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AuteurRodolphe de Borchgrave du même auteur
Consultant en management, il est administrateur-gérant du cabinet de conseil Cadmos et fondateur d’Arcadia International®, un réseau d’experts en industries agro-alimentaires, ainsi que président de l’Association « Philosophie & Management ».Il est Docteur en Sciences (Université catholique de Louvain) et titulaire d’un diplôme en Management Général de l’INSEAD.
Socrate assistant Bill Gates aux commandes de Microsoft ? Absurde! Improbable surtout, non seulement en raison de la mort, prématurée, de Socrate, mais surtout parce que philosophes et managers vivent en principe sur des planètes différentes. Les uns pensent et les autres agissent, dit l‘opinion publique, comme s’il s’agissait de deux attitudes contradictoires. Les philosophes ignorent totalement la réalité de l’entreprise et les managers n’ont guère le loisir de se soucier de cogitations philosophiques. D’ailleurs, à quoi un philosophe peut-il s’intéresser ? À l’Être, certes, mais cela ressemble à quoi ? À l’économie soit, mais au management ? Restons sérieux! Quant aux managers, ce sont des personnages conformistes qui ne s’intéressent pas aux idées mais seulement aux résultats. Le voudraient-ils, les langages respectifs de ces personnages les empêcheraient d’ailleurs de communiquer, le philosophe ne s’exprimant qu’en allemand et en grec, tandis que le manager jargonne du matin au soir en anglais ou en franglais. Tout cela est bien connu. Ces réputations et ces stéréotypes n’encouragent pas les philosophes et les managers à se parler, ce qui est dommage car, en dépit des apparences, ils ont beaucoup de choses intéressantes à se dire.
2 Démarche et attitude de questionnement, la philosophie a une valeur ajoutée pour le manager. Elle élargit son champ de vision, l’aide à mettre de l’ordre dans ses idées et à en avoir de nouvelles. Elle le stimule à être plus créatif, et l’aide à acquérir la sérénité intérieure pour résister aux adversités. Elle donne des points d’appui solides à toute recherche de sens et de réponse aux questions éthiques. Elle crée des percées de liberté dans ces systèmes complexes que constituent les organisations et leur environnement.
3 Mais cet apport n’est pas à sens unique. Le manager est également porteur de quelque chose d’important pour le philosophe, et ce contact est également fructueux pour ce dernier. Il lui donne accès à un nouveau champ de recherches, le management n’ayant jusqu’ici fait l’objet que de peu de travaux philosophiques. Le management et l’économie donnent à penser. Le management n’est pas un désert: il a une histoire, une pensée, un langage… et des questions. La rencontre avec un manager donne au philosophe une occasion précieuse de confronter ses idées aux besoins et aux attentes concrets de praticiens, de les communiquer et de les rendre utiles.
4 Philosophes et managers doivent donc se rencontrer. Mais comment faire lorsque l’on vit sur des planètes différentes ?
5 Il s’agit donc d’initier un double mouvement: celui du manager vers le philosophe et celui du philosophe vers le manager. Parler de management aux philosophes et de philosophie aux managers. Leur montrer à quels points leurs orbites peuvent s’intersecter et qu’ils ont des choses précieuses à s’échanger lors de ces trop rares conjonctions, soit à titre personnel soit au sein d’organisations. Voilà le projet de ce livre.
6 Dans une première partie, on indiquera quels aspects du management peuvent aujourd’hui faire question pour le manager, et en quoi il devrait se soucier de « penser autrement ». On montrera aussi en quoi consiste le projet de la philosophie, et en quoi celui-ci peut être de quelque recours au manager.
7 La deuxième partie illustre ces réflexions par huit textes originaux consacrés par des philosophes contemporains aux enjeux du management et de l’économie, en particulier la critique de la connaissance et le statut anthropologique de la personne dans les organisations et les systèmes complexes.
8 Dans la troisième partie, on s’interroge sur la faisabilité de la philosophie dans l’entreprise. Cette problématique est illustrée par un cas récent qui s’est déroulé dans le cadre de l’introduction d’une nouvelle technologie des soins de santé: le diagnostic génomique. Ce cas, présenté en détail, ouvre des perspectives sur une pratique de la philosophie dans les organisations.
POUR CITER CET ARTICLE
Rodolphe de Borchgrave « Avant-Propos », in Le philosophe et le manager, De Boeck Supérieur, 2006, p. 9-10.
URL : www.cairn.info/le-philosophe-et-le-manager--9782804149987-page-9.htm.





