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Alternatives économiques

2011/5 (N°302)


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Pas facile d'être le " président du pouvoir d'achat " en période de crise ! Non seulement les salaires stagnent ou progressent très faiblement, mais les prix de nombreux produits, du gaz à l'alimentaire, connaissent des hausses sensibles. La pilule est d'autant plus difficile à avaler qu'au même moment, nombre de grandes entreprises renouent avec un niveau de profit proche de celui d'avant la crise.

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Nicolas Sarkozy, jamais à court d'idées, a donc sorti de son chapeau une nouvelle proposition : inviter les entreprises de plus de 50 salariés qui distribueront cette année des dividendes en hausse à leurs actionnaires à verser aussi une prime à leurs salariés. Un retour, en plus modeste, de la grande réforme annoncée début 2010, et depuis perdue dans les sables, par laquelle le Président se proposait de répartir le résultat des entreprises en trois tiers : un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés et un tiers pour l'investissement.

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Dire que cette nouvelle proposition présidentielle a été mal reçue est faible. Le patronat est, sans surprise, vent debout contre une initiative qui vient brider sa liberté en matière de politique de rémunérations. Une réaction attendue, voire espérée, par les stratèges élyséens, soucieux de faire perdre au Président l'image de " président des riches " qui lui colle à la peau. La levée de boucliers n'est cependant pas moindre du côté syndical. Ceux-ci voient d'un mauvais oeil une mesure qui accroîtrait encore les inégalités entre salariés, en excluant tous les salariés des PME et du secteur public, mais aussi une très grande partie des salariés des grandes entreprises puisque la plupart d'entre elles ont renoué avec la distribution de dividendes dès 2010, anticipant sur la reprise.

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L'opposition des syndicats tient ensuite à une question de principe : la rémunération, c'est d'abord le salaire. Après tout, l'intéressement et la participation assurent déjà un lien entre la rémunération des salariés et les résultats des entreprises. Enfin, il n'est guère raisonnable, au vu des comptes des régimes sociaux, d'instituer une nouvelle niche sociale en distribuant un revenu non soumis à cotisations.

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Nicolas Sarkozy espère se refaire une popularité en contraignant quelques grands groupes à faire un petit chèque. Mais la priorité, pour augmenter le pouvoir d'achat, est d'abord d'agir pour faire baisser le chômage.

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On a beaucoup accusé les 35 heures, en leur temps, d'avoir été à l'origine d'un blocage de la progression du pouvoir d'achat. De fait, le niveau des salaires, pris individuellement, n'a que modérément progressé dans les années qui ont suivi leur mise en oeuvre. En revanche, des millions de ménages ont vu leurs revenus s'accroître fortement, parce qu'un de leur membre était sorti du chômage, du fait des fortes créations d'emplois observées parallèlement. La leçon est à méditer : l'enjeu majeur est d'abord de mener une politique active de créations d'emplois, quitte à la financer en faisant appel à la solidarité nationale, via la fiscalité.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Grosse ficelle », Alternatives économiques 5/2011 (N°302) , p. 5- 5
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-5-page-5.htm.


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