Pédagogies en développement 2006
Être enseignant
2006
456 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782804150471
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AuteursBenoît Raucent du même auteur

Ingénieur civil mécanicien de l’Université catholique de Louvain et docteur en Sciences appliquées de la même université, il est actuellement professeur dans le département de mécanique de l’UCL où il enseigne la conception des machines.
Il s’intéresse particulièrement à l’apprentissage par projet. De 1998 à 2000, il participe activement à la construction du nouveau programme dénommé Candis 2000. Depuis 2000, il coordonne le premier semestre de ce nouveau programme.

Cécile Vander Borght du même auteur

Docteur en sciences, elle est prorectrice à la formation et à l’enseignement à l’Université catholique de Louvain (UCL). Elle est professeur ordinaire au département de biologie. Elle est responsable du Laboratoire de pédagogie des sciences. Ses recherches et ses enseignements portent sur la didactique des sciences et la formation des enseignants.
Elle s’intéresse particulièrement à la mise en place, au suivi et à l’évaluation de pratiques pédagogiques faisant largement appel aux pédagogies actives.

...

1 - Une réforme est un questionnement permanent


Les réformes de programme sont des entreprises auxquelles les écoles et universités se livrent régulièrement dans le but très louable d’améliorer la formation de leurs étudiants.

2 C’est ainsi que la Faculté des Sciences Appliquées (FSA) de l’Université catholique de Louvain (UCL) réalise des réformes de programme tous les six ans environ. Habituellement, ces réformes visent à remplacer des matières jugées obsolètes par de nouvelles et à déplacer des contenus entre semestres pour assurer une meilleure cohérence des programmes. Les objectifs généraux des programmes sont rarement modifiés de manière fondamentale.

3 La réforme entamée en 1998 se distingue des précédentes. En effet, elle est issue d’une réflexion de fond sur les objectifs de la formation des étudiants ingénieurs et sur les méthodes pédagogiques à mettre en place. Ce travail a débouché sur un nouveau programme pour les deux premières années d’étude (candidatures) : « Candis 2000 » a débuté, comme son nom l’indique, à la rentrée de septembre 2000. La FSA a opté pour une approche basée sur l’apprentissage actif dont les trois axes principaux sont les suivants : apprendre à partir de situations-problèmes, apprendre en s’aidant du groupe et apprendre avec l’aide d’un tuteur.

Pourquoi changer : quel nouveau paradigme pour la formation ?
Qu’est-ce qui a changé : quels dispositifs ont été mis en place ?
Qu’est-ce qui a changé : quelles approches ont été mises en œuvre ? Comment former les étudiants et les enseignants à leur nouveau métier ?
Quelle efficacité espérer de ce changement : APP (Apprentissage Par Projet) efficace ou perte de temps ?

4 Voilà bien des questions omniprésentes durant toute la phase de préparation de Candis 2000.

5 Après quatre ans de fonctionnement, ces questions sont toujours d’actualité. Leur pertinence est renforcée par le « processus de Bologne », qui nous amène à proposer une réforme supplémentaire basée sur un nouveau découpage entre années. Enfin, nous sommes certains que tous les enseignants universitaires ou de grandes écoles se sont posés ou vont se poser ce type de questions face à l’évolution de la société actuelle et de ses attentes envers l’enseignement supérieur.

6 Le présent ouvrage a pour but de rendre compte de ce questionnement et de proposer des pistes pour entamer une réflexion en profondeur sur les choix pédagogiques à développer.

7 Notre souhait n’est pas de démontrer la pertinence des choix réalisés à l’UCL et encore moins de donner les trucs et astuces pour réussir une réforme. Notre objectif est, plus modestement, de recueillir les témoignages des acteurs de notre réforme et de tenter de faire ressortir quelques éléments qui, nous l’espérons, aideront nos collègues à réfléchir aux approches pédagogiques qu’ils mènent ou souhaitent mener.

8 Nous visons donc en priorité un public d’enseignants de l’enseignement supérieur, principalement dans le domaine des sciences ou des sciences appliquées, non-spécialistes en pédagogie mais désireux de réfléchir et/ou de mettre en place une pédagogie plus active. Il peut s’agir du directeur des études, des membres des organes de décision d’une faculté ou des enseignants eux-mêmes.

9 Pour répondre aux attentes de ce large public, nous avons choisi de structurer l’ouvrage autour des cinq questions posées ci-dessus et d’y ajouter deux questions qui nous sont apparues pertinentes après quatre années d’expérience :

Comment évaluer les acquis des étudiants : Former ? Certifier ?
Le changement pédagogique est-il possible et durable : Ça passe ou ça casse ?

2 - Des questions pour répondre au questionnement

10 L’ouvrage propose sept chapitres articulés autour de ces sept questions. L’ordre dans lequel ces questions sont traitées n’est pas anodin. Le lecteur trouvera cependant son chemin de lecture en fonction de ses propres interrogations. Un directeur d’étude pourrait être plus intéressé par la formation des enseignants ; les membres des organes de décision, par le bilan ; les enseignants, par la construction de dispositifs…

11 Chaque chapitre est décomposé en sections construites à partir de sous-questions. Par exemple, pour la question principale « Pourquoi changer : quel nouveau paradigme pour la formation ? », nous proposons une série de sous-questions :

Quel parti pris pour la formation : Centré sur l’apprentissage ? Sur l’enseignement ?
Être étudiant : Réussir ? Apprendre ?
Être enseignant : Magister ? Metteur en scène ?

3 - Le point de départ : des situations

12 Chaque section débute par une situation concrète, parfois caricaturale, parfois provocante, provenant de la pratique à la Faculté des Sciences Appliquées (FSA) de l’Université catholique de Louvain (UCL). Par exemple, la section « Être étudiant : Réussir ? Apprendre ? » est introduite par la situation suivante :

13

Deuxième semaine du sixième trimestre, les étudiants, en colère, contactent le coordonnateur de trimestre : Nous sommes surchargés, nous sommes seulement à la deuxième semaine du trimestre et déjà, même en nous répartissant le travail, nous savons que nous n’y arriverons pas. « Bluff » d’étudiant ? Erreur de préparation des enseignants ? Défaut structurel de l’apprentissage actif ? Une réunion de bilan de tous les enseignants du trimestre est organisée.
Chaque situation est suivie d’un bref résumé introduisant la section.

4 - Des points de vue variés

14 Chaque situation met l’accent sur un dilemme face auquel les acteurs (enseignants, étudiants et conseillers pédagogiques) doivent prendre position. Concrètement, nous avons demandé à certains d’entre eux de présenter leur point de vue de façon tranchée. Par exemple, pour la situation proposée, nous avons posé deux questions :

À Vincent Wertz, coordonnateur d’année, nous avons demandé son point de vue sur la question : comment faire comprendre aux étudiants qu’apprendre ce n’est pas seulement réussir ?
Pour répondre à la question : quel est l’état d’esprit des étudiants face à l’apprentissage ? Christine Jacqmot et Marie-Noëlle de Theux ont réalisé une enquête visant à identifier les conceptions des étudiants.

15 Chaque auteur possède bien évidemment son style propre : certains entament la discussion par une histoire, d’autres racontent leur expérience de manière rigoureuse, certains essaient de rester le plus impartial possible, d’autres portent un jugement, certains ont même réalisé des enquêtes… Nous avons choisi de conserver le style de chaque auteur afin de préserver l’authenticité de leurs propos et de faire ressortir les différents types de vécus.

5 - Une synthèse

16 Une synthèse clôture chaque section et amène le lecteur à se positionner par rapport aux différents points de vue. Elle propose des apports théoriques, des liens avec d’autres thèmes, des outils concrets : son but est de mener à un approfondissement dans le chef du lecteur.

6 - Des mots pour en parler

17 La mise en place d’une réforme comme Candis 2000 passe par la définition d’un vocabulaire propre. Ainsi tout au long de l’ouvrage, les auteurs parleront d’APP, de P1, de tuteur volant, d’apprentissage par problème… Tous ces termes sont expliqués dans le glossaire.

7 - Un ouvrage collectif

18 Cet ouvrage, on l’aura compris au travers de sa description, est une œuvre collective. Il s’agit d’un choix délibéré de notre part qui vise à :

19

  • faire partager entre auteurs et lecteurs le foisonnement d’idées indispensable à la mise en place d’une pédagogie active ;
  • permettre aux auteurs eux-mêmes d’apporter un regard sur leurs propres pratiques d’enseignement.

20 Nous avons construit le fil conducteur de cet ouvrage collectif à partir du choix des situations et des questions et des discussions avec les auteurs. Nous tenons à remercier ici tous les auteurs d’avoir répondu à nos demandes.

8 - Une première conclusion

21 Nous pensons que la pédagogie active est incontournable. Elle peut prendre diverses formes tant est variée la palette de couleurs selon laquelle elle se décline. Il est donc impossible de prescrire les pigments à utiliser. Cet ouvrage vise plutôt à aider les enseignants à trouver une gamme de couleurs adaptée à leur contexte institutionnel.

 

PLAN DE L'ARTICLE

Être enseignant

POUR CITER CET ARTICLE

Benoît Raucent et Cécile Vander Borght « Introduction », in Être enseignant, De Boeck Supérieur, 2006, p. 13-17.
URL :
www.cairn.info/etre-enseignant--9782804150471-page-13.htm.