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AuteursJean-Luc Guyot du même auteur
Jean-Luc Guyot est docteur en Sociologie et maître en Démographie. En tant qu’attaché scientifique, il mène différentes recherches au sein de l’Institut wallon de l’Évaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS). Par ailleurs, il enseigne à l’Université catholique de Louvain et est l’auteur de plusieurs publications dans le domaine de la formation, du marché du travail et des organisations.Ce deuxième volume de la trilogie consacrée au thème de la formation professionnelle continue apporte un éclairage sur les enjeux des politiques menées dans cette matière, sur les dispositifs et les structures mis en place, de même que sur le positionnement et les modèles d’action des acteurs collectifs dans des contextes nationaux différents marqués par des changements importants aux niveaux social et économique.
2 Il prolonge la réflexion entamée dans le premier volume La formation professionnelle continue. L’individu au cœur des dispositifs, paru en 2003, qui abordait les logiques d’action individuelle en termes d’attentes et de motivations par rapport à la formation, de modalités différenciées de participation et de bénéfices retirés tant dans la sphère professionnelle que dans la sphère sociale.
3 Il sera suivi d’un troisième volume centré cette fois sur le niveau organisationnel et qui envisagera les stratégies des entreprises et des organisations, en particulier de celles qui opèrent dans le champ de la formation. L’avant-propos définit plus avant notre projet éditorial.
4 Les enjeux sociétaux relatifs au champ de la formation, et de la formation professionnelle continue en particulier, sont nombreux. Les auteurs invités à contribuer à cet ouvrage les soulignent généralement d’entrée de jeu avant de les mettre en question et de s’attacher à en décrire les manifestations et les conséquences. Ces enjeux traversent les différentes sphères présentées dans l’avant-propos.
5 Si on adopte l’angle de vue propre à la sphère de l’enseignement, de la formation et de l’apprentissage, on peut s’interroger en particulier sur les discours relatifs à l’apprentissage tout au long de la vie et sur leurs conséquences dans le champ de la formation professionnelle continue. Pourquoi cette exhortation adressée à chacun, en particulier aux actifs ? Quels sont les référentiels mobilisés pour justifier les politiques ? Quelles sont les nouvelles modalités de formation qui se mettent en place afin d’accompagner l’individualisation des parcours ? Comment la formation professionnelle continue s’articule-t-elle avec la formation initiale et avec l’éducation des adultes ? Quel est le rôle des entreprises, notamment dans l’organisation de formations formelles et non formelles ? Quelles sont les opportunités actuelles de certification et de validation des compétences ? Quels seront les besoins futurs en compétences ?
6 Les enjeux économiques et sociaux et les enjeux qui s’expriment dans la sphère du travail sont probablement les mieux documentés, bien que de nombreuses questions subsistent sur les liens possibles entre la croissance ou la cohésion sociale et la formation continue. Quelles sont les modalités de formation professionnelle les plus aptes à accompagner la croissance économique, à assurer une plus grande compétitivité ? Comment assurer une meilleure adaptation de la main-d’œuvre aux besoins changeants de l’économie, aux nouvelles technologies, aux nouvelles modalités d’organisation du travail ? Comment la formation peut-elle intervenir pour améliorer la qualité de vie au travail et dans la sphère privée, la participation citoyenne ? À quelles conditions la formation professionnelle continue peut-elle contribuer à augmenter la mobilité des travailleurs en Europe ? Comment combiner bénéfices individuels et bénéfices pour les organisations ? Et, de manière plus générale, quels sont les nouveaux modes de régulation entre formation et économie ?
7 Une dernière catégorie d’enjeux, qui sera particulièrement développée dans cet ouvrage, concerne la sphère politico-administrative. En quoi les cadres institutionnels et juridiques sont-ils modifiés ? Comment les acteurs de la formation, les partenaires sociaux, les acteurs politiques se situent-ils et se concertent-ils aux différents niveaux, européen, national, régional ? De nouveaux acteurs sont-ils apparus ? Quelles sont les stratégies et les tensions à l’œuvre, par exemple dans les processus de décentralisation de la formation ? Comment la formation peut-elle accompagner un processus de développement territorial ?
8 Il n’est bien évidemment pas possible de développer tous ces aspects dans un seul ouvrage. Les auteurs invités à contribuer apportent des éclairages disciplinaires différents sur plusieurs des questions centrales qui traversent actuellement le champ de la formation professionnelle continue.
9 Les premiers chapitres analysent de manière critique l’efficacité de politiques de formation en Wallonie, en France et au Québec en interrogeant la logique de leur mise en œuvre à la lumière de cadres théoriques se référant tant à la sociologie qu’à l’économie. Les chapitres suivants étendent l’analyse au contexte international tout en gardant un ancrage dans des pratiques nationales. Les deux derniers textes renvoient au rôle des organisations internationales comme le Cedefop ou l’OCDE dans les débats sur la formation professionnelle.
Présentation des chapitres
10 À partir des résultats de l’évaluation d’un dispositif de formation/insertion de demandeurs d’emploi impliquant de nombreux opérateurs — le « Parcours d’insertion » — Christian Maroy et Béatrice Van Haeperen, développent une analyse de la structuration progressive du champ de la formation/insertion en Région wallonne.
11 Leur démarche, construite en référence au courant néo-institutionnaliste de la sociologie des organisations nord-américaine, aborde successivement la définition des frontières du champ organisationnel, les indicateurs et les processus de structuration de ce champ. Le phénomène d’isomorphisme institutionnel, c’est-à-dire la tendance qu’ont les organisations actives, dans un champ donné, à se rapprocher de standards et de modèles communs, est plus particulièrement pris en considération.
12 Selon les auteurs, les processus d’isomorphisme paraissent relativement faibles dans le champ de l’insertion en Région wallonne. Des trois types de processus identifiés par la théorie — isomorphisme coercitif, normatif ou mimétique —, c’est le premier qui semble le plus actif dans la structuration du champ de la formation/insertion en Région wallonne, même s’il subsiste une pluralité de règles et d’instances. Les processus relevant de l’isomorphisme normatif apparaissent moins développés, en raison de la diversité normative et de la faible professionnalisation des travailleurs du secteur. Les processus mimétiques sont sans doute présents mais n’ont pas pu être réellement observés. En conclusion, les auteurs relèvent que le parcours d’insertion a pu participer positivement à une action « rationalisante » de l’État, mais que le processus de structuration du champ de la formation/insertion est inachevé.
13 Dans sa présentation intitulée « Le système français de formation professionnelle continue, le paradoxe de l’initiative individuelle », Fabienne Berton insiste sur l’enjeu qui consiste à fournir aux individus les moyens de construire leur autonomie, de s’orienter dans le champ de la formation professionnelle continue et de prendre des initiatives, dans le prolongement de la loi de 2003 qui définit un droit individuel à la formation. En analysant les politiques menées en France depuis les années 1970, et en s’appuyant sur les résultats d’enquêtes, elle met en évidence la part de plus en plus faible de formations dont l’initiative revient à l’individu, ce qui est pour le moins paradoxal dans le contexte normatif actuel.
14 En France, la formation des adultes a été institutionnellement rattachée au travail. La responsabilité de l’entreprise a été mise en avant dans les orientations politiques. Dans ce contexte, on constate actuellement un resserrement du financement par les entreprises sur des objectifs productifs. L’auteur plaide pour une complémentarité et une articulation plus forte entre initiative individuelle et initiative des entreprises pour que les personnes puissent disposer des ressources nécessaires à la conduite de leur vie professionnelle.
15 Les pouvoirs publics s’engagent quant à eux à permettre l’accès d’un large public à la formation continue. À l’heure actuelle, deux groupes sont plus particulièrement ciblés : ce sont les jeunes et les chômeurs. L’auteur rappelle cependant que la permanence des inégalités face à la formation reste systématiquement dénoncée depuis plus de vingt ans, sur base notamment de données d’enquêtes. Une piste intéressante dans ce contexte, souligne l’auteur, serait d’instaurer un droit de tirage sur la formation continue qui serait accordé d’autant plus généreusement que la formation initiale aurait été courte. Cette idée apparaît capable de concilier justice sociale et efficacité économique.
16 Pierre Doray et Paul Bélanger retracent, sous le titre « Vers une nouvelle régulation de la formation continue dans la société québécoise », le développement des formations professionnelles continues dans le cadre des réformes de grande envergure qu’a connu le champ de l’éducation des adultes au Québec au cours des vingt dernières années. Ils observent l’institutionnalisation de dispositifs de « rapprochement » entre les champs économiques et éducatifs, comme les mesures qui poursuivent un objectif de soutien à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté (rôle attribué aux groupes communautaires) ou d’intégration de la formation en entreprise. On a pu parler à l’époque d’un « virage main-d’œuvre ». Dans un premier temps, les dispositifs restaient de nature incitative, tant pour les personnes sans emploi que pour les entreprises ; par la suite, les conventions mises en œuvre se sont faites plus coercitives. Cette recomposition du champ va de pair avec la mise en œuvre d’une régulation conjointe où les acteurs économiques prennent une place de plus en plus importante. Des instances intermédiaires traduisent les demandes des milieux du travail en une offre de formation.
17 Récemment le champ de l’éducation des adultes a connu un nouveau changement de grande ampleur qui a remis à l’avant-plan le point de vue éducatif. Cette nouvelle politique s’organise autour de quatre thèmes : l’accès de tous à la formation de base, le rehaussement du niveau de compétence des adultes (l’entreprise devient un lieu incontournable d’acquisition de qualification), la reconnaissance des acquis pour élargir l’accès à la formation et l’identification des obstacles à lever pour accroître l’accès et le maintien en formation.
18 C’est aux « Conditions de cohérence des politiques de formation dans le contexte français de décentralisation » que s’intéresse Maïten Bel. Sa réflexion s’articule autour de modèles types de régulation qui s’appliquent aux différents segments de la formation. La longue liste des acteurs impliqués est un indicateur de la complexité de la tâche. Les partenaires potentiels repris par l’auteur sont l’État, les entreprises et les branches, les collectivités territoriales, les élus et les territoires, les organismes de formation ainsi que les usagers et les bénéficiaires des politiques de formation. L’articulation harmonieuse entre ces acteurs est difficile à atteindre vu la hiérarchie d’objectifs qui fonde les référents de l’action de chacun et la variabilité des modalités de coordination liée à la diversité des arrangements institutionnels qui organisent l’échange et la construction de compromis.
19 La construction d’une offre de formation mobilise aussi des outils de connaissance et des informations complexes et difficiles à construire.
20 Les dynamiques territoriales sur lesquelles s’appuient, en France notamment, les politiques de formation rendent encore plus difficile la construction d’une cohérence entre les différents acteurs.
21 L’article de Bénédicte Gendron intitulé « Les formations complémentaires d’initiative locale comme forme possible de régulation non marchande de la relation Formation-Emploi dans un espace local », discute une modalité particulière de collaboration entre un système de formation (initiale en l’occurrence) et des entreprises locales. En s’appuyant sur le courant de l’économie des conventions, et plus particulièrement sur la théorie des investissements de forme de Thévenot, l’auteur met en effet en évidence les particularités et les avantages d’une régulation non marchande de la relation Formation/Emploi qui s’avère plus efficiente que le seul marché. L’enjeu est ici la mise en forme des « qualités » des personnes, avant leur engagement, pour qu’elles correspondent aux besoins locaux des entreprises. L’expérience de stage proposée aux jeunes, en complément de la formation scolaire, permet aux entreprises de réduire l’incertitude concernant les compétences des futurs travailleurs. Les partenariats école/entreprise mis en place dans le cadre de ces initiatives sont les supports d’investissements (établissement coûteux d’une relation stable, pour une certaine durée) de forme intermédiaire, à mi-chemin entre la forme d’État et la forme spécifique à l’entreprise.
22 La rhétorique actuelle sur la nécessité et les vertus de la formation professionnelle continue conduit à faire de la formation continue un axe central de la politique de l’emploi. L’analyse des enjeux et limites de la politique de l’emploi et de la formation professionnelle en Région wallonne, proposée par Béatrice Van Haeperen et Jean-Luc Guyot, indique, dans un premier temps, l’ancrage de cette politique, exprimée dans le Contrat d’avenir pour la Wallonie, dans la Stratégie européenne pour l’emploi et l’imbrication des objectifs « relever le taux d’emploi » et « relever les niveaux de formation ». Ces stratégies européennes et wallonnes participent au projet d’État social actif et s’inspirent du nouveau référentiel libéral — social d’action publique. Les auteurs établissent des liens entre les principes et les modalités de mise en œuvre des politiques wallonnes et les principaux traits de ce référentiel. Ces politiques peuvent en effet être caractérisées par l’importance accordée à l’employabilité, la logique du sur-mesure et la logique contractuelle, ainsi que par l’intérêt marqué pour le pilotage.
23 En conclusion, les auteurs s’interrogent sur la place de la formation dans la politique de l’emploi, en particulier dans la gestion des pénuries de main d’œuvre, et sur l’impact de cette politique sur le fonctionnement du marché du travail.
24 La contribution d’Anne Deprez, « La validation des compétences : enjeux et mise en perspective », prolonge l’analyse des discours relatifs à la formation professionnelle continue en prenant comme objet d’étude un dispositif vu comme emblématique du nouveau référentiel d’action politique libéral-social. L’auteur discute en particulier le point de vue des acteurs engagés dans la mise en place du dispositif de validation des compétences en Belgique francophone. Les enjeux essentiels soulevés dans le débat portent sur le sens et sur les modalités d’articulation entre différents champs (éducation, emploi, insertion professionnelle, politiques sociales) et entre différents niveaux de la décision politique.
25 L’analyse d’Anne West, « Perspectives de financement de la demande de cours et formations pour adultes en Europe », envisage les avantages et les inconvénients potentiels de ce mode de financement, par comparaison avec les modalités, plus classiques, de financement de l’offre. Pour ce faire, l’auteur passe en revue différents dispositifs qui prévoient l’octroi de chèques, de bourses ou de prêts, soit directement à une personne ou à une entreprise qui en fait la demande, soit indirectement, via le consommateur, à un organisme de formation, au prorata du nombre de stagiaires ou du nombre d’heures de formation. La plupart des dispositifs décrits sont financés par les autorités publiques britanniques, mais d’autres initiatives sont envisagées, notamment les « Chèques-formation » proposés en Wallonie et un programme financé par le secteur privé.
26 Ce mode de financement, lié classiquement aux modes de régulation par le marché, peut être également utilisé par les pouvoirs publics pour cibler les ressources sur ceux qui en ont le plus besoin. La possibilité, offerte dans certains cas, de faire l’appoint sur les chèques peut être une manière efficace de susciter les investissements privés mais cette option peut avoir des incidences en termes d’absence d’équité dans la mesure où la personne qui dispose de ressources financières plus importantes a plus de possibilités de choix. Enfin, l’auteur souligne que les coûts de ces dispositifs, notamment les coûts administratifs, peuvent être considérables.
27 Dans leur contribution intitulée « Il faut les mo-ti-ver : la certification pour amener les adultes à la formation », Sylvie Chiousse et Patrick Werquin partent du constat d’un faible taux de participation des adultes à la formation continue dans de nombreux pays. L’enjeu, pour les pouvoirs publics et les entreprises, consiste à améliorer la participation à la formation, par exemple en intervenant sur différents facteurs susceptibles d’augmenter la motivation des adultes à se former. Parmi ces facteurs, les auteurs envisagent plus particulièrement le rôle de la certification et, en particulier, des nouvelles modalités de certification/validation des compétences.
28 Les articulations multiples entre formation, motivation et certification sont présentées de manière analytique. Sont prises en compte notamment les situations où la participation à la formation est obligatoire. La certification peut être un catalyseur mais aussi un inhibiteur de la formation, en particulier lorsque la personne a quitté l’enseignement tôt et/ou après plusieurs échecs. Formation et certification ne vont pas nécessairement de pair : une personne peut se former sans recevoir de titre et il est maintenant possible d’obtenir une certification sans avoir reçu de formation formelle.
29 Des hypothèses sont formulées sur les éléments explicatifs qui peuvent être avancés pour expliquer les relations observées. Les auteurs illustrent le propos en présentant certaines pratiques relevées dans quelques pays et secteurs lors des activités les plus récentes de l’OCDE dans ce domaine.
30 La certification, à l’âge adulte, des compétences acquises est souvent présentée comme un enjeu économique puisqu’elle permet de compléter l’information fournie par les diplômes obtenus dans le cadre de la formation initiale, ce qui est de nature à faciliter les processus de recrutement notamment. Sous certaines conditions, que les auteurs s’attachent à explorer, elle peut également motiver les individus à entrer dans un processus de formation continue.
31 L’ouvrage se termine par une analyse prospective. Burkart Sellin retrace le cheminement et les résultats du projet « Scénarios et stratégies pour la formation et l’enseignement professionnels ainsi que l’apprentissage tout au long de la vie en Europe » mené par le Cedefop (Thessalonique) et par la Fondation européenne pour la Formation (Turin) autour de l’an 2000. Cette initiative internationale unique visait à dégager, avec l’aide d’experts nationaux, des futurs possibles dans le champ de l’éducation et de la formation continues. Des scénarios et des stratégies ont été élaborés, tant au niveau européen, qu’au niveau de chacun des états participants. La présentation générale de l’auteur est complétée par une synthèse de la démarche et des résultats obtenus par Marc Ant et Jimmy Bedin, responsables du processus de recherche pour le Luxembourg et la Wallonie.
32 La démarche prospective s’articulait au départ autour de trois environnements (repris également dans notre avant-propos), pour aboutir, après la mise en évidence des tendances les plus importantes et les plus probables, à la rédaction de scénarios et de stratégies propres au champ de l’éducation et de la formation continue. Les potentialités et les limites de la méthode des scénarios dans ce contexte particulier sont discutées par les auteurs.
33 Les scénarios européens s’articulent autour de deux dimensions principales : le degré de coopération et de cohésion dans le domaine de la politique sociale (un continuum entre compétition et cohésion) et le degré de convergence ou de divergence des systèmes d’enseignement et de formation en Europe.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Jean-Luc Guyot et al. « Introduction », in La formation professionnelle continue, De Boeck Supérieur, 2005, p. 29-36.
URL : www.cairn.info/la-formation-professionnelle-continue--9782804144036-page-29.htm.





