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Alternatives économiques

2012/1 (N° 309)


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Discipline : c'est le mot-clé du dernier accord trouvé par les dirigeants européens, à l'exception du Royaume-Uni arc-bouté sur une vision étroite de ses intérêts nationaux. Il devrait déboucher sur un traité intergouvernemental à vingt-six. Mais ceux qui attendaient des instruments de relance, des capacités d'action financière accrues ou des contreparties substantielles en matière de solidarité en seront à nouveau pour leurs frais. Sur ce volet, la nouvelle Europe qui se profile reste dramatiquement muette. Son grand projet, sa vérité ultime tiennent dans un seul chiffre : 0,5 % de déficit budgétaire maximum. Tel est le cadenas que des règles d'or transformées en lois d'airain sont censées poser sur les politiques nationales de manière à jeter les bases d'une union budgétaire.

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Certes, on ne fait pas l'Europe tout seul et il faut savoir passer des compromis. Mais celui-ci n'a rien d'un compromis : il satisfait à presque toutes les exigences des conservateurs allemands actuellement au pouvoir outre-Rhin. Il est vrai que, dans l'immédiat du moins, la situation leur est plutôt favorable : l'Allemagne continue d'engranger d'importants excédents commerciaux, le chômage y est faible et le pays emprunte à des taux spectaculairement bas par rapport à ceux de ses voisins. Mais, outre que la récession qui se confirme en Europe risque de modifier rapidement la donne, ce pari est à coup sûr perdant à plus long terme : est-il bien raisonnable qu'un pays dont le modèle de développement repose en grande partie sur la capacité exportatrice de sa machine industrielle s'échine à répandre l'austérité chez ses voisins avec lesquels il réalise encore près des deux tiers de son commerce extérieur ? Les cigales ont bien des défauts, mais ce sont aussi de bons clients !

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On peut bien entendu se montrer sceptique sur la réalisation du programme fixé par cet accord dans les mois qui viennent. Pour au moins quatre raisons. La première est qu'il soulève d'importantes difficultés juridiques que nos amis britanniques ou d'autres ne manqueront pas de soulever. La seconde est que les impératifs de la conjoncture ne font pas toujours grand cas des règles budgétaires, fussent-elles en or, comme l'ont montré l'expérience de la dernière décennie et les violations répétées du pacte de stabilité et de croissance par des pays comme la France ou... l'Allemagne. La troisième est que, si le temps de la crise appelle des décisions rapides, celles-ci sont aujourd'hui fournies par des majorités fatiguées que les prochaines échéances démocratiques risquent de défaire bientôt, remettant sur le métier les termes d'un accord qui, à n'en pas douter, sera encore loin d'être achevé. La quatrième raison, enfin, est qu'avec l'année nouvelle et les épreuves qu'elle nous réserve, les membres de l'Union devront certainement revoir une nouvelle fois leur copie.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Discipline », Alternatives économiques 1/2012 (N° 309) , p. 5-5
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-1-page-5.htm.


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