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Alternatives économiques

2012/10 (N° 317)


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Les cas du salaire et du crédit bancaire montrent que l'offre n'augmente pas systématiquement lorsque les prix grimpent.

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Un offreur est-il prêt à produire une plus grande quantité de biens quand le prix de ce bien augmente ? Pas toujours ! Quelques exemples permettent de s'en convaincre. Prenons le cas du travail, qui n'est certes pas un bien comme les autres, mais qui, pour les microéconomistes, fait l'objet d'une offre par les salariés (et aussi d'une demande de la part des entreprises). Et précisons d'emblée que les microéconomistes raisonnent en faisant l'hypothèse du plein-emploi, ce qui leur évite d'avoir à se poser la question des comportements en situation de chômage de masse durable !

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En théorie donc, le salarié est censé fixer la quantité de travail qu'il offre en arbitrant entre travail et loisir : quand le prix du travail (c'est-à-dire le salaire reçu) augmente, le salarié est normalement incité à travailler plus. Dans cette situation, privilégier le loisir au détriment du travail augmenterait en effet le manque à gagner (les économistes parlent de coût d'opportunité). A l'inverse, toujours en théorie, si le prix du travail baisse, le salarié substituera du loisir au travail.

Effets de substitution et de revenu

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Mais les variations des salaires ne provoquent pas seulement un effet de substitution entre travail et loisir, elles entraînent aussi un effet de revenu : quand le salaire monte, pour la même quantité de travail qu'auparavant, le salarié voit son revenu augmenter, et inversement quand le salaire baisse. Or, cet effet de revenu peut très bien l'emporter sur l'effet de substitution. Prenons le cas d'activités très pénibles et très peu rémunérées : augmenter un peu le salaire n'incitera pas forcément les employés à prendre moins de loisir pour travailler plus (la théorie ne prend pas en compte la possibilité de travailleurs pauvres). Si l'emploi devient un peu mieux payé mais reste toujours aussi pénible, le salarié préférera sans doute travailler un jour de moins en gagnant la même chose qu'avant.

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Dans le cas symétrique d'un emploi très bien payé, au-delà d'un certain plafond, ce n'est pas une augmentation de salaire qui incitera à travailler davantage. Au contraire là aussi, le salarié préférera sans doute prendre alors un peu plus de temps pour lui-même et donc réduire un peu son offre de travail en maintenant son revenu à l'identique (sauf quelques fous du travail ou ceux qui veulent toujours plus de revenus).

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Salaire : une situation d'offre à rebroussementSalaire : une situation d'offre à rebroussement
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Ainsi, la courbe d'offre est "normale" (plus le travail est bien payé, plus l'offre de travail augmente) entre le salaire plancher (de l'activité pénible) et le salaire plafond (de l'activité très bien rémunérée), mais elle décroît aux deux extrémités en dessous du plancher et au-dessus du plafond. Les économistes ont baptisé cette situation "d'offre à rebroussement".

Crédit : l'asymétrie d'information

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Autre exemple, sur le marché du crédit cette fois. Le crédit qu'une banque offre a un prix : c'est le taux débiteur facturé à l'emprunteur. Ce taux dépend du montant prêté par la banque, de l'échéance du prêt et bien sûr du risque que présente l'emprunteur (ou le projet à financer). La banque a beau être experte dans la sélection des projets, elle n'aura jamais autant d'informations que l'emprunteur lui-même sur son propre projet. Les économistes disent que la banque est en situation "d'asymétrie d'information".

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Cette situation fait que, au-delà d'un certain niveau de risque vis-à-vis duquel l'incertitude de gain est trop grande, la banque préférera refuser de prêter et rationner le crédit. L'offre de crédit croît donc avec le taux d'intérêt, mais jusqu'à un certain seuil seulement. C'est ce qu'avait montré Joseph Stiglitz dans un article coécrit avec Andrew Weiss en 1981. Quand les prix montent, l'offre ne monte donc pas forcément.

Plan de l'article

  1. Effets de substitution et de revenu
  2. Crédit : l'asymétrie d'information

© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Couppey-Soubeyran Jézabel, « La courbe d'offre », Alternatives économiques, 10/2012 (N° 317), p. 54-54.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-10-page-54.htm


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