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Alternatives économiques

2012/1 (N° 309)


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Il ne passe guère de jour sans qu'on apprenne que Standard and Poor's (ou un de ses confrères) dégrade la note de tel Etat, que les taux d'intérêt sur la dette de tel autre s'envolent, que les banques d'un troisième sont au bord du gouffre parce qu'elles ont dû déprécier les titres de dettes publiques qu'elles détenaient... Depuis deux ans maintenant, la crise des dettes privées déclenchée par la chute de Lehman Brothers s'est transformée en une profonde crise des dettes publiques. Notamment dans la zone euro, mais pas seulement : les Etats-Unis ont eux aussi été sévèrement secoués. Même si, malgré une situation budgétaire plus dégradée, ils s'en sortent pour l'instant moins mal que nous parce que l'Etat fédéral américain réagit plus intelligemment que les dirigeants de la zone euro.

Un jeu pervers

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Cette pression des marchés financiers aboutit manifestement à des résultats irrationnels : des Etats dotés d'une administration établie depuis des décennies et d'économies développées ont plus de difficultés à emprunter que d'autres pourtant plus fragiles, dont la capacité à lever l'impôt et à faire fonctionner des administrations publiques reste encore largement à établir. C'est, pour une part significative, la dynamique propre des acteurs sur les marchés financiers qui pousse manifestement vers la faillite des Etats qui, au départ, se trouvaient seulement dans une situation budgétaire un peu moins favorable que d'autres... Nous expliquons qui sont les acteurs de ce jeu pervers et pourquoi leurs interactions aboutissent à un résultat aussi désastreux. Sans pour autant d'ailleurs nécessairement que l'un ou l'autre d'entre eux l'ait réellement cherché.

L'Europe et la médecine de Molière

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Pour leur défense, il faut cependant dire que le remède principal qu'ont trouvé jusqu'ici les Européens pour essayer de calmer les marchés financiers, relève de la médecine imaginaire de Molière. C'est en effet l'austérité généralisée qui est censée faire baisser le niveau trop élevé atteint par les dettes publiques. Or, il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour savoir qu'un tel remède a de bonnes chances d'être pire que le mal. L'austérité excessive pousse la zone euro dans la récession, où elle se trouve d'ailleurs probablement déjà. Dès lors, cette récession empêche les Etats de réduire leur endettement, qui tend au contraire plutôt à s'accroître. Cette dynamique exacerbe aussi les tensions sociales et politiques au sein de la zone euro, rendant d'autant moins improbable son éclatement. La Grèce, même s'il s'agit d'un cas particulier extrême, illustre l'impasse de cette stratégie suicidaire : après quatre années de récession, sa dette publique a quasiment doublé par rapport au niveau qu'elle avait atteint en 2007...

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Lors du sommet européen du 9 décembre dernier, on a pourtant décidé de s'engager encore plus loin sur cette voie sans issue avec le projet d'un nouveau traité . Il faudra manifestement encore d'autres sommets " décisifs " avant que les Européens apprennent à dompter les marchés.

Plan de l'article

  1. Un jeu pervers
  2. L'Europe et la médecine de Molière

© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Dettes : les États face aux marchés (introduction au dossier) », Alternatives économiques 1/2012 (N° 309) , p. 6-6
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-1-page-6.htm.


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