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AuteursJean-François Giret
Les constats dressés dans la partie 2 méritent d’être discutés et expliqués. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de correspondance entre les formations et les emplois ? Peut-on parler de faille (ou de faillite) d’un modèle adéquationniste ? L’inadéquation n’est-elle d’ailleurs qu’apparente ?
2 Jean Vincens répond à ces questions, à partir d’une réflexion théorique sur la notion d’adéquation, souvent considérée comme un objectif de la politique publique de l’éducation et de l’emploi. L’économiste remet ainsi en cause le postulat selon lequel une bonne correspondance entre formations initiales et emplois correspondrait à un optimum dans l’allocation des ressources vers lequel mènerait une conduite rationnelle des agents (jeunes et employeurs). Pour qu’il en soit ainsi, une série d’hypothèses doivent être vérifiées : en particulier, les qualités productives d’un individu dans un emploi doivent être essentiellement liées à la formation initiale et les employeurs doivent recruter sur des emplois dont les compétences requises sont très proches de ces qualités productives.
3 Certains discours patronaux réclament souvent un meilleur ajustement des formations sur les emplois existants. Mais les pratiques de recrutement, d’affectation de la main-d’œuvre sur les postes et de rémunération sont-elles en accord avec cela ? Comment les divers emplois sont-ils attribués ? Jusqu’où apparaissent des préférences, voire des barrières, liées au diplôme ? En privilégiant une approche par familles d’emploi, les deux premières contributions illustrent la façon dont sont pourvus les emplois dans divers domaines professionnels.
4 La contribution d’Olivier Chardon propose un panorama de l’embauche dans les différentes professions en fonction de la place qu’elles réservent aux jeunes et à leurs spécialités de formation. Différents critères caractérisant les recrutements ou les titulaires des emplois lui permettent d’identifier six groupes de familles professionnelles alimentées de manière plus ou moins spécifique par certaines spécialités de formation, avec des recrutements plus ou moins durables et plus ou moins ouverts aux jeunes. Comme le laissait prévoir l’approche théorique de Jean Vincens, les métiers où la correspondance formation-emploi est la règle regroupent une minorité d’emplois. Dans plusieurs domaines, l’ancienneté ou l’expérience professionnelle acquise après la formation initiale semblent d’ailleurs primer sur la spécialité de formation initiale dans les recrutements.
5 Prenant davantage en compte l’articulation entre niveaux et spécialités, la contribution de Thomas Couppié et Alberto Lopez examine la relation formation-emploi dans un champ plus limité : celui des emplois tertiaires de niveau « employé ». On y trouve des régimes d’alimentation des postes et de rémunération de la formation très contrastés avec des tendances très variables selon les emplois. Dans certains domaines professionnels comme le tertiaires administratif, les « embauches surdiplômées » deviennent de plus en plus la règle. Dans d’autres, au contraire, se concentrent les moins diplômés. Dans certains domaines, on recrute suivant une logique de « métier » (marché professionnel), la spécialité de formation joue alors un rôle primordial. Tandis que dans d’autres, les formations des employés sont assez disparates.
6 Les contributions qui suivent s’interrogent sur d’autres facteurs explicatifs de cette inadéquation. En mobilisant les enquêtes d’insertion du Céreq, elles montrent comment des parcours différenciés en amont de la formation, durant la formation puis sur le marché du travail orientent progressivement les jeunes vers des emplois qui correspondent plus ou moins à leur formation.
7 Frédéric Laine s’interroge sur les caractéristiques individuelles autres que la formation, qui influencent les choix professionnels des jeunes à leur sortie sur le marché du travail. En se limitant à quatre domaines professionnels, il analyse en outre comment les origines sociales ou géographiques ainsi que les expériences de travail en cours d’études influencent l’entrée des jeunes dans des emplois auxquels leur formation ne les prédestinait pas.
8 Les trajectoires dans le système éducatif apparaissent de plus en plus complexes, avec des passages entre filières professionnelles et filières générales. Arnaud Dupray et Isabelle Recotillet analysent cette hétérogénéité des parcours scolaires et tentent d’en repérer quelques incidences sur l’insertion professionnelle. Ainsi, pour les jeunes sortants du premier cycle de l’enseignement supérieur (BTS, DUT, DEUG), ils identifient plus de vingt types de parcours scolaires différents dont certains comportent des passages entre voie générale et voie professionnelle peu conformes au regard des cursus classiques. Le devenir professionnel de ces jeunes ayant suivi ces cursus « atypiques » est alors comparé à celui des jeunes plus « classiques » sortant avec le même diplôme, notamment sous l’angle de la correspondance emploi-formation.
9 La contribution de Mireille Bruyère, Jean-Michel Espinasse et Bernard Fourcade analyse les cheminements de jeunes issus de mêmes formations. À travers une typologie des trajectoires, on voit comment ces individus s’orientent sur le marché du travail vers des domaines professionnels plus ou moins éloignés de leur formation sans que leur stabilité professionnelle en soit affectée. Durant leurs trois premières années actives, les carrières professionnelles où formation initiale et domaines professionnels correspondent sont largement minoritaires en dessous du baccalauréat. Les auteurs défendent la thèse selon laquelle un processus de construction de compétences et de spécialisation s’enracine dans les premières expériences professionnelles.
À partir d’un travail plus qualitatif basé sur des entretiens, Armel Testenoire et Danièle Trancart posent le problème du rapport au métier pour les jeunes filles sorties de formation au niveau CAP-BEP. Elle montre comment ce rapport va évoluer à la fin de leurs études et au cours de leurs premières années de vie active et comment il va, in fine, conduire les jeunes filles à occuper des emplois plus ou moins éloignés de leur formation.
Enfin, la contribution de Mireille Bruyère et Philippe Lemistre s’interroge sur la rentabilité individuelle et notamment salariale de l’adéquation. Cet avantage salarial apparaît en général bien faible (inférieur à 5 %) même s’il a tendance à croître avec le niveau de diplôme.
POUR CITER CET ARTICLE
« Introduction », in Des formations pour quels emplois ?, La Découverte, 2005, p. 143-147.
URL : www.cairn.info/des-formations-pour-quels-emplois--9782707146939-page-143.htm.





