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AuteursNicolas Aumonier du même auteur
Il nous a paru évident à tous trois qu’il fallait, sur un sujet si grave, croiser l’apport de la médecine, de la philosophie et du droit pour tenter de s’y retrouver dans l’écheveau des termes employés et des doctrines en présence. L’ordre de nos contributions nous a paru aller de soi : d’abord les faits, médicaux (chap. I à III, Ph. Letellier), puis la réflexion philosophique qui s’exerce sur eux (chap. IV à VI, N. Aumonier), puis l’avis du droit sur ce qui doit être (chap. VII à IX, B. Beignier). Ce dispositif ne doit pas faire penser que les auteurs ont une thèse – ce qui doit être – et la défendent à tout prix. Cependant, le lecteur doit être prévenu d’emblée qu’il existe à peu près deux positions inconciliables sur la question euthanasique, l’une, qui en fait un interdit à ne surtout pas transgresser sous peine de bafouer gravement le respect dû aux personnes, de ruiner la confiance des malades en leur médecin, et de faire éclater le corps social ; l’autre, qui considère l’euthanasie comme un droit naturel qui reste encore en partie à conquérir sur le terrain du droit positif, et comme le respect de l’autonomie d’une personne. Chacune de ces deux thèses, pour ainsi dire chacun de ces deux partis possède son vocabulaire, ses arguments, ses relais associatifs. Pouvions-nous échapper à l’un de ces deux camps, et adopter quelque troisième voie ? L’avis du Comité consultatif national d’éthique du 27 janvier 2000 a cru pouvoir le tenter, mais se ramène en réalité à la seconde thèse. La loi du 22 avril 2005, sans mentionner le terme d’euthanasie ni vouloir la légaliser, n’interdit pas seulement la poursuite d’actes ou de traitements médicaux selon une obstination déraisonnable, mais reconnaît aussi le droit pour un patient de refuser tout traitement, y compris d’alimentation et d’hydratation artificielles. Qu’apporterait de plus, ou de moins, une légalisation de l’euthanasie ? Pour tenter de le comprendre, chacun s’interrogera pour savoir si les deux thèses mentionnées, ou les deux interprétations possibles d’une troisième voie – permission implicite, ou légalisation explicite –, possèdent chacune le même poids rationnel. Quant à nous, pensant à la fois que la collection « Que sais-je ? » n’est pas le lieu d’une prise de position idéologique, mais qu’il est impossible d’échapper ici au choix d’un parti, tant les conditions de la mort de ceux que nous aimons nous importent, nous exposerons, le plus honnêtement qu’il nous sera possible, l’état de la question, persuadés cependant que les différences philosophiques et juridiques apparemment irréconciliables peuvent se rejoindre sur le terrain de l’attention pleine et entière aux personnes singulières, c’est-à-dire aux personnes dont chacune engage, à sa manière toujours particulière, la condition de tous.
POUR CITER CET ARTICLE
Nicolas Aumonier et al. L'euthanasie, P.U.F. « Que sais-je ? », 2010 (5e éd.), p. 5-6.
URL : www.cairn.info/l-euthanasie--9782130580935-page-5.htm.




