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Alternatives économiques

2011/1 (N°298)


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Et si on jouait au jeu de la bouteille pour cette nouvelle année ? Cette fameuse bouteille qu'on peut voir tantôt à moitié pleine, tantôt à moitié vide. Commençons par la crise. Deux ans ont passé depuis l'automne 2008. L'économie mondiale ne s'est pas effondrée grâce à l'action des gouvernements. La récession a été stoppée au Nord tandis que les émergents, et avec eux une bonne partie du Sud, continuent à croître rapidement. En Europe, la chute de l'activité est demeurée limitée, même si certains pays sont en difficulté. Enfin, des avancées permettent d'espérer une meilleure régulation de la finance.

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Toutefois, l'avidité des plus riches n'a pas été maîtrisée. Les banquiers, après nous avoir plongés dans la crise, spéculent sur la dette des Etats, imposant des mesures d'austérité qui risquent d'entraîner une stagnation durable. De quoi faire basculer une part croissante de la population dans la pauvreté. Enfin - impuissance ou complicité ? -, les discours de nos dirigeants sur la refondation du capitalisme peinent à se concrétiser...

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Deuxième dossier : l'Europe et l'euro. Ils ont tenu jusqu'ici. Face aux attaques des marchés, les gouvernements européens ont mis en place un fonds de secours qui rompt avec le chacun pour soi qui prévalait jusque-là. Le contrôle accru des budgets nationaux apparaît comme la juste contrepartie de cette avancée. Quant à l'association annoncée des créditeurs privés à la résolution des crises, elle va dans le sens d'une heureuse moralisation.

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Sauf que la Commission, toujours dominée par une technocratie libérale sans imagination, apparaît hors jeu. L'affirmation de l'autorité des gouvernements était sans doute nécessaire à l'automne 2008 ; elle interdit cependant toute avancée durable. En témoignent l'état de la négociation budgétaire - les Etats veulent désormais faire passer le budget sous la barre de 1 % du PIB européen - ou encore le refus de toute émission d'euro-obligations qui permettraient à tous les Etats de profiter de faibles taux d'intérêt sur une partie de leurs dettes. Les marchés n'ont donc pas fini de jouer contre l'euro, comme ils l'avaient fait, hier, contre le système monétaire européen.

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Troisième et dernier dossier : le changement climatique. L'accord de Canc

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ún préserve le cadre multilatéral et ouvre la voie à un traité associant l'ensemble des Etats, aussi bien développés qu'émergents, tout en aidant les pays les moins développés à adopter des technologies propres.

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Mais, là encore, pas de quoi bondir de joie : Kyoto est désormais moribond après l'annonce du retrait du Japon et de la Russie ; les Etats-Unis se refusent à toute régulation contraignante ; et la promesse de maintenir le réchauffement à 2 °C apparaît purement déclamatoire au vu des engagements souscrits.

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Un dernier mot : on peut juger la bouteille à moitié vide et ne pas s'y résigner. Sur tous ces dossiers, les acteurs sociaux et la démocratie ont beaucoup à dire et beaucoup à faire. C'est à cette condition que la bouteille pourra être mieux remplie l'an prochain.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le jeu de la bouteille », Alternatives économiques, 1/2011 (N°298), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-1-page-5.htm


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