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Alternatives économiques

2011/5 (N°302)


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La sous-traitance massive dans les centrales françaises laisse à désirer, juge l'Autorité de sûreté nucléaire. Un facteur de risque.

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Classé, comme Tchernobyl, au niveau 7 de l'échelle Ines  [1][1] Le niveau le plus élevé de l'échelle internationale..., l'accident de Fukushima a relancé le débat sur la sécurité des centrales nucléaires à travers le monde. Dans ce contexte, la parution, le 30 mars dernier, du rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire français, a apporté un éclairage attendu sur l'état du parc des centrales de l'Hexagone.

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Depuis la loi de 2006 sur la transparence et la sécurité en matière nucléaire, c'est l'ASN, autorité administrative indépendante disposant d'un pouvoir de sanction, qui a la charge du contrôle de l'ensemble des activités nucléaires civiles en France, de la production électrique à l'imagerie médicale, en passant par la recherche et la gestion des déchets. Combien d'accidents et d'anomalies a-t-elle constatés en 2010 ? Bilan des 1 964 inspections effectuées, tous domaines confondus : 1 104 " événements significatifs " classés 0 sur l'échelle Ines (faible écart par rapport à la norme) ou 1 (anomalie) et trois classés 2 (incident). Sur ces 1 104 événements, 717 se sont produits dans les centrales nucléaires (58 réacteurs exploités par EDF et assurant près de 80 % de la production électrique nationale), dont 642 de niveau 0, 74 de niveau 1 et un de niveau 2.

Inflation des incidents

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Au regard du nombre de dysfonctionnements et d'incidents classés ces dernières années, 2010 est jugée " plutôt satisfaisante " par l'ASN : on avait enregistré 795 événements en 2009 et jamais moins de 730 depuis 2005. En revanche, en se bornant à publier l'historique des événements classés depuis 2005, l'ASN manque de transparence. L'épluchage des rapports antérieurs montre que l'on ne comptait entre qu'400 et 500 événements de ce type entre 1986 et 2000 (voir graphique), date à laquelle le parc nucléaire français a atteint son maximum. Le niveau plus élevé des incidents ces dernières années est à mettre en relation, d'une part, avec le vieillissement du parc, qui appelle des opérations de maintenance de plus en plus nombreuses, et d'autre part, avec le recours massif pour ces opérations de maintenance à quelque 20 000 travailleurs employés par des sous-traitants et dont l'ASN dénonce régulièrement le contrôle insuffisant. Elle écrit ainsi : " L'ASN ne constate pas d'amélioration de la surveillance sur le terrain des activités réalisées par les entreprises prestataires (...) La surveillance de la sous-traitance en cascade est inexistante ou pas assez approfondie. " Ce contrôle insuffisant se traduit par des déperditions d'informations, source d'erreurs et d'incidents. Exemple : " Le recouvrement sous une couche de peinture de l'indication du sens de rotation d'une vanne à fonctionnement inversé par rapport aux autres vannes. "

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Nombre d'événements significatifs classés sur l'échelle Ines dans les centrales nucléaires françaises de 1986 à 20104

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Au-delà " des conditions de travail dégradées en matière de sécurité et de radioprotection ", que pointe également l'ASN, le recours à une sous-traitance insuffisamment encadrée représente donc un facteur de risque d'accident particulièrement préoccupant dans les centrales françaises. La sécurité d'une centrale nucléaire n'est pas qu'une affaire d'épaisseur de béton, c'est aussi une question de politique sociale et salariale. Ce que les partisans de l'atome ont manifestement tendance à oublier.


Bibliographie

  • Rapport de l'ASN sur l'état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2010 : www.asn.fr

Notes

[1]

Le niveau le plus élevé de l'échelle internationale des accidents nucléaires.

Plan de l'article

  1. Inflation des incidents

© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

de Ravignan Antoine, « Nucléaire : le facteur humain », Alternatives économiques, 5/2011 (N°302), p. 56-56.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-5-page-56.htm


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