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Alternatives économiques

2012/1 (N° 309)


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Les erreurs du début de mandat en matière de finances publiques ont privé le pays de marges de manoeuvre qui seraient bien utiles aujourd'hui.

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Dresser le bilan économique et social des cinq années de présidence de Nicolas Sarkozy est un exercice difficile. Car il ne suffit pas pour cela de comparer les engagements de campagne avec les résultats en fin de mandat. Il faut encore faire la part des circonstances rencontrées en chemin. Et dans le cas présent, celles-ci ont été particulièrement déterminantes : la majorité élue en 2007, dans un contexte de croissance de l'activité et de baisse régulière du chômage, a dû faire face à la crise économique et financière la plus grave qu'ait connue le monde depuis 1929. Le président s'abrite aujourd'hui volontiers derrière cette crise pour expliquer la situation très dégradée de l'économie française : la récession qui est de nouveau à nos portes, 4,8 millions de personnes inscrites à Pôle emploi (un record), une dette publique de près de 1 700 milliards d'euros, soit quasiment 500 de plus qu'en 2007...

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Sa responsabilité est pourtant loin d'être nulle. Avec le recul, il apparaît en effet de plus en plus clairement que le programme sur lequel il s'est fait élire et qu'il a commencé à mettre en place dès le printemps 2007 a contribué à dégrader un peu plus la situation du pays. On lui saura certes gré d'avoir (enfin) engagé un tournant écologique de l'action publique avec le Grenelle de l'environnement, même si les renoncements ont été nombreux par la suite. En revanche, les gesticulations permanentes en matière de sécurité n'ont amené strictement aucune amélioration sur ce terrain. Tandis que la stigmatisation répétée des immigrés a concouru à accroître les tensions au sein de la société française.

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Mais c'est surtout en matière de finances publiques que les erreurs de Nicolas Sarkozy ont été lourdes de conséquences. Alors que le " modèle social français ", si abondamment décrié durant la campagne de 2007, a permis d'amortir davantage le choc de la crise en France que dans bien d'autres pays européens, la politique mise en oeuvre par Nicolas Sarkozy avant le déclenchement de la crise à l'automne 2008 a privé les pouvoirs publics de marges de manoeuvre qui seraient bien utiles aujourd'hui.

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Cette politique, incarnée en particulier dans la loi Tepa (travail, emploi, pouvoir d'achat), a amputé les recettes de l'Etat et creusé les inégalités. Elle a aussi joué contre l'emploi, la défiscalisation des heures supplémentaires incitant en particulier les employeurs à faire travailler davantage leurs salariés plutôt qu'à embaucher ceux qui cherchent du travail. A tel point que, depuis deux ans, le gouvernement a dû revenir sur la plupart des dispositions qu'il avait prises au début de son mandat (abolition du bouclier fiscal, révision du régime social des heures supplémentaires, etc.). Une prise de conscience tardive et trop limitée pour redresser la barre. D'autant que, parallèlement, la révision générale des politiques publiques et le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite ont davantage contribué à désorganiser l'action de l'Etat qu'à la moderniser.

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Ce sont aussi ses erreurs initiales en matière de finances publiques qui empêchent aujourd'hui Nicolas Sarkozy de peser en faveur d'une politique plus équilibrée dans la gestion de la crise de la zone euro face aux autorités allemandes. En s'alignant, pour expier ses péchés de 2007, sur la politique d'austérité généralisée prônée par Angela Merkel, il contribue activement à plonger la zone euro dans la récession. Et aggrave ainsi sa crise au lieu de la résoudre. Une crise qui aura pourtant de très graves conséquences pour l'économie et la société française si on ne parvient pas à inverser très rapidement le cours de la politique suivie en Europe.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Duval Guillaume, Pech Thierry, « Un lourd héritage », Alternatives économiques 1/2012 (N° 309) , p. 54-54
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-1-page-54.htm.


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