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Alternatives économiques

2011/5 (N°302)


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Alors que la crise a affaibli l'approche dominante, certains économistes appellent à une ouverture de l'économie aux autres sciences sociales.

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La théorie économique dominante, qui affirmait que toute crise économique et financière était devenue impossible  [1][1] " Les économistes bousculés par la crise ", Alternatives..., a été fortement secouée par la crise. Un débat sur les voies possibles de son évolution s'est ouvert aux Etats-Unis et démarre en France  [2][2] " Malaise chez les économistes français ", L'Economie.... L'enjeu n'est pas mince : dans une intervention récente sur son blog, l'économiste américain Paul Krugman accuse la science économique de n'être bien souvent qu'un outil rhétorique utilisé par ses confrères pour être mise au service des intérêts politiques qu'ils entendent défendre  [3][3]  " Disagreement Among Economists ", mars 2011, kru....

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On peut se faire une idée de cette volonté de renouvellement en consultant les résultats d'un sondage réalisé par le Conseil d'analyse économique auprès d'un échantillon d'une trentaine de spécialistes des questions monétaires et financières  [4][4]  Le central banking après la crise, par Jean-Paul Betbèze.... Lorsqu'on leur demande si la crise financière signe l'échec de la macroéconomie moderne, 55 % de ces économistes répondent par l'affirmative. Ils sont même 52 % à reconnaître que la théorie des marchés efficients, qui concluait à l'impossibilité de crise spéculative forte, est à mettre au placard. Seraient-ils prêts pour autant à prendre davantage en compte les phénomènes psychologiques des acteurs des marchés et à moins s'appuyer sur l'hypothèse irréelle d'anticipations rationnelles ? Seuls 41 % répondent positivement, tant cela les obligerait à sérieusement revoir une bonne partie de leurs modèles.

Les dangers de l'ultra-spécialisation

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Dans ce contexte, Robert et Virginia Shiller ont publié récemment un article dans lequel ils appellent à abandonner la science économique pointue et spécialisée, telle qu'elle s'est développée au cours des dernières décennies, pour revenir à une économie politique à vision large et pluridisciplinaire  [5][5] " Economists as Worldly Philosophers ", Cowles Foundation.... Ils pointent ainsi les multiples dangers de l'ultra-spécialisation actuelle des économistes. D'abord, cela les incite à travailler sur des sujets de plus en plus étroits, dont les résultats ne sont guère utiles à la société. Ensuite, les universitaires n'ont plus le temps de s'intéresser aux grandes questions du moment, se contentant de labourer leur petit domaine de compétence. Enfin, leur absence de culture générale devient un véritable souci, y compris pour éclairer leurs propres recherches.

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Les Shiller pensent que divers signes, comme les articles publiés dans certaines revues, montrent un intérêt renouvelé en faveur d'une ouverture des économistes vers d'autres champs de connaissance comme l'histoire, la psychologie et la sociologie. Un comportement qu'il faut absolument encourager, car, se demandent-ils, à quoi sert finalement un économiste ? " Le véritable impératif pour les chercheurs est de redoubler d'efforts pour encourager les fécondations croisées et une pensée au spectre large, guidées par l'objectif moral général d'améliorer le bien-être de l'homme. " De quoi, effectivement, réconcilier les économistes avec la société.

Notes

[1]

" Les économistes bousculés par la crise ", Alternatives Economiques n° 287, janvier 2010, disponible dans nos archives en ligne.

[2]

" Malaise chez les économistes français ", L'Economie politique n° 50, avril 2011, disponible dans nos archives en ligne.

[3]

" Disagreement Among Economists ", mars 2011, krugman.blogs.nytimes.com

[4]

Le central banking après la crise, par Jean-Paul Betbèze et alii, Problèmes économiques n° 3016, mars 2011, La Documentation française.

[5]

" Economists as Worldly Philosophers ", Cowles Foundation Discussion Paper n° 1788, mars 2011.

Plan de l'article

  1. Les dangers de l'ultra-spécialisation

© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « La théorie d'après-crise », Alternatives économiques, 5/2011 (N°302), p. 50-50.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-5-page-50.htm


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