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Alternatives économiques

2011/4 (N°301)


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La catastrophe nucléaire qui frappe le Japon relance le débat sur la pertinence du choix nucléaire français. Si nos centrales sont sans doute plus sûres que celle de Fukushima, la question fondamentale soulevée par ce mode de production d'énergie se pose en France dans les mêmes termes qu'au Japon.

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Ce qui fait problème dans l'énergie nucléaire, c'est la nature spécifique du risque qui lui est lié. En l'occurrence la possibilité, même réduite, qu'un accident au caractère irrémédiable se produise. Rappelons-le : il faut des dizaines de milliers d'années pour que le plutonium perde sa radioactivité. Dit autrement, le risque nucléaire, par son caractère absolu, rend caducs les calculs probabilistes chers aux ingénieurs et autres experts. A l'heure où nous écrivons ces lignes, on ne peut encore prendre la pleine mesure des conséquences de la catastrophe de Fukushima. Mais une chose est sûre : nous sommes passés à deux doigts d'une explosion pire que celle de Tchernobyl en 1986. Une explosion qui aurait pu contaminer jusqu'à l'agglomération de Tokyo, où vivent 35 millions de personnes.

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On mesure ici que la décision de sortir ou non du nucléaire est moins un choix technique qu'un choix politique, un choix de société, un choix éthique, qui pose la question de notre responsabilité d'êtres humains à l'égard de nos semblables et des générations futures. C'est aussi un choix en termes de mode de vie, qui questionne les finalités d'un système économique qui, au nom du toujours plus, fait courir des risques énormes à l'humanité.

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Le poids du nucléaire dans la production électrique française rend impossible toute volte-face du jour au lendemain. Et il faudra, en tout état de cause, assumer l'héritage : gérer le stock de déchets en évitant les solutions irréversibles, démanteler progressivement les installations. Pour autant, une telle sortie n'a rien d'impossible. Elle suppose un effort majeur en matière d'économie d'énergies. Il faudrait également recourir massivement aux différentes énergies renouvelables et réorganiser le réseau et nos modes de consommation d'énergie pour s'adapter à une offre plus flexible et décentralisée. Il faudrait en outre accroître le prix de l'énergie électrique pour rentabiliser la production renouvelable, inciter les offreurs d'équipement à développer des produits plus économes en énergie et modifier les comportements des consommateurs, en protégeant les moins aisés. Enfin, le recours aux renouvelables profiterait à l'emploi, comme le montre l'exemple allemand, où le développement de l'éolien et du photovoltaïque a déjà engendré plus de 350 000 emplois.

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Le choix du nucléaire a été porté depuis plus de cinquante ans par les certitudes de nos ingénieurs, l'intérêt de nos industriels et la volonté de puissance de notre Etat. De quoi interdire tout débat. Il est plus que temps de revenir à la démocratie.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le risque absolu », Alternatives économiques 4/2011 (N°301) , p. 5- 5
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-4-page-5.htm.


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