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AuteursDaniel Goyeau du même auteur
Amine Tarazi du même auteur
Les marchés financiers en général et les Bourses de valeurs en particulier ont de tous temps exercé fascination ou répulsion sur les individus. Longtemps décriée par certains ou adulée par d’autres, la Bourse n’en a pas fini de déchaîner les passions et d’entretenir les querelles. Depuis l’avènement de la société de marché, elle n’a cessé d’occuper les devants de la scène au cours des périodes les plus prospères mais aussi les plus instables de l’histoire.
2 Souvent comparée à un casino où se joueraient des destinées humaines, voire à un temple immoral de la spéculation, la Bourse a pourtant joué un rôle moteur dans le développement économique depuis deux siècles. Une brève rétrospective sur la Bourse en France devrait nous convaincre de l’utilité de sa fonction dans l’accompagnement de l’innovation et du développement économiques avec toutefois comme contrepartie des soubresauts inévitables.
Émergence et développement de la Bourse de Paris
3 Si les premières Bourses remontent aux temps des Romains, ce n’est qu’au XVe siècle qu’elles ont connu un premier essor, notamment avec l’effervescence des foires françaises, italiennes et flamandes. Puis, avec l’affirmation du capitalisme, de véritables Bourses de valeurs sont progressivement instaurées. Au XVIIe siècle, le Stock Exchange de Londres, tout d’abord, s’installe dans la City, suivi en fin de siècle par d’autres Bourses européennes et celle de New York à Wall Street.
4 En France, c’est en 1595 que la première et longtemps la plus importante Bourse est née à Lyon. La Bourse de Paris, quant à elle, ne fut constituée qu’en 1724. Mais il a fallu attendre plus d’un siècle pour que le marché des actions parisien décolle. Il faut dire que la forte inflation et la chute de la monnaie, l’assignat, qui ont fait suite à la Révolution de 1789, ont conduit à la fermeture de la Bourse et au remboursement partiel des dettes publiques en monnaie fortement dépréciée. Cela n’a fait que confirmer la méfiance de l’aristocratie et de la bourgeoisie traditionnelle à l’égard de l’épargne financière, confortant leur attrait pour les placements fonciers.
5 Dès le début du XIXe siècle, plusieurs réformes des institutions vont favoriser le décollage et le développement de la Bourse de Paris qui connaîtra ensuite un essor irrégulier. Pour cerner ce dernier, on peut se référer à l’étude d’Arbulu [1999] qui retrace l’évolution du poids économique du marché parisien en rapportant la capitalisation boursière (la quantité de titres émis multipliée par leur prix) au produit intérieur brut ainsi que la ventilation de la capitalisation boursière par secteurs économiques. On distingue ainsi trois phases d’expansion. La phase d’émergence de 1802 à 1850 où la capitalisation est inférieure à 10 % ; la phase de développement du marché entre 1850 et 1870 où son poids économique excède 20 % ; et ensuite une phase de maturité avec un ratio de capitalisation qui approche les 40 %.
6 Source : [Arbulu, 1999][1][1] Les références entre crochets renvoient à la bibliographie...
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Au-delà de ces tendances générales, une analyse sectorielle montre que la Bourse de Paris a joué un rôle majeur dans le développement économique en participant au financement des grandes innovations d’avant la Première Guerre mondiale.
8 Jusqu’en 1830, le faible développement économique, la fébrilité du système bancaire et la structure familiale des entreprises sont autant de facteurs peu propices à la création de sociétés par actions, et a fortiori à des introductions à la cote. Ce n’est qu’avec le décollage industriel des années 1830 que des capitaux importants commencent à s’investir en actions. Les sociétés de chemins de fer ouvrent la voie en associant la haute finance, les grands intérêts industriels, l’épargne privée et les capitaux étrangers, notamment anglais. Les banques et les grandes sociétés des houillères et des mines puis de la chimie entrent aussi à la cote et procèdent régulièrement à des augmentations de capital.
9 Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’épargne boursière explose véritablement. Elle continue à approvisionner certains secteurs anciens, et plus particulièrement le secteur bancaire, tout en procédant à des réallocations vers des secteurs nouveaux tels ceux des transports et de l’électricité mais aussi vers des valeurs étrangères.
10 Par conséquent, du début du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale, la Bourse de Paris suit le pas du progrès technique en orientant en permanence l’épargne financière vers les nouveaux secteurs. Elle a ainsi contribué de manière directe au financement des grands projets industriels et des grands travaux publics, tout en exerçant une incidence indirecte en permettant aux banques de collecter des ressources supplémentaires pour répondre à la forte demande de capitaux des entreprises. Elle a su progressivement mobiliser une épargne publique colossale attirée par de fortes plus-values potentielles et un risque de plus en plus faible, même si des spéculations aventureuses ont entraîné des faillites retentissantes. Elle a donc joué un rôle clé dans le développement économique du XIXe siècle.
Le déclin de l’après-Première Guerre mondiale
11 Après la Première Guerre mondiale, le contexte politique et économique change et la Bourse de Paris perd progressivement une bonne partie de sa splendeur. Confortablement installée, tout au long du XIXe siècle, au rang de deuxième place mondiale derrière Londres, elle se trouve reléguée très rapidement et jusqu’à la fin des années 1990 à la cinquième place, très loin des trois grandes places internationales de New York, Tokyo et Londres.
12 Tout d’abord, les nombreux déboires des épargnants français qui ont investi dans des valeurs étrangères (Russie et Balkans notamment), la forte inflation d’après guerre et la crise de 1929 ont fait fuir les épargnants de la Bourse qui se réfugient dans la thésaurisation, l’immobilier de rapport, les liquidités et la Caisse d’épargne.
13 Ensuite, jusqu’à la Première Guerre mondiale, les domaines d’intervention de la puissance publique (État, collectivités locales et organismes sociaux) relevaient avant tout du politique et du social, l’action économique directe restant marginale. Mais, au cours du XXe siècle, pour satisfaire les besoins accrus en services publics (transports, éducation, santé…)et en réaction aux tourments du capitalisme pendant les années 1930, l’intervention économique des États ne cesse de croître, notamment par le biais de nombreuses nationalisations. Le volume de la capitalisation boursière est alors amputé d’autant. Le sursaut des années 1950, favorisé par la reconstruction de l’industrie française, est vite effacé par une nouvelle désaffection de la Bourse au cours des années 1960 et 1970.
Réformes et boom de fin de siècle
14 Ainsi, de la Libération jusqu’au début des années 1980, l’économie française présente toutes les caractéristiques d’une économie d’endettement où le financement bancaire prédomine, avec un secteur bancaire aux mains de l’État, des taux d’intérêt et des capitaux largement contrôlés. Ce système a fini par se révéler inefficient, générateur de tensions inflationnistes et peu adapté pour assurer le financement des entreprises face aux nouveaux défis de la concurrence mondiale. La loi bancaire de 1984 et les réformes monétaires et financières entreprises à partir de 1985, connues sous le nom de règle des 3 D (déréglementation, désintermédiation et décloisonnement), créent les conditions d’un nouveau départ des marchés financiers. Les réformes relatives à l’organisation et au fonctionnement de la Bourse assurent la mise en place, en moins de quinze ans, d’une véritable industrie boursière française. Avec les différentes vagues de privatisations, de grandes entreprises exerçant un rôle stratégique dans l’économie française réapparaissent dans le paysage boursier. Les conditions sont alors réunies pour attirer de nouveau tant les entreprises à la recherche de capitaux que les épargnants français, mais aussi étrangers.
15 La Bourse retrouve au milieu des années 1990 le rôle moteur qu’elle s’était donné au XIXe dans le développement économique en contribuant au financement des entreprises innovantes. Début 2000, la nouvelle économie, qui n’est d’ailleurs pas le fruit des seules start-up, pèse près de 25 % de la capitalisation boursière tout en ne contribuant encore que pour moins de 15 % à la croissance du produit intérieur brut. Mais derrière cette euphorie boursière sur toutes les grandes places financières autour des valeurs technologiques, c’est la troisième révolution industrielle qui semblait se dessiner, celle des industries de l’information et de la communication. Cependant, comme toutes les innovations majeures, cette dernière a donné lieu à une bulle financière qui a éclaté au début des années 2000.
Des placements rémunérateurs mais risqués
16 Cette euphorie a fait quelques « nouveaux riches »,créateurs et capital-risqueurs et ruiné tous ceux qui ont massivement investi en Bourse avant l’effondrement de 2000 et 2001. Cependant, les investisseurs qui ont cru aux placements actions depuis la mise en place des premières grandes réformes des années 1980 ont largement été récompensés.
17 La comparaison des rentabilités annuelles moyennes(hors inflation) des principaux actifs patrimoniaux (du logement de rapport parisien, des terres agricoles en location, des actions françaises, des obligations françaises du secteur privé et des titres du marché monétaire) montre en effet que, sur la période 1984-2004, le placement actions défie toute concurrence, loin devant les obligations et le traditionnel placement immobilier. Mais le placement actions reste un placement à risque élevé. Aussi, en termes de performance ajustée du risque, le placement actions arrive après les placements monétaires, obligataires et immobiliers.
18 Cet ouvrage a pour objectif de présenter le fonctionnement et la finalité des marchés boursiers en portant un regard critique sur les enjeux qu’ils font subir à l’économie à l’aube du siècle. Dimensions théorique, technique et pratique sont réunies pour à la fois initier le lecteur aux mécanismes et techniques parfois complexes de la finance, et le sensibiliser aux grandes questions soulevées par le formidable essor de la Bourse. Les marchés boursiers rendent perplexe par la complexité croissante qu’ils ont cultivée depuis la
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21 Note : la rentabilité est la plus-value annuelle moyenne exprimée en pourcentage. Le risque est apprécié, comme il est habituel de procéder, par la dispersion de la rentabilité autour de la moyenne (écart type des rentabilités annuelles). Le ratio rentabilité/risque est un indicateur de la rémunération de l’actif par unité de risque pris.
22 Source : calculs des auteurs à partir de données FNAIM, SAFER et DATASTREAM, sur la période 1984-2004.
23 déréglementation et la globalisation financières amorcées dans les années 1980 à travers le monde. Dans un premier temps (chapitres I à IV), leur évolution est étudié et ou en présentant leurs nouveaux modes d’organisation et fonctions. Une fois définis les marchés boursiers et leur fonctionnement, la diversité croissante des produits qui y sont négociés est analysée sous l’angle de leur finalité économique. Ceci conduit ensuite à s’interroger sur le formidable essor et les grandes transformations des marchés financiers du point de vue de leur efficacité.
24 Ce nouveau contexte de développement du rôle du marché et des acteurs financiers soulève un grand nombre de questions sur les interactions qui existent entre marchés boursiers et activité économique en général. Il n’est pas sans conséquence sur le mode de gestion des entreprises et sur le comportement des autres acteurs économiques. Il pose aussi le problème de la surveillance plus ou moins étroite des activités financières par les pouvoirs publics. Ces principaux enjeux sont analysés dans un second temps (chapitres V à VII).
Notes
[1] Les références entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d’ouvrage. 
PLAN DE L'ARTICLE
- Émergence et développement de la Bourse de Paris
- Le déclin de l’après-Première Guerre mondiale
- Réformes et boom de fin de siècle
- Des placements rémunérateurs mais risqués
POUR CITER CET ARTICLE
Daniel Goyeau et Amine Tarazi La Bourse, La découverte « Repères », 2007, p. 3-9.
URL : www.cairn.info/la-bourse--9782707148056-page-3.htm.





