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Le chemin vers le bas

2007 (2e ed.)

  • Pages : 560
  • ISBN : 9782748900460
  • Éditeur : Agone

ALERTES EMAIL - COLLECTION Mémoires sociales

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1

Aktion (Die). Cette revue littéraire et politique, publiée par Franz Pfemfert entre 1911 et 1932, se revendique d’une esthétique proche de l’expressionnisme et suit une orientation politique d’extrême gauche. D’abord anarchiste avant la Première Guerre mondiale, elle se rapproche du radicalisme « conseilliste » et anarchiste au début des années 1920. D’abord hebdomadaire, la revue paraît ensuite tous les quinze jours à partir de 1919, puis de plus en plus irrégulièrement après 1926, où elle devient un des organes de presse officieux de l’opposition trotskiste. La revue a donné naissance à la maison d’édition de Franz Pfemfert, l’Aktion-Verlag. Depuis 1981, Die Aktion reparaît aux éditions Nautilus (Hambourg), qui ont publié les œuvres complètes de Franz Jung.

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Albers, Hans (1891-1960). Fils de commerçant né à Hambourg, il est à la fois chanteur, acteur de cinéma et de théâtre. Engagé en 1926 par le Deutsches Theater, il doit son plus gros succès de scène au rôle de Mackie Messer dans L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht. Il va acquérir également une certaine célébrité dans les films L’Ange bleu (1930) et Münchhausen (1943). Sa carrière d’acteur se poursuivra après la Seconde Guerre mondiale puis il sombrera peu à peu dans l’alcoolisme.

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Angriff (Der). Journal de propagande national-socialiste créé – délibérément au cœur de « Berlin la rouge » – par Joseph Goebbels à l’été 1927. Sa parution est d’abord bihebdomadaire avant de devenir quotidienne, en octobre 1930.

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Appel, Jan (alias Jan Vos, Jan Arndt et Max Hempel, 1890-1985). Né dans un village du Mecklenburg, cet ouvrier professionnel des chantiers navals adhère au SPD en 1908. En contact avec les radicaux de gauche (Linksradikale) de Hambourg pendant la guerre, président des Revolutionäre Obleute (délégués révolutionnaires ou « shop stewards ») de Hambourg, il joue un rôle majeur dans la conduite de la grève des usines d’armement de la cité en mars 1918. Il devient spartakiste, puis adhère au KPD de la ville. En octobre 1919, il représente l’opposition de gauche hambourgeoise au congrès de Heidelberg, participe aux combats armés de la Ruhr en mars 1920, puis, le mois suivant, adhère au KAPD lors de sa fondation. Durant l’été 1920, il est envoyé à Moscou avec Franz Jung et détourne, avec l’aide de Hermann Knüfken, un chalutier pour se rendre à Mourmansk. À Moscou, il rencontra personnellement Lénine et Radek. Il sera (avec Alexander Schwab) délégué officiel du KAPD au IIIe congrès du Komintern. Responsable et rédacteur du journal unioniste Der Klassenkampf dans la Ruhr, il est arrêté par la police et condamné pour « piraterie » à une peine de prison de deux ans (1923-1925). À partir de 1926, il vit et travaille sur les chantiers navals aux Pays-Bas, milite avec le Groep internationale comunisten (GIC) et commence la rédaction de son ouvrage sur les Principes de base de la production et de la distribution communiste (1930). Recherché après 1933 par le régime hitlérien, qui demande son extradition, il vit dans la clandestinité, tout en restant un membre actif du GIC. Il adhère à l’organisation conseilliste hollandaise Spartakusbond en 1945, qu’il quittera en 1947. Après des années de clandestinité, il finit par obtenir des papiers néerlandais et se marie à une écrivaine néerlandaise d’origine juive, Lea Appel-Bereklauw. Il gardera, jusqu’à sa mort, des contacts avec le milieu communiste des conseils international.

5

Arp, Hans (1886-1966). Né à Strasbourg, peintre, sculpteur et écrivain. Après des études académiques à Weimar et Paris, il s’installe en 1911 à Munich où il adhère au groupe d’avant-garde Der Blaue Reiter. Installé à Zurich en 1916, il est l’un des cofondateurs du mouvement Dada. Comme Max Ernst, il a adhéré au mouvement surréaliste. S’il a été aussi poète et peintre, il demeure avant tout l’un des plus grands sculpteurs du xxe siècle. Hans Arp est mort à Bâle.

6

Aufricht, Ernst Josef (1898-1971). Né à Beuthen (Haute-Silésie), il débute comme acteur à Dresde dès 1920. À partir de 1923, il s’engage dans différents théâtres de Berlin et devient directeur adjoint du Wallner Theater. Il inaugurera en 1928, à Berlin, son propre théâtre, l’Am Schiffbauerdamm – futur Berliner Ensemble –, avec L’Opéra de quat’sous. Il produit aussi Happy End en 1929. À l’arrivée au pouvoir des nazis, il s’exile sur le territoire suisse puis gagne la France où il deviendra agriculteur dans le Calvados et l’animateur sans succès d’une expérience de théâtre surréaliste à Paris. Réfugié aux États-Unis, il y demeure de 1941 à 1953, date à laquelle il rentre à Berlin, non sans avoir produit en 1950, à New York, un Kurt Weill Memorial. Ernst Josef Aufricht a également travaillé avec Max Ophüls. Il est mort à Cannes en juillet 1971.

7

Baader, Johannes (alias Oberdada, 1875-1955) : Né à Stuttgart, il suit un apprentissage de tailleur de pierre (1892-1894) puis, après des études universitaires, exerce en tant qu’architecte à Dresde avant de rejoindre Berlin en 1905. Il y rencontre le poète et plasticien Raoul Hausmann, avec qui il sera au centre du Dada berlinois. Il participe aux revues Neue Jugend, Die Freie Strasse et Der Dada. Après 1917, il profite d’avoir été déclaré fou pour se permettre des parodies ou des cérémonies publiques choquantes (Christ happening, foire dada…). C’est à cette époque qu’il fonde, avec Raoul Hausmann, le Christ GmbH, offrant les adhésions aux pacifistes qui, certifiés par le Christ, doivent être exemptés. En 1918, Johannes Baader écrit Die acht Weltsätze (Les Huit Thèses du monde), tract quasi religieux, puis annonce en 1919 la résurrection d’Oberdada, président de la terre. Il exposera son identité cosmique à travers ses œuvres, collages et sculptures. En 1919-1920, avec Raoul Hausmann, il rédige les manifestes du mouvement dada berlinois et, parallèlement à son activité artistique, va travailler comme journaliste à Hambourg à partir de 1925. Avant de pouvoir reprendre son métier d’architecte en 1941, il sera plusieurs fois interné par les nazis. À partir de 1945, il se consacre à la peinture et meurt, dix ans plus tard, à Adeldorf (Basse-Bavière) où il s’était retiré.

8

Bachmair, Heinrich (1889-1960). Fils de pharmacien, écrivain, il est devenu un célèbre éditeur de Munich. Il fut notamment l’ami du jeune expressionniste Johannes Becher, dont il publia les quatre premiers ouvrages (1911-1913).

9

Ball, Hugo (1886-1927). Après une formation théâtrale auprès de Max Reinhardt, il devient dramaturge à Munich, où il entre en contact avec les expressionnistes juste avant la guerre. Très proche de l’anarchisme, il participe à la rédaction de Die Aktion jusqu’en 1915. Au mois de mai de cette année de disgrâce, il va émigrer à Zurich. C’est là qu’il fonde en février 1916 (avec Hans Arp, Tristan Tzara et Marcel Janco) – à quelques mètres de l’appartement où habitait Lénine – le Cabaret Voltaire. Il rompt en 1917 avec le dadaïsme et s’essaie au journalisme politique dans la Freie Zeitung de Berne. Marié en 1920 à Emmy Hennings, il va se tourner vers le catholicisme et se lier d’amitié avec Hermann Hesse, dont il publie la biographie en 1927, l’année de sa mort.

10

Barlach, Ernst (1870-1938). Né à Wedel (Holstein), mort à Rostock (Mecklemburg-Poméranie occidentale). Fils d’un médecin de campagne, Ernst Barlach suit des études d’arts plastiques à l’académie de Dresde (1891-1895), puis dessine des caricatures pour les revues Jugend et Simplicissimus entre 1897 et 1908. Engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale, il en revient pacifiste convaincu. Graphiste de très grand talent, Ernst Barlach est surtout connu pour ses sculptures. Adepte de l’Art nouveau, puis expressionniste, il sera membre de la Berliner Secession (groupe d’artistes allemands, actif de 1898 à 1933), de l’Académie prussienne des arts et de celle de Munich, et recevra le prix Kleist en 1924. À partir de 1926, ses sculptures de « maudissement » de la guerre vont lui attirer la haine de toutes les droites, au point que certaines seront retirées des lieux d’exposition. Considéré par les nazis comme l’un des représentants de l’art « dégénéré », il lui sera interdit de peindre et d’exposer, et la plupart de ses œuvres sont confisquées.

11

Barthel, Max (1893-1975). Né à Dresde, fils de maçon, Max Barthel travaille dès l’âge de quatorze ans à l’usine et fait partie de l’Organisation des jeunes travailleurs socialistes. Engagé dans l’infanterie, il publie en 1916 ses premiers poèmes contre la guerre. Membre du Spartakusbund, il adhère au KPD à Stuttgart en décembre 1918, et il est arrêté en 1919 pour sa participation à l’insurrection spartakiste. Dans les années 1920, il écrit de la poésie engagée, exaltant la révolution communiste et le pacifisme. Il est délégué jusqu’en 1922 aux congrès du Komintern puis quitte le KPD l’année suivante pour se consacrer à sa carrière d’écrivain indépendant, produisant récits de voyage et romans d’évasion. Après l’arrivée au pouvoir de Hitler, il se tourne vers le nazisme et devient rédacteur du journal nazi Der Angriff. D’après son autobiographie Kein Bedarf an Weltgeschichte (Pas besoin d’histoire mondiale, 1950), il aurait rapidement changé d’opinion et aurait été un représentant de « l’émigration intérieure ». Pendant toute la Deuxième Guerre mondiale, il travaille comme correspondant de guerre et, en 1948, après avoir été désigné persona non grata en RDA, il est arrêté puis s’enfuit en France. Peu après cet épisode, il va s’installer en Rhénanie où il finira sa vie comme écrivain.

12

Becher, Johannes Robert (1891-1958). Né à Munich dans une famille bourgeoise, Johannes Becher entreprend des études de médecine, de lettres et de philosophie à Berlin, Munich et Iéna, qu’il interrompt pour se consacrer à la littérature. Expressionniste, il collabore en 1912 à la revue Die Aktion avant de fonder sa propre revue, Die Neue Kunst. Membre de l’USPD dès sa fondation, il adhère au Spartakusbund, puis au KPD en 1921. Son recueil de poèmes Der Leichnam auf dem Thron (Le Cadavre sur le trône, 1925) et son roman Levisite oder der einzig gerechte Krieg (Levisite ou la Seule Guerre juste, 1926) lui valent l’accusation de « haute trahison littéraire », mais les protestations, en Allemagne et à l’étranger, contraignent le tribunal à abandonner les poursuites. Après l’arrivée au pouvoir des nazis, il émigre à Moscou en avril 1933, tout en voyageant à Prague et à Paris. En Union soviétique, il dirige, à partir de 1935, la revue littéraire de langue allemande Internationale Literatur, qui reflète les préoccupations soviétiques en matière littéraire et où il multiplie les articles de justifications des procès de Moscou. De retour en Allemagne, en mai 1945, il fonde la célèbre maison d’édition Aufbau-Verlag. En 1946, il intègre la direction du SED, avant d’écrire l’hymne de la RDA (1950), qui lui vaudra le titre de président de l’Académie des arts de Berlin-Est (de 1950 à 1953). Il recevra le prix Staline pour la paix (1952) avant d’être nommé, en 1954, ministre de la Culture de la RDA. En 1957, ayant perdu son influence politique, il tentera un rapprochement avec les écrivains de l’Ouest.

13

Benn, Gottfried (1886-1956). Né à Mansfeld en Allemagne d’un père pasteur, Gottfried Benn fait des études de théologie, de philologie et de médecine. Il sera médecin militaire pendant les deux guerres mondiales. Après avoir été favorable à l’instauration du régime hitlérien, il est exclu en 1938 de la Chambre de la littérature du Reich et frappé de l’interdit de publication. Il fait néanmoins imprimer à ses frais un recueil, Vingt-deux poèmes (1943). Gottfried Benn, devenu célèbre après la parution de Poèmes statiques en 1948, a reçu le prix Büchner en 1951 ; il est considéré comme une grande figure de l’expressionnisme, orienté vers la « transcendance », et comme l’un des plus grands écrivains allemands de sa génération, au même titre que Thomas Mann ou Bertolt Brecht.

14

Berliner Zeitung. Journal crée en 1877, dont l’avatar fut après 1945 le Boulevardzeitung Berliner Zeitung (BZ) édité par Ullstein – à ne pas confondre avec le Berliner Zeitung, titre de plus grande diffusion, fondé par le colonel russe Aleksander Kirsanov le 21 mai 1945. Ce quotidien sera, de fait, le quotidien « officieux » du SED pour Berlin. La chute du mur mit fin à l’existence séparée de deux Berliner Zeitung. Celui-ci paraît sous le même titre dans Berlin réunifié.

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Bermann-Fischer, Gottfried (1897-1995). Né en Haute-Silésie, à Gleiwitz (aujourd’hui Gliwice, en Pologne), ce jeune médecin, époux de la fille de l’éditeur Samuel Fischer, fait son entrée dans la maison de son beau-père en 1925 et en prend les rênes en 1932. L’arrivée au pouvoir de Hitler le contraint à émigrer à Vienne avec une partie de son équipe. Après l’Anschluss, il réussit de justesse à se réfugier à Stockholm où il continue de diriger la maison d’édition en exil. De retour en Allemagne, dans les années 1950, il reprend la direction de la maison mère allemande jusqu’à sa retraite en 1963, en éditant Freud, Kafka, Virginia Woolf, Boris Pasternak, Anne Frank, etc. Il est mort presque centenaire dans sa maison en Toscane.

16

Bierbaum, Otto Julius (alias Martin Möbius, 1865-1910). Né à Grünberg (Basse-Silésie), poète, romancier, rédacteur et éditeur de revues comme Die Freie Bühne, Pan et Die Insel. En 1897, le baron Ernst von Wolzogen s’inspire de son roman Stilpe pour une représentation donnée au cabaret Überbrettl.

17

Bing, Henry (1888-1965). Paysagiste français, caricaturiste et galeriste, né et mort à Paris. En 1905, il travaille à Munich comme caricaturiste pour le Simplicissimus et la Jugend. En 1906, il retourne à Paris où il fréquente, jusqu’en 1910, le fameux café du Dôme à Montparnasse. En 1911 et 1912, il donne de nombreuses contributions à la revue d’art Der Komet (Leipzig). Par la suite, il travaillera surtout au côté de Hans Goltz, un marchand de tableaux, pionnier de l’art moderne (fauvisme, cubisme, et expressionnisme). Après la Première Guerre mondiale, il vit à Zurich. Il rentrera à Paris en 1925 pour ouvrir sa propre galerie d’art, Bing & Co.

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Blass, Ernst (1890-1939). Fils d’un commerçant juif de Berlin, docteur en droit, archiviste de banque, journaliste, critique de cinéma et de théâtre, lecteur de maison d’édition et poète. Il s’engage tôt dans la bohème littéraire berlinoise ; il appartient à la première association d’auteurs expressionnistes : le Neuer Klub. Il donne des auditions poétiques au cabaret Gnu (Le Gnou) et publie, dès 1910, dans les revues d’avant-garde Der Sturm et Die Aktion, ainsi que dans la Fackel de Karl Kraus. Son premier recueil de poèmes, Die Strassen komme ich entlang geweht (Le long des rues, au gré du vent, 1912), est l’une des pièces majeures de la littérature expressionniste, qui décrit, de façon lyrique, l’isolement et la souffrance de l’individu dans les grandes villes modernes. À partir de 1914, avec l’édition de son mensuel littéraire et philosophique Die Argonauten, il se rapproche de l’esthétique néoclassique. Devenu aveugle à la fin des années 1920 après avoir contracté une tuberculose oculaire, il ne publiera plus rien sous le nazisme et mourra des suites de la tuberculose pulmonaire, en janvier 1939, à Berlin, dans la misère la plus totale.

19

Blei, Franz (1871-1942). Critique littéraire autrichien né à Vienne et traducteur du français (Laclos, Baudelaire, Claudel et Gide, dont il fut le correspondant). Franz Blei est rédacteur et éditeur de nombreuses revues, en particulier Hyperion (1908-1910), où Kafka et Musil ont fait leurs premiers pas. Son œuvre la plus connue demeure Le Grand Bestiaire de la littérature allemande (1920), où il présente, suivant l’ordre alphabétique, des littérateurs illustres comme des animaux exotiques. Il fuit l’Allemagne dès 1932 pour se réfugier à Majorque, puis en France après le putsch franquiste, avant de gagner les États-Unis, où il mourra.

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Bleibtreu, Karl (1859-1928). Fils d’un peintre de batailles, cet écrivain protestant né à Berlin est un critique littéraire féroce, un historien militaire très conservateur et un grand admirateur d’Émile Zola et du naturalisme. Fondateur de la Deutsche Bühne en 1890, il s’oppose au nouveau théâtre « étranger » incarné par Ibsen et Strindberg. À partir de 1900, il se fait le chantre d’un « bouddhisme ésotérique », tout en s’attaquant violemment au libéralisme de gauche, au « matérialisme » et au socialisme athée. Antisémite, il fut le défenseur de la monarchie, du colonialisme et du militarisme. Marié à une Suissesse, il s’installe en Suisse en 1908 et meurt à Locarno.

21

Blüher, Hans (1888-1955). Philosophe né à Freiburg (Silésie) et mort à Berlin. Par sa philosophie nietzschéenne, il influence notablement le mouvement de jeunesse Wandervogel. Dans son œuvre principale, Die Rolle der Erotik in der männlichen Gesellschaft (1917), il diffuse l’idée d’une « société homo-érotique virile » comme « forme sociale héroïque ». Il ne fut pourtant jamais partisan du national-socialisme, en dépit de certaines affinités avec l’idéologie « völkisch ».

22

Bluth, Karl Theodor (1892-1964). Né à Berlin, mort à Londres. Écrivain et psychiatre, auteur d’une thèse de médecine remarquée sur Novalis, Karl Bluth publia en 1918 son premier recueil de poèmes, qui appartient déjà à l’expressionnisme tardif. Dans les années 1920, il écrit surtout des drames, en particulier Die Empörung des Lucius (La Rébellion de Lucius, 1924), qui sera rapidement interdit à Berlin en raison de sa dénonciation du totalitarisme en gestation. Ses œuvres seront également victimes des autodafés nazis en 1933. Après avoir émigré en Amérique latine (1934), il revient sur le continent européen (1936) et ouvre à Londres un cabinet médical dans lequel il exercera en psychiatrie, suivant des méthodes hétérodoxes pour guérir artistes et écrivains illustres.

23

Bombacci, Nicola (1879-1945). Membre du conseil national de la CGIL (la CGT italienne) en 1911 et secrétaire du parti socialiste de 1917 à 1919, Nicola Bombacci est arrêté pour « défaitisme » pendant la Première Guerre mondiale. Député socialiste de Bologne (1919), il fait partie du courant favorable à l’URSS et représente l’Italie au IIe congrès du Komintern en juillet-août 1920. L’année suivante, il siège au comité central du parti communiste italien et devient directeur d’Il Comunista et de l’Avanti comunista. Le 5 décembre 1923, le député communiste Bombacci tiendra à la Chambre un discours dans lequel il affirmera l’existence d’« affinités électives » entre la Révolution russe et la « révolution fasciste ». Il sera exclu en 1927 du PCI et se rapprocha peu à peu du parti fasciste, auquel il adhérera en 1934. Avec l’aide du régime mussolinien, il fonde ensuite la revue La Verità, qui voit l’Italie comme une « nation prolétaire » devant se frayer son chemin par la force face à l’impérialisme des puissances nanties. Lors de la chute de Mussolini en juillet 1943, il est l’un des inspirateurs du programme de gouvernement du nouveau parti fasciste de la République de Salò. Fait prisonnier par des partisans, il est exécuté à Dongo le 28 avril 1945, et tombe en criant : « Vive Mussolini ! Vive le socialisme ! » Son corps fut exposé, pendu par les pieds, au côté de celui de Mussolini et de sa maîtresse Clara Petacci, sur la place Loretto de Milan.

24

Breuer, Robert (1878-1943). De son vrai nom Lucian Friedländer, Robert Breuer est né à Rzeki, près de Tschenstochau (Czestochowa, en Pologne, haut lieu de pèlerinage). Il est l’un des cofondateurs, en 1909, de l’Association pour la défense des écrivains allemands. Il est journaliste et critique d’art pour le quotidien social-démocrate Vorwärts puis, à partir de 1911, pour Die Schaubühne où il rédige, en 1915, sous le nom d’emprunt de « Germanicus », une série d’éditoriaux critiques sur la politique du gouvernement, qui conduira à l’interdiction de la revue. Secrétaire du Comité national pour l’instauration d’une paix d’entente en 1917, il devient en novembre 1918 le chef du service de presse de la chancellerie dirigée par Ebert, dont il est et restera l’un des hommes de confiance. Lié à la Weltbühne en tant que journaliste politique et culturel jusqu’en 1931, il est emprisonné l’année suivante pendant plusieurs mois, puis gagne la France, via la Tchécoslovaquie, en janvier 1933. À Paris, il écrit dans les différents journaux de l’émigration allemande et signe l’Appel pour un front populaire allemand (Volksfrontaufruf) en décembre 1936. Il est ensuite interné par le gouvernement français (1939), mais réussit à gagner la Martinique (1940), où il mourra trois ans plus tard, dans une misère totale.

25

Bronnen, Arnolt (1895-1959). Fils d’un écrivain et professeur de lycée juif, cet écrivain autrichien acquit la gloire littéraire pour sa pièce de théâtre Vatermord (Parricide, 1920). Dans les années 1920, il se lie d’amitié avec Brecht et travaille pour lui. À partir de 1927, il se rapproche des cercles d’extrême droite, d’abord d’Ernst Jünger puis d’Otto Strasser et de Goebbels.

26

Sous le nazisme, il travaille pour la radio et la télévision naissante. Malgré son allégeance au régime et son statut de « demi-juif », il est exclu, par deux fois, de la chambre des écrivains (en 1937 puis en 1943) et interdit de publication. Il prend ensuite contact avec la résistance autrichienne (1943-1944) avant de devenir, en 1945 et pour une brève période, maire KPÖ (parti communiste autrichien) de la commune de Bad Goisern. Avant de quitter l’Autriche pour Berlin-Est en 1955, il sera metteur en scène pour la Scala de Vienne. Il meurt peu après sans avoir pu reprendre une véritable carrière théâtrale.

27

Bruch, Max (1838-1920). Musicien, compositeur et chef d’orchestre, né à Cologne et mort à Berlin. Ami de Brahms et de Sarasate, il fut à son époque un célèbre et prolifique compositeur de style romantique et antiwagnérien, ayant acquis une célébrité tant en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis. Très conservateur, il s’opposa à la musique nouvelle de Richard Strauss et Max Reger. Sous le nazisme, ses œuvres disparurent des répertoires sous prétexte qu’il aurait été juif.

28

Buchrucker, Bruno Ernst (1878-1966). Militaire allemand, ce major participa au putsch de Kapp en 1920. Il fut officiellement licencié de la Reichswehr afin de constituer – en réalité pour le compte de cette dernière, et avec les fonds des magnats de l’industrie lourde – dans la région du Brandebourg l’organisation paramilitaire Orgesch, qui regroupait, dans l’esprit des corps francs, plusieurs centaines de milliers de membres. Après son interdiction par l’Entente, cette organisation fut remplacée par une nouvelle structure : la Reichswehr noire. Celle-ci regroupait aussi bien les SA que les Casques d’acier et son but était d’instaurer une dictature militaire fasciste afin de « libérer » l’Allemagne du joug de « Versailles » et du « communisme bolchevique ». Le 1er octobre 1923, le major Buchrucker fait une tentative de putsch sans lendemain à Küstrin (Kostrzyn nad Odra), qui lui vaut une condamnation à dix ans de prison. Cette peine vaut aussi pour des meurtres clandestins (fememorde) qui étaient pratiqués jusque dans les rangs de la Reichswehr noire. Membre du parti nazi dès 1926, il sera amnistié en octobre 1927, mais son adhésion à la tendance d’Otto Strasser lui vaudra d’être enfermé en camp de concentration à la suite de la Nuit des longs couteaux, en 1934.

29

Däubler, Theodor (1876-1934). Né à Trieste, alors austrohongroise, d’une mère silésienne et d’un père triestin d’origine allemande, Theodor Däubler publie en 1910 un recueil de poésies lyriques et épiques fortement influencées par l’expressionnisme, qui le rendent aussitôt célèbre. Dans les années 1920, il est membre de l’Académie des arts et président du Pen-Club. Grand voyageur mais de santé fragile, il s’établit en 1926 en Allemagne, où il va mourir.

30

Delaisi, Francis (1873-1947). Né dans un petit village de Mayenne dans une famille modeste, François (dit Francis) Delaisi, après des études d’histoire, abandonne le professorat pour devenir journaliste à Paris. Spécialisé dans les questions économiques, il collabore jusqu’en 1913 avec les milieux syndicalistes révolutionnaires de la revue La Vie ouvrière, en particulier avec Alphonse Merrheim. Après la guerre de 1914-1918, il est en contact avec Léon Jouhaux et les syndicalistes de la CGT. Il est associé à l’élaboration du Plan de la CGT (1934-1935) et à la publication du mensuel L’Atelier pour le Plan. Il est aussi chargé du cours d’économie à l’Institut supérieur ouvrier, tandis que le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes publie en 1936 son livre La Banque de France aux mains des 200 familles. Munichois, il demeure proche de Marcel Déat après 1940 et le Comité national des écrivains le frappe d’interdiction à la Libération.

31

Deutsch, Ernst (alias Ernest Dorian, 1890-1969). Fils d’un gros commerçant de Prague, l’acteur autrichien Ernst Deutsch commence sa carrière théâtrale sur les planches de la Volksbühne de Vienne. Jusqu’à l’avènement du cinéma parlant, il est considéré comme le parangon de l’acteur expressionniste dans de très nombreux films. Considéré comme juif, il doit quitter l’Allemagne en 1933 et joue alors sur de nombreuses scènes européennes. En 1938, il émigre aux États-Unis, où il prend la nationalité américaine. Il joue dans des films de guerre américains sous le pseudonyme d’Ernest Dorian. Après la guerre, il retourne à Vienne, puis s’installe finalement à Berlin en 1951. Il fait de nouvelles apparitions au cinéma dans des films comme Le Procès (1948), Le Troisième Homme (1949) et Nathan le Sage (1955).

32

Donovan, William Joseph (1883-1959). Ce général est considéré comme le père des services secrets américains. Il est placé par Roosevelt en 1942 à la tête de l’Office of Strategic Services (OSS), précurseur de la CIA.

33

Draxler, Ludwig (1896-1972). Avocat et homme politique, Ludwig Draxler fut ministre autrichien des Finances du 17 octobre 1935 au 3 novembre 1936. Son « règne » fut celui d’une austérité musclée, imposée par la SDN. Le parti nazi le fit interner au camp de concentration de Dachau pour sa critique l’Anschluss en février 1938. Libéré, il sera appelé à servir dans l’armée de l’air en septembre 1939 en tant que capitaine. Il sera aussi conseiller juridique pour le compte de la Dresdner Bank. Ayant repris sa profession d’avocat après la guerre, il comptera parmi ses clients Otto von Habsburg, dont il a permis le retour en Autriche, en 1966, en tant « personne privée » et non comme prétendant au trône.

34

Durieux, Tilla (1880-1971). Née à Vienne d’un père professeur de chimie et d’une mère pianiste d’origine hongroise, Ottilie Godeffroy a repris le patronyme de sa grand-mère maternelle française et s’est fait connaître sur scène sous le nom de Durieux. Elle débute véritablement sa carrière d’actrice en 1903, en intégrant à Berlin la troupe de Max Reinhardt ; elle contribuera à la création de plusieurs pièces de Bernard Shaw. Mariée en 1910 au marchand de tableaux, mécène et critique d’art Paul Cassirer (1871-1926), sa beauté rayonnante inspire des peintres illustres tels Oskar Kokoschka et Auguste Renoir. En 1914, elle entame une carrière cinématographique qui culmine en 1929 avec le film de Fritz Lang La Femme sur la Lune. Mais, à partir de 1927, elle s’associe avec Erwin Piscator pour fonder le théâtre de Nollendorfplatz à Berlin et se consacre presque totalement à la scène. Elle épouse en 1930 le magnat de la bière et mécène Ludwig Katzenellenbogen. Fuyant le nazisme, Tilla et son époux vont s’installer en Yougoslavie (Croatie), après bien des errances. Suite à l’arrestation de son mari par la Gestapo, l’actrice s’engage dans la résistance yougoslave, puis travaille, après la guerre, pour un théâtre de marionnettes à Zagreb. De retour à Berlin en 1952, elle publie ses Mémoires et commence une seconde carrière cinématographique et théâtrale jusqu’à la fin des années 1960.

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Earle, George (1890-1974). Ancien gouverneur démocrate de Pennsylvanie de 1935 à 1939, ami de la famille Roosevelt. Ambassadeur à Vienne de 1933 à 1935, puis à Sofia de 1940 à 1942. Ce « commandant de marine » était l’attaché naval personnel de Roosevelt, à Istanbul, au printemps 1943. C’est en tant que tel qu’il fut « approché » par l’amiral Canaris pour tester l’attitude des États-Unis en cas de reddition de l’Allemagne et de livraison aux Alliés de Hitler comme criminel de guerre. Le président Roosevelt ne répondit pas à cette proposition, mais lui demanda néanmoins d’établir un rapport sur l’origine du massacre de Katyn en 1944. Earle, qui en concluait que l’origine était soviétique, se vit formellement interdire par Roosevelt d’écrire quoi que soit sur la question et fut envoyé, au début de l’année 1945, en exil sur l’île de Samoa. Revenu aux États-Unis, il se lança dans les affaires.

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Einstein, Carl (1885-1940). Né dans une vieille famille juive de Neuwied-sur-le-Rhin, Carl Einstein fait des études d’histoire, d’histoire de l’art et de philosophie à l’université de Berlin. Très lié à la revue Die Aktion de Franz Pfemfert, il y publie en série, puis en volume à l’Aktion-Verlag, son roman « cubiste » Bébuquin ou les Dilettantes du miracle (1912), dédié à André Gide. En 1915, son ouvrage La Sculpture nègre fait de cet ami de George Grosz, Georges Braque et Picasso le véritable découvreur de l’art africain en Europe. Pendant la Première Guerre mondiale, il combat en Alsace puis il est muté à Bruxelles où il joue un rôle de premier plan dans la formation du conseil de soldats de la ville après la défaite allemande. Rentré à Berlin, il participe au mouvement spartakiste et assiste à l’enterrement de Rosa Luxemburg. Suite à une campagne de diffamation menée par les milieux d’extrême droite contre sa pièce Die Schlimme Botschaft (1921), il est condamné à six semaines de prison pour « blasphème contre le Christ », qu’il présente comme un idéaliste communiste, en proie à la vindicte des bourgeois. Il quitte alors l’Allemagne pour s’installer en France où il fonde avec Georges Bataille, en 1929, la revue Documents. Il co-écrit également le scénario et les dialogues du film de Jean Renoir, Toni (1934). Durant ces années, il considère que les avant-gardes, « vendues aux idéologies régnantes », sont « vidées de leur force productrice, asservies au profit ». En 1936, il part combattre en Espagne dans la centurie Erich Mühsam de la colonne Durruti. Revenu en France, en janvier 1939, sous l’uniforme d’officier républicain, il sera successivement interné et libéré. En proie au désespoir, il décide de se suicider le 5 juillet 1940 en se jetant dans le gave de Pau, pour ne pas tomber entre les mains des nazis ou des franquistes.

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Eisler, Hanns (1898-1962). Né à Leipzig (Saxe), fils du philosophe autrichien Rudolf Eisler et frère de Ruth Fischer, Hanns Eisler est élevé dans l’ambiance viennoise et fréquente, après son service militaire (1916-1918), le conservatoire de Vienne pour la composition. Il est l’élève privé d’Arnold Schönberg, auquel il consacre en 1925 une sonate, avant de rompre avec lui. Eisler est attiré dès 1918 par les idéaux communistes et cet élan marquera sa création musicale. Proche du KPD, il n’en sera néanmoins jamais membre, contrairement à sa sœur, Ruth Fischer. En 1926, il compose pour ce parti les célèbres chants ou cantates Roter Wedding et Das Rote Sprachrohr. C’est dans ce contexte que débute sa collaboration avec Bertolt Brecht, lui-même marxiste. Hanns Eisler écrit la musique de plusieurs pièces de Brecht comme La Mère (d’après le roman de Maxime Gorki). Tous deux ont aussi produit des chants politiques durant les années agitées de la République de Weimar. Ainsi le Solidaritätslied (Chant de solidarité, 1931) du premier film parlant « communiste » Kuhle Wampe, dont le rôle principal est tenu par son chanteur fétiche Ernst Busch (1900-1980). Dès février 1933, la musique d’Eisler et la poésie de Brecht sont proscrites par le parti nazi. Le musicien quitte aussitôt l’Allemagne pour la Tchécoslovaquie, puis séjourne à Paris, Londres et Vienne, avant de rejoindre l’Espagne révolutionnaire, où il compose les chants de lutte des Brigades internationales. Il s’exile en janvier 1938 aux États-Unis où, installé à Hollywood, il sera accusé à la fin de la guerre d’être « le Karl Marx de la musique ». En proie aussi à la vindicte « anticommuniste » de sa sœur, il sera sous le feu des commissions maccarthystes en 1947. Contraint de partir au printemps 1948, après un séjour à Vienne, il s’installe à Berlin-Est où il continue de composer. Il mettra notamment en musique l’hymne officiel de la RDA, Auferstanden aus Ruinen (Ressuscité des ruines…). Son projet le plus ambitieux, un opéra moderne sur le thème de Faust, sera attaqué par la censure est-allemande et sa loyauté politique mise en cause. Ce climat politique et la mort de Brecht assombrissent ses dernières années. Il est enterré près de Brecht au cimetière de Dorotheenstadt.

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Fischer, Samuel (1859-1934). Né à Mikulás, en Autriche-Hongrie (aujourd’hui Liptovsky Mikulás, Slovaquie), Samuel Fischer s’installe en 1874 comme libraire à Vienne, puis en 1883 à Berlin où il fonde la maison d’édition Fischer-Verlag (1886).

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Il publie entre autres Thomas Mann, Stefan Zweig, et fait traduire Dostoïevski, mais son grand succès demeure Berlin Alexanderplatz de Döblin (1929). La Première Guerre mondiale interrompt les relations de la maison d’édition avec l’étranger et la production baisse fortement. Après l’arrivée au pouvoir des nazis et jusqu’à sa mort en 1934, la maison d’édition est menacée, mais son fondateur ne prendra jamais au sérieux les restrictions sur la liberté de presse et les lois antisémites.

40

Flake, Otto (1880-1963). Né à Metz, Otto Flake étudie la philologie allemande, la philosophie et l’histoire de l’art à Strasbourg. Il appartient au cercle des jeunes écrivains alsaciens, regroupé autour de René Schickelé et Ernst Stadler. Pendant la Première Guerre mondiale, il travaille dans l’administration civile à Bruxelles et, en 1918, s’établit à Zurich et rejoint le cercle Dada. Sous la république de Weimar, il est collaborateur du Neuer Rundschau. En 1933, il signe, à la demande de son éditeur Samuel Fischer, un document assurant son dévouement à Hitler pour soutenir la maison d’édition, ce qui lui vaudra de vives critiques, notamment de la part de Thomas Mann, Bertolt Brecht et Alfred Döblin. Après la fin de la guerre, en 1945, Otto Flake sera nommé au conseil de la culture de Baden-Baden. Il reste un romancier apprécié pour sa production des années 1920 (Ruland et Fortunat) et un grand traducteur de Balzac et Stendhal.

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Francé, Raoul Heinrich (1874-1943). Né à Vienne (Autriche), savant reconnu, botaniste et microbiologiste, mais aussi illustrateur raffiné de revues de sciences naturelles. Raoul Heinrich Francé (ou Franzé) est considéré comme le fondateur de la biotechnologie. Il est le cofondateur, en 1907, de la Société de micrologie allemande dont il dirige, jusqu’en 1919, l’Institut de biologie. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages de vulgarisation consacrés à la philosophie de la nature.

42

Frank, Leonhard (1882-1961). Né à Würzburg (Basse-Franconie), proche de l’expressionnisme, figure inclassable de la littérature allemande, Leonhard Frank se définit lui-même comme un « socialiste sentimental et rebelle ». Après avoir grandi dans des conditions matérielles difficiles et exercé divers métiers, il publie son premier roman, Die Räuberbande (La Bande de brigands, 1914) qui lui vaut le prix Fontane. Au cours de la Première Guerre mondiale, il s’exile à Zurich en raison de ses convictions pacifistes. Au cours de son séjour en Suisse, il rencontre les fondateurs du Cabaret Voltaire et les premiers dadaïstes, en particulier Tristan Tzara et Hugo Ball. Il y publie son recueil de nouvelles Der Mensch ist gut (L’homme est bon, 1918), qui est un exemple typique de l’expressionnisme pacifiste. Pendant la révolution allemande, il est membre du conseil révolutionnaire de Munich. En 1923, écrivain indépendant, il est nommé vice-président du Pen-Club. Après la victoire des nazis, il reprend le chemin de l’exil : Suisse, Angleterre, France, États-Unis… Il devra attendre 1950 pour rentrer en Allemagne où il publie deux ans plus tard son chef-d’œuvre, Links, wo das Herz ist (À gauche, à la place du cœur), un roman autobiographique qui retrace sa traversée du siècle, de la bohème de Munich avant 1914 en passant par le naufrage de la République de Weimar, l’arrivée de Hitler au pouvoir et les étapes du calvaire de l’émigration antinazie.

43

Frankfurter Zeitung. Ce quotidien libéral démocrate fondé en 1856 par le banquier Leopold Sonnemann et Heinrich Rosenthal parut d’abord sous le titre de Frankfurter Geschäftsbericht. C’est seulement en 1859 qu’il prend le titre de Neue Frankfurter Zeitung. Interdit par le gouvernement prussien en 1866, il put reparaître sous le nom de Frankfurter Zeitung und Handelsblatt. Pendant la Première Guerre mondiale, le quotidien se prononça pour la paix en Europe et soutint dans les années 1920 la politique d’« apaisement » menée par Gustav Stresemann. En 1933, le nazisme contraignit le journal à se séparer de ses plumes les plus brillantes, telles celles de Siegfried Kracauer et Walter Benjamin. Le quotidien fut ensuite définitivement interdit par Hitler en août 1943. L’actuel Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui se fonde sur l’héritage du premier, a réapparut le premier novembre 1949.

44

Frick, Ernst (1881-1956). Fils d’un voyageur de commerce, né à Kronau, le Suisse Ernst Frick suit une formation de fondeur. Il se revendique anarchiste et devient rédacteur de la revue Weckruf (1904-1906). En 1907, il participe à l’évasion d’un anarchiste russe incarcéré dans la caserne de la police cantonale zurichoise, ce qui lui vaudra un an de détention à Regensdorf (1912-1913). En 1911 et jusqu’à la fin de ses jours, il s’installe à Ascona, d’abord avec Frieda Gross-Schloffer, l’épouse du psychiatre Otto Gross, puis en 1920, avec la photographe Margarethe Fellerer. Il se consacre alors à la peinture et co-fonde l’association artistique Der grosse Bär (1924). Dès 1928, il s’occupe des fouilles de la forteresse de Balla Drume, au-dessus d’Ascona, et publie des essais d’archéologie celtique.

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Friesland (1889-1953). Né à Apenrade (Schleswig du Nord) dans un milieu conservateur, Friesland, de son vrai nom Ernst Reuter, fait des études de lettres, d’histoire, de géographie et d’économie à Marburg, Munich et Münster. Son adhésion au SPD en 1912 lui interdit une carrière universitaire classique et le conduit à devenir professeur privé à Bielefeld. Pacifiste et partisan d’une paix de compromis durant la Première Guerre mondiale, il est fait prisonnier sur le front russe. Il y devient l’organisateur d’un comité de prisonniers révolutionnaires et le commissaire de la République allemande de la Volga, désigné par Lénine. Revenu en Allemagne sous le nom de Friesland, il fait partie de la direction du KPD en même temps qu’il est élu conseiller municipal de Berlin. Promu secrétaire général du KPD après le IIIe congrès du Komintern, il déplore la dépendance de son parti à l’égard de Moscou et il en est exclu en 1922. Bientôt adhérent du SPD, il est bourgmestre de Magdeburg en 1931 et député au Reichstag l’année suivante. En 1933, après une double arrestation, il réussit à émigrer en Hollande, puis en Angleterre avant d’être appelé à Ankara par l’économiste Fritz Baade. Il y soutint les thèses du groupe Neues Beginnen contre la direction social-démocrate en exil. Autorisé à retourner en Allemagne en 1946, il est réélu au conseil municipal de Berlin puis, l’année suivante, à l’unanimité, premier bourgmestre de Berlin-Ouest.

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Front rouge, voir RFB

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Fuchs, Georg. Écrivain et journaliste. En 1910, il est collaborateur de la Vossische Zeitung et, plus tard, des revues expressionnistes Die Aktion et Die Weissen Blätter. Ami de Franz Jung, il est l’éditeur, en 1918, d’une épisodique Sozialistische Wirtschafts-Korrespondenz. En janvier 1919, il prend brièvement possession avec Franz Jung de l’agence télégraphique Wolff.

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Fuhrmann, Ernst (1886-1956). Né à Hambourg, poète, romancier, philosophe, photographe, Ernst Fuhrmann sera directeur du Folkwang-Verlag, du Folkwang-Museum et de la Karl Ernst Osthaus. Il émigre à New York en 1938, laissant ses archives à Wilhelm Arnholdt, éditeur à Hambourg. On lui doit le concept de « biosophie », qui intègre tous les aspects du monde vivant et pensant.

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Garnier, Octave (1889-1912). Né à Fontainebleau, il commence à travailler à treize ans et sera très tôt révolté contre la société. À dix-sept ans, il fait quelques mois de prison pour vol, fréquente les milieux anarchistes individualistes, puis se réfugie en Belgique pour échapper au service militaire. Revenu en France en 1911, il fait la connaissance de Jules Bonnot dans les locaux de L’Anarchie, alors dirigée par (le futur) Victor Serge et Rirette Maîtrejean, puis évolue vers l’illégalisme. Participant aux actions de la « Bande à Bonnot », il est abattu par la police le 15 mai 1912.

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Gärtner, Heinrich Friedrich (1885- ?). Ancien officier de renseignements pendant la Première Guerre mondiale ; journaliste économique et contact de l’amiral Canaris avec les opposants allemands en exil.

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Gasbarra, Felix (1895-1985). Né d’un père italien et d’une mère allemande, Felix Gasbarra suit des études de droit en Allemagne. En 1921, il adhère au KPD et, à partir de 1923, devient le rédacteur de la revue satirique Der Knüppel, conçue par John Heartfield. Auteur de pièces radiophoniques et collaborateur d’Erwin Piscator, il contribue à la mise en scène d’un théâtre politique, telle la célèbre revue musicale Trotz alledem ! (Malgré tout, 1925). Il dirige aussi un « collectif dramaturgique » auquel appartinrent, entre autres, Bertolt Brecht et Franz Jung. En 1929, il expose la conception du théâtre de Piscator dans son livre Das politische Theater. En 1934, il émigre à Zurich où il poursuit son activité de dramaturge, mais quitte, l’année suivante, le KPD en proie aux purges staliniennes. Il va ensuite s’installer en Italie ; il prend sa carte au parti national fasciste et dirige, en allemand, la propagande radiophonique fasciste. Au moment la seconde chute de Mussolini, il se rallie aux Alliés, est nommé censeur-général de la province germanophone de Bolzano-Bozen, avant de poursuivre une carrière de journaliste au quotidien Die Dolomiten.

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Gegner (Der). Cette revue reprend le titre du périodique créé en 1919 par Julian Gumperz et Karl Otten (et repris ensuite par Wieland Herzfelde du Malik-Verlag). Fondée en juin 1931 par Franz Jung, le Gegner publie notamment des articles d’Ernst Fuhrmann, Raoul Hausmann et Karl Korsch. L’année suivante, c’est Harro Schulze-Boysen qui en poursuit la publication. En 1933, ses bureaux sont saccagés par les SA.

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Gerstenberg, Theodor. Éditeur allemand et ancien condisciple de Franz Jung à Neisse, il a publié les œuvres de ce dernier dans les années 1920 au sein de la maison Gerstenberg, une entreprise familiale créée à Saint-Pétersbourg en 1792, puis installée à Leipzig.

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Gielen, Josef (1890-1968). Né à Cologne, après des études en histoire de l’art, dramaturgie et philosophie, Josef Gielen débute une carrière d’acteur en 1913 puis, à partir de 1921, s’impose peu à peu comme régisseur. Il travaille à Dresde au Staatliches Schauspielhaus (1923-1934) puis au Berliner Staatsoper (1936-1937) et, jusqu’en 1939, au Wiener Burgtheater, dans la capitale autrichienne. Il s’exile en Amérique latine, où il devient chef de régie du Teatro Colón de Buenos Aires. Inquiété après la prise du pouvoir par le général Perón, il rentre en Europe (1948), dirige la mise en scène du Wiener Burgtheater, puis du Wiener Staatsoper (1957-1960).

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Goldschmidt, Alfons (1879-1940). Né à Gelsenkirchen (Ruhr), fils d’un marchand de textiles, il est docteur en sciences politiques et maître de conférences en sciences économiques à l’université de Leipzig. Journaliste économique et politique, il est collaborateur et éditeur du Berliner Tageblatt et de la Weltbühne, puis contribue politiquement à la vie de la Räte-Zeitung entre 1919 et 1920. Il entreprend des voyages en Russie soviétique d’où il rapporte des études soulignant les résultats positifs de la « construction du socialisme ». De 1923 à 1925, il est professeur d’économie aux universités de Córdoba (Argentine), puis de Mexico. En 1929, il devient directeur du Secours rouge international, fondé par le KPD, et dont la présidente était Clara Zetkin. La même année, il crée à Berlin un Institut économique pour l’Amérique latine. En 1933, il émigre, via Moscou, vers les États-Unis. En 1939, il est conseiller du gouvernement mexicain pour l’accueil des immigrants européens antifascistes. Peu avant sa mort à Cuernavaca, il s’est consacré à la rédaction d’une histoire des paysans mexicains depuis la période aztèque. Elle sera publiée de façon posthume sous le titre de Tierra y Libertad.

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Grabisch, Joseph (1888- ?). Ami silésien de Franz Jung, il édite et introduit en 1910, puis en 1921, chez divers éditeurs, les œuvres du mystique silésien Jakob Böhme. Il sera connu par la suite pour ses traductions de Gilbert Keith Chesterton.

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Gräser, Gustav Arthur (alias Gusto, 1879-1958). Frère du précédent, né à Brasov, poète, prophète naturiste et tolstoïen, objecteur de conscience, il incarna à lui seul l’esprit de la communauté d’Ascona. Des poètes, comme Hermann Hesse et Gerhart Hauptmann, élevèrent son personnage au rang d’un mythe. Il mourut à Freimann, près de Munich, non sans avoir mené, après la guerre, de vigoureuses campagnes pacifistes.

58

Gräser, Karl (1875-1915). Né à Brasov (anciennement Cronstadt), en Transylvanie, cet ancien officier de l’armée austro-hongroise est l’un des fondateurs, en 1899, de la colonie végétarienne, naturiste, occultiste, pacifiste et anarchiste de Monte Verità, établie près d’Ascona (Suisse). S’y côtoyèrent théosophes, psychanalystes, révolutionnaires et anarchistes, ainsi que des artistes comme Hermann Hesse.

59

Gross, Otto (1877-1920). Né à Gniebing (Styrie), fils du célèbre criminologue et juge d’instruction autrichien Hanns Gross (1847-1915), Otto Gross suit des études de psychiatrie et de médecine puis devient médecin dans différentes cliniques allemandes et sur des navires, s’adonnant par ailleurs très vite à la cocaïne puis à l’héroïne. À partir de 1904, il devint un adepte de la psychanalyse freudienne. Il s’installe en 1905 dans la communauté libertaire d’Ascona où il revendique l’amour libre. C’est en 1906, à Munich, alors qu’il est l’assistant du psychiatre Emil Kräpelin, qu’il se lie à Franz Jung, Karl Otten, Erich Müshsam. Il participe au premier congrès psychanalytique de Salzburg (avril 1907) et s’inscrit en faux contre la conception freudienne de la « neutralité » du champ psychanalytique (« Nous sommes des médecins, et médecins nous devons rester »). Installé à Zurich pour se désintoxiquer, Gross a affaire au psychanalyste Carl Jung, qui décèle en lui une « démence précoce ». Rejoignant le groupe Die Aktion de Franz Pfemfert en 1913, il a aussi pour projet d’éditer, avec son ami intime Franz Jung, une revue consacrée aux « problèmes psychologiques de l’anarchisme » ; celle-ci ne verra pas le jour… Poursuivi par la police pour avoir donné du poison à son amante et patiente Sophie Benz, il est arrêté à Berlin, chez Franz Jung, puis interné, sur demande de son père, dans un asile de fous autrichien en novembre 1913. Une virulente campagne de presse, menée par Franz Jung, l’en fera sortir. Déclaré « guéri » et libéré de la tutelle de son père (qui meurt en 1915), Otto Gross s’engage en tant que médecin militaire pendant le conflit. Après la guerre, il contribue aux revues prédadaïstes Die Freie Strasse et Die Erde, mais, affaibli par la consommation de drogues « dures », il meurt de consomption en février 1920 à Berlin.

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Gruschwitz, Max (1892-1942). Ancien chef de district du KPD à Breslau. Il est en contact avec des généraux hostiles à Hitler – et avec Otto Strasser dont il édite en Autriche le journal Die Schwarze Front (1937). Emprisonné par les nazis, il est retrouvé pendu dans sa cellule en septembre 1942.

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Halbe, Max (1865-1944). Écrivain, dramaturge et romancier, né près de Danzig, Max Halbe est l’un des plus importants représentants du naturalisme allemand. Il acquiert sa renommée littéraire avec la création à Berlin de sa pièce naturaliste Jugend (1893). Installé à Munich, en 1895, il est le cofondateur, en 1899, de la Volksbühne de Munich et noue une amitié profonde avec le dramaturge Frank Wedekind. Entre 1933 et 1935, il publie une autobiographie soigneusement éloignée de toute expression politique.

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Hammerstein-Equord, baron Kurt von (1878-1943). Ce général prussien est l’époux de la fille du général Walther von Lüttwitz, le putschiste de mars 1920. Lié au général von Schleicher, il cherche, après 1933, à maintenir la Reichswehr en dehors du pouvoir nazi et prend contact avec la résistance militaire à Hitler avant 1939. Mort de maladie, il sera soupçonné en juillet 1944 d’avoir ourdi le complot contre le Führer, auquel ont participé deux de ses fils.

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Harden, Maximilian (1861-1927). Né à Berlin, fils d’un marchand de soie juif, converti lui-même très jeune au protestantisme, Maximilian Felix Ernst Witkowski est acteur dès l’âge de treize ans et deviendra écrivain et journaliste sous le nom de Maximilian Harden. En 1884, il écrit une série d’essais politiques dans Die Gegenwart (Le Présent) sous le pseudonyme d’Apostata. Cofondateur en 1889 de l’association théâtrale Freie Bühne, il réorganise quelques années plus tard, avec Max Reinhardt, le Deutsches Theater de Berlin. Écrivain satirique, il publie, de 1892 à 1922, l’influente revue politique Die Zukunft. Harden s’y fera d’abord le défenseur de Bismarck, dont il est un ami personnel, après l’éjection du pouvoir de ce dernier par Guillaume II. Et y brocardera le militarisme, le chauvinisme et l’art de mauvais goût de l’empereur. En 1906, il s’attaque à la politique extérieure de Guillaume II et de ses conseillers, en accusant plusieurs de ses proches d’homosexualité, ce qui lui vaudra plusieurs procès. Pendant la Première Guerre mondiale, il défend une politique impérialiste, mais « sans annexion de territoires ». Après 1919, il est violemment attaqué par les cercles nationalistes et antisémites et en 1922, peu après l’assassinat de son ami, le ministre libéral d’origine juive Walter Rathenau, il est sévèrement blessé dans un attentat. Il se retire en Suisse l’année suivante et y mourra des suites de l’attentat.

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Heartfield, John (1891-1968). Né à Berlin, John Heartfied, de son vrai nom Helmut Herzfelde, prend des cours à l’École des beaux-arts de Munich en 1908, puis entre en contact avec les revues Die Aktion et Der Sturm lors de son arrivée à Berlin en 1913. Ayant échappé à la mobilisation en 1914, il met au point, avec George Grosz, une technique de collage. En juin 1920, il participe à la foire internationale dada avec Raoul Hausmann et George Grosz. Peu après, Heartfield crée ses premiers photo-montages. Membre du parti communiste allemand dès 1919, il conçoit nombre d’affiches stigmatisant la montée du nazisme, mais utilise aussi sa technique du photomontage pour réaliser des couvertures de revues, des jaquettes de livres, des décors de théâtre et de cinéma. En 1930, il devient le collaborateur régulier du journal Arbeiter Illustrierte Zeitung, dont il illustre les couvertures de photomontages dont la violence fera dire à Louis Aragon qu’il « est le prototype et le modèle de l’artiste antifasciste ». En 1933, il se réfugie à Prague, puis en Angleterre de 1938 à 1949. Il rentre en RDA en 1950 et s’installe jusqu’à sa mort à Berlin-Est, où il produira des affiches et des décors pour le Berliner Ensemble et pour le Deutsches Theater.

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Hennings, Emmy (1885-1948). D’abord chanteuse de cabaret à Berlin, elle va collaborer, en 1914, à la revue satirique Simplicissimus où elle croise Hugo Ball, son futur mari. Elle émigre avec lui à Zurich et contribue à la naissance du mouvement Dada au Cabaret Voltaire. Poétesse, romancière, amie de Hermann Hesse, elle incarne le type même de la femme émancipée qui va inspirer de nombreux artistes. Erich Mühsam voyait en elle un « génie érotique ».

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Herrmann-Neisse, Max (1886-1941). Né à Neisse, en Silésie, tout comme Franz Jung dont il fut le condisciple, Max Herrmann-Neisse étudie la littérature et l’histoire de l’art aux universités de Munich et Breslau. Il commence à publier des poèmes dès 1906. En contact avec les expressionnistes, il publie dans Pan et Die Aktion. Au cours de la Première Guerre, il écrit un roman pacifiste, Cajetan Schaltermann, qui ne sera publié qu’en 1920. Installé à Berlin depuis 1917, il collabore aux revues Die Weissen Blätter et Sirius et produit une pièce de théâtre, Der Sieger Joseph, qui est un grand succès de scène. Critique littéraire de renom, il obtient en 1927 le prix Gerhart-Hauptmann. En 1933, il émigre en Grande-Bretagne via Zurich puis Paris. Il meurt à Londres après avoir publié un recueil de poésie majeur, Um uns die Fremde (Autour de nous l’Étranger, 1936).

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Herzog, Wilhelm (1884-1960). Né à Berlin, fils d’un commerçant juif, Wilhelm Herzog, après des études d’économie, d’allemand et d’histoire de l’art, apparaît sur la scène littéraire avec une remarquable biographie de Kleist (1911). Il deviendra ensuite l’éditeur des revues où s’exprime la jeune génération : Pan (1910-1911) et März (1913). Et surtout l’emblématique tribune pacifiste européenne Das Forum (1914-1915 et 1918-1929) et, après l’interdiction de cette dernière, la revue Die Republik (1918-1919). Il se lie d’amitié avec Frank Wedekind, Heinrich Mann, Romain Rolland, voyage en URSS en 1920 puis en 1924-1925, interviewe Staline… Politiquement, il a adhéré à l’USPD en 1919 puis au KPD en 1921 ; il fut exclu de ce dernier en 1928 pour une attaque de sa revue Das Forum contre le « milliardaire rouge Münzenberg ». Auteur de livres à succès, il a notamment écrit, entre 1929 et 1931, Die Affäre Dreyfus, Der Kampf einer Republik (Le Combat d’une république) et Panama. Dès 1929, il fait de longs séjours en France, puis en Suisse. En février 1933, c’est l’exil définitif ; il s’installe à Paris, où il publie sous le pseudonyme de Julien Sorel. Après de nombreuses péripéties, il se retrouve à l’île de Trinidad (Antilles britanniques), où il est interné de 1941 à 1945, avant de gagner New York. Il rentre à Munich en 1947, où il finit ses jours.

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Hesterberg, Trude (1892-1967). Née à Berlin, nièce d’une grande chanteuse d’opéra, l’actrice, cabarettiste et chanteuse Gertrude Johanna Dorothea Helene Hesterberg commença sa carrière cinématographique en 1912. Elle chanta dès 1915, dans différents cabarets de Berlin, des textes contestataires de Kurt Tucholsky et Erich Kästner. En 1923, elle fonda la Wilde Bühne, qui compta parmi les plus célèbres cabarets du Berlin politico-littéraire. Elle tenta en 1933-1934 d’ouvrir, toujours à Berlin, le cabaret Musenschaukel (L’Escarpolette des muses), qui fut rapidement fermé par les autorités nazies. Après la guerre, installée à Munich, elle commença une seconde carrière cinématographique.

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Hiller, Kurt (1885-1972). Né à Berlin, fils d’un fabriquant de cravates, Kurt Hiller suit des études de droit, de lettres et de philosophie (auprès de Georg Simmel). Représentant de l’aile activiste de l’expressionnisme, il est connu pour ses articles dans Pan et Der Sturm, et pour son travail d’édition, avec notamment la publication de l’almanach Das Ziel. En 1909, il fonde le Neuer Klub avec Jakob van Hoddis, une association d’étudiants et de jeunes artistes, terreau de l’expressionnisme. Puis en 1911, avec Ernst Blass, le cabaret littéraire Gnu. La même année, il participe à la création de la revue Die Aktion aux côtés de Franz Pfemfert. Il publie en 1912, chez Richard Weissbach, Der Kondor, la première anthologie expressionniste. Il contribue activement à la Weltbühne entre 1915 et 1918 puis, après un différent avec son rédacteur en chef Siegfried Jakobsohn, il n’y participe plus pendant six ans. En 1920, Kurt Hiller adhère à la Deutsche Friedensgesellschaft (Société allemande pour la paix), suivant l’influence de l’Union soviétique tout en restant critique par rapport au léninisme. Après la Première Guerre mondiale, il prône un « pacifisme de gauche » et fonde, en 1926, le Gruppe Revolutionärer Pazifisten avec la féministe Helene Stöcker et le pamphlétaire Kurt Tucholsky. Pacifiste, juif et homosexuel, il sera interpellé plusieurs fois quand Hitler arrive au pouvoir. Il sera ensuite arrêté en 1933, puis interné au camp de concentration d’Oranienburg l’année suivante. Libéré, il s’enfuit à Prague, puis à Londres, où il va demeurer à partir de 1938. Il rentre en RFA en 1955 et fonde, à Hambourg, le Neusozialistischer Bund (1956), qui se réclame du socialisme libertaire. Il participe également à de nombreuses revues contestataires (Baubudenpoet, Contra, Zwischen den Kriegen et Lynx).

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Avant de mourir, il rédige son autobiographie, Leben gegen die Zeit (Vie contre le temps), dont la deuxième partie, Eros, sera publié de façon posthume.

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Hoddis, Jakob van (alias Hans Davidsohn, 1887-1942). Fils aîné d’un médecin juif de Berlin et d’une mère silésienne, Jakob van Hoddis étudie la philologie et l’architecture. Il fait la connaissance à l’université de Kurt Hiller, qui fonde avec lui et d’autres étudiants le groupe littéraire Neuer Klub, en 1909. Deux ans après, à la mort de son père, il écrit le poème « Weltende » (La Fin du monde), œuvre visionnaire, considérée comme le point de départ de l’expressionnisme allemand. Ses textes seront dès lors publiés dans les revues d’avant-garde Die Aktion, Der Sturm, Revolution et Die Neue Kunst. En 1912, il se tourna vers le catholicisme et connaît une grave crise psychologique, qui conduit sa mère à le placer dans une institution psychiatrique dont il va s’évader. En 1918, il se situe encore résolument dans la mouvance de la revue Die Aktion, qui publie son seul livre jamais publié de son vivant, sous le même titre phare de Weltwende. Son état mental se dégradant jusqu’à la schizophrénie, il est placé sous la tutelle de son oncle en 1926. Sa mère et ses sœurs émigrent sans lui en Palestine en 1933 tandis qu’il se trouve relégué dans un hôpital israélite, près de Koblenz. En avril 1942, il est déporté au ghetto de Lublin et assassiné au camp d’extermination de Sobibor quelques semaines plus tard.

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Holitscher, Arthur (1869-1941). Né à Budapest en Hongrie, issu d’une famille juive, Arthur Holitscher est d’abord employé de banque à Budapest, puis à Fiume et à Vienne. Influencé par ses connaissances anarchistes françaises, il s’installe à Paris en 1895 et commence à écrire. Après la publication de son premier roman Weisse Liebe (Amour blanc), édité par Albert Langen, il part pour Munich, où il devient rédacteur de la revue Simplicissimus (1896). Il travaille avec Samuel Fischer aux États-Unis en 1907, puis rentre en Allemagne. À l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, ses livres sont brûlés. Combattant antifasciste, il s’installe à Paris puis à Genève, où il s’éteint dans la misère. C’est Robert Musil qui fit son éloge funèbre.

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Hölz, Max (1889-1933). Né à Moritz, près de Riesa, en Saxe, Max Hölz est originaire d’un milieu modeste d’ouvriers agricoles. Il vit une adolescence difficile comme garçon de ferme, puis domestique. En 1908, il saisit l’opportunité de se rendre à Londres et, tout en travaillant, acquiert une formation technique à Chelsea. Revenu sur le territoire allemand en 1910, il exerce une activité à la Croix-Rouge protestante. Engagé volontaire en août 1914, il fera toute la guerre et sera décoré. C’est la révolution de novembre 1918 qui le fait sortir de son apolitisme. Il s’engage avec passion dans le mouvement révolutionnaire, est élu à la tête du conseil des soldats de Falkenstein, adhère à l’USPD, fonde un comité de chômeurs, puis adhère en janvier 1919 au KPD. Véritable Robin des Bois, il rançonne les possédants et distribue l’argent aux pauvres. En mars 1920, il participe à la résistance armée au putsch de Kapp, mettant sur pied l’Armée rouge du Vogtland (Allemagne centrale). Mais après la défaite de cette dernière, il doit s’enfuir en Tchécoslovaquie. Exclu du KPD pour « indiscipline », il est accueilli au sein du KAPD fin 1920 et joue un rôle dans l’Action de mars quelques mois plus tard, à la tête de sa « Garde rouge », en Allemagne centrale. Ses expropriations vont le rendre extrêmement populaire. Arrêté à Berlin quelques semaines après l’échec du soulèvement ouvrier, il est jugé et condamné à la prison à perpétuité. Revenu au KPD en 1922, il bénéficiera d’une importante campagne en faveur de sa libération et d’un appel signé, en avril 1927, par les plus hautes sommités intellectuelles (Albert Einstein, Thomas et Heinrich Mann, Otto Dix, Bertolt Brecht, etc.). Après une tournée triomphale au moment de sa libération (1928), il devient le communiste allemand le plus populaire et il est envoyé en Union soviétique. En septembre 1933, bien qu’excellent nageur, il se noie dans des conditions suspectes aux environs de Nijni-Novgorod (rebaptisée Gorki depuis 1932), alimentant ainsi la rumeur d’un assassinat perpétré par le NKVD. Par la suite, ce dernier le mettra d’ailleurs dans le lot des communistes allemands exilés à Moscou qui auraient préparé, bien avant 1935-1936, un « complot contre-révolutionnaire, terroriste et trotskiste » contre Staline.

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Hülsenbeck, Carl Wilhelm Richard (1892-1974). Né à Frankenau (Hesse), fils de pharmacien, Richard Huelsenbeck

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– il publiera sous ce nom et cette graphie – suit des cours d’histoire de l’art et de littérature à Munich, en 1911-1912, où il fait la connaissance de Hugo Ball au café Stéphanie. Après des études de philosophie à Paris, à la Sorbonne, il commence ses études de médecine à Berlin en 1914. Il publie dans Die Aktion, organise en mai 1915, avec Ball, une soirée expressionniste, prédadaïste, où il récite ses Poèmes nègres. Réformé, il rejoint, en février 1916, Hugo Ball à Zurich, qui vient de fonder le Cabaret Voltaire : c’est le début du mouvement Dada, qui allie la provocation et l’expérimentation poétiques. Il rentre à Berlin en janvier 1917, publie dans la Freie Strasse et, l’année suivante, fonde avec Raoul Hausmann, dans la maison de Franz Jung, le Dada Club (1918-1920). En 1919-1920, il collabore à l’organe de presse du groupe berlinois Der Dada et constitue, avec Raoul Hausmann et le musicien Efim Golyscheff (1897-1970), un « comité central dadaïste » dont le programme est un « communisme » tempéré par l’humour dada : « introduction progressive du chômage par la mécanisation de toutes les activés » ; « utilisation des églises pour le spectacle de poèmes bruitistes, simultanés et dadaïstes », etc. C’est encore en 1920 qu’il se fait l’éditeur du Dada-Almanach, l’une des plus importantes publications dadaïstes. Dès 1921, menant une double activité de médecin et de correspondant de presse, il interrompt toute activité dadaïste. Il ne cesse pourtant pas d’écrire : nouvelles, pièces de théâtre – et récits de voyage en tant que médecin à bord de navires. En 1933, frappé d’interdit d’écriture par le régime nazi, il réussit à quitter l’Allemagne en 1936 et s’établit à New York où il ouvre un cabinet de psychiatre sous le nom de Charles Richard Hulbeck. Il créera, avec des amis, l’Ontoanalytic Association et sera honoré du prix Ludwig Binswanger en 1969 pour sa contribution à la psychanalyse existentialiste. Dans les années 1950, lors du regain d’intérêt pour le dadaïsme, il publie un manifeste, Dada Manifest 1949 (1951), qui sera explicitement condamné par Tzara. Comme dans son autobiographie, parue en 1957, il revendique son rôle de créateur du dadaïsme en Allemagne et nie la mort historique de Dada. Il se retire dans le Tessin en 1970 et commence à peindre.

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Internationale (IIIe). Fondée le 2 mars 1919 à Moscou, sous l’impulsion de Lénine et de Trotski, l’Internationale communiste (ou Komintern d’après l’acronyme russe) regroupe l’ensemble des partis communistes ayant rompu avec les partis socialistes de la IIe Internationale ; elle se trouve d’emblée sous l’influence du parti communiste russe. Rapidement, de nombreux militants en sont exclus et, à partir de 1926, la IIIe Internationale passe intégralement sous la domination de Staline. Après la dissolution du Komintern, au cours de la Seconde Guerre mondiale (15 mars 1943), l’appareil international stalinien se restructure autour du Kominform, qui est crée en octobre 1947, dans le but empêcher notamment la propagation du virus « titiste ».

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Jakobsohn, Siegfried (1881-1926). Célèbre critique théâtral, né et mort à Berlin. Il fonde en 1905 la revue Schaubühne, qui devient en mars 1905 Die Weltbühne, véritable tribune de tous les courants pacifistes. Après sa mort, la revue est dirigée par Kurt Tucholsky, puis par Carl von Ossietzky, jusqu’à son interdiction en mars 1933.

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Jung, Cläre (née Otto, 1892-1981). La deuxième épouse de Franz Jung a participé, dans sa jeunesse, au mouvement littéraire radical, d’abord autour du groupe Die Tat d’Erich Mühsam puis de la revue Die Aktion. Par son premier mari, Richard Öhring, elle prend connaissance des textes marxistes et se radicalise. Mariée à Franz Jung, elle s’installe avec lui en Russie de 1921 à 1923 et mène aussi son activité de secrétaire pour le compte du Komintern. De retour à Berlin, elle se consacre à l’édition d’une feuille de correspondance économique et à un Feuilleton-Dienst (service de presse). Après avoir été abandonnée par Franz Jung, en 1930, « sans même un mot d’adieu », elle poursuit ce travail jusque pendant la guerre avec Felix Scherret. Elle a toujours manifesté une attitude de résistance constante en apportant son aide à des amis juifs. Après 1946, elle collabore à la radio de Berlin-Est jusqu’en 1954. Cläre Jung, qui avait déjà écrit des nouvelles dans les années 1920, publie en 1946 une chronique romanesque de son temps : Aus der Tiefe rufe ich (Du fond de l’abîme je T’implore). Ses souvenirs (1911-1945), aussi passionnants que ceux de son ancien mari, sont parus à titre posthume en 1987, à Hambourg chez Nautilus, sous le titre : Paradiesvögel (Les Oiseaux du paradis). Malgré leur séparation, elle n’a eu de cesse de préserver les archives et la mémoire de Franz Jung.

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Kaiser, Georg (1878-1945). Né à Magdeburg et mort à Ascona, Georg Kaiser fut le dramaturge expressionniste le plus joué de la République de Weimar : il composa plus de soixante pièces dramatiques ; son drame, Les Bourgeois de Calais, le rendit célèbre, dès 1913. En contact étroit avec Bertolt Brecht, Lotte Lenya et Kurt Weill, il rédige pour ce dernier, en 1926, un livret d’opéra (Der Protagonist), joué sur toutes les grandes scènes de New York à Londres en passant par Rome. En 1938, il s’exile en Suisse où il meurt, alors qu’il était en train de planifier, à la demande de Brecht, son retour en Allemagne.

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Kanehl, Oskar (1888-1929). Né à Berlin, fils d’instituteur, il étudie les lettres et la philosophie. Il édite en 1913 à Greifswald (Poméranie occidentale) la revue politico-littéraire Wieker Bote, qui est interdite lorsque la guerre éclate. Il publie des poèmes antimilitaristes dans Die Aktion. Envoyé sur le front, il diffuse des tracts contre la guerre. En 1918-1919, il est membre du KPD et s’engage bientôt dans le mouvement « unioniste » (AAU et AAU-E), communiste des conseils, tout en poursuivant sa collaboration à Die Aktion. Jusqu’à son suicide, il est régisseur et dramaturge sur les « scènes rouges » de Berlin. Il est l’un des premiers représentants du « lyrisme prolétarien ».

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Kantorowicz, Alfred (1899-1979). Né à Berlin, fils de commerçant, il mène des études qui le conduisent au doctorat en droit et s’engage comme volontaire en 1917. Journaliste et correspondant de presse, Alfred Kantorowicz se fait un nom comme critique théâtral. Ami d’Ernst Bloch et Bertolt Brecht, il adhère au KPD en 1931. En mars 1933, il prend le chemin de l’exil et s’installe à Paris où il devient le secrétaire général de l’Association pour la défense des écrivains allemands, dont le premier congrès tenu à Paris en 1935 obtient l’appui d’André Gide, André Malraux, Éluard, Aragon, Barbusse, etc. Il a travaillé au Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne, édité par Willi Münzenberg pour le compte du Komintern. De décembre 1936 à avril 1938, il est officier des Brigades internationales en Espagne, puis il est interné en France (septembre 1939), s’enfuit et gagne Marseille où il s’embarque pour les États-Unis en 1946. Il retourne en Allemagne en 1941 et édite à Berlin, pour le compte des Alliés, la revue Ost und West. Membre du SED à partir de 1947, il devient professeur de littérature à l’université Humboldt de Berlin. Refusant de signer en décembre 1956 une résolution contre l’insurrection ouvrière hongroise, il s’enfuit à Berlin-Ouest et s’installe à Munich puis à Hambourg, où il mourra. On lui doit de très nombreuses œuvres.

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Kapd. Le Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands, dont l’organe était la Kommunistische Arbeiter Zeitung (KAZ), est issu d’une scission du KPD. Fondé le 4 avril 1920, il rassemble à ses débuts environ 40 000 militants, qui refusent toute participation aux élections et l’adhésion aux syndicats. Opposé au « parlementarisme révolutionnaire », au syndicalisme réformiste et à la politique panrusse des bolcheviks, le KAPD décide, en août 1921, de rompre avec la IIIe Internationale après son troisième congrès, où il ne peut faire entendre sa voix. Au même moment, certains militants, qui souhaitent créer une organisation « unifiée », à la fois politique et syndicale, quittent le parti pour fonder l’AAU-E (Allgemeine Arbeiter Union-Einheitsorganisation). En 1922, une nouvelle scission a lieu entre la « tendance d’Essen » et la « tendance de Berlin ». Le KAPD ne s’en relèvera pas. En 1933, une partie de ce qui reste du KAPD et du mouvement des Unions finit par rejoindre la Kommunistische Arbeiter-Union Deutschlands (KAUD). Des groupes de résistance antinazis, comme les Rote Kämpfer (Combattants rouges) et la Kommunistische Räte-Union, vont également se créer dans la tradition du KAPD.

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Kapp, Wolfgang (1858-1922). Né à New York, Wolfgang Kapp, fils d’un révolutionnaire de 1848 émigré aux États-Unis, rentre en Allemagne en 1870 et devient fonctionnaire. Politicien d’extrême droite ultranationaliste, il fonde en 1917 le Deutsche Vaterlandspartei. Le 13 mars 1920, il tente un coup d’État à Berlin contre la République de Weimar avec le général Walther Lüttwitz et l’appui des corps francs du capitaine Hermann Ehrhardt. Cette tentative de putsch est mise en échec par une grève générale, qui débouche sur une insurrection armée des ouvriers de la Ruhr. Il s’enfuit en Suisse puis, en 1922, se rend aux autorités allemandes et meurt en détention provisoire.

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Kater, Fritz (1881-1945). Né à Barleben, près de Magdeburg, issu d’une famille modeste, ce maçon forme en 1887, dans sa ville natale, une association professionnelle des ouvriers du bâtiment. Il milite au SPD, est emprisonné sous les lois antisocialistes et se rapproche des Jungen, l’extrême gauche anarchisante du parti social-démocrate. À Berlin, il croise Gustav Kessler (1932-1904), à qui il succède à la tête de la Freie Vereinigung deutscher Gewerkschaften (FVDG) en 1903. En 1912, il devint le rédacteur en chef de son organe, Der Pionier, lequel fut interdit en août 1914. Kater, qui s’oppose à la guerre, réorganise la FVDG, qui va prendre le nom de FAUD en décembre 1919. Président de cette centrale anarcho-syndicaliste jusqu’en 1930, il s’oppose à l’adhésion à l’ISR (Profintern) et participe aux congrès syndicalistes-révolutionnaires de Berlin (juin et décembre 1922) qui aboutissent à la fondation d’une seconde AIT. Après 1933, il tente de rassembler les restes clandestins de la FAUD. Il meurt à Berlin peu après l’armistice, lors d’une opération de déminage. De 1897 à 1921, Fritz Kater a été l’une des plumes les plus limpides et prolifiques du mouvement anarcho-syndicaliste allemand.

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Katz, Rudolf (1895-1961). Né à Falkenburg (Poméranie), aujourd’hui Zlocieniec (Pologne), Rudolf Katz est membre du SPD sous la République de Weimar et, après 1945, député et ministre SPD. De 1924 à 1933, il occupe des fonctions de notaire et d’avocat. En 1933, il quitte l’Allemagne pour la Chine où il est délégué de la SDN à Nankin et conseiller du gouvernement de Tchang Kaï-Chek. Deux ans plus tard, Rudolf Katz travaille en tant que scientifique à la Columbia University de New York et comme rédacteur à la Neue Volkszeitung, un journal de socialistes allemands en exil. Il est en outre secrétaire du German Labor Delegation in USA, près de l’AFL, directeur de la Rand School of Social Science de New York et de la revue The New Leader. En 1946, il rentre en Allemagne pour occuper les fonctions de ministre de la Justice du Land de Schleswig-Holstein et devient, en 1951, le vice-président du tribunal constitutionnel fédéral.

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Katzenellenbogen, Ludwig (1877-1943). Brasseur d’origine juive, directeur général du groupe de brasseries Schultheiss-Patzenhofer et grand mécène du théâtre berlinois. Immensément riche, il dépensa une fortune pour financer le théâtre de Piscator. Il épousa Tilla Durieux en 1930. Arrêté par la Gestapo lors de l’occupation de la Yougoslavie (1941), il mourut au camp d’Oranienburg.

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Kerr, Alfred (1867-1948). Né à Breslau (aujourd’hui Wroclaw, en Pologne), Alfred Kerr, de son vrai nom Kempner, étudie la philosophie, l’histoire et la philologie allemandes. Sa thèse de doctorat, soutenue à Halle en 1894, portait sur le poète Clemens Brentano. Critique littéraire, il a écrit pour de nombreuses revues, tant à Breslau qu’à Berlin : de 1892 à 1900, il est critique de théâtre pour le quotidien berlinois Die Vossische Zeitung puis, jusqu’en 1919, pour Der Tag. De 1910 à 1915, il publiera aussi la revue Pan. De 1919 à 1933, en parallèle à son activité d’écrivain, il collabore au Berliner Tageblatt et à la Frankfurter Zeitung, deux des quotidiens les plus importants de la République de Weimar. Pendant la Première Guerre, sous le pseudonyme de Gottlieb, il écrira des poèmes patriotiques et bellicistes. Les attaques de Karl Kraus, qui polémiquera avec lui sa vie durant, mais aussi sa fréquentation de Brecht et de Johannes Becher lui inspireront plus tard des sentiments plus pacifistes. Dès l’arrivée de Hitler au pouvoir, ses livres sont brûlés et Kerr va émigrer à Prague, Vienne, Lugano, Zurich, Paris, puis Londres, où il co-fonde la Ligue de la libre culture allemande (1938). Citoyen britannique à partir de 1947, il est envoyé à Hambourg par la British Control Commission faire un rapport sur le théâtre dans la zone d’occupation anglaise. Reconnu et ovationné au théâtre Thalia, il y subit une attaque cardiaque et, diminué, choisit d’abréger ses jours.

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Kisch, Egon Erwin (1885-1948). Fils d’un drapier juif, né et mort à Prague, Egon Kisch a suivi une formation de journaliste. Parallèlement à son activité au quotidien de langue allemande Bohemia, où il se spécialise dans les affaires criminelles, il se lie au milieu théâtral de Berlin à partir 1913. La même année, il révèle une affaire d’espionnage, qui inspirera plus tard le film d’István Szabó, Colonel Redl (1985). Blessé pendant la guerre, il est rattaché au groupe de presse de l’armée à Vienne où il participe à la formation clandestine du conseil d’ouvriers et de soldats ainsi qu’à la Fédération des socialistes révolutionnaires – L’Internationale. Il est premier commandant de la Garde rouge de Vienne, mais se retirera de ses fonctions en 1919. À Berlin, il travaille, à partir de 1921, comme écrivain indépendant pour divers journaux socialistes et communistes, et voyage également beaucoup à travers le monde. Le gouvernement tchèque le fera libérer du camp de concentration où il est interné en 1933. En 1937-1938, il s’engage en Espagne dans les Brigades internationales, se réfugie en France, puis s’exile au Mexique où il va travailler pour la revue stalinienne Freies Deutschland. Il retournera à Prague en 1946. Aujourd’hui, il demeure encore en Allemagne l’archétype du « grand reporter ».

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Kneipp, Sebastian (1821-1897). Connu pour son ouvrage vantant les vertus de la « cure d’eau » (Meine Wasserkur, 1886), ce prêtre catholique bavarois est considéré comme l’un des pionniers de la naturopathie, qu’il mit en pratique tant pour lui-même que pour ses « patients », sans jamais exercer la médecine.

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Knickerbocker, Hubert Renfro (1898-1949). Ce célèbre journaliste américain, qui se trouvait en 1923 à Munich, où il voulait entreprendre des études de psychiatrie, fut le témoin direct de la tentative de putsch de Hitler. En 1931, il reçoit le prix Pulitzer pour son analyse du premier plan quinquennal soviétique. Correspondant de presse, il poursuit ses activités en Allemagne jusqu’en février 1933, date à laquelle il est expulsé du pays. Il a couvert tous les grands conflits de son époque : guerre d’Éthiopie, guerre d’Espagne, conflit sino-japonais, annexion de la Tchécoslovaquie, Seconde Guerre mondiale (bataille de France en 1940, front du Pacifique après 1941, débarquement américain en Afrique du Nord en 1942, etc.). Il disparaît, avec une équipe de journalistes, dans le crash d’un avion près de Bombay.

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Knüfken, Hermann (1893-1976). Marin au port de Cuxhaven, Hermann Knüfken est incorporé dans la marine impériale en 1914 ; il en désertera en 1917 et ira trouver refuge au Danemark. Bénéficiant d’une amnistie, il retourne en Allemagne où il est arrêté mais presque aussitôt libéré à la faveur des événements de novembre 1918. Il est membre de la Volksmarinedivision, bras armé de la révolution à Berlin ; il adhère au KPD puis au KAPD et à l’Union (AAU) des marins de Cuxhaven. C’est lui qui organise, en novembre 1920, le détournement du Senator Schröder, qui mène Jan Appel et Franz Jung jusqu’à Mourmansk. Surnommé le « camarade pirate » par Lénine, il sera arrêté à son retour, condamné à cinq années de prison, puis relâché en 1923. Réintégrant le KPD, dont il est l’un des courriers pour le compte du Komintern, il s’installe à Leningrad, où il dirige le Club international des marins. Il sera arrêté par la Guépéou en 1929 puis fera un bref séjour en Allemagne avant d’émigrer aux Pays-Bas après 1933. Il va y jouer un rôle très important au sein de l’Internationale Transportföderation (ITF), véritable pôle de résistance international au nazisme dirigé par le socialiste hollandais Edo Fimmen. Il travaille ensuite pour les services secrets britanniques et français (1936), après avoir rompu avec le KPD, et crée des réseaux dans les ports allemands. En octobre 1939, il se rend en Suède avec de faux papiers : il y sera interné jusqu’en 1943. Après cette date, il s’installe successivement à Londres, puis à Hambourg (1946), toujours au service du gouvernement britannique, pour lequel il s’occupe de l’administration du port de Londres.

92

Kobus, Kathi (1854-1929). Née et morte à Munich, Kathi Kobus était plus qu’une serveuse pittoresque de cabaret, c’était une véritable muse. Au Neue Dichtelei, puis au Simplicissimus, ouvert en 1903 dans la petite Türkenstrasse, c’est elle qui prenait soin des étudiants pauvres et des jeunes artistes fréquentant le cabaret ou montant sur scène. Erich Mühsam fut embauché par elle comme « auteur maison ».

93

Komintern, voir Internationale (III e)

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Korfanty, Wojcjeh (1873-1939). Fils de mineur, député silésien du parti national-démocrate polonais au Reichstag de 1903 à 1912 ; puis en 1918, après une interruption de sa carrière due à un scandale financier. Partisan de l’Anschluss des territoires allemands silésiens à la nouvelle Pologne, il met sur pied en 1919-1920 des corps francs polonais qui s’affrontent aux corps francs allemands et organise plusieurs insurrections pour protester contre le rattachement par plébiscite de certaines régions à l’Allemagne. Il sera par la suite député chrétien-démocrate et s’opposera à Józef Pilsudski, qui le fera emprisonner. Il est mort à Varsovie, peu avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, après un exil en Tchécoslovaquie et en France.

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KPD. Le Kommunistische Partei Deutschlands est fondé en décembre 1918 autour du Spartakusbund, avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Après la répression des révoltes de 1919 et l’assassinat de nombreux militants et dirigeants du parti, le KPD est pris en main par les bolcheviks, ce qui va entraîner plusieurs séries d’exclusions : celle du KAPD en 1920, les exclus critiquant l’autoritarisme de Lénine, le parlementarisme et le syndicalisme ; celle de Paul Levi en 1921 ; celle du Kommunistische Partei-Opposition (KPD-O) en 1928-1929, les exclus refusant le soutien à l’URSS et, de façon plus générale, le stalinisme. Le KPD devient donc un parti sous domination soviétique, défendant une ligne politique tout à fait contraire de celle inspirée par Rosa Luxemburg. Interdit en 1933, il maintient difficilement une activité clandestine de résistance intérieure, tandis que certains dirigeants organisent un KPD en exil, à Paris en particulier. Les autres militants ayant trouvé refuge à Moscou seront, pour la plupart, victimes des sanglantes purges staliniennes. Suite à la division de l’Allemagne après la guerre, le KPD se trouve lui-même scindé de fait : en RDA, il fusionne avec le SPD pour former le SED, parti unique de type stalinien, tandis qu’en RFA le KPD, interdit en août 1956, renaît sous le nom de DKP en septembre 1968.

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Kräpelin, Emil (1856-1926). Psychiatre allemand, pionnier dans la classification des psychoses et la « psychiatrie transculturelle » (il mena une enquête comparative à Java). Auteur d’un célèbre Traité de psychiatrie (1883), il est mort à Munich, où il exerçait depuis 1903.

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Krzyzanowski, Otfried Friedrich (1886-1918). Une des figures emblématiques de la bohème littéraire viennoise. Pauvre et résolument hostile au travail salarié, il fréquente le Café Central où il croise Franz Blei et Franz Werfel. Ses premiers poèmes de tonalité expressionniste paraissent en 1912. Il mourra de faim à Vienne le 30 novembre 1918. Son recueil de poésies, Unser tägliches Gift (Notre poison quotidien, 1919), est paru à titre posthume, chez Kurt Wolff. Otfried Krzyzanowski a inspiré la nouvelle de Kafka intitulée « L’artiste de la faim » (1924).

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Kutscher, Artur (1878-1960). Né à Stuttgart, mort à Munich, Artur Kutscher est un historien de la littérature allemande et un chercheur en « sciences du théâtre ». Il influença notablement Bertolt Brecht, qui suivit ses cours à Munich.

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Kuttner, Erich (1887-1942). Né à Berlin et fils d’un commerçant juif, Erich Kuttner suit des études de droit à Berlin puis à Munich. En 1910, il adhère au SPD et devient journaliste pour le compte du parti. En 1915, il est engagé volontaire et gravement blessé. Rédacteur au quotidien socialiste Vorwärts, il fonde, en 1916, une Association nationale des anciens combattants et mutilés de guerre (Reichsbund der Kriegsteilnehmer und Kriegsbeschädigten). Aux côtés d’Ebert et de Noske, il organise le régiment social-démocrate Reichstag qui écrase l’insurrection spartakiste en janvier 1919. Il est député SPD au Landtag de Prusse de 1921 à 1933. En 1933, il émigre aux Pays-Bas où il entreprend un travail limité de résistance avec le KPD, adhère au groupe socialiste Revolutionäre Sozialisten Deutschlands (RSD), puis tente de créer un organisme de front populaire contre Hitler. En 1936, il se rend en Espagne et s’engage dans le camp républicain : il sera blessé sur le front de Brunete, près de Madrid, en juillet 1937. De retour aux Pays-Bas, il écrit un livre d’histoire sociale sur la révolte des gueux dans les Pays-Bas espagnols en 1566. En mai 1940, avec l’occupation allemande, il plonge dans la clandestinité. Arrêté en avril 1942 par la Gestapo, il est conduit au camp de Mauthausen où il est immédiatement assassiné.

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La Guardia, Fiorello Enrico (1882-1947). Maire républicain de New York de 1934 à 1945, il est un fervent partisan de Roosevelt. En 1941, il est nommé par ce dernier directeur du Bureau de la défense civile. Fils d’une juive italienne de Trieste, il annonce, dès 1934, qu’« une partie du programme de Hitler, c’est l’anéantissement complet des juifs d’Allemagne ». En mars 1946, il se trouve placé à la tête de l’UNRRA, fondée en novembre 1943.

101

Lamour, Philippe (1903-1992). Né à Landrecies, en France, Philippe Lamour est membre du Faisceau de Georges Valois jusqu’en 1928. Il tente ensuite de fonder un parti fasciste révolutionnaire, puis adhère au parti autonomiste breton. En 1931, il fonde la revue Plans. Il participe à la traduction de Mein Kampf, afin d’informer les Français de la menace que constitue le nazisme. Candidat malheureux de la coalition du Front populaire lors des législatives de 1936, il dénonce l’attitude du régime de Vichy puis se désintéresse de la politique et devient agriculteur. Après la Libération, il est secrétaire général de la Confédération générale de l’agriculture de 1947 à 1954. Plus tard, il jouera un rôle déterminant dans la mise en œuvre du plan d’aménagement du territoire (1962) et dans la création de la DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) en 1963.

102

Landauer, Gustav (1870-1919). Né à Karlsruhe, Gustav Landauer suit des études interrompues de littérature et de philosophie et entre en contact avec les « jeunes » du SPD, qui sont en opposition avec la ligne de leur parti. En 1893, il est le rédacteur de Der Sozialist, l’organe des « jeunes », qui devient celui de la tendance anarchiste dans ce groupe. Arrêté la même année pour ses activités politiques, il fait deux, puis neuf mois de prison. Il y approfondit ses idées politiques, considérant désormais que le changement social ne se fera que par la prise de conscience par les opprimés de la « servitude volontaire » qui les attache aux appareils de domination, qu’il ne se concrétisera ensuite que par la formation de coopératives de production et de consommation. Influencé par le pacifisme de Tolstoï, il fonde en 1908 le Sozialisticher Bund, qui va s’opposer à la guerre. Après la défaite de spartakistes, il s’engage, avec Erich Mühsam, dans le mouvement en faveur des conseils ouvriers. Il est commissaire du peuple à la Culture et à l’Éducation dans la première République des conseils de Bavière (7-13 avril 1919). Arrêté après la chute de la seconde République des conseils, il est exécuté le 2 mai à la prison de Munich-Stadelheim.

103

Langen, Albert (1869-1909). Né à Anvers dans une famille de gros commerçants, Albert Langen, dont la mère était d’origine française, s’insère rapidement dans le milieu littéraire parisien après une formation commerciale à Hambourg et Cologne. Il fonde, en 1893, les éditions d’art Albert Langen (Paris et Cologne). En 1895, la maison s’installe à Munich et fait connaître les grands noms de la nouvelle littérature européenne : Björnson, Hamsun, Strindberg, D’Annunzio, etc. De 1896 à 1906, il publie Simplicissimus, auquel furent intentés de nombreux procès. Menacé d’emprisonnement pour « crime de lèse-majesté », il doit s’exiler à Paris où il fonde, en 1907, la revue März, qui s’est attachée à renforcer l’amitié franco-allemande. Revenu à Munich, il y décède en avril 1909.

104

Lania, Leo (alias Lazar Herman, 1896-1961). Écrivain, journaliste, auteur dramatique et metteur en scène autrichien. Né à Kharkov, fils de médecin, Leo Lania grandit à Vienne où il suit des études de commerce. En 1915, il collabore au quotidien social-démocrate Wiener Arbeiter-Zeitung. Revenu radicalisé de la guerre, il adhère, en janvier 1919, au KPÖ et collabore à la Rote Fahne. Quittant le parti en 1921, il gagne Berlin où il devient le correspondant du Chicago Daily News (1923) et collaborateur à la Weltbühne. En 1924, il est emprisonné pour « haute trahison » après avoir dénoncé divers trafics d’armes dans son livre, Gewehre auf Reisen. En 1924, il s’enfuit à Paris où il collabore aux journaux antifascistes de l’exil allemand, puis il émigre aux États-Unis en 1939. C’est là qu’il fait publier sa célèbre autobiographie We Are Brothers. The biography of a generation (1942). De retour en Allemagne après 1945, il poursuit son activité littéraire jusqu’à sa mort.

105

Lasker-Schüler, Else (1869-1945). Benjamine du banquier privé Aron Schüler, Else est née à Elberfeld (Rhénanie). Mariée en 1894 au médecin Berthold Lasker, elle a d’abord développé ses talents artistiques par la peinture, le dessin et la photographie avant de publier ses premiers poèmes (1899). Séparée de son premier mari en 1903, elle se remarie avec le musicien et écrivain expressionniste Herwarth Walden (1878-1941), collaborateur de la revue Der Sturm et initiateur du théâtre expérimental. Else Lasker-Schüler crée alors son œuvre la plus connue, le drame Die Wupper (1909), qui sera joué à Berlin dix ans plus tard. À cette époque, elle est l’amie et l’égérie de tous les artistes qui comptent : les peintres Franz Marc, George Grosz, Oskar Kokoschka, le poète Georg Trakl, Max Brod l’ami de Kafka, et le jeune Gottfried Benn avec lequel elle se lie d’un d’amour platonique. Ses œuvres en dix volumes, auxquelles s’ajoutent des ouvrages de bibliophilie, tel Theben, illustré de dessins de l’auteur, paraissent en 1919-1920. Cette auteure juive de premier plan doit fuir l’Allemagne en avril 1933 pour s’installer en Suisse où elle se lie à Thomas, Klaus et Erika Mann. En 1934, elle se rend à Jérusalem et y rencontre le philosophe Gershom Scholem. Installée définitivement en Palestine à partir de 1939, elle publie son dernier recueil de poésie, Mein blaues Klavier, avant de mourir brutalement.

106

Leipart, Theodor (1867-1947). Ce tourneur, né à Neubrandenburg, prend rapidement des fonctions importantes au sein de l’appareil syndical social-démocrate. Permanent syndical à partir de 1890, il s’occupe du syndicat des ouvriers du bois à Stuttgart, dont il est le président jusqu’en 1919. Ministre wurtembergeois du travail en 1919-1920, il prend la tête de l’ADGB en 1922 et exerce une influence considérable dans le sens d’un cours « paisible » du mouvement syndical, tant allemand qu’international. En 1933, il montre le plus pur « pragmatisme » à l’égard de Hitler. Après la dissolution des « syndicats libres », au lendemain de la cérémonie d’allégeance syndicale du 1er mai, il est arrêté puis libéré quelque temps plus tard. Après 1945, il accepte la fusion à l’Est du SPD et du KPD, et devient membre du SED.

107

Lenya, Lotte (1898-1981). Née Karoline Wilhelmine Blamauer dans une famille catholique viennoise, Lotte Lenya – après une adolescence tumultueuse (épisodes de prostitution) – se voit confier des petits rôles dans des opérettes suite à ses études de danse classique à Zurich. En 1921, elle part pour Berlin où elle devient la protégée du dramaturge Georg Kaiser. Elle rencontre alors le compositeur Kurt Weill, qui l’épouse en 1926, et joue en juillet 1927, au festival de Baden-Baden, une pièce créée par Brecht et son mari, qui s’intitule Mahagonny-Songspiel, une satire du mouvement nazi naissant. Celle-ci préfigure le très célèbre Opéra de quat’sous (1928), où elle tiendra le rôle de Jenny. En 1930, elle obtint aussi un immense succès dans l’opéra mythique de Brecht et Weill : Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny, satire du capitalisme pourrissant. En 1931, elle accompagnera Piscator à Moscou et Odessa pour commencer le tournage d’un film d’après le roman d’Anna Seghers La Révolte des pêcheurs de Santa-Barbara. Lenya et Weill divorcent en 1933 mais fuit ensemble l’Allemagne, et donnent des représentations à Paris, où l’adaptation du spectacle de Weill et Brecht Les Sept Péchés capitaux fait de Lotte Lenya une véritable star. Elle gagne New York où elle se remarie en 1937 avec Kurt Weill. Après la mort de son époux en 1950, elle se consacre à la reconnaissance de son œuvre, tout en poursuivant sa carrière d’actrice : elle jouera notamment le rôle, très remarqué, d’une espionne soviétique dans un James Bond, Bons baisers de Russie (1963). Au théâtre, à New York, elle obtint encore en 1966 un grand rôle dans la célèbre revue musicale Cabaret.

108

Levi, Paul (1883-1930). Né à Hechingen (Bade-Württemberg), quatrième enfant d’un industriel juif, Paul Levi étudie le droit à Berlin puis à Grenoble, avant de s’installer comme avocat à Francfort en 1908. Membre du SPD dès 1906, il assure la défense de Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort le 20 février 1914. Réformé en 1916, il se fixe en Suisse où il fréquente la gauche zimmerwaldienne. Après l’arrestation de Leo Jogiches, il prend la direction du groupe Spartakus, puis devient, malgré lui, le principal dirigeant du KPD après l’assassinat de Jogiches en prison. En désaccord avec la politique du Komintern, en particulier lors de l’Action de mars (1921), Paul Lévi, qui prône une conception occidentale du communisme, démissionne de la présidence du parti et fonde un groupe d’opposition, la Kommunistische Arbeitsgemeinschaft (KAG). Il réintègre l’USPD en 1922, puis le SPD. En 1923, il reprend son métier d’avocat et anime une opposition de gauche au sein du SPD, laquelle se prononce pour l’unité d’action avec le KPD. Dans un accès de fièvre, il se suicidera en 1930.

109

Leviné, Eugen (1883-1919). Fils d’un commerçant juif, né à Saint-Pétersbourg. Après la mort de son père, sa famille s’installe en Allemagne où il mène des études qui le conduiront au doctorat de philosophie (1909). Entre-temps, il participe à la révolution russe de 1905 comme socialiste révolutionnaire. Arrêté et sévèrement traité par la police tsariste, il rentre en Allemagne après sa libération pour y achever ses études et adhère au SPD. Mobilisé de 1914 à 1916, il épouse en mai 1915 Rosa Broido (elle porte, à partir de 1922, le nom de Rosa Meyer-Leviné après son mariage avec le dirigeant du KPD Ernst Meyer). Membre du Spartakusbund, il sera délégué au Congrès des conseils ouvriers de Berlin. Il est l’un des fondateurs du KPD, qui l’envoie en mars 1919 à Munich, où débute la révolution des conseils. A la tête de la seconde République des conseils, il est condamné à mort et fusillé le 5 juin, après un simulacre de procès, au cours duquel il déclara : « Nous autres communistes, sommes tous des morts en sursis. » Il s’effondra devant le peloton d’exécution en criant : « Vive la révolution mondiale ! »

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Lichtenstein, Alfred (1889-1914). Né à Berlin, mort en France le 25 septembre 1914, lors des combats de la Somme. Pendant ses études de droit (il obtient son doctorat en 1913), Alfred Lichstenstein publie ses premiers poèmes dans les revues Der Sturm et Die Aktion. En 1913, il se révèle par la publication du recueil de poèmes au titre prémonitoire : Die Dämmerung (Le Crépuscule). Dans sa prose, influencée par Alfred Jarry, il manifeste un goût certain de la parodie joyeuse.

111

Loerke, Oskar (1884-1941). Né près de Schwetz (Swiecie, voïvodie de Cujavie-Poméranie), Oskar Loerke est un grand poète lyrique expressionniste et un partisan enthousiaste des œuvres de Max Herrmann-Neisse et Walter Rheiner. Il reçoit en 1913 le prix Kleist. Lecteur chez Fischer-Verlag où il fait la connaissance de Thomas Mann, il est nommé en 1926 membre de l’Académie prussienne des arts, dont il deviendra deux ans plus tard le secrétaire. De 1929 à 1932, il apporte une importante contribution à la revue littéraire Die Kolonne. Entre 1931 et 1937, il est lecteur pour la maison d’édition Rabenpresse de Berlin mais, à partir de 1933, le régime national-socialiste interdit ses écrits et il est exclu de fait de l’Académie. Malgré son opposition aux idées du régime nazi, il reste en Allemagne, ce qui fera de lui un représentant de « l’émigration interne ». Il meurt à Berlin en 1941.

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Lublinski, Samuel (1868-1910). Écrivain, auteur dramatique, historien de la littérature et philosophe religieux. Ce fils d’un commerçant de céréales et de morilles s’est formé, en autodidacte, au contact de bouquinistes à Vérone et à Venise. Revenu en Allemagne, en 1892, il ouvre une librairie à Heidelberg ; en 1895, à Berlin, il débute une carrière de journaliste en abordant tous les thèmes, de la politique à la littérature. S’orientant vers le sionisme en 1897, il va s’en éloigner par la suite.

113

Luccheni, Luigi (1873-1910). Il assassine l’impératrice Élisabeth d’Autriche (dite Sissi) le 10 septembre 1898 à Genève. À son procès, le 12 novembre 1898, il se proclame anarchiste, affirmant avoir voulu frapper, à travers l’impératrice, « les persécuteurs des ouvriers ». Il est condamné à la réclusion à perpétuité et victime de brimades en prison ; on le retrouvera pendu dans sa cellule.

114

Mackeben, Theo (1897-1953). Après des études de piano et de composition musicale, Theo Mackeben débute, à Berlin, une carrière de musicien et de compositeur pour la radio, le théâtre et le cinéma (on lui doit plus de 50 musiques de films). Il dirige la première de L’Opéra de quat’sous et travaillera, en particulier, à la célèbre opérette de Karl Millöcker Die Dubarry (1931). Il fut aussi l’auteur de plusieurs opérettes et d’un opéra, Ruben (1942).

115

Malik-Verlag. Après l’interdiction de la Neue Jugend de Wieland Herzfelde en 1917, son frère, John Heartfield, fonde le Malik-Verlag. En 1919, cette maison d’édition publie les revues Der Gegner, Die Pleite et Jedermann sein eigener Fussball, qui est immédiatement interdite. Une branche dada est créée en 1920 et, dans les années qui suivent, la maison publie, entre autres, Franz Jung. L’un des principaux objectifs du Malik-Verlag est de proposer des livres de bonne qualité à petit prix. Dans les années 1920, le Malik-Verlag sera proche du KPD, sans lui être toutefois inféodé. Au moment de l’émergence du national-socialisme, Wieland Herzfelde devance la Gestapo et s’enfuit à Prague, d’où il dirige un temps la maison d’édition. Après la disparition du Malik-Verlag sous le régime nazi, celui-ci est transféré à Londres à une fausse adresse et sous le label de Malik-Verlag/Publishing Company. Quand John Heartfield s’enfuira lui-même à Londres, il en reprendra la direction, avant de gagner New York, d’où il assurera son fonctionnement sous la couverture d’une boutique de timbres et de livres. En 1944, Wieland Herzfelde va fonder l’Aurora-Verlag sous les auspices d’Ernst Bloch, Bertolt Brecht, Ferdinand Bruckner, Alfred Döblin, Lion Feuchtwanger, Oskar Maria Graf, Heinrich Mann, Berthold Viertel, Ernst Waldinger et F.C. Weiskopf. Cette nouvelle entreprise marque la fin de l’existence du Malik-Verlag.

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Mombert, Alfred (1872-1942). Docteur en droit, Alfred Mombert abandonne sa charge d’avocat pour se consacrer à la littérature, et plus particulièrement à la poésie – sa trilogie, Aeon, qui parut entre 1907 et 1911, fut très appréciée de Martin Buber et Hans Carossa en raison de son lyrisme mystique. Membre de l’Académie prussienne des arts, il en est exclu en 1933 par les nazis, à cause de ses origines juives. Il fait partie de ces 6 500 juifs badois qui furent brutalement arrêtés et expédiés dans le camp de concentration français de Gurs en octobre 1940. L’année suivante, grâce à la caution versée par un industriel suisse, il est libéré dans un état critique et transporté en Suisse où il s’éteint. Alfred Mombert est considéré comme un représentant de la tendance « cosmique » de l’expressionnisme.

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Mühsam, Erich (1878-1934). Fils d’un pharmacien juif orthodoxe, Erich Mühsam est renvoyé du lycée de Lübeck à dix-sept ans. Installé à Berlin, il fréquente la bohème artistique et croise Gustav Landauer dans un groupe d’écrivains anarchistes en 1901. Trois ans plus tard, il entreprend un voyage qui le mène successivement à Munich, Zurich, Berne, Ascona (Monte Verità), Vienne et Paris. Il s’établit à Munich à l’automne 1908 et milite dans le groupe de Landauer, le Sozialisticher Bund, en butte aux calomnies des sociaux-démocrates et des libéraux. De 1911 à 1914, il rédige quasiment seul la revue Kain, Zeitschrift für die Menschlichkeit. Opposé à la guerre, il s’engage dans le processus révolutionnaire qui aboutit, le 7 avril 1919, à la proclamation de la République des conseils de Bavière. Arrêté le 13 avril, après la victoire de la réaction, il est condamné à quinze ans de prison. Il sera amnistié en décembre 1924. De 1926 à 1931, il publie la revue Fanal, organe de l’Anarchistische Vereinigung, et collabore également au journal de la FAUD, Der Freie Arbeiter. Virulent opposant au nazisme, il est arrêté le 28 février 1933, envoyé au camp de concentration d’Oranienburg et assassiné par les SS au mois de juillet de l’année suivante.

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Münzenberg, Willi (1889-1940). Né à Erfurt, Willi Münzenberg collabore activement au mensuel des jeunesses socialistes Die Freie Jugend en 1912. Il prépare puis assiste à la conférence de Kienthal (24-30 avril 1916) et fait partie de la gauche zimmerwaldienne. Il sera plusieurs fois emprisonné par le gouvernement suisse, qui finalement l’expulsera en novembre 1918. À Berlin, il adhère au Spartakusbund, puis au KPD. En octobre 1919, il est le président de l’Internationale de la jeunesse communiste. Lénine lui confie le secrétariat du Secours ouvrier international lors de la famine de 1921 en URSS, puis le Komintern le charge d’organiser à Berlin un immense konzern regroupant journaux, maisons d’édition et sociétés de production cinématographique – ce qui lui a donné une influence considérable dans les milieux de la culture, lui valant aussi le surnom de « milliardaire rouge ». Exilé en France après 1933, il déploie une grande énergie à l’organisation de la propagande en faveur de l’URSS et dans le combat contre le nazisme. Il s’éloignera néanmoins de la ligne de soviétique à partir de 1936 et sera exclu du KPD, en mars 1938, pour avoir protesté contre l’assassinat par Staline de nombreux communistes allemands réfugiés en URSS. Il participe à différentes initiatives antifascistes, notamment au côté de groupes de la gauche socialiste. Avec Arthur Koestler, il fonde la revue d’opposition Die Zukunft (1938-1940), qui a une grande influence chez les exilés allemands. Il attend toutefois la signature du Pacte germano-soviétique pour critiquer ouvertement l’URSS. Il est interné par le gouvernement français en mai 1940 près de Lyon, réussit à s’échapper, mais on retrouvera son corps pendu en octobre, dans un bois, près de Saint-Marcellin, sans que l’on sache s’il s’agit d’un suicide ou d’un assassinat déguisé de la Gestapo ou de la Guépéou.

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Neue Freie Presse. Quotidien viennois de la bourgeoisie libérale et monarchiste fondé en 1864 par les rédacteurs de Die Presse, Michael Etienne et Max Friedländer. En 1872, Moritz Benedikt en prend la direction éditoriale jusqu’à sa mort en 1920. Il est considéré comme l’un des journaux les plus influents de l’époque. Karl Marx en fut le correspondant. Les plumes les plus prestigieuses travaillèrent pour le quotidien : Hugo von Hofmannsthal, Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler. Il doit fusionner, par la force, lors de l’Anschluss, en 1938, avec le quotidien « populaire » Neuer Wiener Journal. Il prend alors le titre de Neues Wiener Tagblatt.

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Neue Jugend. Mensuel satirique et antimilitariste fondé par Wieland Herzfelde, à Berlin, en 1916. Son contenu est très littéraire, sa mise en page novatrice et son format rappelle celui de la presse populaire illustrée américaine. La revue, qui sera interdite un an après sa création, s’en prend de manière particulièrement acerbe à toute la société bourgeoise et capitaliste. Richard Huelsenbeck Franz Jung, John Heartfield, George Grosz et Gustav Landauer y contribuèrent activement.

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Öhring, Richard (1889-1940). Né à Düsseldorf et fils d’un directeur de télégraphe ayant grandi à Berlin. Poète, journaliste, économiste et écrivain, Richard Öhring (Oehring, selon une graphie modernisée) participe au groupe Die Tat d’Erich Mühsam. Il est également le premier époux de Cläre Jung et le coéditeur, aux côtés de Franz Jung et Otto Gross, de la revue d’inspiration prédadaïste Die Freie Strasse. Membre du KPD, il a fait plusieurs séjours en Russie. De retour à Berlin, il travaille pour le Secours rouge international et pour la légation commerciale soviétique. Réfugié en Hollande dès 1933, il reste actif dans la représentation soviétique. Il se suicide pour échapper aux nazis lors de l’invasion du pays en mai 1940.

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Otten, Karl (1889-1963). Né à Oberkrüchten, près d’Aix-la-Chapelle, journaliste et écrivain pacifiste, Karl Otten est l’ami d’Erich Mühsam et de Heinrich Mann. Objecteur de conscience refusant le « service militaire » en 1914, il est jeté en prison, puis connaît ensuite le sort des soldats des compagnies disciplinaires. De 1918 à 1933, à Vienne et à Berlin, il contribue aux revues Die Aktion et Menschheitsdämmerung et joue un rôle clef dans la publication de la revue Der Gegner. Auteur interdit par les nazis, il s’enfuit en mars 1933 à Majorque. Après le putsch de Franco, il doit à nouveau prendre le chemin de l’exil en Angleterre. Il fait paraître en 1938 son œuvre majeure, L’Ombre de Torquemada, qui décrit l’anéantissement de la démocratie espagnole du point de vue des travailleurs. Il meurt en Suisse, où il s’était installé en 1958.

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Paulsen, Harald (1895-1954). Né à Elmshorn (Holstein), acteur puis metteur en scène. Il est embauché par le Deutsches Theater de Berlin, dirigé par Max Reinhardt. Sur les scènes berlinoises, il chante, danse et joue des rôles comiques, tout en exerçant ses talents dans de nombreux films. En 1938, il prend la direction d’un théâtre de Berlin. Après la guerre, il monte sur les planches des théâtres de Hambourg ; il meurt à Altona.

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Pfemfert, Franz (1879-1954). Né à Lötzen (Prusse orientale), Franz Pfemfert passe son enfance à Berlin où il fait des études au lycée jusqu’à la mort de son père en 1892. Il travaille ensuite dans un cirque, puis comme garçon de courses, avant de rentrer en apprentissage chez un typographe. À partir de 1902, il côtoie les milieux anarchistes et collabore à la revue libertaire Kampf. Après avoir participé à l’hebdomadaire libéral de gauche Der Demokrat, il publie, en février 1911, le premier numéro de sa revue, Die Aktion, qui a pour sous-titre « Zeitschrift für freiheitliche Politik und Literatur » (Revue pour une littérature et une politique libertaires). Il en assumera la direction jusqu’à ce qu’elle disparaisse, en 1931. Lié au mouvement expressionniste, Die Aktion, qui accumule interdictions et amendes, appelle les artistes et les écrivains à s’engager politiquement et dénonce le chauvinisme comme le militarisme. Après 1914, Pfemfert mène des actions clandestines contre la guerre et fonde, avec des collaborateurs de sa revue, l’Antinationale Sozialistische Partei, minuscule « parti », qui fusionnera avec le Spartakusbund en 1918. Pfemfert accueille avec enthousiasme la révolution russe, puis la révolution allemande. Partisan des conseils ouvriers et défenseur des thèses antiparlementaires et antisyndicalistes du Linksradikalismus, il participe au congrès de fondation du KPD en décembre 1918 puis, après la scission, à celui du KAPD en avril 1920. Il en est exclu en 1921, refusant toute éventuelle adhésion du KAPD au Komintern. Proche des idées d’Otto Rühle, qui s’est montré hostile aux formes « parti » et « syndicat », ainsi qu’à la bureaucratisation du communisme, il va radicaliser sa critique du bolchevisme, tout en se rapprochant, à partir de 1927, de Trotski, dont sa femme (Alexandra Ramm) a traduit les ouvrages en allemand. Après 1933, Pfemfert s’exile en Tchécoslovaquie, puis en France (1936), où il sera interné en 1939. En 1941, il réussit à trouver refuge au Mexique avec sa femme. Très isolé politiquement, il y exercera le métier de photographe et y mourra dans le dénuement le plus total.

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Pieck, Friedrich Wilhelm Reinhold (1876-1960). Né à Guben-sur-la-Neisse (Basse-Lusace, Brandenburg), Wilhelm Pieck apprend le métier de menuisier, puis devient permanent du SPD à Brême. Il sera notablement influencé par Rosa Luxemburg et Franz Mehring dans les cours qu’il suivit à l’école centrale du parti de Berlin (1907-1908). Hostile à l’Union sacrée dès août 1914, il prend contact avec les groupes d’opposition. Il est mobilisé en 1915, menacé d’être traduit devant un tribunal militaire en 1918 avant de passer dans la clandestinité. En février 1917, il est envoyé par le Spartakusbund aux Pays-Bas pour publier l’hebdomadaire Der Kampf. Revenu à Berlin en octobre, il participe à la préparation du soulèvement du 9 novembre 1918 puis est élu le 11 à la direction du Spartakusbund. Arrêté en même temps que Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le 15 janvier 1919, il échappe de justesse à une exécution. Responsable de l’organisation à la direction du KPD, il est, dès 1921, membre de l’exécutif du Komintern. Il sera ensuite président du Secours rouge d’Allemagne à partir de 1925 et, en raison de son rôle dans l’appareil international, fera partie du présidium de l’exécutif du Komintern (1931). Membre du bureau politique en 1929, il assure l’intérim de Thälmann à la direction du KPD après l’arrestation de ce dernier, le 3 mars 1933. Émigré en France, il constitue la direction du KPD à l’étranger avec Franz Dahlem et Wilhelm Florin – et se prononce pour une politique de front populaire. Pieck est ensuite élu à la présidence du parti en 1935. À Moscou, il est signataire des thèses de l’Internationale communiste justifiant le pacte germano-soviétique et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, Staline le portera à la tête du « comité national de la Nouvelle Allemagne ». Rentré sur le territoire allemand le premier juillet 1945, il est élu président de la République démocratique allemande en octobre 1949, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort, à Berlin-Est, en sachant cultiver une certaine popularité.

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Piper, Reinhard (1879-1953). Historien d’art et éditeur, né à Penzlin (Mecklenburg) et fils de bourgmestre. Après une formation de libraire à Berlin et Dresde, Reinhard Piper ouvrit en 1904 à Munich sa propre maison d’édition (Verlag R. Piper & Co). Il y publia les œuvres complètes de Dostoïevski ainsi que de nombreux ouvrages d’art. Marié au peintre Gertrud Engling en 1910, il eut des liens étroits avec le peintre Max Beckmann, ainsi qu’avec les artistes du groupe Der Blaue Reiter, tels Franz Marc et Wassily Kandinsky, dont il publia l’almanach. Il fut aussi une personnalité du cabaret littéraire munichois Die Elf Scharfrichter (Les Onze Bourreaux). Dans les années 1920, ce dilettante de génie donna de célèbres reproductions de peintures, les fameuses « Piper-Drucke ».

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Plans. Revue fondée par Philippe Lamour en 1931, elle reflète l’esprit non conformiste et moderniste des années 1930, comme L’Ordre nouveau de Robert Aron et Arnaud Dandieu. Dirigée par Jeanne Walter, la revue donne des articles d’Hubert Lagardelle et de Francis Delaisi, tandis que Le Corbusier y écrit sur l’architecture, Arthur Honegger sur la musique, Fernand Léger et Raoul Dufy sur la peinture, René Clair, André Cayatte et Claude Autant-Lara sur le cinéma. Son titre révèle non seulement l’influence du système économique soviétique mais aussi de la mystique de l’époque sur la planification, censée résoudre tous les problèmes de sociétés sclérosées. Plans a entretenu une collaboration étroite avec Der Gegner.

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Plättner, Karl (Braun ou Schuster, 1893-1945). Né dans le village d’Opperode (Saxe-Anhalt), dans une famille ouvrière et conservatrice, Karl Plättner exerce la profession de mouleur dans des fonderies. Adhérent du SPD dès 1911, il est très actif dans l’organisation de la jeunesse ouvrière de Hambourg. Hostile à la guerre, il est néanmoins envoyé sur le front au début de l’année 1915, avant d’être déclaré invalide quelques mois plus tard. De retour à Hambourg, il contribue à la sortie de l’organe de la jeunesse radicale Proletarier-Jugend. Condamné à dix-huit mois de prison pour activités illégales en 1917, il sera libéré pendant les journées révolutionnaires de novembre 1918. À Dresde, il adhère aux Internationale Kommunisten Deutschlands (IKD) et participe au conseil des ouvriers et soldats de la ville. Membre du KPD lors de sa fondation, il milite à l’aile gauche de cette organisation, se rend en janvier 1919 à Brême et assume la présidence du district nord-ouest du parti pendant la République des conseils. Après son écrasement, Plättner participe aux combats de mars à Berlin, vivant constamment dans l’illégalité. En avril 1920, il est l’un des fondateurs du KAPD et le responsable de son organisation paramilitaire, qui effectue des « expropriations » pour se financer. Il théorisera cette pratique par la publication de brochures incendiaires exaltant le rôle des « chefs de bande prolétariens » dans la guerre contre le Capital. En mars 1921, il est l’un des organisateurs de l’Action de mars et le maître d’œuvre de plusieurs actions d’éclat. Condamné en 1922 à dix ans de forteresse, il sera finalement amnistié en 1928. Il adhère un temps au Lenin-Bund, un groupe dissident antistalinien, puis réintègre un temps le KPD. Il s’attire les foudres des staliniens par la publication d’un livre qui fit scandale, Eros im Zuchthaus. Eine Beleuchtung der Geschlechtsnot der Gefangenen

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(Éros en forteresse. Un éclairage sur la misère sexuelle des prisonniers, 1929). Il y aborde des thèmes, alors tabous, comme l’onanisme et l’homosexualité en milieu carcéral. Entre 1933 et 1937, malgré une activité en apparence apolitique (il ouvre un petit commerce de bois), il est arrêté puis relâché. En septembre 1939, il est interné à Buchenwald puis, à partir de 1944, à Majdanek, Auschwitz, Mauthausen et Ebernsee, en Autriche. Il sortira des camps très affaibli le 6 mai 1945, et s’éteindra le 4 juin suivant à l’hôpital militaire de Freising (Haute-Bavière).

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Ponto, Erich (1884-1957). Célèbre acteur, né à Lübeck, qui a interprété en 1928 le rôle du mendiant Peachum dans L’Opéra de quat’sous de Brecht. Après 1933, demeuré en Allemagne, il a joué d’innombrables films, dont certains de pure propagande. En 1949, il refait son apparition au côté d’Orson Welles dans Le Troisième Homme.

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Przybyszewski, Felix Stanislaw (1868-1927). Né en Pologne, alors prussienne, à Lojewo (voïvodie de Cujavie-Poméranie), il étudie l’architecture puis la médecine à Berlin. En contact avec le mouvement ouvrier, il est arrêté, puis relégué. En 1892, il publie son étude Die Psychologie des Individuums (La Psychologie de l’individu). Il co-fonde en 1895 la revue Pan, publie dans la Fackel de Karl Kraus et, un an plus tard, publie sa célèbre trilogie romanesque Homo sapiens. À Berlin, il fréquente August Strindberg et Charles Munch. Après 1900, il écrit surtout en polonais, rédigeant notamment, entre 1917 et 1918, l’organe de l’expressionnisme polonais, Zdrój (La Source). En 1919, il se met au service du gouvernement polonais et occupera, par la suite, un poste de fonctionnaire à Danzig. Il est mort à Jaronty (Cujavie-Poméranie).

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Rado, Alexander (alias Dora, 1899-1981). Né à Budapest, dans une famille d’origine juive, Alexander Rado, membre du parti communiste hongrois dès décembre 1918, est cartographe à l’état-major de l’armée rouge hongroise. Après la défaite de la République des conseils, il s’installe à Vienne, complète sa formation de cartographe et met sur pied l’agence soviétique Rosta à Vienne (1920). Installé en Allemagne pour achever ses études de cartographie, il participe comme chef militaire à l’insurrection des communistes allemands d’octobre 1923. Il séjourne ensuite plusieurs années à Moscou et enseignera l’économie et la géographie à Berlin avant 1933. Il a acquis très rapidement une solide réputation pour ses cartes et publications sur l’Union soviétique. Maître espion en Europe occidentale, pour le compte de l’URSS avant la guerre, il sera aussi le chef de l’espionnage soviétique en Suisse pendant la guerre (en tant que relais de l’Orchestre rouge). Reconnu coupable quand son réseau a été démantelé en 1943-1944 sur ordre des services allemands, il réussit à fuir la Suisse en septembre 1944 et sera livré par la Grande-Bretagne à l’Union soviétique en août 1945. Après un séjour en prison puis au goulag, il rentre en Hongrie en novembre 1954 et redevient, après sa réhabilitation en 1956, un cartographe réputé. Il a notamment publié les bulletins d’information Cartactual et Cartinform et a été président de la Commission de cartographie appliquée de l’Association internationale de cartographie. Il a été aussi l’initiateur de l’Atlas national de Hongrie (1967) et d’un atlas régional d’aménagement du territoire en six tomes (1974).

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Ramm, Alexandra (1883-1963). Née à Starodub en Russie dans une famille juive orthodoxe, Alexandra Ramm suit des études de philologie à Berlin, où elle prend contact avec le groupe anarchiste Neue Gemeinschaft. En 1903, elle y rencontre Franz Pfemfert, qu’elle épousera neuf ans plus tard. Elle travaille alors comme critique et traductrice politique et littéraire d’ouvrages russes pour Die Aktion. À la fin de la Première Guerre mondiale, elle soutient le Spartakusbund. Devenue en 1929 l’agent littéraire de Trotski en Allemagne, elle traduit une partie de ses écrits pour le Fischer-Verlag. Après la prise de pouvoir des nazis, Alexandra Ramm et Franz Pfemfert s’enfuient en Tchécoslovaquie, puis en France (1936), où ils retrouvent Franz Jung, Carl Einstein, et font la connaissance du fils de Trotski, Léon Sedov. Ils sont arrêtés en septembre 1939 et Alexandra Ramm internée au camp de Gurs, dont elle s’évade avant de retrouver son époux et gagner Lisbonne, New York puis le Mexique (1941), où ils s’établissent jusqu’à la mort de Franz Pfemfert. En 1955, elle rentre en Europe et s’installe à Berlin-Ouest. Elle y retrouve Karl Otten, ancien collaborateur de Die Aktion, avec qui elle publie en 1957 l’anthologie expressionniste Ahnung und Aufbruch (Prémonition et départ). À partir de 1961, elle soutiendra Paul Raabe dans son projet de réédition de l’intégralité des livraisons de l’Aktion, une entreprise achevée en 1983.

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Rasch, Fritz (1887- ?). Né à Berlin, apprenti tailleur, puis métallo. Il adhère au SPD avant 1914. Pendant la guerre, à Hambourg, il se lie avec les radicaux de gauche (Linksradikale) à Brême. Installé à Berlin en 1916, il s’engage ensuite au sein du Spartakusbund. En novembre 1918, il est membre du Conseil exécutif des conseils d’ouvriers et de soldats de Berlin, et prend part à la fondation du KPD un mois plus tard. En avril 1920, il est l’un des co-fondateurs du KAPD, qui le porte à son organe central. En mars 1921, avec Franz Jung, il est chargé de coordonner les grèves insurrectionnelles d’Allemagne centrale, en concertation avec le VKPD. Délégué de son parti au IIIe congrès du Komintern en juillet-août 1921, il est expulsé du KAPD un an plus tard. Après 1923, installé à Hambourg, il semble s’être retiré de la politique. Il sera, néanmoins, arrêté et passé à tabac par les SA en mars 1933. Son sort est par la suite inconnu.

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Rauscher, Ulrich (1884-1930). Publiciste social-démocrate, il publie en janvier 1914, dans Die Schaubühne, un poème antimilitariste où il s’en prend aux « traîneurs de sabre » et autres « castrats du Reich allemand ». À partir de novembre 1918, sous les gouvernements sociaux-démocrates de Scheidemann-Noske, Gustav Bauer puis Hermann Müller, il se trouve à la tête d’organes de presse. Homme de confiance d’Ebert, Rauscher est ambassadeur d’Allemagne à Varsovie de 1922 jusqu’à sa mort. Lors du putsch de Kapp, il a tenu des propos étonnement révolutionnaires : « Grève générale sur toute la ligne ! Prolétaires, unissez-vous ! À bas la contre-révolution ! »

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Revolution. Bimensuel expressionniste et libertaire ; revue « primo-dadaïste », éditée par Franz Jung, Hans Leybold et Hugo Ball à Munich en 1913. Erich Mühsam, Max Brod et Robert Musil y contribuèrent notamment.

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RFB (Roter Frontkämpferbund). La Ligue des combattants du Front rouge est l’organisation paramilitaire du KPD. Créée en juillet 1924 pour affronter militairement dans la rue les SA et les groupes d’extrême droite, elle compte jusqu’à plus de 100 000 membres. Son premier président est Ernst Thälmann et son cri de ralliement « Rote Front ! » (Front rouge), qui est aussi le nom de son organe de presse. La Ligue sera dissoute sur ordre du gouvernement social-démocrate de Prusse, en mai 1929.

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Rinner, Erich (1902-1982). Ce fonctionnaire du SPD occupera très jeune les fonctions de secrétaire de la fraction social-démocrate au Reichstag (de 1923 à 1928, puis de 1930 à 1933). En exil à Prague, en 1933, partisan d’un « cours à gauche », il est intégré dans la direction du parti en exil. Replié en France en 1938, puis aux États-Unis en 1940, Erich Rinner est l’un des principaux éditeurs et collaborateurs des célèbres Deutschland-Berichte, évoqués longuement par Franz Jung. Après 1945, il sera expert économique au sein d’une grande banque privée new-yorkaise.

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Rocker, Rudolf (1873-1958). Né à Mayence, dans une famille petite-bourgeoise, Rudolf Rocker suit une formation de relieur et adhère, en 1890, à l’association des ouvriers de sa corporation. Il se placera d’abord du côté des Jeunes du SPD, avant de rallier l’anarchisme, et se voit dans l’obligation de s’exiler en France puis en Angleterre à cause de ses activités politiques. Bien que non juif, il devient l’un des principaux animateurs du mouvement ouvrier juif de Londres. Il y est interné comme « étranger dangereux » de décembre 1914 à mars 1918. Revenu en Allemagne en novembre 1918, il se consacre – avec Fritz Kater – à la construction de la FAUD et de la seconde AIT. Il quitte le territoire allemand en 1933 pour se réfugier aux États-Unis où il finira ses jours. C’est là qu’il rédige son grand livre, Nationalism and Culture (1937). Donnant la priorité à la défense de la démocratie sur la révolution, il est favorable à l’entrée en guerre de son pays d’accueil, suscitant la critique de certains anarchistes.

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Roda Roda, Alexander (1872-1945). Né à Drnowitz (en Moravie), Sandór Friedrich Rosenfeld prend le nom d’Alexander Roda Roda pour ses premiers travaux de journaliste, qui paraissent en 1900 dans le Simplicissimus. Dès 1903, il entreprend des voyages dans les Balkans, en Italie puis en Espagne. Il obtient en 1904 un poste militaire à Berlin où il reste pendant deux ans avant de partir pour Munich. C’est à partir de 1908, après s’être vu retirer son grade, qu’il transforme son uniforme et se produit dans des cabarets, créant un personnage qui inspire, en 1909, Carl Rössler, avec qui il monte la « comédie militaire » Der Feldherrnhügel. Dès 1914, il est engagé comme reporter de guerre pour la Neue Freie Presse, et travaille pour le journal germanophone Pester Lloyd, qui paraît en Hongrie. Il commence sa carrière d’écrivain dans les années 1920, entrant en contact avec les auteurs, acteurs et cabaretiers européens. En 1932, il fait partie du Gruppe demokratischer Intellektueller de Carl von Ossietzky. Après l’arrivée des nazis au pouvoir, il s’installe à Graz en Autriche, puis sur le territoire suisse en 1938, peu avant l’Anschluss. Il est contraint d’émigrer aux États-Unis après s’être vu interdire par les autorités suisses, en 1940, de continuer son activité journalistique. Il meurt à New York en 1945.

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Rote Kämpfer. Selon Gérard Sandoz (Ces Allemands qui ont défié Hitler 1933-1945 [1980], Pygmalion, 1995), « les militants de cette organisation partageaient les conceptions “conseillistes” des théoriciens néerlandais Herman Gorter et Anton Pannekoek. […] En Allemagne, plusieurs centaines de militants de ce groupe s’étaient ralliés à la social-démocratie après avoir été exclus du parti communiste. Au sein du SPD, ces hommes qui n’avaient nullement renoncé à leurs conceptions révolutionnaires préconisaient l’abandon des “méthodes réformistes”. Sans succès. Lorsque Hitler prend le pouvoir, les “Combattants rouges” n’éprouvent aucun doute quant à la “défaite terrible” que vient de subir le mouvement ouvrier. Ils savent […] que la “lutte sera longue” et “demandera énormément de sacrifices”. Cela ne les empêche pas de se plonger immédiatement dans la lutte clandestine. Dès 1934, quelques-uns d’entre eux, émigrés à Paris et à Amsterdam, organisent le transport dans le Reich de journaux où sont relevés “les crimes innombrables des nazis”. Ces journaux demandent aux ouvriers de “saboter la production” en leur rappelant que “le régime prépare activement une guerre impérialiste qui entraînera le monde dans un cataclysme inouï” ».

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Rowohlt, Ernst (1887-1960). Né à Brême et mort à Hambourg, Ernst Rowohlt fonde en 1908, à Leipzig, la maison Rowohlt-Verlag. Soutenu financièrement par Kurt Wolff, il publie, avant 1914, tout ce qui compte dans le mouvement d’avant-garde littéraire allemand : Paul Scheerbart, Hugo Ball, Georg Heym, Carl Hauptmann, Max Brod, Franz Kafka, Arnold Zweig, etc. Dans l’entre-deux-guerres, il devient, entre autres, l’éditeur de Robert Musil et de Kurt Tucholsky.

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Rubiner, Ludwig (1881-1920). Poète, dramaturge, critique littéraire et essayiste né à Berlin dans une famille juive originaire de Galicie, Ludwig Rubiner suit des cours de médecine, de musique, d’histoire de l’art, de philosophie et de littérature. Pendant ses études, il entre en contact avec l’avant-garde expressionniste, et notamment Erich Mühsam, René Schickelé, Ferdinand Hardekopf, Wilhelm Herzog et Herwarth Walden, grâce à qui il débute une carrière littéraire en publiant ses premiers poèmes dans la revue anarchiste Der Kampf. De 1906 à 1911, il est critique littéraire et publie des poèmes dans plusieurs revues, dont Die Gegenwart, Die Schaubühne et Der Demokrat. Il sera aussi traducteur littéraire du français et du russe (Verlaine, Tolstoï, Gogol). En tant que collaborateur de l’Aktion entre 1911 et 1918, il va séjourner à Paris où il croise notamment Chagall en 1912. Cette même année, il décide de cesser ses activités de critique artistique pour se consacrer à la critique sociale. C’est ainsi qu’il publie, à Paris, son manifeste politique et littéraire, Der Dichter greift in die Politik (Le poète intervient dans la politique), qui paraît dans Die Aktion. En 1914, il rentre à Berlin où il travaille pour Die Weissen Blätter. Lorsque la guerre éclate, il s’exile à Zurich où il fonde la revue Zeit-Echo en 1917. Après la guerre, il retourne à Berlin pour travailler en tant que lecteur dans la maison d’édition de Gustav Kiepenheuer. Au printemps 1919, il fonde avec Franz Jung, Arthur Holitscher et Rudolf Leonhard le Bund Proletarischer Kultur, un groupe indépendant du parti communiste, qui est dissout un an plus tard pour des raisons de divergences politiques internes. Il meurt à Berlin en février 1920.

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Scheerbart, Paul (alias Bruno Küfer, 1863-1915). Né à Danzig, l’écrivain indépendant Paul Scheerbart s’établit à Berlin en 1887 et y fonde le Verlag-deutscher-Phantasten. Il publie dans les revues d’avant-garde Der Sturm, Die Freie Bühne et Die Jugend, et compte Erich Mühsam parmi ses amis « chimériques ». Doté d’un talent certain pour les récits du genre fantastique, il a laissé de nombreux romans et nouvelles, dont Der Kaiser von Utopia (1904), qui illustre bien son esprit radical.

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Scherl, August (1849-1921). Éditeur et imprimeur, né à Düsseldorf et mort à Berlin. Grand patron de presse, August Scherl est le principal concurrent de Leopold Ullstein et Rudolf Mosse. Il fonde en 1888 la société en commandite du Berliner Lokal-Anzeiger et sera le premier en Allemagne à utiliser linotypes et rotatives rapides. Les productions de son groupe de presse, qui procède à de nombreuses fusions-rachats, sont destinées au « grand public populaire » : l’illustré Der Tag, la presse sportive avec Sport im Bild mais aussi la finance, avec Hamburger Börsenhalle. À partir de 1916 le groupe, dont Scherl se retire, passe sous le contrôle du magnat d’extrême droite Alfred Hugenberg, qui finança plus tard les ligues d’extrême droite et Hitler.

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Schiemann, Eduard (1885- ?). D’origine balte, il fait partie de la bohème littéraire qui fréquente la communauté libertaire d’Ascona avant 1914. Membre du KPD dans les années 1920, Eduard Schiemann est également traducteur du russe vers l’allemand.

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Schlaf, Johannes (1862-1941). Né et mort à Querfurt (Saxe), cet écrivain indépendant a vécu à Berlin, puis à Weimar. Il est l’auteur, sous le pseudonyme de Bjarne P. Holmsen, de récits et de drames naturalistes tels Papa Hamlet, 189 et Die Familie Selicke, 1890. Après une grave crise existentielle, il se lance dans une production de récits impressionnistes puis mystiques (Das absolute Individuum und die Vollendung der Religion, 1910). Un temps proche du nazisme, il s’est retiré en 1937 dans sa ville natale où il a rédigé son autobiographie, parue peu avant sa mort.

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Schmoller, Gustav von (1836-1917). Célèbre universitaire, recteur de l’université de Berlin depuis 1897, il fut un pionnier des questions théoriques et méthodologiques en histoire économique, sociale et administrative. Le Schmollers Jahrbuch, comme les travaux bibliographiques et scientifiques publiés sous sa direction aux Acta Borussica, demeurent des ouvrages de références pour les d’étudiants.

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Schrimpf, Georg Gerhard (1889-1938). Né à Munich, Georg Schrimpf est un peintre et dessinateur célèbre, qui appartient à l’école de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité). Malgré son talent précoce, ses parents l’obligent à suivre une formation d’apprenti confiseur. Cet autodidacte, qui fut un temps très lié à Franz Jung, a fini par s’imposer en peinture. En 1937, il est contraint de démissionner de son poste de professeur d’arts plastiques à Berlin. Et ses œuvres, considérées comme des productions d’« art dégénéré », seront retirées des musées.

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Schulze-Boysen, Harro (1909-1942). Né dans la ville portuaire de Kiel (Schleswig-Holstein) et petit-neveu de l’amiral von Tirpiz, Harro Schulze-Boysen est membre du Jungdeutscher Orden de la République de Weimar dès 1928. Après des études de droit, il soutient la Volksnationale Reichsvereinigung, un groupe d’intellectuels nationalistes, grâce auquel il découvre, en 1930, la revue française Plans. En 1932, il devient co-éditeur et rédacteur de la revue philosoviétique Der Gegner. Après l’arrivée au pouvoir des nazis, sa revue est interdite et il est aussitôt arrêté et torturé. Remis en liberté, il tisse un réseau d’opposition, composé d’éléments de coloration politique diverse. Dès 1936, cet officier au ministère de l’Aviation du Reich transmet – sous le nom de code de Choro – des informations militaires à l’Union soviétique. En 1940-1941, ce groupe de résistance, appelé par la Gestapo « l’Orchestre rouge », prend contact par radio avec des agents soviétiques pour les informer des projets d’invasion allemands. L’année suivante, la Gestapo déchiffre les émissions radio. Les membres du réseau (dont sa femme, Libertas) sont alors condamnés pour espionnage et exécutés à la prison de Berlin-Plötzensee.

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Schwab, Alexander (alias Franz Sachs, Albert Sigrist, 1887-1943). Originaire de Stuttgart et fils d’un maître de chapelle, Alexander Schwab suit des études de philosophie, philologie, économie et sociologie qui le mènent au doctorat. À Fribourg, il est actif au sein du mouvement républicain Freie Studentenschaft, puis devient le chef de file de la Freideutsche Jugend. Volontaire en 1914, il est réformé pour maladie pulmonaire et s’insurge rapidement contre la guerre. Inscrit en 1917 à l’USPD, il intègre, l’année suivante, un groupe des spartakistes dans lequel il croise Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. D’abord membre du KPD, il rallie en 1920 le KAPD, qu’il représentera au IIIe congrès du Komintern (1921). Il quitte son parti au printemps 1922, après la scission menée par Karl Schröder, et devient journaliste pour la revue du Deutscher Werkbund, Die Form, où s’expriment alors les artistes et les architectes d’avant-garde, en particulier ceux du Bauhaus. En 1929, il est le rédacteur en chef des publications du Reichsanstalt für Arbeitslosenvermittlung und Arbeitslosenversicherung, institution qui publie des revues ou des feuilles à destination des chômeurs. Il se révèle être également un brillant essayiste dans le domaine de l’architecture (Buch vom Bauen, 1930, publié sous le pseudonyme de Sigrist). Apparemment en retrait de la politique, il prend part à la formation des Rote Kämpfer, qui se constituent dans la clandestinité dès 1931. En 1933, Alexander Schwab est licencié et incarcéré pendant six mois. Après sa libération, il réorganise le groupe des Rote Kämpfer avec Franz Jung. En novembre 1936, il sera arrêté par la Gestapo, qui le considère – au même titre que Karl Schröder, dont Jung délibérément ne mentionne pas le rôle important – comme le principal responsable du mouvement et le condamne à huit ans de détention pour « haute trahison ». Il sera détenu à Brandenburg, à Sonnenburg, puis au Lager de Börgermoor. Il mourra d’une pneumonie le 12 novembre 1943 à la forteresse de Zwickau.

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Secours ouvrier international. L’Internationale Arbeiterhilfe (IAH) est une organisation de solidarité de la classe ouvrière avec les travailleurs de la Russie soviétique, liée au Komintern. Elle a été crée en septembre 1921 par Willy Münzenberg, lors d’une conférence mondiale des comités d’aide aux peuples affamés de la Russie soviétique, pour coordonner la solidarité à l’échelle internationale.

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Serner, Walter (Walter Seligmann dit, 1889-1942). Né à Karlsbad (Karlovy Vary), en Bohême, ce fils d’un patron de presse juif étudie à Vienne et à Greifswald, avant d’être reçu docteur en droit. À partir de 1908, il écrit pour le journal de son père la Karlsbader Zeitung et se convertit au catholicisme. Deux ans avant la déclaration de guerre, il contribue à Die Aktion puis s’exile à Zurich pendant le conflit. Après avoir fondé sa propre revue, Sirius (1915-1916), il se lie aux dadaïstes et participe à l’écriture des manifestes dada. En 1920, il prend part au festival dada de Paris. On ne trouve plus de traces de lui en Allemagne à partir de 1928. On sait néanmoins qu’il s’est marié en 1938 à Prague, où il a enseigné les langues. En 1942, il sera déporté par les nazis au camp de Theresienstadt et assassiné la même année dans un autre camp, probablement près de Minsk. Parallèlement à ses essais, il a écrit des nouvelles policières, des nouvelles érotiques ainsi qu’un roman, Die Tigerin (1925), dont Karin Howard s’est inspiré dans un film produit en 1992.

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Simplicissimus. Hebdomadaire satirique, progressiste et anticlérical fondé en 1896 à Munich par Albert Langen et Thomas Theodor Heine. Pendant la Première Guerre mondiale, le Simplicissimus perd de sa virulence critique et soutient la propagande de guerre. Aux débuts de la République de Weimar, il s’oppose aux partis politiques extrémistes comme le parti national-socialiste, néanmoins certains caricaturistes deviennent rapidement pro-nazis. En 1933, Thomas Theodor Heine, le véritable créateur de la revue, démissionne avant de s’exiler à Oslo (1937), tandis qu’Erich Schilling soutient activement le régime, au point de se suicider lors de l’effondrement du Reich. Simplicissimus cesse de paraître septembre 1944. Entre 1946 et 1950, la revue satirique Der Simpl (Munich) prend sa suite, mais cette fois sur un axe antifasciste, antimilitariste et antinationaliste. Otto Dix va collaborer au premier numéro.

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Sinzheimer, Hugo (1875-1945). Né à Worms, ce fils d’un patron du textile a étudié le droit et l’économie à Munich, Berlin et Fribourg. Avocat et notaire à Francfort dès 1903, il s’est spécialisé dans la défense des droits syndicaux. Membre du SPD en 1914, il devient chef de la police de Francfort (1919-1920) et co-fonde l’Académie du travail, où il va enseigner jusqu’à l’arrivée au pouvoir des nazis. En tant que député SPD, il a participé à la commission des lois sur le travail ; il est notamment l’un des initiateurs de la loi sur les conseils d’entreprise (Betriebsräte). Arrêté en 1933, il a néanmoins pu gagner les Pays-Bas où il a enseigné le droit du travail à Amsterdam puis la sociologie du droit à Leiden. Il a ensuite trouvé refuge chez des amis néerlandais où il a survécu pendant toute la guerre. Il est considéré comme l’un des « pères du droit du travail » allemand.

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Sontheimer, Josef (1867-1919). Ce chef anarchiste, dirigeant des forces armées révolutionnaires munichoises avec le jeune marin communiste Rudolf Eglhofer (1897-1919), déjoua une tentative de putsch contre-révolutionnaire, qui mena à l’instauration de la seconde République des conseils. Il fut fusillé sans jugement par la contre-révolution, tout comme Egelhofer.

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Spartakus ou Spartakusbund. La ligue Spartakus a été créée par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Ce courant marxiste et révolutionnaire s’est opposé à la guerre de 1914, a soutenu la révolution russe, mais a manifesté son attachement à la démocratie ouvrière contrairement aux bolcheviks. Du vivant de Rosa Luxemburg, le courant « luxembourgiste » constitue l’aile gauche du SPD allemand. À partir de la Première Guerre mondiale, on parle de spartakisme, d’après le nom de la fraction de l’Unabhängige Sozialdemokratische Partei Deutschlands (USPD) où militent Rosa Luxemburg, Leo Jogiches, Karl Liebknecht, Franz Mehring, Clara Zetkin, etc., suite à leur exclusion du SPD. Ces derniers participent à la révolution allemande de 1918 et à la fondation du KPD, en décembre de la même année. En janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont exécutés sur ordre des dirigeants allemands sociaux-démocrates ; en mars c’est au tour de Leo Jogiches d’être assassiné, tandis que Franz Mehring meurt quelques mois plus tard.

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SPD. Le Sozialdemokratische Partei Deutschlands est l’un des plus vieux partis d’Allemagne. Ce dernier va participer à toutes les élections du Parlement allemand et sera le principal parti de la IIe Internationale. Fondé en 1875, sous le nom de Sozialistische Arbeiterpartei (SAP), il est le produit de la fusion de deux groupes plus anciens, l’Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein (ADAV) et le Sozialdemokratische Arbeiterpartei (SDAP). De 1878 à 1890, le gouvernement de Bismarck instaure les Sozialistengesetze (lois antisocialistes) : le SAP est interdit, les sociaux-démocrates persécutés, ce qui contribue à une radicalisation du parti, qui prend le nom de SPD l’année suivante. Lors de la Première Guerre mondiale, le groupe SPD du Reichstag vote en faveur de la guerre, ce que certains considèrent comme une trahison des principes de base du parti. Cette contestation aboutit à des exclusions massives (dont celle de Rosa Luxemburg) et à la fondation de mouvements dissidents : l’USPD et le Spartakusbund (ancêtre du KPD). Au début de la révolution allemande, le SPD et l’USPD s’unissent pour placer le dirigeant SPD Friedrich Ebert au poste de président. Le SPD devient ainsi l’un des partis fondateurs de la République de Weimar en 1919. Après l’échec du parti et de ses partenaires aux élections de 1920, le SPD ne participe plus que rarement au gouvernement. La montée du KPD commence à limiter son influence – d’autant plus fortement que l’aile gauche du SPD, exclue en 1931, fonde le SAPD (parti socialiste-ouvrier d’Allemagne). Sous le Troisième Reich, le parti s’exile. Il sera refondé après la guerre dans les zones d’occupation. Dans la future RDA, il va fusionner avec le KPD pour former le Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (SED).

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Steckel, Leonhard (1901-1971). Acteur et metteur en scène autrichien d’audience internationale. Fils d’un administrateur des chemins de fer d’origine juive, il fit ses études à Berlin. Entre 1920 et 1933, il joue sur toutes les scènes de la capitale allemande. Max Reinhardt et Erwin Piscator apprécièrent particulièrement son talent, qui s’exerçait aussi bien au cinéma. En 1927, il épouse la danseuse et écrivaine Jo Mihaly, avec qui il doit fuir l’Allemagne en 1933, avant d’obtenir un engagement au Schauspielhaus de Zurich. Il meurt tragiquement dans une catastrophe ferroviaire en Suisse, au moment où Brecht l’appelait à participer à une tournée internationale à l’occasion de la sortie de sa pièce Maître Puntila et son valet Matti. Il a tenu pas moins de 280 rôles et dirigé 247 fois la mise en scène de pièces du répertoire international.

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Stehr, Hermann (1864-1940). Né dans un village pauvre près de Glatz (Basse-Silésie), il est instituteur avant de devenir écrivain. Sous l’influence du naturalisme et du mystique silésien du Moyen Âge Jakob Böhme, il exprime la misère sociale de ses compatriotes dans Der Schindelmacher (Le Faiseur de bardeaux, 1899). Il se tourne ensuite vers une conception religieuse de l’existence, avec de forts accents barrésiens, « sol, sang et terroir », comme dans son œuvre la plus connue, Der Heiligenhof (La Cour des saints, 1918). Considéré par les nazis comme un précurseur de la littérature völkisch, il s’est néanmoins tenu à distance du régime, refusant d’écrire la moindre ligne de louange à Hitler.

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Sternheim, Carl (1878-1942). Fils d’un banquier juif et d’une mère protestante, né à Leipzig, Carl Sternheim fut un écrivain prolifique : romancier, nouvelliste, dramaturge et essayiste, il sut exprimer les vérités et les mensonges de l’individualisme radical antibourgeois. Après des études de droit, de philosophie – et d’histoire de l’art auprès de Heinrich Wölfflin –, il s’installe à Munich en 1907 avec sa seconde épouse, l’écrivaine Theo Bauer. Leur demeure, Bellemaison, fut un haut lieu de l’avant-garde littéraire munichoise : Frank Wedekind, Max Reinhardt, Heinrich Mann et Annette Kolb la fréquentèrent. Carl Sternheim a également réuni une prestigieuse collection de peinture, qui comptait des Van Gogh, des Gauguin, des Renoir, des Matisse et des Picasso. Bien qu’il ne se reconnaisse pas dans l’expressionnisme, il participe aux projets littéraires de Franz Blei, Gottfried Benn et Franz Pfemfert. Dégoûté par l’esprit wilhelminien, il finit par s’installer en Belgique en 1912, puis aux Pays-Bas et en Suisse. Écrivain très prolifique dans les années 1920, il est lui aussi mis à l’index par les nazis. Installé à Bruxelles avec sa dernière compagne, il y meurt brutalement, dans un grand isolement.

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Stifter, Adalbert (1805-1868). Écrivain, peintre et pédagogue autrichien. Tenu en très grande estime par Nietzsche pour sa prose, il est parfois considéré comme le représentant majeur du style biedermeier, forme d’expression sentimentale et petite-bourgeoise du post-romantisme. La nouvelle « La futaie », évoquée par Franz Jung, a été publiée dans le recueil qui a pour titre Les Grands Bois et autres récits (Gallimard, 1979). Son œuvre la plus connue demeure son roman Der Nachsommer (L’Arrière-Saison), publié en 1857.

163

Sturm (Der) (1910-1932). Fondée à Berlin par Herwarth Walden, cette revue est l’une des tribunes les plus importantes de l’expressionnisme allemand. Outre des poèmes, elle publie dessins et eaux-fortes des artistes les plus fameux, comme Franz Marc, Wassily Kandinsky, Oskar Kokoschka, August Macke, etc. Avant la Première Guerre mondiale, elle fut un lieu privilégié d’échanges culturels entre l’expressionnisme français et l’expressionnisme allemand.

164

Sylvia (Meissner, Anna von). Originaire de Hongrie, Anna Radnóti était institutrice. Sylvia est le surnom qu’elle portait dans la boîte de nuit où elle travaillait à Budapest. C’est là qu’elle rencontre Franz Jung en 1945. Restés en contact jusqu’en 1948, il se croiseront à nouveau en Italie, au tout début des années 1960.

165

Tageblatt ou Berliner Tageblatt. Ce journal de Berlin, fondé par Rudolf Mosse en 1872, constitue le premier groupe de presse allemand. Theodor Wolff, ancien correspondant du journal à Paris, en fut le rédacteur en chef de 1906 à 1933. Le très sarcastique Kurt Tucholsky fut rédacteur de la rubrique satirique de décembre 1918 à avril 1920, tandis qu’Alfred Kerr s’occupait de la rubrique théâtrale. Mis au pas par le nazisme en 1933, le journal cessa de paraître le 31 janvier 1939. Avant 1933, le Tageblatt avait rassemblé l’élite du journalisme allemand.

166

Tat (Die). Groupe fondé en mai 1909 à Munich par Erich Mühsam, fédéré au Sozialistischer Bund animé par Gustav Landauer. Son but est « l’agitation du sous-prolétariat ». Il se compose d’ouvriers, d’artistes comme le peintre Georg Schrimpf, et d’écrivains tels qu’Oskar-Maria Graf, Karl Otten ou Franz Jung. En janvier 1910, plusieurs de ses membres sont emprisonnés pour « conspiration ». Une vigoureuse campagne de soutien menée par Heinrich et Thomas Mann ainsi que par Frank Wedekind fera libérer Mühsam et ses camarades.

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Terracini, Umberto (1895-1983). Né à Gênes dans une famille pauvre de confession juive, il s’installe à Turin, où il rallie le parti socialiste après des études de droit. En 1919, il fonde le quotidien L’Ordine Nuovo avec Antonio Gramsci et Palmiro Togliatti, qui prônent la rupture avec les réformistes du parti et soutiennent la jeune Union soviétique. En 1921, il est l’un des principaux fondateurs du parti communiste italien, dont il devint l’une des personnalités de premier plan, au point d’être intégré dans le présidium du Komintern, malgré son opposition à la politique de front unique. Élu député en 1922 et en 1924, il est arrêté par le pouvoir fasciste en 1926 et condamné à vingt-deux ans de prison. Libéré en 1937, il est alors relégué dans les îles (in confini), dont il ne sortit qu’en 1943. Exclu du parti communiste pour ses positions hostiles au pacte germano-soviétique en 1939, il est réintégré au sein du parti à la chute du régime fasciste. Élu député et vice-président de l’Assemblée constituante en 1946, il en devint le président l’année suivante. Sans cesse réélu, il est resté pratiquement sénateur à vie.

168

Turel, Adrien (1890-1957). Écrivain suisse né à Saint-Pétersbourg. Après des études à Genève puis à Berlin, il fait la rencontre, décisive, du sexologue berlinois Magnus Hirschfeld en 1917. Il pratique ensuite la psychanalyse jusqu’en 1933. Entamant une carrière littéraire avec la publication de recueils de poèmes, de drames et d’essais, il tente de développer une conception universaliste du monde, fondée sur les composantes élémentaires d’explication de l’« humanité quadridimensionnelle » (sciences sociales, astronomie, psychologie et anthropologie), dont la maîtrise aboutirait à atteindre de nouveaux « états paradisiaques ». Arrêté en 1933 pour sa participation au groupe Der Gegner de Harro Schulze-Boysen, il réussit à gagner la Suisse, où il poursuit son activité de « physicien social » et d’écrivain. Il a notamment publié des recueils de poésie (Weltleidenschaft, 1940), un étrange roman de science-fiction (Die Greiselwerke, 1942) et un roman autobiographique (1959).

169

Ullstein, Leopold (1826-1899). Né à Fürth en Bavière dans une famille juive, Leopold Ullstein s’installe à Berlin dès 1855. Il publie, entre autres, la Berliner Zeitung, la Berliner Abendpost et la Berliner Morgenpost. En 1894 il achète la Berliner Illustrierte Zeitung créé en 1892, et en fait un hebdomadaire. Ses fils continuèrent son travail après sa mort, créant notamment la fameuse maison d’édition Ullstein-Verlag.

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Vinnichenko, Wolodymyr Kirilovich (1880-1951). Né à Elisavetgrad, province de Kherson (Crimée), l’écrivain Wolodymyr Winnitschenko (ou Vladimir Vinnichenko dans la graphie anglo-saxonne) devient membre du parti social-démocrate ukrainien. Poursuivi après la défaite de la révolution de 1905, il s’exile en Europe de l’Ouest jusqu’au début de la guerre. Il est alors déjà connu internationalement pour ses nouvelles naturalistes et ses drames satiriques. Le 23 juin 1917, il devient Premier ministre de l’Ukraine, qui vient de se proclamer république. En décembre 1918, il prend, pour quelques mois, les fonctions de président de la République populaire d’Ukraine, avant d’émigrer pour écrire Vozrozhdenie natsii (La Renaissance d’une nation, Vienne, 1920). De retour en Russie en 1920, il tente de former un groupe de communistes ukrainiens et d’aboutir à un compromis avec l’État bolchevique russe. Déçu par le « chauvinisme panrusse » des bolcheviks, il émigre en Allemagne puis en France, dans la région parisienne, avant de s’installer à Mougins (Alpes-Maritimes). Rescapé des camps, il est mort à Mougins le 6 mars 1951.

171

Volkszeitung ou Hamburger Volkszeitung. Quotidien socialiste indépendant (USPD) de Hambourg, créé en novembre 1918, il devint par la suite le quotidien du KPD. Interdit en février 1933, il reparaît en 1946. Wilhelm Herzog en fut le rédacteur en chef de novembre 1919 à janvier 1921, date à laquelle il démissionna du journal.

172

Vorwärts. Quotidien fondé en 1876, organe de presse du Sozialistische Arbeiterpartei, le Vorwärts devient celui du SPD en 1891. Interdit peu après l’arrivée au pouvoir de Hitler, le journal s’exile à Prague et prend le nom de Neuer Vorwärts. Il s’installe ensuite à Paris jusqu’à l’invasion des troupes allemandes. Devenu l’organe de presse du Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (SED) en 1948, le journal ne retrouve son ancien nom que sept ans plus tard. Le Vorwärts, redevenu quotidien de tendance socialiste, malgré de grosses difficultés de diffusion après 1989 (50 000 exemplaires), atteint aujourd’hui une diffusion de plus de 500 000 exemplaires.

173

Vossische Zeitung (Die). Journal berlinois fondé en 1704, par « privilège royal », par un maître imprimeur, Johann Michael Rüdiger. Il fut d’abord hebdomadaire. En 1751, il passe aux mains du maître imprimeur Christian Friedrich Voss, d’où son nom de « Gazette de Voss ». Progressivement, le journal (qui devient quotidien) ne se cantonne plus aux « chroniques royales », mais devint l’organe de la bourgeoisie libérale. En 1843, la Vossische Zeitung mène une lutte acharnée pour l’abolition de la censure, dont Karl Marx rendra compte. En mars 1848, toute l’équipe de la rédaction fait le coup de feu dans la rue contre les forces royales. Pour survivre au moment de la contre-révolution, le journal adopte un ton moins vif. À la fin du xixe siècle, son tirage est moins important que celui des autres organes de presse qui comptent, mais il reste néanmoins une référence sur le plan de la critique. Son prestige sera renforcé par sa nouvelle direction : c’est en effet l’éditeur Ullstein qui prend le contrôle du journal le 2 août 1914. En 1918, mettant ainsi fin à son « privilège royal », le quotidien se déclara pour la République et l’Assemblée nationale. Parmi ses plumes les plus célèbres, on peut citer Theodor Fontane, pour ses critiques théâtrales (1870-1890), et Kurt Tucholsky, pour ses « billets politiques » dans les années 1920. Le 31 mars 1934, l’éditeur Ullstein préfère saborder le journal plutôt que de le voir tomber dans des mains nazies.

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Ware, Harold (1890-1935). Fils de la célèbre dirigeante socialiste puis communiste Ella Reeve, le militant communiste américain Harold Ware réside au début des années 1920 en URSS, où il tente de créer une ferme collective modèle en utilisant du matériel agricole américain dans l’Oural, avant de fréquenter une école du Komintern à Moscou. Revenu aux États-Unis au début des années 1930, il organise le principal réseau communiste clandestin de l’entre-deux-guerres à Washington, connu sous le nom de Ware Group. Il meurt en 1935 dans un accident de la route.

175

Weber, Alfred (1868-1958). Le plus jeune des frères du sociologue Max Weber est professeur de sciences sociales à l’université de Prague, puis de Heidelberg. Parmi ses élèves, on compte Franz Kafka et Erich Fromm. En novembre 1918, il est l’un des fondateurs du Deutsche Demokratische Partei (DDP), parti libéral de gauche, hostile au pouvoir des conseils et dissous en juin 1954. Il est nommé président de la République fédérale en 1933 en raison de son opposition au nazisme.

176

Weigel, Helene (1900-1971). De son vrai nom Weigl, qu’elle conserva jusqu’en 1919, Helene Weigel est l’une des plus grandes actrices et directrices de théâtre de son époque. Née à Vienne dans une famille juive, elle a très tôt connu le feu sacré des planches. En 1919, un directeur de théâtre viennois déclare qu’elle est « l’un des plus grands génies dramatiques de tous les temps ». À Francfort, où elle est engagée la même année, elle tient le rôle de Marie dans le Woyzeck de Büchner. Dix ans plus tard, elle devient l’épouse de Bertolt Brecht, qu’elle a accompagné dans toutes ses grandes représentations. En 1933, elle fuit le régime nazi avec son mari pour se réfugier aux États-Unis, où elle va s’installer en 1941, après des séjours en Suisse, au Danemark, en Suède et en Finlande. Brecht travaille alors à Hollywood. Pendant cette période d’exil, elle n’aura l’occasion d’exercer son talent qu’en 1937, où elle incarne Theresa Carrar, dans Les Fusils de la mère Carrar que Brecht monte à Paris. Au moment de la guerre froide, après la comparution de son époux devant la Commission des activités anti-américaines, Helene Weigel et Bertolt Brecht quittent les États-Unis pour la Suisse (1948), où elle incarnera Antigone dans une mise en scène de la pièce de Sophocle jouée à Chur. Elle se produit ensuite en RDA, où le couple crée, en 1949, le Berliner Ensemble, dont Helene Weigel va assurer la direction artistique après la mort de Brecht en 1956. Malgré des difficultés avec le régime, elle réussit à maintenir la réputation internationale du Berliner Ensemble. Elle se produira une dernière fois sur scène au théâtre des Amandiers à Nanterre, en avril 1971.

177

Weisenborn, Günther (1902-1969). Né à Velbert (Rhénanie du Nord), Günther Weisenborn a fait des études de médecine et de littérature à Cologne et à Bonn. Critique théâtral, dramaturge, romancier, scénariste, il travaille en 1930 à la mise en scène, avec Bertolt Brecht, de la célèbre pièce La Mère, inspirée du roman de Gorki. Membre du réseau de résistance au nazisme l’Orchestre rouge, Weisenborn est enfermé en 1942. Libéré par les troupes soviétiques trois ans plus tard, il co-fonde, à Berlin-Ouest, le Hebbel Theater. Sa pièce Die Illegalen (1946) sera l’une des plus jouées de l’après-guerre. Éditeur de la revue Ulenspiegel entre 1945 et 1947, il est aussi le concepteur de la « dramaturgie sans lieu ».

178

Wickel, Helmut (1903-1970). Rédacteur de presse pour le SPD, Helmut Wickel est interné dès 1933. Ayant réussi à s’enfuir à Prague en 1934, il s’occupe alors des revues du SOPADE, consacrées à la situation des ouvriers en Allemagne nazie. Il émigre en 1938 en France puis, en 1941, aux États-Unis. De retour en Allemagne après la guerre, il devient à partir de 1954 rédacteur en chef des organes de presse syndicaux Gewerkschaftliche Umschau et Gewerkschaftspost. Plus tard, il sera à la tête de la puissante fédération IG Chemie.

179

Witkowski, Georg (1863-1939). Né à Berlin, il est le frère de Maximilian Harden. Docteur ès lettres et enseignant, il s’est consacré à la littérature et au théâtre allemands des xviie, xviiie et xixe siècle, et en particulier à Goethe. En 1933, il s’enfuit aux Pays-Bas, où il est mourra.

180

Wolf, Friedrich (1888-1953). Écrivain, médecin et homme politique, Friedrich Wolf est le fils d’un marchand de confession juive. Il a étudié la médecine, la philosophie et l’histoire de l’art. Avant d’obtenir son doctorat en médecine en 1913, il est médecin de bord. En novembre 1918, il participe au conseil d’ouvriers et de soldats de Saxe. Il a fait son entrée littéraire en 1919 avec ses drames de style expressionniste, mais évolue rapidement vers une littérature de type prolétarien : en 1931, il publie Die Matrosen von Cattaro, un drame révolutionnaire sur l’insurrection des marins austro-hongrois dans les bouches de Kotor en 1918. Membre du KPD à partir de 1928, puis du Bund Proletarischer Kultur, il fonde à Stuttgart, en 1932, le groupe d’agit-prop communiste Spieltrupp Südwest et travaille pour l’Union théâtrale ouvrière. Friedrich Wolf émigre en 1933 à Moscou via la Suisse et se joint aux Brigades internationales en tant que médecin. C’est ainsi qu’il sera interné en 1940-1941 au camp du Vernet (Ariège), dont il sort en obtenant la nationalité soviétique. En 1943, il co-fonde le comité Neues Deutschland à Moscou. De retour en Allemagne en mai 1945, il devient ambassadeur de RDA en Pologne (1949-1951). Friedrich Wolf a été l’un des dramaturges les plus joués avec Brecht sous la République de Weimar. On lui doit notamment Doktor Mamlocks Ausweg (La Voie de sortie du docteur Mamlock), une pièce sur la persécution des juifs, jouée à Paris en 1933.

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Wolff, Kurt (1887-1963). Fils d’un professeur d’université qui enseignait l’histoire musicale à l’université de Bonn. Après des études littéraires, il prend la tête de la maison d’édition Ernst Rowohlt, installée à Leipzig et spécialisée dans la bibliophilie. Il la transforme en 1912 en Kurt-Wolff-Verlag, une entreprise qui a publié l’essentiel de la littérature expressionniste (Hasenclever, Werfel, Benn, Becher, Max Brod, Trakl, etc.) ainsi que l’œuvre de Franz Kafka, que l’éditeur connaissait personnellement. Pour Karl Kraus, Kurt Wolff a fondé en 1916 le Verlag der Schriften von Karl Kraus, qui a édité tous les écrits de l’irascible Autrichien jusqu’en 1921. Au moment du déclin de l’expressionnisme, il se tourne vers l’édition d’art et des classiques de la littérature internationale (Maupassant, Zola, Romain Rolland, Tagore). Il fonde à Florence, en 1924, les célèbres collections d’art de la Pantheon Case Editrice, avec ses monographies en trois langues. Son entreprise sera ruinée au lendemain de la crise économique et l’éditeur se verra dans l’obligation de quitter l’Allemagne immédiatement après l’incendie du Reichstag. Il émigrera en Italie puis en France, avant de s’installer aux États-Unis où il créé la Pantheon Books Inc. (1942), qui connaît un rapide succès. Mort accidentellement lors d’un séjour en Allemagne, Kurt Wolff demeure l’un des plus importants éditeurs du xxe siècle, par sa largeur de vues cosmopolite et son instinct de découvreur des plus grands talents émergeant de nouveaux courants littéraires.

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Wolff, Theodor (1868-1943). Journaliste, essayiste, romancier et dramaturge, né et mort à Berlin. Ce cousin du magnat de la presse berlinoise Rudolf Mosse, propriétaire du Berliner Tageblatt, co-fonde en 1889 la Freie Bühne, une association pour un « théâtre libre », qui se proposait de mettre en scène les auteurs « étrangers », comme Ibsen et Tolstoï, considérés par les autorités prussiennes comme « subversifs ». Il couvre à Paris pour le journal de son cousin l’affaire Dreyfus, en dénonçant l’antisémitisme ambiant. En 1906, il prend la direction du Berliner Tageblatt, fonction qu’il occupera jusqu’en 1933. Donnant une vision libérale de gauche, le journal fut un moment interdit pendant la guerre. En 1918, Theodor Wolff est, avec Alfred Weber, l’un des cofondateurs du DDP (parti démocratique allemand), dont il se retire en 1926. Dans les années 1920, à la suite de l’assassinat de Rathenau, il vit dans la hantise d’attentats de l’extrême droite, qui menace de détruire le « Judenblatt » (« journal des juifs »). Après 1933, il doit s’exiler en France et s’installe à Nice en 1934. Les autorités fascistes italiennes le livrent à la Gestapo en 1943. Il meurt à Berlin des suites des mauvais traitements subis au camp de Sachsenhausen.

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Wolzogen, baron Ernst Ludwig von (1855-1934). Auteur du livret d’opéra Feuersnot (Les Feux de la Saint-Jean) de Richard Strauss et fondateur (1901) du légendaire cabaret Überbrettl de Berlin, auquel a collaboré un temps Arnold Schönberg.

Pour citer ce chapitre

« Glossaire des principaux noms de personnes, de publications & d’organisations », Le chemin vers le bas, Marseille, Agone, « Mémoires sociales », 2007 (2e ed.), p. 465-531.

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