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Alternatives économiques

2012/10 (N° 317)


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Avec le plan de rachat de titres de dettes annoncé par la Banque centrale européenne (BCE), la décision de la Cour constitutionnelle allemande d'autoriser la ratification du traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES) et le vote néerlandais marquant une défaite des partis les plus eurosceptiques, le spectre d'une crise majeure de la zone euro s'est éloigné le mois dernier. Pour autant avec la Grèce, l'Espagne ou encore l'union bancaire, nombre de dossiers peuvent encore déraper. Et surtout les problèmes de fond ne sont pas réglés. Les politiques budgétaires trop restrictives restent en place malgré la récession. Tandis que l'obsession de la seule discipline budgétaire a empêché jusqu'ici tout progrès significatif en matière de gestion macroéconomique de la zone euro. La négociation d'un nouveau traité, poussée avec insistance par Angela Merkel, permettrait-elle d'avancer enfin sur ces sujets ? Pas évident.

La question espagnole

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La Commission européenne a présenté le 13 septembre dernier un projet pour mettre en oeuvre l'union bancaire décidée en juin dernier afin de casser le cercle vicieux entre les difficultés des banques et celles des Etats [1]  Voir "L'union bancaire, une arme anticrise", Alternatives... [1] . Il prévoit de confier à la BCE la supervision des quelque 6 000 banques que compte la zone euro. Ce schéma se heurte cependant à la ferme opposition du gouvernement allemand. Celui-ci considère que la BCE ne devrait superviser dans l'immédiat que les plus grandes banques.

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Sur le fond, la proposition de la Commission fait sens : en Espagne, par exemple, ce ne sont pas les très grandes banques qui ont entraîné la déroute du système bancaire espagnol, mais les modestes caisses d'épargne régionales. Les objections allemandes ne sont cependant pas non plus sans fondement : la BCE aura difficilement les moyens d'exercer rapidement une supervision effective sur l'ensemble des établissements. L'adoption de ce texte conditionne en tout cas l'aide qui doit être accordée directement par le MES aux banques espagnoles. Ce nouveau dispositif de surveillance européen était censé entrer en vigueur d'ici à la fin de l'année. Le retard causé par les désaccords actuels risque donc d'aggraver la crise du système bancaire espagnol et, par ce biais, de raviver les craintes sur la dette publique de notre voisin.

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Le cas de l'Espagne constitue également une pierre d'achoppement pour la mise en oeuvre du plan de rachat de titres de la BCE. Son lancement effectif est conditionné au fait que les pays concernés aient au préalable fait appel aux instruments de secours européens (Fonds européen de stabilité financière et MES) et que des conditions strictes aient été établies en contrepartie. Or, au moment où nous écrivons, le gouvernement espagnol cherche toujours à éviter cette procédure. Il faut dire que, dans un pays aux prises avec une profonde récession, un chômage record et des tensions sociales extrêmes, de nouvelles mesures d'austérité risqueraient de mettre le feu aux poudres. Mais si elle se prolonge, cette incertitude risque aussi d'éroder l'effet positif du plan de la BCE : si les Etats qui en ont manifestement besoin refusent de faire appel à ce programme, celui-ci ne remplit plus sa fonction...

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En outre, la capacité de la BCE à mettre effectivement en oeuvre ce programme de façon suffisamment durable et massive pour casser la spéculation est encore incertaine. L'opposition ouverte de la Bundesbank laisse planer l'épée de Damoclès d'une crise interne à ce sujet, même si dans l'immédiat Jens Weidmann, le représentant de la Bundesbank à la BCE, a été désavoué par le gouvernement allemand. Et surtout l'incertitude sur la validité juridique de ce plan au regard des traités actuels demeure. Le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe n'a pas rendu son jugement au fond : il doit encore statuer en particulier sur la légalité du plan de rachat de titres de la BCE. Et la réponse n'a rien d'évident.

Grèce et austérité

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A supposer que ce plan puisse être pleinement mis en oeuvre, son effet suffira-t-il à contrebalancer les conséquences d'une austérité budgétaire maintenue (bien que l'Espagne et tout récemment le Portugal aient obtenu des instances européennes une baisse de leurs objectifs irréalistes de réduction des déficits en 2013) ? Rien n'est moins sûr. Tout d'abord, le retour à un certain calme sur le marché des dettes européennes risque de pousser l'euro à la hausse face au dollar, ce qui freinerait les exportations de la zone et compromettrait le rétablissement de la compétitivité des pays en crise. De plus, la mise en oeuvre des nouvelles règles de prudence financière va continuer à peser négativement sur la distribution du crédit.

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Mais surtout la France, seconde économie de la zone euro, va se lancer à son tour dans la course à l'austérité . Si l'économie européenne n'a pas davantage plongé cette année, c'est beaucoup parce que le gouvernement français précédent avait très modérément appuyé sur le frein de la rigueur. Mais l'actuelle majorité s'apprête à engager en 2013 le plus important plan de restriction budgétaire de l'après-guerre. Elle risque d'entraîner à son tour l'économie française dans la récession et d'annuler ainsi les effets positifs pour la zone euro de l'action de la BCE. De plus, cette récession risque fort d'accroître la défiance à l'égard de la dette française comme cela a été le cas pour l'Italie suite aux plans d'austérité de Mario Monti. La crise en serait relancée.

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Enfin, se pose toujours la question grecque : la Grèce a impérativement besoin que l'Union débloque très rapidement la tranche de 31 milliards d'euros promise dans le cadre du plan décidé en février 2012. Mais la Grèce n'a pas atteint les objectifs fixés par la Troïka et le nouveau gouvernement (de droite) d'Antonis Samaras demande un délai supplémentaire de deux ans pour rétablir les comptes publics. Cette demande s'était heurtée, dans un premier temps, à une fin de non-recevoir de la part d'un gouvernement allemand qui semblait vouloir pousser la Grèce hors de l'euro. Mais depuis, celui-ci semble avoir (enfin) mesuré les dangers énormes associés à une telle opération : on risquerait de mettre le pays à feu et à sang, d'y réveiller des tentations nationalistes et autoritaires, et de déstabiliser la zone sensible des Balkans... Pour ces raisons, Berlin semble être revenu à de meilleurs sentiments à l'égard de la Grèce. Mais les dérapages sont toujours possibles car cette marche arrière n'est pas aisée à vendre à l'opinion allemande.

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A court terme les dossiers à même de faire repartir la crise ne manquent donc pas. Mais surtout à moyen terme, les problèmes de fond ne sont pas réglés. Les réformes de la gouvernance de la zone euro - six-pack, adopté fin 2011, two-pack, en cours de finalisation, et pacte budgétaire qui devrait entrer en vigueur en janvier 2013 [2]  Voir "Six-Pack ? Two-Pack ? Fiscal Compact ? A Short... [2] - se sont centrées quasi exclusivement sur le renforcement de la discipline budgétaire.

Les véritables causes

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Du coup, en dehors de l'introduction de quelques nouveaux indicateurs de convergence, elles n'ont apporté aucune réponse aux véritables causes de la crise actuelle, à savoir la tendance à voir les écarts de compétitivité dans la zone euro se creuser spontanément au lieu de se réduire. Résoudre cette question impliquerait en effet de se doter de nouveaux instruments de politique monétaire pour combattre les bulles de crédit. Elle nécessiterait aussi un budget commun plus conséquent et de moduler les politiques budgétaires nationales en fonction d'autres critères que le niveau des déficits et de la dette. Mais sur ce plan, tout ou presque reste à faire.

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Faut-il alors discuter d'un nouveau traité pour débloquer cette situation ? Angela Merkel insiste pour relancer dès maintenant ce chantier. Ses arrière-pensées électorales sont évidentes : à un an des législatives allemandes, il s'agit d'encaisser les dividendes de son intransigeance auprès des électeurs les plus eurosceptiques tout en coupant l'herbe sous le pied à ceux qui la dépeignent en fossoyeuse de l'Europe. Une critique qui porte, car les Allemands restent très majoritairement attachés à l'intégration européenne.

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La perspective d'un nouveau traité ne réjouit cependant pas ceux qui, notamment en France, redoutent la réouverture de la boîte de Pandore après les débats houleux de 2005 autour du traité constitutionnel. Il n'en reste pas moins que les bricolages opérés depuis trois ans dans l'urgence sur une base purement intergouvernementale posent de sérieux problèmes de légitimité démocratique. De plus, les faiblesses évidentes de la construction européenne apparues dans la crise pourraient peut-être permettre de surmonter des blocages impossibles à dépasser au début des années 2000... Bref, il n'est pas forcément inutile de remettre l'architecture de l'Europe en chantier. A condition toutefois que cela ne serve pas de prétexte pour refuser de résoudre les problèmes immédiats et notamment l'indispensable desserrement de l'étau budgétaire pour lutter contre la récession et la montée du chômage.

Notes

[1]

Voir "L'union bancaire, une arme anticrise", Alternatives Economiques n° 315, juillet 2012.

[2]

Voir "Six-Pack ? Two-Pack ? Fiscal Compact ? A Short Guide to the New EU Fiscal Gouvernace". sur http://ec.europa.eu/economy_finance/articles/governance/2012-03-14_six_pack_en.htm

Plan de l'article

  1. La question espagnole
  2. Grèce et austérité
  3. Les véritables causes

© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Zone euro : une hirondelle ne fait pas le printemps », Alternatives économiques, 10/2012 (N° 317), p. 40-40.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-10-page-40.htm


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