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Les frontières de la République

2010

  • Pages : 408
  • ISBN : 9782748901276
  • Éditeur : Agone

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En 1928, mon grand-père, auteur d’un ouvrage défendant le principe de quotas d’immigration pour les États-Unis, en dédicaçait un exemplaire à mon père, alors âgé de six ans : « À Freddy, qui sait déjà que le drapeau ne doit jamais toucher le sol [1][1] Edward Rieman Lewis, America, Nation or Confusion.... ». La métaphore illustrait parfaitement son argument : l’Amérique, comme son drapeau, ne devait pas être « souillée ». C’est le fondement même de notre démocratie qui était en jeu.

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Ce point de vue, que je suis loin de partager, pointe cependant un problème inhérent à la démocratie en général. Tous les régimes démocratiques sont confrontés au « paradoxe libéral », qui consiste à préserver un fragile équilibre entre la défense du principe de libre circulation et le souhait de l’opinion d’y imposer certaines limites [2][2] Sur ce point, lire James Hollifield, Immigrants, Markets.... Aucune démocratie n’y échappe, et chacune y apporte sa propre solution. Contrairement aux États-Unis, la France n’a jamais instauré de quotas d’immigration. Les dirigeants français ne cessent d’affirmer que la République une et indivisible ne peut tolérer aucune forme de discrimination à l’égard des migrants. Pourtant, la France se trouve aujourd’hui confrontée aux conflits qui déchiraient la société américaine à l’époque de mon grand-père. Comme aux États-Unis, ces questions touchent au cœur de la culture politique.

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Ce livre étudie les tensions entre migrants et nationaux dans un pays qui, dans les années 1930, connaît un taux d’immigration supérieur à celui des États-Unis. Mon principal sujet d’investigation étant les dynamiques d’inclusion et d’exclusion dans les démocraties, j’ai choisi de m’intéresser à la IIIe République, et non au régime autoritaire qui lui a succédé. Les politiques migratoires de l’époque ont peut-être préparé le terrain aux lois discriminatoires de Vichy, mais ce livre met l’accent sur les aléas historiques de leurs origines plutôt que sur leur supposé caractère censément inévitable. Cette dimension aléatoire de l’histoire ne doit pas moins nous faire réfléchir. Il semble en effet plus important que jamais de prendre conscience de la fragilité des libertés.

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Cambridge (Massachusetts), avril 2006

Notes

[1]

Edward Rieman Lewis, America, Nation or Confusion. A Study of our Immigration Problems, New York, Harper and Brothers, 1928. Exemplaire conservé dans la collection privée de Griff Lewis.

[2]

Sur ce point, lire James Hollifield, Immigrants, Markets and States: The Political Economy of Postwar Europe, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1992.

Pour citer ce chapitre

Lewis Mary D., Traduit de l’anglais parJaouën Françoise, « Avant-propos », Les frontières de la République, Marseille, Agone, « Contre-feux », 2010, p. 9-13.

URL : http://www.cairn.info/les-frontieres-de-la-republique--9782748901276-page-9.htm


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