstein a exposé ses divergences avec Frege. Ensuite, au cours d’une réunion, nous avons discuté du libre arbitre et du déterminisme. [3][3] Ludwig Wittgenstein : A Memoir, Oxford University Press,... » Des comptes rendus de ces discussions apparaissent dans les notes de Bouwsma, avec des références aux philosophes de Cornell mentionnés ci-dessus. Un grand nombre de thèmes ont aussi été discutés en dehors de ceux qui sont inclus dans les notes de Bouwsma. Il y eut d’autres discussions avec Malcolm auxquelles Bouwsma n’a pas participé, des discussions sur l’œuvre de Moore qui, plus tard, formèrent le contenu de De la certitude de Wittgenstein, et, on peut le supposer, encore d’autres discussions dont il n’existe aucun témoignage.

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Le lecteur des notes de Bouwsma verra très vite qu’il y eut dès le début une relation spéciale entre Bouwsma et Wittgenstein, fondée sur une reconnaissance mutuelle de profondeur personnelle et de sérieux philosophique. Bien sûr, Wittgenstein était le maître et Bouwsma l’élève, mais quel remarquable élève fut Bouwsma pour que Wittgenstein s’ouvre ainsi à lui, et comme leurs rencontres ont dû être intéressantes pour influencer Bouwsma d’une manière si profonde !

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Pendant l’été à Cornell, les rencontres de Bouwsma avec Wittgenstein prirent plusieurs formes différentes. Parfois ils se retrouvaient en petits groupes chez quelqu’un ; parfois Bouwsma, Malcolm et Wittgenstein se rejoignaient dans le jardin de Malcolm ou au rez-dechaussée. Souvent Wittgenstein et Bouwsma allaient en promenade ensemble, ou bien Bouwsma emmenait Wittgenstein en voiture dans la campagne du Fingerlake. En général, pendant ces promenades, comme dans leurs discussions ensuite, Bouwsma proposait un sujet de discussion, à partir duquel Wittgenstein se lançait rapidement. Leur relation n’était pas dialectique ; Bouwsma ne présente pas d’objections, ni de contre-exemples. Il cherche plutôt le sens des remarques de Wittgenstein et travaille à les comprendre au moment où il écrit ses notes. Ils se comprennent à mesure que la discussion avance, Bouwsma ayant plus de difficultés, essayant de saisir les idées de Wittgenstein et les images qu’il utilise.

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Cette habitude de faire des promenades pour discuter de philosophie continua tout au long de leur amitié. Dans une lettre, Morris Lazerowitz remarque la même habitude quand, à la mi-octobre, Wittgenstein vint voir Bouwsma à Smith Col lege, à Northampton dans le Massachusetts. « Wittgenstein est venu à Northampton et est resté chez les Bouwsma pendant deux ou trois jours, explique Lazerowitz, durant lesquels Oets et Wittgenstein se sont promenés, tout en ayant des discussions où Wittgenstein s’octroyait la part du lion. » Les notes font souvent référence à de telles promenades qui constituent le cadre le plus fréquent de leurs discussions.

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Bouwsma resta à Smith College, où il remplaçait un congé sabbatique pour le trimestre d’automne. C’est grâce à ses amis, Morris Lazerowitz et Alice Ambrose Lazerowitz, qu’il eut ce poste. Bouwsma arriva de Cornell avec sa femme, Gertrude, et sa fille, Gretchen, la plus jeune de leurs trois enfants. Ils sont mentionnés plusieurs fois dans les notes, et les discussions de Wittgenstein avec Gretchen à propos de son travail scolaire menèrent plus d’une fois à des discussions entre Bouwsma et lui sur la littérature et l’éducation. Une entrée dans les notes, datée du 11 octobre 1949, indique que les deux hommes avaient repris leurs promenades et leurs discussions. Wittgenstein est resté pendant trois jours, et ensuite, après une courte période, est retourné en Angleterre à la fin du mois d’octobre. Ce fut la dernière fois que Bouwsma le vit jusqu’à l’été suivant.

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Du fait de sa réputation pour son travail sur Moore, on demanda à Bouwsma de donner les Conférences John Locke à Oxford en 1950-1951. L’invitation était une marque de distinction et Bouwsma était le premier Américain invité à les présenter. Pendant une partie de cette année-là, Wittgenstein vécut aussi à Oxford. Il fit un voyage de cinq semaines en Norvège et quelques autres voyages à Cambridge, où son médecin, le docteur Edward Bevan, tenait ses consultations. (On avait déjà diagnostiqué un cancer chez Wittgenstein.) Mais il resta surtout à Oxford, où sa présence leur offrit la possibilité, à lui et à Bouwsma, de renouer leur amitié et de reprendre leurs discussions philosophiques habituelles. Les notes recommencent alors, après un intervalle d’à peu près neuf mois, à la date du 17 août 1950, et continuent jusqu’à la mort de Wittgenstein, en avril 1951. Cependant, le lecteur remarquera qu’il y a davantage de discussions rapportées qu’il n’y a d’entrées datées dans le journal.

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Bien que Wittgenstein fût gravement malade pendant cette période, sa santé était fluctuante. Parfois il était capable de travailler et de tenir des discussions vigoureuses ; parfois il passait par des périodes sombres et désespérait d’être jamais capable de travailler à nouveau. Mme Bouwsma lui préparait souvent du bouillon et de la compote de pommes ; il remarqua dans une lettre à Malcolm : « Je suis juste bon à manger de la compote de pommes avec un philosophe. » Malgré les périodes de faiblesse où il était incapable à travailler, les notes révèlent la présence d’un esprit clair et puissant.

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Pendant la période d’Oxford, Bouwsma et Wittgenstein reprirent leur habitude de faire des promenades ensemble pour discuter de philosophie. Parfois ils s’asseyaient dehors sur un banc, parfois Wittgenstein venait chez Bouwsma pour un repas ou pour l’entraîner dans une promenade. Mais les promenades semblaient être la norme : « Aujourd’hui, nous avons marché… aujourd’hui nous avons traversé le pré… aujourd’hui nous avons longé le canal. » C’est philosopher dans la tradition péripatéticienne. Il n’y a aucune indication que d’autres personnes aient participé à ces discussions. Anscombe était à Oxford, et Wittgenstein avait présenté Bouwsma à son étudiant et ami Yorick Smythies. Mais alors que Bouwsma renvoie à certaines idées d’Ans combe et de Smythies, il n’y a rien dans les notes sur d’éventuelles discussions communes impliquant ces philosophes ou d’autres. Les discussions qui sont conservées se déroulent entre Bouwsma et Wittgenstein et concernent des sujets introduits par Bouwsma ou des sujets apparaissant spontanément à partir de choses vues ou mentionnées durant leurs promenades. C’était l’occasion pour Bouwsma d’avoir accès à l’un des grands esprits de notre temps. Il ne l’a pas perdue.

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Quand Bouwsma retourna dans le Nebraska en 1951 après son séjour de deux ans, il écrivit à son ami et ancien étudiant Kenneth Johnson qu’il avait vu en Wittgenstein « ce qui l’avait frappé comme le sommet de la perspicacité, l’activité intellectuelle la plus intense, l’esprit le plus aiguisé et le plus rapide qu’[il] ait rencontré. C’était comme un miracle. Dans presque toutes les conversations, ses mots étaient comme de grands rayons de soleil traversant le brouillard ».

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Plusieurs semaines plus tard, le 1er décembre 1951, il écrivit la chose suivante dans une note pour un cours sur la nature du prophète : « À quoi ressemble un prophète ? De toutes les personnes que j’ai connues, Wittgenstein est celle qui se rapproche le plus d’un prophète. C’est un homme qui ressemble à une tour, qui se tient haut et détaché, et ne s’appuie sur personne. Il a sa propre assise. Il n’a peur de personne. “Rien ne peut m’atteindre !” Mais les autres ont peur de lui. Et pourquoi ? Pas du tout parce qu’il peut les frapper ou prendre leur argent ou salir leur nom. Ils ont peur de son jugement. Et ainsi ai-je eu peur de Wittgenstein, je me suis senti responsable devant lui. J’ai toujours su à quel point une promenade ou une discussion avec lui était précieuse, et pourtant je craignais sa venue et d’être avec lui. J’avais peur aussi de devoir lui donner une description de mes Conférences John Locke, pourquoi j’avais consenti à les faire – puisque lui avait refusé – et ce que j’allais dire. J’ai respiré quand il est parti en Norvège, et plus tard quand il est parti à Cambridge. Il était mon juge pour tout ce que je pouvais dire, et je me sentais responsable devant lui. Je ne pouvais hausser les épaules à ce qu’il disait et répondre : “Je m’en moque !” Quand il s’en allait, je me sentais libre.

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« Je ne crois pas m’être jamais senti dans un tel état avec quelqu’un d’autre. Bien sûr, j’avais peur de lui, mais, en même temps, je réalisais que tous les espoirs que j’avais dans mon travail étaient investis en lui. Je chérissais ses mots comme des joyaux. Et maintenant encore. Mais le point essentiel est qu’il m’a dépouillé du confort paresseux de ma propre médiocrité. Il n’y avait personne à qui je devais tant, personne que j’écoutais comme je l’écoutais, personne dont j’aie eu peur, personne qui soit si clairement mon juge légitime, mon supérieur. En la présence d’autres personnes, ou à les écouter, je n’ai rien reconnu de semblable. Là, je suis le juge. Mais dans le cas de Wittgenstein, c’est presque – c’est devenu – un soulagement de voir qu’il faisait des erreurs.

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« En tout cas, la relation que j’ai eue avec Wittgenstein m’a donné une idée de ce qu’était le pouvoir du prophète sur son peuple. “Ainsi a dit le Seigneur” témoigne de cette manière de vivre par-delà toute peur et toute flatterie, craint et libre de toute crainte, juge et conscience. Ainsi a dit le Seigneur !

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« C’est une chose affreuse de travailler sous le regard et le questionnement d’yeux si perçants, et face à un tel discernement qui distingue l’or de la pacotille ! Et à quelqu’un qui n’hésite pas à dire : “C’est de la pacotille !” »

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Débutant cette année-là, les carnets de Bouwsma commencent à prendre cette forme qui est familière à beaucoup de ses étudiants et collègues. Elle consiste en de longues notes patientes où il essaie de travailler pour lui-même les idées et techniques de Wittgenstein. Elles sont, le plus souvent, des préparations ou des réponses destinées aux étudiants suivant ses séminaires, des lectures des Recherches philosophiques de Wittgenstein ou bien d’autres œuvres de philosophie, ou encore des comptes rendus de discussion avec des amis et des collègues. Les Recherches philosophiques furent publiées au printemps 1953 et constituèrent la nourriture de Bouwsma jusqu’à sa mort en 1978. Il revient sans cesse aux thèmes des Recherches philosophiques, les exprimant dans ses propres termes avec de nouveaux exemples et de nouvelles applications. Il est presque impossible de compter combien de fois dans les carnets il reprend, sous une forme ou sous une autre, la question : qu’est-ce que le sens d’un mot ? ou combien de fois il considère l’idée erronée selon laquelle la signification d’un mot est l’objet dont il est le représentant.

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Bouwsma avait toujours pratiqué l’écriture et exploré les idées pour lui-même, mais une nouvelle direction et de nouvelles manières de travailler en philosophie apparurent, de façon particulièrement spectaculaire, ici en 1951, comme résultat de l’influence de Wittgenstein. Dix ans plus tard, dans une autre lettre à Kenneth Johnson, Bouwsma remarque : « Il y a une chose dont je suis sûr, c’est qu’on ne comprend pas Wittgenstein avant d’être capable, non pas de répéter ce qu’il dit, mais de travailler avec ses idées. Ce qui requiert un long entraînement. » Ce fut dans ses carnets que Bouwsma acquit sa compréhension de Wittgenstein.

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Les habitudes de travail de Bouwsma, évidentes dans ses carnets, indiquent le grand changement qu’il vécut à la suite de ses rencontres avec Wittgenstein : « C’était durant l’été 1939 que je suis pour la première fois tombé, pendant une visite chez les Lazerowitz en Nouvelle Angleterre, sur quelques notes de Wittgenstein prises par des étudiants. Le Tractatus, dont vous avez sûrement en tendu parler, était beaucoup plus ancien et ne m’a jamais fait une grande impression. J’avais entendu parler de Wittgenstein, bien sûr, mais plus particulièrement à travers ces deux anciens étudiants dont je suis sûr que je vous ai déjà parlé – Malcolm et Lazerowitz. Eh bien, ces notes, qui circulaient en contrebande, et contre la volonté de Wittgenstein, je les ai étudiées, et elles m’ont fait une impression puissante. J’étais prêt pour les conceptions révolutionnaires que j’y ai trouvées. Travaillant comme je l’avais fait avec mes maigres ressources et avec Moore, j’en étais venu à un point mort. J’étais en friche aussi, et Wittgenstein est tombé sur moi comme une graine. Pendant dix ans, j’ai bêché, creusé, arrosé autant que j’ai pu, travaillant les pistes que j’avais trouvées dans ces notes. »

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Si ces notes de contrebande jouèrent un rôle important dans ce changement, ce furent les rencontres effectives avec Wittgenstein qui eurent sur Bouwsma l’effet le plus important. Lors de telles rencontres personnelles, il apprit à « craindre son jugement », à « chérir ses mots », et réalisa que, lui, Bouwsma, fut « dépouillé peu à peu de son confort paresseux ». C’est utiliser des mots forts pour une relation entre deux personnes.

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Le lecteur de ces notes pourra bien demander : qu’y avait-il chez Wittgenstein, tel qu’il se reflète dans ces conversations, qui l’ait rendu aussi impressionnant aux yeux de Bouwsma ? Les Conversations contiennent relativement peu de discussions sur les thèmes fondamentaux des Recherches philosophiques. La discussion porte seulement deux ou trois fois sur le fait que la signification d’un mot est son usage, et l’idée n’est alors pas entièrement traitée. Et le lecteur n’a pas non plus l’impression que Wittgenstein présentait sa philosophie à Bouwsma ou qu’il essayait d’apprendre à Bouwsma ce qu’il faisait. Ce n’était donc pas une nouvelle doctrine ou philosophie qui impressionnait Bouwsma. C’était autre chose. Qu’était-ce donc ?

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Les Conversations commencent par une description de Wittgenstein – les premières impressions de Bouwsma. Bouwsma va chercher en voiture à la gare Malcolm et Wittgenstein, qui arrivent de New York. Il raconte que Wittgenstein a des manières aisées et amicales. Bouwsma en semble soulagé, puisque le bruit courait que Wittgenstein pouvait être difficile. Lors de la première discussion, Bouwsma découvre qu’il y a « chez lui une intensité et une impatience qui suffiraient certainement à en effrayer plus d’un ». Il remarque ensuite qu’il doute que Wittgenstein puisse aisément supporter les conversations creuses et les propos inintelligibles. Bouwsma s’arme alors de courage pour subir les minutieux examens de Wittgenstein car il croit qu’il y a beaucoup à apprendre et à gagner en se soumettant aux durs jugements de Wittgenstein. C’est l’intensité de Wittgenstein et ses jugements sévères qui apparaissent immédiatement dans ces premières impressions et à travers les Conversations. L’esprit de Wittgenstein travaille en permanence et avec vigueur – même dans les petites choses. À Bouwsma qui remarque qu’il est un bon marcheur, il répond qu’il n’est pas un bon marcheur du tout. Mais ce n’est pas qu’il essaie délibérément d’être difficile ; simplement il prend au sérieux les phrases légères de Bouwsma. Quand les Bouwsma sont invités chez les Malcolm pour prendre le thé, Malcolm, Bouwsma et Wittgenstein sont séparés des non-philosophes dans la maison parce que Wittgenstein ne supportait pas le bavardage social. Et quand ils discutent de philosophie, où l’énergie mentale demandée est tellement plus grande, l’intensité de Wittgenstein est impressionnante.

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Cette intensité en philosophie prend de nombreuses formes. Le lecteur peut la voir dans la rapidité avec laquelle Wittgenstein répond aux sujets suggérés par Bouwsma et dans la manière dont cette première réponse pénètre si souvent le cœur de la question. Quand Bouwsma propose, par exemple, qu’ils discutent de l’hédonisme, en particulier de l’idée que nous faisons tout pour le plaisir, Wittgenstein remarque immédiatement : « De toute évidence, ce n’est pas une remarque empirique. » Il continue en développant cette idée. Mais c’est une manière de joyau doué d’une grande valeur philosophique. Il montre en un éclair que l’énoncé central de l’hédonisme est une généralisation à travers laquelle on voit toute l’action humaine, sans admettre de contre-exemple. Il nous rappelle à quel point nous sommes facilement induits en erreur par les énoncés généraux et nous invite à nous rappeler comment les mots « besoin » et « plaisir » sont utilisés et reliés l’un à l’autre. Il y a plus, mais tout cela est l’élaboration d’une première remarque rapidement donnée en réponse à une certaine idée.

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L’intensité et l’impatience de Wittgenstein sont révélées dans le jugement qu’il porte sur les autres. Certains des jugements plus personnels, en particulier sur des personnes encore vivantes, ont été retranchés du texte par les éditeurs, mais ceux qui concernent d’autres philosophes et d’autres idées demeurent, et montrent la sévérité qui conduisit les gens à le craindre. […]

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Mais ces discussions ne montrent pas l’image d’un homme qui tiendrait ces propos par vanité. Wittgenstein n’a pas pour but de réduire la taille des autres pour pouvoir les dominer de la sienne. Il est sévère aussi avec lui-même. Il se plaint de sa propre stupidité et présente ses excuses quand il ne parvient pas à donner des exemples. Malcolm raconte que Wittgenstein éprouvait la même inquiétude pour lui-même que pour Russell et Whitehead – s’arrêter de penser et mourir mentalement. Ce n’est pas la même chose qu’avoir peur de devenir sénile. C’est être inquiet de perdre son intensité, son désir passionné d’aller jusqu’au bout, pour donner au problème philosophique l’attention qu’il requiert et mérite. Ses jugements n’étaient pas ceux d’un esprit mesquin mais reflétaient une intelligence aiguë et énergique. Et cela n’était pas seulement impressionnant pour Bouwsma, qui, aux yeux de ceux qui le connaissaient, savait également juger ; mais c’était aussi, pour lui, l’occasion de mettre à l’épreuve son propre désir d’apprendre. En se soumettant aux jugements de Wittgenstein, il reconnaissait leur force et leur clarté et montrait à la fois son propre désir de travailler en philosophie avec la même clarté et la même attention.

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L’intensité, le dédain pour les conversations légères et la capacité à juger sont, bien sûr, chez Wittgenstein, étroitement liés et inséparables les uns des autres, ainsi que d’autres traits et aspects de son caractère. Cette intensité se manifeste dans la rapidité de ses réponses et dans sa capacité critique, mais aussi dans le caractère pénétrant de ses analogies et de ses images. […]

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Souvent le but de l’image est de montrer la façon dont une personne voit un sujet particulier. En relation avec leur discussion sur le cogito de Descartes, par exemple, l’image est celle d’un projecteur de cinéma. Le passé est sur la bobine arrière et le futur sur la bobine avant, mais où est le présent ? C’est seulement le photogramme qui est devant la lumière. Cette image illustre comment Descartes pensait le soi et ce qu’on pouvait en connaître. Ce n’est pas que Descartes ait pensé en ces termes : la métaphore est plutôt une manière de visualiser le cogito de Descartes et d’illustrer sa confusion grammaticale. Elle présente aussi une partie du problème essentiel posé par le cogito. On peut voir maintenant quelle difficulté il y a à parler d’un soi – d’un je – qui existerait seulement dans l’unique photogramme actuellement présent devant la lampe.

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L’image de Wittgenstein nous permet de voir comment les phrases de Descartes sont nées et quelle source de sens elles semblaient avoir. Elle suggère aussi de nouveaux ensembles de questions, de confusions et d’observations. Nous ne devrions pas ignorer non plus le simple fait suivant : la capacité à visualiser des idées aussi abstraites d’une manière aussi vive est impressionnante pour qui apprend. La bonne analogie ou la bonne image dans l’esprit d’une personne qui essaie de comprendre est comme une lumière traversant l’obscurité ou comme un réconfort dans la détresse. C’est une impression qui dure. Quelqu’un qui a travaillé dur pour obtenir une telle perception claire d’un problème philosophique est suffisamment impressionné par celui qui est capable de produire de telles images. Et avec Wittgenstein, elles étaient abondantes.

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Il y a dans ces images un élément de surprise, un tour inattendu qui réoriente la manière de penser. Elles rendent soudainement les choses claires ; elles ouvrent la pensée d’autrui d’une manière stupéfiante. On a l’impression que celui qui produit ces images est quelqu’un de très particulier. Ce sentiment que Wittgenstein était très particulier et différent des autres transparaît dans nombre de ses réponses aux remarques de Bouwsma et aux choses qui le frappent autour d’eux. Les associations, les opinions formées, les questions, les observations, tout révèle un penseur exceptionnellement cultivé et qui obéit à sa propre discipline – quelqu’un qui commande l’attention et capte l’intérêt. […]

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Un grand nombre de discussions portaient sur [des thèmes religieux et éthiques], et ce n’était pas toujours Bouwsma qui les introduisait. Elles révèlent un autre aspect de Wittgenstein, un aspect entrevu dans les carnets de 1914-1916 et dans d’autres conversations racontées par Drury et Malcolm. Si on ne lit que les Recherches philosophiques et le Tractatus, on peut ne pas s’attendre à cet intérêt et à cette sensibilité pour la religion chez Witt gen stein. Ce ne sont pas des conversations qu’on pourrait considérer comme typiques d’un « philosophe analytique ». Dans une de ses lettres, Russell a exprimé sa stupéfaction devant l’admiration de Wittgenstein pour Kierkegaard et Dostoïevski et devant son mysticisme. Il écrit à Lady Ottoline Morrell : « J’avais senti dans son livre un parfum de mysticisme, mais j’ai été stupéfait quand j’ai découvert qu’il est devenu complètement mystique. Il lit des gens comme Kierkegaard et Angelus Silesius, et il envisage sérieusement de devenir moine. [4][4] Ludwig Wittgenstein, Letters to Russell, Keynes and... » Peut-être Russell, ayant connu Wittgenstein personnellement, devait-il s’y attendre, mais, pour de nombreux lecteurs, cet aspect de Wittgenstein est une surprise. Que Bouwsma ait été ou non surpris, on ne peut le dire, mais qu’il ait apprécié et ait pris un grand intérêt à ces remarques de Wittgenstein, cela ne fait pas de doute.

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Le travail de Wittgenstein dans les Recherches philosophiques ne présente pas un système philosophique ni une théorie dont on puisse dériver des réponses cohérentes à toutes les questions et à partir de laquelle on pourrait expliquer tous les phénomènes. On y trouve plutôt reflété un constant combat et une constante appréciation de la capa cité du langage à plonger dans la confusion et à induire en erreur. Wittgenstein a à la fois enseigné et pratiqué une vigilance constante à cet égard, comme ces conversations le montrent. Quand on cherche pourquoi Wittgenstein pouvait paraître si différent et si impressionnant aux yeux de Bouwsma, c’est sous cet éclairage qu’on doit regarder leurs discussions. Wittgenstein n’enseignait pas à Bouwsma sa théorie du langage ni sa « philosophie ». Ce n’est pas comme si Bouwsma essayait de prendre en note la théorie ou de comprendre les principes de la philosophie linguistique, essayant un aspect puis un autre, voyant si Wittgenstein le corrigerait ou affirmerait qu’il avait bien compris. Wittgenstein affrontait tous les sujets dès qu’ils étaient introduits et toutes les idées qui surgissaient. Il pouvait se lancer rapidement, et ses réponses reflétaient souvent un travail préalable important, mais, tout en parlant, il poursuivait le travail. Encore une fois, la manière qu’il avait d’inventer des images, les tours surprenants que prenait sa pensée et l’obstination avec laquelle il revenait aux problèmes, tout cela manifeste un corps à corps avec les idées plutôt que la production de réponses toutes faites appartenant au système d’une certaine théorie du langage présupposée. […]

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Certes, on pourrait dire que Wittgenstein connaissait déjà les chemins qu’il voulait prendre pour répondre à cette question, mais Bouwsma percevait sa perplexité et le combat qu’il menait, et le lecteur peut les percevoir dans son récit. […]

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Le combat continuel de Wittgenstein avec les problèmes, la manière qu’il avait de trouver son chemin à mesure qu’il avançait n’ont pas eu pour effet d’apprendre à Bouwsma certaines idées. Cela lui a plutôt servi d’inspiration – de modèle pour une chose qu’il admirait déjà et pour laquelle il avait déjà la bonne disposition philosophique. Bouwsma ne recherchait pas une philosophie de la vie ; il en avait déjà un équivalent dans le christianisme. Et il ne cherchait pas non plus une théorie du langage. Il recherchait une manière de travailler en philosophie qui refléterait sa foi perdue dans la métaphysique, son désir de clarté, et son désir d’éviter les pièges. Quelque chose de cette aspiration transparaît dans cette remarque sur Moore du carnet de 1941 : « Comme Moïse, Moore nous a conduit à la terre promise, l’a aperçue, mais n’en a jamais joui. » Moore lui-même n’apportait à Bouwsma aucun soulagement, aucune nourriture, aucune direction de travail. C’étaient deux âmes errantes. Comme Wittgenstein a dû lui paraître alors impressionnant ! « Une nouvelle méthode est apparue », nota Bouwsma ; c’était exprimer l’espoir de trouver enfin ce soulagement, cette nourriture, et cette direction nouvelle. Ses essais sur Moore montrent son admiration pour sa clarté et son bon sens. Il en vint à préférer le travail sur les détails et les phrases parti culières plutôt que sur les généralités des systèmes.

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Dans son carnet de 1940, Bouwsma écrit : « Avant, j’étudiais les livres, maintenant j’étudie les phrases. » Dans la compagnie de Wittgenstein, il a sûrement dû être inspiré par quelqu’un qui non seulement partageait certaines de ces affinités mais en était venu à comprendre quelque chose des milliers de fausses voies que la philosophie avait pu prendre. Encore une fois, ces notes ne montrent pas Wittgenstein en train d’enseigner tout cela à Bouwsma. Mais on peut voir, comme Bouwsma l’a fait, les habitudes de pensée de l’aîné comme la source d’une puissante inspiration : sa clarté, son attention pour les détails et les exemples, sa passion pour la philosophie, sa répugnance pour la facilité dans la recherche de solutions ou pour l’acceptation des positions conventionnelles, sa capacité à juger, sa rapidité et son honnêteté. Ces attitudes ont inspiré des habitudes de pensée semblables chez Bouwsma.

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Bien sûr, Bouwsma était un sol fertile, et les racines étaient déjà là pour nombre de ces habitudes de pensée. Les dix années durant lesquelles Bouwsma a travaillé certaines pistes qui l’intéressaient dans le Cahier bleu et le travail persévérant sur les Recherches philosophiques qu’il a mené ensuite dans les années qui ont immédiatement suivi ses discussions avec Wittgenstein furent un élément essentiel de ce changement et, ensuite, de la maturation de ces habitudes de pensée. Mais c’est la rencontre avec Wittgenstein qui marque le moment décisif de ce changement. Le lecteur des Conversations trouvera donc non seulement une histoire de l’impressionnante présence de Wittgenstein, mais aussi l’histoire d’une partie essentielle du développement philosophique de Bouwsma. Les Conversations ne sont en aucune façon une description complète de l’un ou l’autre, mais elles sont une source inappréciable pour qui s’intéresse à l’une de ces deux personnalités. […]

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Bouwsma avait fait dactylographier ces notes et leur avait donné le titre de « Notes sur Wittgenstein » mais, malgré tout l’intérêt qu’elles avaient suscité chez certains, il ne les avait jamais publiées. À l’occasion, il les donnait à un ami qui pouvait tirer profit de leur lecture. Quand il les montrait à quelqu’un, il faisait clairement comprendre, semble-t-il, qu’il ne voulait pas qu’elles circulent ou qu’elles soient publiées. Néanmoins, on fit des copies et elles circulèrent bien plus largement que Bouwsma s’en rendit jamais compte. Ses raisons pour refuser leur publication n’étaient pas tout à fait claires ; et on ne savait pas clairement non plus s’il s’opposerait ou non à une publication ultérieure. Certainement une partie de sa réticence, mais pas toute, tenait au fait que quelques-unes des remarques de Wittgenstein sur certains de ses amis et de ses connaissances étaient dures. Certaines de ces personnes sont philosophes de profession et connues comme tels, et certaines vivent encore. À cause de cela, et parce que ces remarques, considérées hors contexte, seraient très probablement mal comprises, nous les avons enlevées du texte. Effacer de telles remarques ne les dissimule pas entièrement. Le lecteur, rencontrant la sévérité du jugement de Wittgenstein sur Russell, par exemple, est susceptible de remplir de lui-même le contenu des remarques effacées.

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Peut-être Bouwsma résistait-il à l’idée de donner à ces notes une plus grande audience parce qu’elles n’étaient pas écrites pour être publiées. Il les écrivit d’abord pour son propre usage. Il voulait garder un compte rendu de ce qui fut dit et de ce qui arriva. Mais ces notes ne sont pas seulement un journal ou un carnet de route. Elles sont la tentative faite par Bouwsma pour comprendre ce que Wittgenstein disait et pour repenser par lui-même son discours. Le lecteur observera que Bouwsma n’op pose pas d’arguments aux idées de Wittgenstein, ni ne les critique. Il essaie plutôt de rapporter de longues discussions, plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard. Cela implique une capacité non seulement à se souvenir des paroles de Wittgenstein mais aussi à reconstruire le flux de sa pensée dans son propre esprit. Bouwsma, comme nous le disions plus haut, avait une disposition d’esprit semblable sur nombre des sujets abordés. Sti mulé par Wittgenstein, il se rappelle ses pensées et les finit même pour lui-même. Après avoir reçu de Bouwsma les Conversations, Yorick Smythies répondit que l’harmonie entre Bouwsma et Wittgenstein était remarquable. Il nota que l’absence de guillemets autour des remarques de Wittgenstein reflétait l’émergence d’une personnalité Bouwsma-Wittgenstein. Parfois le lecteur ne peut pas dire qui parle. Nous avons à l’occasion ajouté des guillemets, quand la clarté l’exigeait absolument. Mais nous avons préservé ce caractère des discussions prises en notes qui avait tant frappé Smythies.

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Le lecteur doit aussi être conscient que les entrées datées ne correspondent pas nécessairement à une seule discussion. Bouwsma, en écrivant les conversations après coup, semble dans certaines entrées avoir pris en note plus d’une discussion ou plus que les événements d’une seule journée. La dernière entrée est datée du 16 janvier 1951 et parle d’événements et de remarques qui semblent beaucoup plus proches de l’époque de la mort de Wittgenstein en avril. Une des entrées, le 17 août 1950, était située dans le manuscrit entre le 1er octobre 1950 et le 28 novembre 1950. Nous n’avons aucune explication et l’avons simplement réinsérée dans l’ordre séquentiel correct. […]

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Parmi les gens auxquels Bouwsma a montré les Conversations, il y eut le neveu de Wittgenstein, Thomas Ston borough, que Bouwsma avait rencontré durant une visite à Vienne. Stonborough apprécia beaucoup le manuscrit et l’approuva, et, venant de le recevoir en 1965, il écrivit en réponse : « Ce matin, votre paquet est arrivé, avec vos notes sur la visite que vous a faite oncle Ludwig. Je les ai lues d’une traite cet après-midi et les ai trouvées vraiment très bonnes. En fait, c’est la meilleure chose écrite à son propos que je connaisse. La raison en est que vous vous êtes, de temps à autre, posé des questions personnelles à son sujet, et donné pour tâche d’y répondre. D’après ma mémoire et mon expérience, vous y avez correctement répondu, pour autant qu’on peut jamais saisir avec des mots les motifs de l’âme. Aussi bien dans l’exemple de son antipathie pour les seconds Russell et Whitehead que dans sa perspective sur l’enseignement de la philosophie. Une très bonne description de la rapidité avec laquelle il répondait aux questions et de l’étendue des analogies et des images qu’il avait à sa disposition. »

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Les idées de Stonborough quant à ce qui est le plus important dans les notes correspond bien à notre sentiment. La lettre reconnaît que Bouwsma avait saisi quelque chose de Wittgenstein tel qu’il était en réalité et l’avait présenté de la manière positive qu’il méritait. Stonborough demanda ensuite si Bouwsma avait une idée de la raison pour laquelle il avait été si gentil avec lui. Sans répondre à la question, Stonborough dit qu’il pensait savoir pourquoi, mais voulait voir si Bouwsma était parvenu à la même conclusion. Nous n’avons pas conservé de trace de la réponse que l’un ou l’autre a pu donner à cette question, mais quiconque a passé du temps en la compagnie de Bouwsma pourrait donner une réponse. En Bouwsma, Wittgenstein voyait un philosophe profond, sérieux et sans prétention.

Notes

[1]

The philosophy of G. E. Moore, P. A. Schilpp dir., La Salle, Illinois, Open Court, 1942. Organisé comme chacun des volumes de cette célèbre collection, il contient une autobiographie de Moore et une série d’essais sur sa philosophie suivis des réponses du philosophe. [ Toutes les notes sont de la traductrice.]

[2]

Gottlob Frege, Écrits logiques et philosophiques, traduction et introduction

de Claude Imbert, Seuil, 1971.

[3]

Ludwig Wittgenstein : A Memoir, Oxford University Press, 1984, seconde édition, p. 70. Traduction française par Guy Durand dans Ludwig Wittgenstein , Le Cahier bleu et le Cahier brun, Gallimard, 1965.

[4]

Ludwig Wittgenstein, Letters to Russell, Keynes and Moore, Blackwell,

Oxford, p. 82.

Pour citer ce chapitre

Craft J. L., Hustwit E. Ronald, Traduit de l'anglais parRaïd Layla, « Introduction des éditeurs américains », Conversations avec Wittgenstein (1949-1951), Marseille, Agone, « Banc d’essais », 2001, p. 9-28.

URL : http://www.cairn.info/conversations-avec-wittgenstein--2910846636-page-9.htm


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