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Alternatives économiques

2011/9 (N° 305)


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On peut regarder la crise de deux façons. Avec anxiété devant les menaces qui se profilent à l'horizon - spectre d'une nouvelle récession, risques d'éclatement de l'euro... Ou avec étonnement devant les avancées hier encore improbables qu'elle a permis aux Européens d'accomplir. Qu'on en juge... La Banque centrale européenne devait se contenter de surveiller l'inflation : elle vole aujourd'hui au secours des Etats en difficulté en rachetant leurs titres de dette par dizaines de milliards d'euros. Les traités interdisaient que les Etats membres soient mis à contribution pour prendre en charge les engagements financiers de l'un des leurs : ils ont fini par mettre au point pour cela un fonds de stabilité financière doté d'une capacité de 440 milliards d'euros. Chaque euro emprunté devait être remboursé rubis sur l'ongle : les chefs d'Etat de la zone euro envisagent désormais de solliciter la participation des créanciers de la Grèce. Même l'idée de mutualiser les dettes publiques via des euro-obligations recueille des suffrages de plus en plus nombreux, y compris de l'autre côté du Rhin.

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Mais toutes les formes de solidarité ont un prix. Le système des euro-obligations reviendrait à ouvrir à tout Etat en difficulté un accès direct au portefeuille de ses voisins. On comprend que, devant cette perspective, les plus solides exigent un droit de regard sur la politique budgétaire de leurs partenaires. Mais on comprend aussi qu'un tel droit de regard fasse craindre à ces derniers le règne d'un étroit carcan comptable qui les empêcherait dans le futur de procéder aux efforts de relance nécessaires en cas de ralentissement économique. A moins bien sûr que l'Europe ne soit prête à jouer ce rôle et qu'elle se dote pour cela d'une large capacité d'action budgétaire, mais on en est loin. Bref, les euro-obligations sont assurément une partie de la solution, mais elles impliquent à l'évidence un accord beaucoup plus large sur un nouveau partage des rôles et des pouvoirs au sein de l'Union.

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Au total, bon gré mal gré, la crise contraint les Européens à redéfinir leur projet à moyen et long termes. S'ils veulent avoir une chance de convaincre leur peuple respectif des vertus d'une plus grande solidarité financière entre Etats membres, les gouvernements ne peuvent plus se contenter de réagir aux humeurs des marchés en administrant à chaque fois de nouvelles médications provisoires et en s'infligeant au passage des sacrifices toujours plus coûteux. Ils ne pourront pas non plus se cantonner à un simple code de bonne conduite financière : si une gestion responsable des comptes publics est un gage de confiance entre les Etats membres, l'équilibre budgétaire ne peut être présenté comme une fin en soi. Ils vont donc devoir franchir un pas supplémentaire et dire à leurs électeurs où ils veulent les emmener. Et il y a urgence. Car pendant qu'ils font les yeux doux aux agences de notation et aux investisseurs, le chômage se maintient à un niveau très élevé dans de nombreux pays et le populisme prospère sur l'accumulation des coûts sociaux de la crise.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Franchir un pas », Alternatives économiques, 9/2011 (N° 305), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2011-9-page-5.htm


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