Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Que sais-je ? Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezIntroduction
AuteursPhilippe Braillard du même auteur
Mohammed-Reza Djalili du même auteur
Traditionnellement, les relations internationales sont considérées comme un ensemble de liens, de rapports et de contacts qui s’établissent entre les États et relèvent de la politique étrangère de ces derniers. Cette conception tient certes compte des diverses formes et dimensions que peuvent prendre ces rapports (conflit et coopération, que ce soit sur les plans politique, économique, stratégique, culturel, etc.). Elle exclut toutefois toutes les interactions se situant en dehors de la sphère étatique, telles que les forces transnationales et les courants d’idées. Or, bien que l’État conserve aujourd’hui un rôle central dans la vie internationale, il est illusoire de réduire cette dernière aux seules relations interétatiques, particulièrement à une époque où de nombreux processus économiques et culturels échappent, en partie au moins, au contrôle des gouvernements.
2 C’est pourquoi s’impose une vision large et globale des relations internationales, prenant en compte l’ensemble des phénomènes internationaux comme champ d’investigation, tout en reconnaissant que c’est l’existence même de l’État et donc de frontières qui donne sa spécificité à la dimension internationale des relations sociales, même si, dans certaines régions, la notion de frontière tend aujourd’hui à connaître quelques mutations. Les relations internationales peuvent ainsi être définies comme l’ensemble des relations et communications susceptibles d’avoir une dimension politique et s’établissant entre des groupes sociaux en traversant les frontières.
3 Le champ des relations internationales a, au cours de ce siècle, pris une importance toujours plus grande dans la vie des sociétés, en raison d’un processus complexe de changements et mutations. Tout d’abord, les échanges internationaux ont connu une croissance et une diversification remarquables cela sous l’effet du processus de modernisation qui s’inscrit dans la dynamique de la révolution industrielle. Cette croissance des échanges a été particulièrement stimulée par le développement des réseaux de communication lié aux progrès technologiques, ainsi que par la division internationale du travail et la constitution d’un marché mondial. Ensuite, la révolution technologique a conduit à la création de systèmes d’armements d’une nature tout à fait nouvelle dont l’emploi sur une large échelle est susceptible de menacer l’existence de l’humanité tout entière. De par leurs conséquences possibles, sans rapports avec les enjeux, les conflits internationaux ont donc pris une importance sans précédent. Enfin, à travers les transformations qu’ont connues les échanges internationaux et les moyens de destruction, s’est opéré un processus de globalisation, de mondialisation des relations internationales. Certes, toute relation internationale n’a pas par elle-même une dimension mondiale, mais le cadre dans lequel elle s’inscrit a acquis une telle dimension.
4 Cette importance nouvelle acquise par les relations internationales à notre époque, rend nécessaire une réflexion systématique sur cet objet complexe. Le besoin d’une telle réflexion se fait d’autant plus sentir qu’elle est susceptible d’éclairer les processus internes à nos sociétés en raison de l’influence directe qu’a sur ces dernières l’environnement international.
5 On comprend donc que l’étude des relations internationales ait connu, au cours du xxe siècle, un développement rapide, marqué, d’une part, par une croissance quasi exponentielle des analyses et recherches et, d’autre part, par d’importantes mutations. On assiste en effet, tout d’abord, dès l’entre-deux-guerres, à une multiplication du nombre des travaux consacrés aux relations internationales et à l’apparition progressive d’une véritable communauté scientifique prenant comme objet de réflexion les phénomènes internationaux. Ainsi, les relations internationales acquièrent une autonomie en tant que champ d’étude, alors que, jusque-là, leur analyse ne s’était développée que comme un objet subsidiaire, en marge de la réflexion sur l’État et la société. Ce processus se concrétise par la création, dès la fin de la Première Guerre mondiale, d’institutions d’enseignement et de recherche consacrées aux relations internationales, ainsi que de nombreux périodiques spécialisés. Limité tout d’abord aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, ce phénomène s’étendra progressivement, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à l’ensemble de l’Europe occidentale puis à l’Union soviétique et même à quelques pays du Tiers Monde.
6 Cette croissance de l’étude des relations internationales est en partie la conséquence de l’importance prise par la politique internationale, et notamment des profondes répercussions qu’ont eues les deux conflits mondiaux sur l’ensemble de la société internationale. Elle a par ailleurs été fortement stimulée par le développement rapide des sciences sociales qui ont investi peu à peu ce champ d’étude en conduisant à sa transformation. Alors que, traditionnellement, l’étude des relations internationales relevait de l’histoire diplomatique, de la philosophie politique et du droit international, ainsi que de l’économie, de nombreuses autres disciplines, telles que la sociologie, la psychologie, l’anthropologie, l’ethnologie ont investi ce domaine, ce qui a conduit à la fois à une décentration et à un enrichissement de l’étude des relations internationales, ainsi qu’au recours à de nouvelles méthodes et techniques d’analyse, de même qu’à l’élaboration de nombreux modèles explicatifs et théories. Cette évolution a conduit les chercheurs à revendiquer pour l’étude des relations internationales un véritable statut scientifique.
7 Sous l’influence combinée de la pénétration des sciences sociales et des changements profonds de la vie internationale (multilatéralisation de la diplomatie, développement de nouveaux systèmes d’armements, décolonisation, universalisation du modèle de l’État-nation, mondialisation du champ diplomatico-stratégique et des marchés économiques et financiers, renforcement des interdépendances, développement des moyens de communication, globalisation des problèmes écologiques et amplification des flux migratoires) relevés ci-dessus, l’étude des relations internationales s’est ouverte à de nouvelles dimensions telles que le phénomène de l’organisation internationale, les processus d’intégration régionale, la stratégie nucléaire, les problèmes de développement socio-économique.
8 Aujourd’hui, les relations internationales constituent un champ d’étude spécifique et autonome ; elles n’en relèvent pas moins de disciplines nombreuses et diverses, en raison de leur nature complexe et multidimensionelle.
9 En faisant le point sur l’état actuel des connaissances en ce domaine, cet ouvrage vise à offrir un panorama large et synthétique des phénomènes internationaux tels qu’ils marquent notre monde contemporain. Après avoir, dans un premier chapitre, présenté les principales conceptions des relations internationales, on cherchera ensuite à identifier les divers acteurs de la vie internationale ; dans un troisième chapitre, on mettra l’accent sur la politique étrangère, expression du comportement des acteurs centraux que sont les États ; les deux derniers chapitres seront consacrés d’une part à l’étude du système international et, d’autre part, à l’analyse des processus d’interaction, conflictuels ou coopératifs, qui constituent la trame des relations internationales.
POUR CITER CET ARTICLE
Mohammad-Reza Djalili et Philippe Braillard Les relations internationales, P.U.F. « Que sais-je ? », 2006 (8e éd.), p. 3-8.
URL : www.cairn.info/les-relations-internationales--9782130559184-page-3.htm.




