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Alternatives économiques

2012/10 (N° 317)


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Deux ans d'effort et trois de réconfort. A en croire le chef de l'Etat, voilà à quoi devrait ressembler son quinquennat : après le temps des sacrifices budgétaires, viendra celui d'une "société solidaire" où le chômage régressera et où l'action publique retrouvera des marges de manoeuvre. Ce programme est politiquement habile : quitte à être impopulaire, autant que ce soit maintenant pour préparer ensuite les prochaines échéances électorales dans de meilleures conditions. Mais il est économiquement risqué et socialement paradoxal.

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Economiquement risqué car la rigueur historique du budget 2013 va lourdement peser sur l'activité. Les exemples voisins du Royaume-Uni, de l'Italie ou de l'Espagne le montrent. David Cameron a infligé à son pays depuis deux ans une austérité plus sévère encore que Margaret Thatcher en son temps, tout en menant une politique monétaire expansionniste. Résultat : les taux d'intérêt sur la dette britannique ne se sont certes pas envolés, mais le Royaume-Uni s'enfonce dans la récession et les déficits commerciaux. Mario Monti et Mariano Rajoy ont suivi le même chemin, la politique monétaire en moins. Le résultat est presque pire : outre qu'elles ont plongé dans la récession et le chômage de masse, l'Italie et l'Espagne ont vu s'alourdir considérablement la charge de leur dette.

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François Hollande veut-il faire la démonstration à son tour ? Devant les leçons de l'histoire en train de s'écrire, même les économistes il y a six mois encore acquis à l'orthodoxie budgétaire la plus stricte reconsidèrent leur point de vue. C'est en troupeau désormais qu'ils appellent à plus de souplesse dans l'ajustement budgétaire. Sans voir, comme les médecins de Molière, que la saignée qu'ils recommandaient hier n'est pas pour rien dans le marasme européen d'aujourd'hui.

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Socialement paradoxal ensuite, car il est étrange de présenter la solidarité comme le fruit futur de l'équilibre retrouvé. Elle est plus souvent celui des temps d'épreuve. Ce ne fut pas dans la joie et la bonne humeur que Roosevelt scella le New Deal. Ce n'est pas dans un pays confiant et apaisé qu'au sortir de la guerre furent jetées les bases de la Sécurité sociale. Et ce n'est pas dans une Europe sûre d'elle-même que se cherchent à présent les voies d'une plus grande solidarité entre les Etats membres. Bref, la solidarité, c'est maintenant ! Les plus riches vont d'ailleurs s'en apercevoir en découvrant leur prochain avis d'imposition...

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En outre, rien n'interdit de construire une société plus décente sans attendre l'hypothétique retour d'une forte croissance. Il n'est pas plus utile de promettre l'abondance pour demain matin que de se serrer aussi violemment la ceinture aujourd'hui. Beaucoup peut être fait dès à présent pour améliorer la vie de nos concitoyens. De nombreuses réformes peuvent être menées sans tarder en matière de logement, d'éducation, de transition écologique... Le défi qui est devant nous est peut-être précisément de penser une politique juste pour des temps de croissance faible.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Après l'effort... », Alternatives économiques, 10/2012 (N° 317), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-10-page-5.htm


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