Accueil Encyclopédies de poche Discipline (Psychologie) Ouvrage Chapitre

La psychanalyse

2002



Chapitre précédent Pages 3 - 6 Chapitre suivant
1

Si la psychanalyse connaît une large diffusion, elle est aussi soumise à de multiples dilutions : nombre de pratiques et leur théorisation n’ont quasiment d’autres relations à la psychanalyse, telle que Freud l’a définie, que de se réclamer de celle-ci. Une question mérite encore d’être posée, en ce début du XXIe siècle, à en juger par l’écart, voire le malentendu, entre ce que le fondateur de la psychanalyse comprend par ce terme et ce qui s’en conçoit : qu’est-ce que Freud (1856-1939) appelle psychanalyse à la fin du XIXe siècle ?

2

Est-ce la relation patient-psychanalyste qui caractérise la psychanalyse comme le voudrait l’idée commune ? Ce n’est pas, en tout cas pour Freud, ce qui en premier lieu spécifie, définit la psychanalyse qui ne trouve là, comme méthode de traitement où cette relation s’instaure, qu’un champ d’application, certes privilégié.

3

Ses premières élaborations et conceptions dessinent pour Freud un « nouveau commencement » qu’il désigne en 1896 du terme de psychanalyse (chapitres I et II).

4

De la psychanalyse, ce « commencement qui n’en finit pas », comme dit Octave Mannoni [1980] [1]  * Les références entre crochets renvoient à la bibliographie... [1] , il propose une définition concise et précise dans un article d’encyclopédie rédigé en 1922 : « Psychanalyse est le nom : 1) d’un procédé d’investigation des processus psychiques, qui autrement sont à peine accessibles ; 2) d’une méthode de traitement des troubles névrotiques, qui se fonde sur cette investigation ; 3) d’une série de conceptions psychologiques acquises par ce moyen et qui fusionnent progressivement en une discipline scientifique nouvelle » [Freud, 1923, p. 51].

5

La psychanalyse est donc d’abord le nom d’une méthode d’investigation de la vie psychique qui permet d’« explorer », dit Freud, ce qu’il appelle l’inconscient. Ce sont principalement l’étude et l’analyse de deux ordres de phénomènes, les symptômes morbides des troubles névrotiques (chapitre I) et les rêves (chapitre II), qui l’amènent rapidement à définir les règles et les principes de cette méthode (chapitre III). C’est celle-ci qui à la fois fonde la méthode de traitement des troubles ayant des causes psychiques (chapitres I, IV) et permet d’élaborer le corpus théorique d’un champ nouveau de savoir (chapitres I, II, IV, V). Dans cette définition, ce qui est mis en avant, ce n’est donc ni le corpus théorique, ni la situation analytique dans la cure, mais c’est la méthode de recherche, d’investigation, méthode qu’il présente en 1900 dans L’Interprétation des rêves.

6

Certes, Freud constate en 1926 que « le nom de psychanalyse a acquis au cours du temps deux significations. Il désigne aujourd’hui : 1) une méthode particulière de traitement des affections névrotiques ; 2) la science des processus psychiques inconscients […] ». Mais, ajoute-t-il, « l’avenir jugera vraisemblablement que l’importance de la psychanalyse en tant que science de l’inconscient dépasse largement son importance thérapeutique » [Freud, 1926, p. 154-155]. De ces deux significations, c’est à la seconde qu’il donne la priorité : la psychanalyse comme « science de l’inconscient ».

7

Les conceptions théoriques de ce qu’il veut être une science, acquises au moyen d’une méthode qu’il veut tout autant scientifique, sont indissociables de la pratique. Freud rappelle que ce sont toujours des interrogations cliniques qui remettent en question les propositions théoriques précédemment établies. On conçoit qu’elles donnent lieu à des refontes, des reconsidérations et de nouvelles élaborations souvent fondamentales (chapitres IV et V), des propositions parfois divergentes tout au long de son oeuvre. À tel moment, devant tel problème persistant ou nouveau, il construit telle théorie, produit tel concept. Sans cesse, il questionne, remet sur le chantier ses avancées, ses hypothèses, toujours prêt à reprendre telle ou telle question. Ses ouvrages ou articles font montre d’une démarche, d’un mouvement, scandés par les moments décisifs de sa vie, de son « auto-analyse ». Ils constituent un corpus théorique qui ne fait pas système, mais reste ouvert, questionnant, ne pouvant être détaché d’une expérience toujours singulière comme est celle, pour chaque analyste, de son expérience d’analysant, de sa pratique et son effort de théorisation de celle-ci, de chaque cas en analyse. Notons, en regard de ces dernières remarques, que le travail fait pour cet ouvrage, à partir de Freud et d’autres, ne peut être considéré comme analytique en tant que tel : c’est, entre autres, une approche possible de moments de théorisation de leur expérience analytique qui sont repris et présentés ici. Travail, donc, non de psychanalyse, mais sur la psychanalyse qui, comme « science », n’est pas réductible à la personne de Freud ou de tout autre qui l’a suivi.

8

Le corpus freudien ne peut être pris comme un tout : la psychanalyse n’est pas une somme de solutions arrêtées, mais un ensemble de problèmes tant cliniques que théoriques, ou méthodologiques, que Freud a su poser, et que posent, depuis, ceux qui se sont efforcés de les reprendre et de les reconsidérer. Il écrivait à son ami Fliess, le 7 mai 1900 : « Aucun critique n’est mieux que moi capable de saisir clairement la disproportion qui existe entre les problèmes et la solution que je leur donne. » Ces problèmes tels qu’il les a posés sont toujours vivaces, les solutions toujours problématiques : en témoignent la diversité des contributions se réclamant d’une filiation freudienne et les points de débat, les convergences ou les réorientations, les conflits, les dissidences, les accords ou affrontements, qui participent de l’histoire du mouvement de la psychanalyse (cf. annexe et bibliographie).

9

Freud, médecin, le rappelle à plusieurs reprises dans ses écrits, la formation médicale telle qu’elle est dispensée n’est pas un atout pour accéder à la psychanalyse : la préparation que vous avez reçue, dit-il aux médecins, « a imprimé à votre pensée une certaine orientation qui vous écarte beaucoup de la psychanalyse » ; de même, dit-il aux philosophes et aux psychologues, « ni la philosophie spéculative ni la psychologie descriptive ni encore ce qu’on appelle la psychologie expérimentale et qui se rattache à la physiologie sensorielle, aucune de ces disciplines que l’on enseigne dans les écoles n’est en mesure […] de vous mettre en main les clefs qui vous permettraient de comprendre une perturbation possible des fonctions psychiques » [Freud, 1915-1917, p. 26]. Pour désigner la psychanalyse, Freud utilise parfois le terme de psychologie, mais il la pense sous la forme d’une théorie de l’inconscient. Il ne vise pas à élaborer une nouvelle théorie dans la psychologie, mais à constituer un nouvel objet, l’inconscient, dont l’investigation, l’analyse, la définition entraînent un élargissement du champ scientifique : « En tant que science, la psychanalyse n’est pas caractérisée par la matière qu’elle traite, mais par la technique avec laquelle elle travaille. On peut l’appliquer à l’histoire des civilisations, à la science de la religion et à la mythologie tout autant qu’à la doctrine des névroses, sans faire violence à son essence. Elle ne poursuit pas d’autre fin et elle n’opère pas autre chose que la mise au jour de l’inconscient dans la vie psychique » [Freud, ibid., p. 492].

10

Les incidences de la psychanalyse sont nombreuses et diverses, tant dans le champ des savoirs que dans celui des pratiques. Mais qu’il y ait des « résistances à la psychanalyse », Freud y a très vite été confronté. Elles sont toujours d’actualité, plus d’un siècle après que l’inconscient, tel que Freud en conçoit les termes, a été « découvert ».

Notes

[1]

* Les références entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d’ouvrage.

Pour citer cet article

Desprats-Péquignot Catherine , La psychanalyse, La découverte « Repères », 2002, p. 3-6.
URL : www.cairn.info/la-psychanalyse--9782707138620-page-3.htm.

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback