Accueil Encyclopédies de poche Discipline (Histoire) Ouvrage Chapitre

Histoire de l’Union soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev (1953-1991)

2007

  • Pages : 128
  • Éditeur : P.U.F.


Chapitre précédent Pages 3 - 4 Chapitre suivant
1

La disparition de Staline (5 mars 1953) marque, au milieu chronologique des sept décennies d’existence de l’Union soviétique, une étape décisive, la fin d’une époque, sinon la fin d’un système. En quelques années, l’Union soviétique passe d’un système qui peut être qualifié de totalitaire à un système autoritaire et policier, qui conserve certains traits totalitaires, notamment la dictature du Parti qui continue à s’exercer au nom du marxisme-léninisme, doctrine “ scientifique ” seule capable de rendre compte du “ mouvement de l’Histoire ”. Mais, derrière les réalités et les apparences d’un système immuable, les espaces d’autonomie se développent ; une nouvelle société, des économies parallèles, héritées du passé (les lopins paysans individuels) ou révélatrices des faiblesses du secteur d’État (les différentes formes de “ marché noir ”), des contre-cultures se constituent.

2

Du milieu des années 1950 au début des années 1990, trois périodes s’individualisent : une décennie de sortie du stalinisme, marquée par une tentative illusoire de “ retour aux normes léninistes ” ; deux décennies d’immobilisme politique, au cours desquelles le pouvoir politique, incapable d’impulser, de mobiliser, laisse filer une économie et une société qu’il sera impossible, lorsque viendra le temps des réformes, de rétablir ou de reprendre en mains ; cinq années de réformes accélérées, la “ perestroïka ”, qui débouchent, contrairement au projet initial, sur l’implosion de l’urss et sa disparition.

3

Les années Khrouchtchev sont à la fois celles de la sortie du totalitarisme stalinien – dépénalisation des relations sociales, fin des répressions de masse, déstalinisation mesurée – et celles des derniers grands mythes et des dernières mobilisations – “ retour au léninisme ”, “ construction du communisme ”, “ campagne du maïs ”, “ conquête des terres vierges ”. L’échec des réformes khrouchtchéviennes, demi-mesures prises par un “ homme du sérail ”, constitue un tournant, certes moins brutal que celui de 1953, mais néanmoins très important. Désormais, le pouvoir se contentera de gérer le quotidien plutôt que de mobiliser ou d’impulser, de maintenir le statu quo politique, social, économique, idéologique. Mais, dans un pays marqué par l’élévation générale du niveau d’instruction de la population, les seules méthodes policières de contrôle et de censure de l’information ne suffisent plus. Le pouvoir ne voit pas l’éclosion d’une société nouvelle, l’émergence d’une société civile. Quand, au milieu des années 1980, le nouveau secrétaire général du pcus, Mikhaïl Gorbatchev, conscient de l’impasse dans laquelle se trouve le pays du “ socialisme réel ”, tente d’impulser, d’en haut, une nouvelle réforme destinée à rendre plus efficace le système “ sans en torpiller les valeurs ”, de libérer l’économie et la société du carcan du “ système administratif de commandement ” mis en place dans les années 1930, il déclenche une dynamique, faite de résistances et de débordements qu’il ne parviendra pas à maîtriser et qui, en quelques années, conduira à l’implosion du système.

Pour citer cet article

Werth Nicolas , Histoire de l’Union soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev (1953-1991), P.U.F. « Que sais-je ? », 2007, p. 3-4.
URL : www.cairn.info/histoire-de-l-union-sovietique-de-khrouchtchev-a-g--9782130542407-page-3.htm.

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback