Recherches 2006
Le gouvernement de la recherche
2006
418 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782707148100
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Vous consultez32. Travailler au Fonds de la recherche scientifique et technique

AuteurFrançoise Schnell du même auteur


Travailler au Fonds de la recherche scientifique et technique comme assistante de 1964 à 1968 fut pour moi une expérience assez marquante.

2 La DGRST avait pris son essor en 1963 avec le lancement de nombreuses actions concertées et le recrutement correspondant d’une dizaine d’assistantes pour s’en occuper.

3 J’arrivais, en 1964, après la bataille, pour suivre trois actions : mécanique, chimie macromoléculaire et par la suite métallurgie. Ces actions avaient été laissées pour compte par une assistante qui avait bifurqué vers d’autres tâches.

4 Le recrutement des assistantes s’était fait plus par connaissance que par petites annonces. Pour Jean-Didier Dardel, qui m’avait proposé ce poste (c’était mon premier emploi), il s’agissait d’un travail tout à fait facile : classement et suivi de dossiers essentiellement. Pour le préfet Lucien Lanier qui assurait l’administration de la DGRST, à l’époque, il fallait plutôt avoir des qualités d’hôtesse, car nous devions recevoir des directeurs de recherche, des professeurs de haut niveau ou des grands médecins.

5 La réalité fut tout autre. J’étais arrivée la dernière dans cet ancien hôtel particulier du 101 rue de l’Université et je me retrouvais au fin fond de couloirs et de petits escaliers dans un bureau en forme de boyau, où nous devions vivre à trois : deux assistantes et une secrétaire frappant sur une machine assez bruyante. Recevoir dans ces conditions tenait d’un pari que nous avons quand même tenu. En contrepartie de cette exiguïté, je profitais avec beaucoup d’intérêt des conversations de Michèle Querette, assistante pour les sciences humaines, avec les personnalités de ce secteur, M. Raymond Barre par exemple. Il était en effet presque impossible quand l’une recevait que l’autre travaille.

6 Le groupe des assistantes faisait penser à un pensionnat dirigé d’une main ferme par un chef de service très strict. Une réunion hebdomadaire permettait de faire le point sur l’avancement des travaux de chacune des assistantes.

7 La naissance d’une action concertée était, en général, décidée au moment de la préparation du Plan, ensuite, rappelons rapidement la procédure : il fallait nommer un comité scientifique (publié au Journal officiel) qui était chargé de préparer un appel d’offre portant sur les thèmes décidés comme prioritaires. Les réponses des laboratoires publics, semi-publics ou industriels arrivaient en un nombre d’exemplaires impressionnant et faisaient disparaître nos bureaux sous des murs de documents. Les projets devaient être diffusés aux membres du Comité, qui après plusieurs réunions retenaient les meilleurs. Les projets retenus et leurs montants faisaient l’objet d’une liste que le comité « recommandait » au délégué général sur les crédits qui lui étaient alloués. Les recommandations du comité étaient présentées au délégué général par le secrétaire scientifique du comité.

8 À partir de cette liste, l’assistante établissait des contrats, soit convention pour le secteur public, soit marché pour le secteur privé. Puis venait un circuit de contrôle et de signatures assez pénible dont le clou était le passage du contrat chez le contrôleur financier du Premier ministre. Quelques rejets de ce côté-là pouvaient nous perturber quelque temps. Les bénéficiaires des contrats fournissaient des rapports scientifiques intermédiaires et finaux sur leurs travaux. Ils devaient être diffusés au comité. Suivait, souvent, l’organisation de colloques des contractants sur un même thème.

9 Tous les secteurs du Fonds de la recherche n’étaient pas organisés sur le même modèle : si le secrétaire scientifique faisait partie du service, comme pour certaines actions lancées en premier, il est certain que le travail de l’assistante, bien encadré, s’en trouvait allégé. En revanche, les secrétaires scientifiques qui faisaient partie d’autres services de la DGRST, comme le Plan, n’étaient pas très disponibles et l’assistante assumait alors un travail plus lourd — d’autant plus que la demi-secrétaire dont elle disposait ne pouvait l’aider suffisamment. En fait, il y avait les secteurs choyés et ceux qui ne l’étaient pas. Je faisais partie de ces derniers.

10 Le travail matériel et administratif n’était donc pas spécialement intéressant mais, à l’inverse, tous les contacts nécessaires à la bonne marche de l’action étaient assez passionnants : vie du comité d’une part et discussions avec les contractants pour l’établissement de leur dossier d’autre part. Je travaillais avec beaucoup d’industriels et devais donc établir des marchés. Peu d’assistants avaient l’occasion d’en préparer, sauf en électronique, mais c’était domaine réservé. Il fallait donc que je m’en tire sans trop d’aide, à part M. Desmettre, notre comptable, toujours disponible pour une explication.

11 Les PDG de petites PMI, même dans des domaines de pointe, comme pour le matériel nucléaire, n’étaient pas plus compétents que moi et nous pataugions ensemble dans des révisions de prix et autres subtilités avec bonne humeur.

12 Je vous dirai, pour terminer, un mot sur mes deux comités, car leur façon de travailler influait en fait directement sur le travail de l’assistante. Le comité mécanique était présidé par Jean Martin, président de la Fédération des industries mécaniques et électriques. C’était un gros comité. Il avait choisi de soutenir quelques domaines où les industriels faisaient peu de recherche et s’appuyaient trop sur les autres techniques, peu adaptés aux efforts des professions. La recherche publique devait être mieux dirigée également. Couvrant des domaines vastes et nombreux il finançait trop de projets pour des montants assez moyens. C’était à mon avis dommage et naturellement cela alourdissait considérablement le travail de l’assistante.

13 Le comité chimie macromoléculaire était très différent. Dirigé de main de maître et avec paternalisme par le professeur Georges Champetier (1905-1980) de l’École de physique et chimie industrielle de la Ville de Paris, beaucoup de ses membres étaient des anciens élèves du président. Ils formaient un petit club, accusés quelque fois de se partager le gâteau, mais comment faire autrement puisqu’ils étaient les experts du domaine. C’était le financement dans la continuité. Un comité bien sympathique et un travail plus léger pour l’assistante.

14 En conclusion, j’espère avoir contribué pour une petite part à la réussite de la DGRST de l’époque et pour moi ce sont des bons souvenirs.

 
Le gouvernement de la Recherche (1953-1969)

POUR CITER CET ARTICLE

Françoise Schnell « 32. Travailler au Fonds de la recherche scientifique et technique », in Le gouvernement de la recherche, La Découverte, 2006, p. 254-256.
URL :
www.cairn.info/le-gouvernement-de-la-recherche--9782707148100-page-254.htm.