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Alternatives économiques

2011/6 (N°303)


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D'abord la stupéfaction. Puis le temps de la réflexion. Car la chute de Dominique Strauss-Kahn donne à penser. Et tout d'abord à la force du fait démocratique. Sans prêter à la justice américaine les qualités qu'elle n'a pas, observons qu'un des hommes les plus puissants du monde est aujourd'hui mis en examen sous l'accusation de violences sexuelles sur une femme de chambre immigrée. Dans bien d'autres lieux et dans bien d'autres temps, cette issue aurait été inimaginable, soit que la parole de la femme n'aurait pas été écoutée, soit qu'elle aurait été dissuadée de porter plainte, moyennant pression ou argent, soit pire encore...

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Les discours convenus sur la présomption d'innocence sont d'une grande hypocrisie. Démis de la direction générale du FMI, évacué de la course à la présidentielle, DSK est d'ores et déjà condamné politiquement. Il est permis d'éprouver de la compassion pour ses proches, et pour un homme dont la vie risque d'être gâchée. Mais la gêne naît quand l'attitude de certains de ses amis politiques donne le sentiment qu'ils font peu de cas du sort de la victime présumée. S'il est digne de ne pas fermer la porte à un ami quelles que soient les circonstances, il faut aussi se garder de toute solidarité de classe ou de genre.

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Dans cette perspective, le procès fait à la presse, sur le mode " ils savaient et ils n'ont rien dit " mérite d'être instruit. En pratique, ce que chacun savait, c'est que DSK était un dragueur invétéré. Mais, dans un pays qui a jusqu'à présent résisté aux excès du politiquement correct à l'américaine, cela n'est pas considéré comme condamnable. La fidélité à son conjoint n'est pas une qualité requise pour être candidat à la présidence de la République française, que l'on sache. En revanche, les relations entre hommes et femmes sont désormais aussi une question politique. C'est pourquoi le respect de la vie privée ne peut justifier qu'on ferme les yeux sur les comportements répréhensibles des personnes qui aspirent aux plus hautes fonctions, s'ils devaient être établis. Nous ne sommes plus à l'époque où nos grands hommes, tel Victor Hugo, pouvaient défendre de beaux idéaux d'égalité tout en forçant la bonne dans le couloir. Le libertinage entre personnes consentantes a désormais droit de cité, grâce à la libération des moeurs, et c'est une bonne chose. Mais il est heureux que les violences faites aux femmes, dans le même mouvement, soient désormais jugées pour ce qu'elles sont.

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Nul n'est indispensable. Au FMI, Dominique Strauss-Kahn avait mis en musique des évolutions déjà en partie sur les rails, comme la meilleure représentation des pays émergents ou une philosophie de l'ajustement plus nuancée. On peut néanmoins craindre que son(sa) successeur(e) revienne à une logique plus strictement libérale, à la différence d'un DSK fondamentalement keynésien. C'est en Europe que le vide laissé par son absence pourrait être le plus grand. Alors que les institutions communautaires ont perdu la main et que l'Union gère sa crise dans un cadre purement intergouvernemental, sa compétence va nous manquer, et plus encore, le sens sincère de l'intérêt général européen qui l'animait.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

« La chute », Alternatives économiques, 6/2011 (N°303), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-6-page-5.htm


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