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Alternatives économiques

2011/5 (N°302)


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Travaux de sécurisation, frais de démantèlement..., l'addition du nucléaire risque d'être beaucoup plus lourde que prévu.

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Si la catastrophe en cours à Fukushima vient jeter une lumière crue sur les risques inhérents à l'énergie nucléaire, elle invite aussi à se reposer la question de son coût réel sur le plan financier.

Révision à la hausse

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Le mois dernier, le gouvernement donnait satisfaction à EDF en fixant le prix de cession de son électricité nucléaire à ses concurrents au tarif de 40 euros le mégawattheure à partir du 1er juillet, puis de 42 euros à partir du 1er janvier 2012. La loi oblige en effet l'opérateur historique à leur vendre jusqu'à un quart de son électricité d'origine nucléaire afin de stimuler la concurrence. Mais la Commission d'experts présidée par Paul Champsaur préconisait de fixer ce tarif à 39 euros.

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La décision du gouvernement, motivée par les travaux de sécurité qu'EDF pourrait avoir à entreprendre sur ses centrales après l'audit post-Fukushima, semble donc vouer la concurrence à rester une fiction sur le marché français. Car dans le même temps, le gouvernement dément que cette hausse sera répercutée sur les consommateurs. S'ils suivaient le prix de gros, les tarifs seraient pourtant amenés à augmenter de 25 % à 30 % d'ici à 2015, selon la Commission de régulation de l'énergie. La non-répercussion de cette hausse serait de nature à étrangler les concurrents d'EDF, voire à provoquer une situation à la californienne : c'étaient en effet la flambée des prix de gros et le blocage des prix aux clients finaux qui avaient provoqué le sous-investissement et les pannes à répétition du système électrique californien au début des années 2000.

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Par ailleurs, l'argument des investissements de sécurité laisse rêveur : les opposants au nucléaire auraient-ils eu raison de douter du discours de l'Etat et d'EDF tenu depuis des décennies sur la sûreté maximale des centrales françaises ?

EPR et démantèlement

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L'augmentation prévisible des tarifs n'est pourtant qu'une petite partie de la facture du nucléaire que devront au final payer les usagers-contribuables, comme le souligne l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage sur son blog. Le renouvellement du parc réserve en effet quelques surprises : initialement estimé à 3 milliards d'euros, le coût de l'EPR de Flamanville a été réévalué à 4 puis 5 milliards. Mais c'est surtout le futur démantèlement des centrales actuelles qui inquiète. EDF avait évalué ce coût à 16,9 milliards d'euros et était censé constituer des provisions à cette fin. Premier problème, ce montant est ridicule au regard des évaluations réalisées au Royaume-Uni et en Suède pour leur propre parc : en suivant leurs règles de calcul, l'addition en France se situerait entre 100 et 200 milliards !

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Deuxième problème : pour remplir ses obligations, EDF a été autorisé à affecter au fonds dédié au démantèlement la moitié du capital de Réseau de transport d'électricité (RTE). En théorie au moins, il faudra peut-être un jour vendre le réseau pour financer la fermeture des centrales. EDF raye ainsi de ses comptes la dette de 6 milliards d'euros de RTE. Et RTE étant financé par tous les producteurs d'électricité, cela revient à reporter les coûts du nucléaire sur les énergies renouvelables.

Plan de l'article

  1. Révision à la hausse
  2. EPR et démantèlement

© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Chevallier Marc, « Le vrai coût du nucléaire », Alternatives économiques 5/2011 (N°302) , p. 53- 53
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-5-page-53.htm.


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